Cinopsis - Bernard Grand
Juan Villegas travaille depuis 20 ans dans une station essence
perdue sur une route de Patagonie. Le jour où le propriétaire
revend la station, Juan se fait virer immédiatement par le
nouveau patron. Alors qu'il cherche du travail, il rencontre une
vieille dame qui lui demande de réparer la voiture de son
défunt mari afin de pouvoir la revendre. N'ayant pas d'argent,
elle propose de le payer en lui donnant un chien. D'abord réticent,
Juan finit par accepter et se rend compte petit à petit qu'il
s'agit d'une race de chien rare et convoitée. Avec un ami,
il prépare un concours canin, duquel le chien repartira à
la 3ème place du podium. Juan sent que la chance est avec
lui. Mais il se rendra vite compte que la chance peut tourner rapidement
...
Après HISTORIAS MINIMAS, Carlos Sorin rallonge la sauce
Argentine. De la même manière, Carlos Sorin a préféré
les acteurs non professionnels, sans doute pour la spontanéité
de leur jeu, et le minimalisme dans les dialogues.
Un bon regard vaut mieux qu’un long disours... Pas de ceux
forcés retrouvés dans une certaine communauté
de l’anneau, larmoyants parfois, et énervants souvent,
mais de regards empreints d'une humanité et d’une tendresse
exceptionnelles. Une histoire simple avec des gens simples, voilà,
semble-t-il, le credo de Carlos Sorin.
BOMBON EL PERRO est un film de contrastes, surtout. Contrastes
graphiques avec une photographie travaillée au burin, à
grand coup de champs et contrechamps, de contre-jours, et de filtres
sur l'objectif. Mais rien n'est gratuit, et ces jeux ne sont finalement
que les prémices d’une critique de la société
Argentine, empreinte, elle aussi, de bien des dissemblances.
Entre possédants, et possédés. Les petites
gens n'ont pas voix au chapitre, les grands sont au dessus de tout.
Avec légèreté, finesse et quelques traits d’humour,
Carlos Sorin sait nous le faire sentir sans pour autant chanter
l'Internationale et dresser le poing.
L'acquisition de "Lechien ", en français dans
le texte, semble être une révélation pour Coco
Villegas. Ce chien d'une race exceptionnelle lui ouvre en grand
les portes des hautes sphères patagoniennes, il se retrouve
du jour au lendemain propulsé du bureau d'intérim
humiliant et déshumanisé au monde des éleveurs
canins, où médecins, comptables et autres nantis ne
le regardent enfin plus comme le plouc de service qui débarque
de son garage miteux.
Il est des leurs, de la race des rares élus qui ont le privilège
de participer à ces meetings, ces concours où se brasse
une quantité astronomique de dollars.
Un chien clé, un chien poule aux œufs d’or également,
mais on se demande parfois qui est le chien… En effet, ce
n'est pas toujours Villegas qui promène le toutou entre les
concours.
D'un côté il accède à ces sphères
aisées, mais sans pour autant y faire fortune, et de l'autre,
il est un peu dépossédé de son intégrité,
devient par moment celui qui est promené en laisse. Ou pire
: comme on le prévient avant qu'il ne parte prendre soin
de la libido du chien "Dans le monde des saillies, il faut
faire gaffe... On essaie toujours de t'entuber".
Articulé autour des quatre pattes, le film est surtout un
portrait de la Patagonie, une galerie de portraits typiques, et
une petite critique acidulée de la société
argentine qui bat de l’aile. Mais c'est surtout une histoire
profondément humaine, avec sa simplicité poétique
qui fera du bien aux yeux, au cœur.
(In
Cinopsis)
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