Ciné-club éducatif & culturel de Mons (CCEC)
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The syrian bride (Ha-kala ha-surit) d'Eran Riklis
   
Titre original Ha-kala ha-surit
Titre anglais The syrian bride
Titre français La Fiancée syrienne
Réalisation Eran Riklis
Scénario Eran Riklis & Suha Arraf
Interprétation Clara Khoury, Makram Khoury, Hiam Abbass, ...
Musique Cyril Morin
Photographie Michael Wiesweg
Pays Israël
Année 2005
Durée 1H36
Genre Drame
Producteur(s) Bettina Brokemper, Antoine de Clermont-Tonnerre, Michael Eckelt, Michael Eklet & Eran Riklis
Site officiel  
Scoops  
 
 
 
La projection aura lieu à IMAGIX - Mons - Salle 12 - Plan d'accès
Le Jeudi 27 octobre 2005
Le film est projeté en version originale israélienne sous-titrée en français
Le film est projeté sans entracte ni publicité
Les séances :
 
  • 17h00 et 20h00 avec présentation et feuillet sur les films à chaque séance
  • 14h30 et 22h30 sans présentation et feuillet sur les films à chaque séance
 
 

C'est aujourd'hui que Mona, jeune fille d'origine druze, doit épouser une vedette de la télévision syrienne. Elle devrait être heureuse, mais elle sait qu'une fois entrée en Syrie, où l'attend son futur mari, elle ne pourra plus jamais revenir chez elle, dans son village du Golan occupé par Israël depuis 1967. Et qu'elle ne pourra plus revoir sa famille ... Dispersés aux quatre coins du globe, ses proches se retrouvent dans ce petit village du bout du monde pour fêter l'événement et faire leurs adieux à la future mariée. Entourée des siens, et surtout de sa sœur aînée Amal, Mona se sent plus forte. Mais c'est sans compter sur l'absurdité de la bureaucratie qui oblige bientôt toute la famille à attendre indéfiniment au poste frontière, coincée quelque part entre Israël et la Syrie ...

 
 
Audience Award décerné à ran Riklis au Festival international de Locarno 2004
Festival du Film de Flandres de Gand 2004
 
  • Audience Award décerné à ran Riklis
  • Award du meilleur scénario décerné à Eran Riklis & Suha Arraf
Festival des films du monde de Montréal 2004
 
  • FIPRESCI Prize décerné à Eran Riklis
  • Grand Prix des Amériques décerné à Eran Riklis
  • People's Choice Award décerné à Eran Riklis
  • Prix du jury oecuménique décerné à Eran Riklis
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Entretien avec Eran Riklis

Comment est né le projet de La fiancée syrienne ?

En 1998, j'ai tourné un documentaire, Borders, autour des problèmes liés au tracé des frontières de l'Etat d'Israël. Le film évoquait notamment le déroulement des trois ou quatre mariages qui ont lieu chaque année de part et d'autre de la frontière israélo-syrienne divisant en deux le Plateau du Golan : soit, l'un des deux époux vient de Syrie pour s'installer dans le Golan, soit c'est l'inverse qui se produit.

Grâce à ce documentaire, j'ai sympathisé avec une famille vivant dans le Golan et je n'ai cessé depuis de repenser à la situation de ces gens. A force de retourner là-bas plusieurs fois par an, de faire des recherches et d'entendre plusieurs anecdotes, j'ai fini par comprendre que la situation des Druzes, communauté profondément déchirée, est en réalité une métaphore de notre propre situation : elle cristallise nos problèmes, nos espoirs et nos rêves tant sur un plan personnel et familial que national.

J'ai alors rédigé le synopsis d'un projet de fiction. Comme je voulais me focaliser sur deux personnages féminins, j'ai senti qu'il me fallait faire appel à une femme pour co-écrire le scénario. J'ai donc demandé à Suha Arraf, journaliste palestinienne, de travailler avec moi et nous avons écrit le script entre 2001 et 2002.

Le film se déroule le jour même où Bachar El Assad accède au pouvoir en Syrie

C'est une date importante. Elle représente à la fois un espoir nouveau pour les Druzes et les Syriens et l'angoisse d'un saut dans l'inconnu. Pour les Israéliens, c'est aussi un tournant politique car il n'y a jamais eu aucune relation officielle entre les deux pays.

Vous adoptez une construction chorale, qui multiplie les points de vue, mais qui reste d'une grande fluidité

D'entrée de jeu, je voulais me lancer ce défi à moi-même. Je voulais réaliser une fresque multipliant les personnages et les points de vue. Je n'ai pas cherché à faire un film ethnologique sur les moeurs des Druzes. Le film pourrait tout aussi bien se dérouler dans l'ex-Yougoslavie ou en Irlande du nord. C'est une situation dramatique universelle dans laquelle chacun d'entre nous peut se reconnaître.

Car les gens qu'elle dépeint souffrent d'avoir manqué des occasions. Il s'agit d'une cristallisation d'éléments émotionnels qui touchent à nos corps et à nos âmes. C'est ce qui fait toute la fluidité dont vous parlez. Même si on ne connaît rien à la situation des Druzes, on comprend immédiatement le type de difficultés auxquelles ils sont confrontés et ce d'autant plus que toute l'intrigue se déroule sur une journée. Cette unité de lieu, de temps et d'action contribue également à rendre le film particulièrement limpide.

Vous avez tourné en Scope

C'est la première fois que je tournais en Scope et, au début du tournage, j'avais le sentiment que cela créait une distance entre les comédiens et moi : je n'arrêtais pas de demander à mon cadreur de me rapprocher d'eux et on ne pouvait rien faire… Mais très vite, j'ai compris qu'on peut, comme chez Sergio Leone, tourner à la fois de vastes plans de paysages et des plans rapprochés. J'avais le sentiment que le Scope me permettait de réaliser une fresque intimiste.

Ce que j'aime aussi dans le Scope, c'est que c'est un processus très "démocratique" : cela permet de cadrer une multitude de personnages à la fois et de laisser la possibilité au spectateur de s'intéresser à tel ou tel de ces personnages… Le film ne cherche jamais à prendre le spectateur par la main pour lui imposer ses émotions. Je pense que quiconque réalise un film s'identifie à ses personnages, et je me reconnais d'ailleurs dans chacun de mes protagonistes. A l'exemple de Mona, la future mariée, de sa soeur aînée ou de son père qui tiennent vraiment de moi.

Mais je me reconnais tout autant dans le personnage de l'officier de police syrien, qui ne pense qu'à regarder la télé, ou dans celui du fonctionnaire israélien qui ne songe qu'à son fils en mission dans les territoires. On pourrait donc penser qu'il s'agit, de ce point de vue-là, d'un film très stylisé. Mais dans le même temps, j'ai voulu donner au film une dimension naturaliste, quasi documentaire. J'ai trouvé intéressant de mêler ces deux styles sans chercher artificiellement à aller dans une direction ou dans une autre. Pour moi, la mise en scène doit être au service de l'histoire, et pas l'inverse.

(In Cinéma Europe 2)

Entretien avec Hiam Abbass

Comment avez-vous entendu parler du projet d'Eran Riklis ?

C'est le producteur Antoine De Clermont-tonnerre qui m'a envoyé le scénario. J'ai été tellement intriguée qu'un cinéaste israélien s'intéresse à ce genre d'histoire que j'ai voulu le rencontrer. J'ai alors posé plusieurs questions à Eran, notamment en ce qui concerne sa représentation de la Syrie. En effet, j'appréhende souvent le regard d'un étranger sur une culture qui n'est pas la sienne… Il m'a dit par la suite que dès qu'il m'a vu la première fois, j'incarnais Amal à ses yeux.

Vous connaissiez bien la situation de la communauté druze ?

J'ai grandi dans un village près du Plateau du Golan et comme toute étudiante, j'étais concernée par la situation géopolitique de mon pays. J'ai souvent été amenée à me rendre dans le village où se déroule le film en signe de solidarité avec la population. En plus, la question d'un territoire occupé ne m'est pas étrangère ...

Mais ce n'est pas cela qui m'a le plus intéressé. Aujourd'hui, j'interprète des rôles dans des pays différents et c'est surtout la manière dont les personnages me nourrissent et la personnalité du réalisateur qui déterminent mes choix.

Vous interprétez une femme qui tente de s'émanciper dans une société patriarcale

Elle a surtout une nature ouverte et libre et elle se heurte aux traditions et au poids de la religion de la société dans laquelle elle vit. Mais elle ne se laisse pas faire et elle tente d'aller jusqu'au bout de ses désirs. Pour autant, elle reconnaît qu'elle n'a pas pu tout faire, parce qu'elle appartient à une génération pour qui les choses n'étaient pas simples. Du coup, elle encourage sa fille à aller plus loin qu'elle encore pour qu'elle poursuive son combat.

Amal a dû interrompre son combat pour élever ses enfants

Absolument. Il lui a fallu réévaluer ses priorités pour se consacrer à l'éducation de ses enfants, sans renier ce sentiment de liberté enfoui en elle afin qu'eux ne subissent pas ce qu'elle a subi.

Amal n'est pas si loin du personnage que vous interprétiez dans Satin rouge ..

Oui, même si le cheminement d'Amal est davantage psychologique : elle décide de rester sur place, parce qu'elle sent que c'est son devoir, mais elle ne renonce pas à son combat pour autant. Ce qu'il faut voir, c'est qu'Amal s'entend bien avec tout le monde. Car en réalité l'hostilité émane de ceux qui imposent ces traditions aux femmes. Elle ne cherche pas à échapper à cette oppression rampante par manque de respect, mais parce qu'elle en sent la nécessité.

Comment vous êtes-vous approprié le personnage ?

Eran Riklis m'a beaucoup aidée en venant très souvent à Paris. On a fait beaucoup de lectures ensemble et on a apporté de légers changements au scénario pour que l'émotion soit constante du début à la fin. Dès notre deuxième rencontre, il m'a demandé comment j'aimais travailler et quelle était ma méthode. C'était la première fois qu'un metteur en scène me posait ce genre de question et j'ai trouvé extrêmement généreux de sa part d'aller au-devant du désir d'un comédien. Du coup, cela ne pouvait que m'amener à aller dans son sens et à être à l'écoute de ses propres désirs.

(In Ocean Films)

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