Ciné-club éducatif & culturel de Mons (CCEC)
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Entre ses mains (les Kangourous)
   
Titre original Entre ses mains (les Kangourous)
Réalisation Anne Fontaine
Scénario Julien Boivent & Anne Fontaine
D'après l'oeuvre de Dominique Barbéris (Les kangourous)
Interprétation Benoît Poelvoorde, Isabelle Carré, Jonathan Zaccaï, Valérie Donzelli, Bernard Bloch, ...
Musique Pascal Dusapin
Photographie Denis Lenoir
Pays France
Année 2005
Durée 1H30
Genre Thriller, Drame
Producteur(s) Philippe Carcassonne & Bruno Pésery
Site officiel  
Site officiel de Benoit Poelvoorde
Scoops  
 
 
 
La projection aura lieu à IMAGIX - Mons - Salle 12 - Plan d'accès
Le Jeudi 10 novembre 2005
Le film est projeté en version originale française
Le film est projeté sans entracte ni publicité
Les séances :
 
  • 17h00 et 20h00 avec présentation et feuillet sur les films à chaque séance
  • 14h30 et 22h30 sans présentation et feuillet sur les films à chaque séance
 
 

Anne Fontaine- la très singulière réalisatrice - signe ici un film inattendu puisque Benoît Poelvoorde y interprète un rôle à contre-emploi dans une série noire. Il anime sa duplicité entre celle d’un vétérinaire bien rangé et un tueur en série … Face à lui, une Isabelle Carré éblouissante. Un film "hors norme" et très attendu.

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Cinopsis - Eric Van Cutsem

On l'attendait depuis longtemps ce fameux rôle où Benoît Poelvoorde confirmerait tout le bien que l'on pense de lui! Au fil des films, ses personnages de looser parfois cyniques, souvent à côté de la plaque, avaient fait leur chemin et finissaient par lasser. Ah, c'est encore Poelvoorde dans son numéro, pouvait-on entendre à la sortie des salles... Il aura donc fallu Anne Fontaine et ENTRE SES MAINS pour que Benoît Poelvoorde donne la mesure d'un talent de composition que l'on ne faisait que lui prêter auparavant.

Avec ce personnage réellement dramatique, malheureux, mal dans sa peau, l'acteur belge adopte pour la première fois un ton très différent, froid, désabusé, cynique dans sa tristesse et son désarroi face au monde qui l'entoure. Il joue beaucoup, et avec réussite, sur la respiration de Laurent Kessler et compose ainsi un personnage tout en contradictions, proche de ce que l'on sent être, intuitivement, la véritable identité de ce type de personne dans la réalité.

Face à lui, Isabelle Carré, naïve et amoureuse au premier regard au début, tisse une femme qui, peu à peu, se rend compte de son pouvoir sur cet homme au bord du gouffre. Fascinée par Laurent, son étrangeté, sa différence, Claire sera aussi la seule qui peut le sauver. Et dans cette Isabelle Carré là, il y a du Deneuve et du Hitchcock, une classe indéniable qui transcende son apparente faiblesse en une force intérieure qui lui fera affronter tous ses démons et ceux de Laurent.

Avec sa mise en scène sobre, Anne Fontaine, à qui l'on devait l'étonnant AUGUSTIN, ROI DU KUNG-FU ou encore le dérangeant NATHALIE, accompagne son histoire avec talent. Elle joue de la caméra à l'épaule quand il faut et colle à ses personnages pour leur apporter une intimité nécessaire, tout en sachant élargir les plans lorsque le récit le demande. L'éclairage est particulièrement soigné et complète parfaitement une histoire qui ne plaira sans doute pas à tout le monde... Mais indéniablement, détracteurs et fans de Poelvoorde ne manqueront pas d'aller voir un acteur, qui si il enchaîne comédies et drames dans le futur devrait encore éclater un peu plus à l'écran ...

(In Cinopsis)

Funoc - Catherine Tellier

"Entre ses mains" n'est pas une simple rencontre entre deux êtres. C’est aussi une histoire de frayeur. Des femmes sont assassinées par un homme qui sème la terreur dans la ville. Au fil de ses rencontres avec Laurent, au fur et à mesure que les liens se tissent, Claire fait le rapprochement entre le tueur et Laurent. La frayeur et la fascination s’installe. On glisse peu à peu du quotidien vers la folie et le tragique. Etrangement, alors que ses soupçons se précisent, Claire s’attache lentement à cet homme. Elle pourrait fuir. Pourtant, une facette cachée de sa personnalité la retient... Elle devient alors pour Laurent à la fois un ange gardien et une proie. Une relation ambiguë se crée. Chacun est à la fois le salut et la perte de l’autre.

Talents complémentaires

Claire, le personnage féminin du film, c’est Isabelle Carré. On l’a vue dans "Romuald et Juliette" de Coline Serreau en 1989. Elle a aussi joué dans "Holy Lola", de Bertrand Tavernier, l’an dernier. Isabelle Carré a tout de suite plongé dans le film. Le personnage de Claire la fascine. Claire est tout en transparence et en pureté, mais elle aime la transgression. Sa douceur dissimule en fait une violence, une part sombre: celle qui colle à Laurent...

Benoît Poelvoorde, on ne le présente plus. Il en a fait de la route depuis "C’est arrivé près de chez vous" en 1992! Quand Anne Fontaine lui demande de lire le scénario, c’est juste avant Podium. Benoît refuse d’abord le rôle: ce n’est pas pour lui. Le personnage est dépressif. Le film le montre dans des scènes de séduction. Fontaine laisse passer un peu de temps et, têtue, revient à la charge quelque temps plus tard... Poelvoorde reprend alors le scénario et fait un bout d’essai. La douleur cachée, le trouble, la pudeur de Laurent finissent par le persuader. Il est également touché par le romantisme du personnage, par son rapport impossible aux femmes, son incapacité à les aimer. Le tournage s’est fait de manière chronologique, permettant aux comédiens d’endosser parfaitement la peau de leurs personnages.

Anne Fontaine ne fournit aucune fiche psychologique pour décrire ces deux personnages. Elle donne juste quelques indices de ci, de là. Placé devant ce qui ne peut pas se comprendre, le spectateur sera un peu déboussolé, parfois, par ce qui se passe entre Claire et de Laurent. La caméra à l’épaule, crée à la longue une sensation de vacillement et de dérapage devant cette lente destruction.

Dans “Entre ses mains”, la réalisatrice a transformé l’ordinaire en extraordinaire. Elle nous entraîne sur le chemin sinueux de deux vies qui basculent hors du commun, forçant la réflexion sur le destin.

(In Funoc)

Advalvas

Loin de ses rôles de guignol et de Clo-Clo, Benoît Poelvoorde apparaît mystérieux, sombre et inquiétant dans ce thriller d'Anne Fontaine. L'acteur belge a hésité longtemps avant d'accepter ce rôle dramatique. Mais au final, il a réussi à incarner à la perfection ce double rôle de séducteur et de tueur potentiel.

A ses côtés, Isabelle Carré brille par sa fraîcheur et son charme mélancolique. Après les succès de 'Nettoyage à sec' et 'Comment j'ai tué mon père', Anne Fontaine confirme son talent et sa singularité avec ce 'thriller intime' opaque et inquiétant.


(Advalvas)

La Libre - Fernand Denis

Quand Benoît Poelvoorde négocie idéalement son virage dramatique. Y a du César dans l'air

Une petite dame blonde, charmante, discrète. Epouse parfaite, mère irréprochable, collaboratrice efficace: c'est Claire. Comme ses lunettes: transparente. Après tout, c'est ce qu'on demande aux lunettes, mais certaines montures font tout pour accrocher le regard alors que d'autres s'arrangent pour être invisibles.

Elle et lui

Un vétérinaire ayant eu sa cave inondée, cette experte en assurances se rend sur place pour constater les dégâts - là, c'est peut-être pousser la fiction un peu loin, non!

Il lui fait un peu de plat, elle semble poliment indifférente. Aussi, quand il survient à l'improviste à son bureau pour l'inviter à prendre un café, on est un peu surpris de la voir planter les dossiers et enfiler son manteau. Certes, il y a le plaisir d'être regardée -d'ailleurs, elle abandonne ses lunettes pour se sentir moins vitreuse sans doute-, et puis elle est intriguée par cet homme tellement opaque et sincère à la fois. Comme si elle était face à son contraire. Elle sans histoire, lui qui en déborde. Elle avec un métier routinier, lui qui opère des lionnes. Elle dont la vie est mécanique, lui dont l'existence échappe à tout contrôle. Elle blanche colombe et lui oiseau de nuit.

Mais quoi de plus banal, de plus classique que des pôles opposés qui s'attirent et se résistent.. C'est que, entre eux, s'est invité un doute, un soupçon, un fantôme, celui du serial killer qui égorge les femmes de la région avec un scalpel. Instrument que le vété a toujours en poche.

Chabrol & Sautet

Est-ce l'omniprésence de Lille? Le souvenir du "Boucher" ? On pense plus à Chabrol qu'à Anne Fontaine. Ou alors à Sautet, pour l'atmosphère, la façon de saisir les personnages, de les "intemporaliser".

Inlassablement, Anne Fontaine repasse - à sec - le même thème: les bouleversements, sensations, tensions que provoque l'irruption du désir dans des existences programmées comme un remboursement de prêt hypothécaire. Mais depuis quelque temps, elle ne retrouve plus cette sécheresse, ce trouble, cette capacité à déstabiliser le spectateur en interrogeant son désir comme elle le faisait si bien dans "Nettoyage à sec" ou "Comment j'ai tué mon père".

Reste l'autre qualité majeure de la réalisatrice, la direction d'acteurs. Là, il y a du César dans l'air.

Voilà longtemps que Benoît Poelvoorde retardait le moment de prendre le tournant. C'est fait, c'est parfait. On connaissait l'amuseur, le phénomène, voici l'acteur. Il a toujours de l'humour, de l'impertinence, ce sont ses armes de séduction. Mais il a aussi une épaisseur sombre, obscure, dépressive, douloureuse. Entre les mains d'Anne Fontaine, on a le sentiment qu'il peut devenir LE comédien de sa génération, être un Dewaere, un Auteuil: une personnalité et de la technique.

Et si le virage fut aussi parfaitement négocié, c'est qu'il avait une surdouée à ses côtés, époustouflante de précision, tellement douée Isabelle Carré qu'elle semble pouvoir tout dire sans texte.

Tous les deux, ils rendent troublant ce récit lisse, mystérieuse cette histoire rudimentaire. C'est dans leur jeu virtuose que se trouve le plaisir du spectateur.

(In La Libre)

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Comme à son habitude, Benoit anime le plateau du tournage.

"Avec lui, c'est plusieurs fou-rires assurés sur une heure !" raconte Isabelle Carré.

D'ailleurs en ce vendredi 12 novembre, l'absence de Ben amène un calme et un "professionnalisme" retrouvé sur les lieux du tournage !

Lors des trois premières semaines du tournage du film, Ben a une fois arrêté un bus entre deux prises. Il est monté dedans et a salué toutes les personnes se trouvant à l'intérieur ". Du Ben tout craché quoi !!

Par la suite, les choses se sont un peu corsés ! Les envies de déconnade de Ben n'étant pas toujours accepté et apprécié de la réalisatrice ... !

(In benoitpoelvoorde.be)

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Entretien de Poelevoorde par Fabienne Bradfer

A la fois ordinaire et inquiétant dans la peau d'un vétérinaire de province qui ne sait pas aimer, l'acteur belge dont on connaissait déjà le potentiel intime grâce à Benoît Mariage (Les convoyeurs attendent), qu'il retrouve cet automne, a bien fait de se laisser faire. Il confirme une fois de plus qu'il est un acteur, un vrai, et que ses capacités sont énormes. On devrait encore en avoir d'autres preuves avec les sorties prochaines de Selon "Charlie", de Nicole Garcia, et "Du jour au lendemain", de Philippe Le Guay. Rencontre dans son fief namurois.

Avez-vous enfin vu Entre ses mains ?

Il y a trois jours, en Espagne, et ce fut dur, très dur ! Car j'avais l'impression de me voir pour la première fois. J'ai été troublé car il y a des parts de moi dans ce film. En même temps, je me dis : " C'est ça l'image que je donne de moi ? Elle est super déprimante. " Je ne me rendais pas compte car je joue à l'instinct. Jouer est un acte bizarre. Dans les comédies, je vérifie sur le combo l'impact de la scène. Je dose une grimace, un geste. Ici, obligé par Anne Fontaine, j'ai dû lâcher prise. Ce qu'Anne voulait : que je me laisse faire. Comme lorsqu'une femme vous fait l'amour. Moi, j'essaie toujours de comprendre le pourquoi du comment. Grossière erreur ! Il faut lâcher prise. J'ai appris. Appris à faire confiance aux autres.

Ce film reste dur même dans le souvenir. Vous savez à quel point j'ai freiné pendant des mois pour ne pas faire ce film. J'ai finalement cédé parce que je commençais à m'ennuyer. Je le dis haut et fort à tous les parents : " Laissez vos enfants s'ennuyer, c'est là qu'ils vont inventer. ". Je suis parti en vacances chez ma belle-mère. J'ai relu une troisième fois le scénario d'Anne Fontaine. J'étais avec un copain, celui qui a écrit " Les portes de la gloire " et les Manatane avec moi, et il ne comprenait pas mon refus. Il m'a dit : " Tu aimes le scénario, tu aimes le personnage et tu n'es pas plus laid qu'un autre alors... ". J'ai finalement téléphoné à Anne.

Quelle fut la part d'angoisse sur ce tournage ?

Angoisse perpétuelle. Contrairement à ce qu'on pense, je n'ai pas confiance en moi. J'arrêtais les prises car je n'y croyais pas. Heureusement, il y avait Anne Fontaine et Isabelle Carré. Anne nous avait préservés d'une rencontre préalable pour qu'on garde la pudeur. On a tourné dans l'ordre chronologique avec cette timidité des gens qui se rencontrent. On était sincères. Mais Isabelle a très bien compris que je ne lâcherais pas prise facilement. Donc, elle m'a pris dans ses mains, elle m'a soutenu durant tout le film et, si on regarde bien ses regards, on sent qu'elle est inquiète pour moi, ce qui donne un plus au film.

Comment vous sentez-vous d'avoir dépassé ces peurs ?

Cela ne m'a donné qu'une envie : écrire. Me mettre ainsi à nu. Avoir enfin confiance en des choses que je n'aurais jamais osées. J'ai refusé une nouvelle fois un film de Resnais pour ça. Je veux m'investir pour moi. Réécrire autrement mon scénario sur la paresse. J'y vais. Je vais aller de plus en plus dans l'intime. Plus on vieillit, plus on est conscient de soi, plus on se fragilise, non ?

En filmant les presque rien des personnages, Anne Fontaine fait une belle mise à nu des acteurs. En aviez-vous conscience ?

Non et heureusement. C'est sans doute pour cela qu'elle m'a interdit de me voir après les prises. Elle savait que je me braquerais encore plus de me voir ainsi. En fait, pour moi, filmer ce qui nous échappe me paraissait du blabla de réalisateur. Je suis très réfractaire à ça. Avec Nicole Garcia, pareil. Avec sa voix douce, elle me disait de lui faire confiance et moi, je voulais savoir où j'allais. Je me trompais. J'ai bien fait de me laisser faire.

Vous vous sentez enfin acteur ?

Je le sens depuis " Podium " car là aussi, j'ai fait un gros travail. J'ai une scène avec Zabou dans " Narco " à laquelle je ne croyais pas et qui m'a finalement convaincu aussi dans la voie de l'intime. Cela m'a permis d'aller vers Anne Fontaine. Je le dis enfin à voix haute, je l'accepte : je suis acteur.

Et vos réticences à l'égard des scènes intimes ?

C'est de la timidité. Je suis très pudique là-dessus même dans ma vie privée, alors le faire devant des millions de gens. Je suis très premier degré sur un plateau. J'avais appelé la scène finale où j'embrasse Isabelle Carré, le sommet de la montagne. Tuer n'est pas difficile à jouer, mais s'aimer dans la dernière minute... Finalement, cela s'est passé tout simplement car on avait mis tellement d'enjeux pendant deux mois. J'aime beaucoup le couple que je forme avec Isabelle. Je garderai l'affiche et la photo du plan final comme le souvenir d'une belle histoire d'amour de cinéma. C'est la première fois que cela m'arrive.

Finalement, vous vous dévoilez entre les mains des femmes...

Les femmes arrivent à leurs fins de manière beaucoup plus intelligente. Elles savent vous prendre en oblique. Sur un plateau, elles peuvent être tour à tour ton amie, ta maîtresse, ta femme, ta maman pour obtenir ce qu'elles veulent. Et tu te laisses avoir. Et c'est très bien. Avec " Entre ses mains ", j'ai appris pas mal sur moi. Je construis des barrages sur mes rivières. Anne Fontaine m'a décoincé. Elle m'a appris à ne plus arrêter mon eau.

Film thérapie alors ?

Absolument. J'ai appris sur moi, sur mon rapport au cinéma, aux gens. Je me sens mieux dans ma tête aujourd'hui qu'avant et je fais davantage confiance.

Comment situer le tournage du prochain Astérix au printemps 2006, dans tout ça ?

Je dois jouer Brutus, un abruti méchant. Idéal pour moi. Du sur mesure. J'y vais avec le bonheur d'un enfant. Rien qu'à l'idée de mettre des jupettes... je suis déjà tout fou.

(In Le guide.be)

Interview d'Isabelle Carré

Comment décrireriez-vous la rencontre de Claire et Laurent ?

On montre deux personnes qui transgressent avec un système de vases communicants : elle est très cadrée, elle ne transgresse surtout pas et lui transgresse énormément mais finalement le plus fou n'est pas celui que l'on croit. Elle va plus loin que lui et, au fur à mesure qu'elle va vers la transgression, lui pourrait aller vers une forme de normalité.

Ce qui était intéressant c'était de voir les mouvements internes de ces personnages, comment elle elle quitte sa vie et se révèle autrement, en une autre femme avec toutes ses zones d'ombre. Claire votre personage est attirée par un homme qu'elle soupçonne des pires atrocités et pourtant jamais on ne doute de cette situation paradoxale...

Il y a quand même des pistes qui montre qui rendent cette dimension possible crédible : la danse à laquelle elle a du renoncer, mais aussi ces petites marques qu'elle se faisait quand elle était adolescente et quand elle explique qu'elle se sent transparente dans la vie, qu'elle a l'impression qu il y a une paroi entre elle et les choses. Se confronter à un danger ça intensifie l'existence, ça fait battre le sang dans les veines et c'est peut-être ça qu'elle cherche dans cette relation. Je trouvais que ces signes, sans être trop explicatifs ou réducteurs, permettaient l'identification, si on avait trop balisé le terrain cela aurait été difficile.

Je trouve qu'on identifie merveilleusement bien à ces deux personnages, on les suit parce que ce n'est pas trop rempli, il reste des creux dans lesquels le spectateur peut projeter des choses. Ce qui caractérise mon personnage, comme celui de Benoît Poelvoorde, c'est qu'ils ne peuvent pas exprimer par des mots leurs émotions pour des raisons évidentes alors même que ces émotions sont le coeur et la matière du film.

Comment s'y prend t-on pour interpréter ce type de personnages ?

Il fallait le vivre à l'intérieur, le ressentir et essayer de le communiquer sans être volontariste parce que ce n'est pas un film démonstratif, c'est un film avec beaucoup de pudeur et de retenue. J'aime bien ce mélange de pudeur et de sentiments extrêmes mais sans performance d'acteur. C'est agréable de se fondre dans un univers et de remplir un personnage et d'essayer de vivre un peu une histoire. On a cette chance-là, quand on est comédien, d'avoir comme d'autres vies en plus. Quand vous acceptez de participer à un film comme Entre Ses Mains, cela implique de plonger dans un univers sombre et de le porter sur ses épaules puisque vous interprétez un des deux rôles principaux.

Cela ne fait-il pas peur ?

Quand j'ai lu le scénario j'ai trouvé qu'il y avait énormément de matière pour les acteurs ( pour le personnage féminin comme le personnage masculin), cette richesse-là n'est pas si fréquente. J'étais donc enthousiaste. Mais c'est sur que ça fait peur car on se frotte à des choses qui peuvent être angoissantes. J'avais peur de faire des cauchemars, peur d'être contaminée par l'angoisse de Claire à certains moments du tournage et ça n'a pas du tout été le cas, à aucun moment.

J'ai pris beaucoup de plaisir à tourner ce film, sans doute grâce à la personnalité de Benoit qui nous faisait beaucoup rire sur le plateau. C'est quelque chose que j'avais déjà vécu avec "Se Souvenir Des Belles Choses" avec Bernard Campan et Zabou Breitman et le fait que l'on puisse rire entre les prises ça libère les acteurs. Si c'était vingt-quatre heures sur vingt-quatre de drame qu'il faut vivre non-stop, je pense qu'on aurait beaucoup moins d'énergie et moins de capacité à aller loin dans l'émotion quand il le faut.

Qu'avez-vous ressenti à la vision du film ?

J'étais troublée quand j'ai vu le film car je pensais que la folie éclatait dans la dernière scène dans un cataclysme, la folie était là, la violence... Et quand j'ai vu le film, je me suis dit : " Mais c'est pas ça du tout ! ". C'est assez étrange quand vous êtes persuadé d'avoir joué un truc et que ce n est pas ça qu'on voit. J'ai vu deux personnes qui s'aiment, qui se désirent et qui dégagent une humanité en miroir l'un par rapport à l'autre. Et la folie ne se dépose finalement que dans la toute dernière scène où elle marche toute seule : elle est passée ailleurs.

Vous êtes vous préparée comme pour vos rôles précedents ?

Non, en général je lis beaucoup, je vois beaucoup de films et là je n'ai rien lu, je n'ai rien vu. On a juste fait des lectures séparément car Anne Fontaine ne voulait pas que Benoît et moi nous rencontrions avant le tournage, sauf pour un diner. Elle voulait que la rencontre soit un peu comme en direct par rapport à ces deux personnages.

Comment avez-vous ressenti le travail de Benoît Poelvoorde qui pour la première fois doit interpréter un personnage particulièrement sombre ?

J'ai vu dans ses yeux quand il y avait des moments de tension, c'était impressionnant, la tension était palpable sur le plateau, pas que pour moi qui étais proche de lui, j'étais spectatrice privilégiée par rapport à ça, mais aussi pour le reste de l'équipe. Il a été vraiment généreux dans l'expression de ses sentiments.

Quand on regarde de près la plupart des rôles que vous interprétez on a le sentiment que vous vous abandonnez totalement à votre rôle et à l'histoire.

Oui, bien sur. C'est ça qui est intéressant. Benoît l'a fait aussi. C'est le principe de ce métier, si on se garde une réserve ou un jugement, si on est pas investi... Et puis, c'est le plaisir aussi, moi je ressens ça quand je lis un roman : je plonge dedans, je me fais des images... J'ai une image un peu naïve, enfantine, mais je compare ça au film de "Mary Poppins", quand ils rentrent dans le dessin à la craie. Ce métier permet cela, de rentrer dans un univers, dans une histoire, c'est une chance. Après, ça n'empèche pas d'avoir peur mais si on se projete pas dans cette rêverie on peut gacher le plaisir.

(In Le Quotidien du Cinéma)

Interview d'Anne Fontaine, Benoît Poelvoorde et Isabelle Carré

On a parfois l'impression que Claire s'ennuie dans son quotidien...

Anne Fontaine : La scène de la danse dans la boîte de nuit reflète bien l'évolution de Claire au cours du film. Au début, elle est timide, introvertie, puis elle se lâche. Elle a une vie droite et rangée mais une partie d'elle a été enfouie. Elle voulait être danseuse, elle finit dans les assurances. En rencontrant Laurent, elle ressent une forte attirance pour lui. Elle se tranforme à son contact.

Isabelle Carré : Je ne dirais pas qu'elle s'ennuie. Laurent la transforme car il porte un autre regard sur elle.

Et elle, quel regard porte-t-elle sur Laurent ?

Anne Fontaine : Je dirais qu'elle éprouve pour Laurent une certaine fascination mêlée de frayeur. Elle a le sentiment d'être quelqu'un d'unique. Il y a une sorte d'énergie qui lui fait face. Elle avait une vie chloroformée.

Isabelle Carré : Claire est ambiguë. Mais je crois qu'on l'est tous un peu. Cette ambiguïté fait partie de la condition humaine. Il y a un juste équilibre entre ce qu'on est et ce qu'on dissimule aux autres.

Benoît Poelvoorde fait son entrée. Il s'était perdu dans les rues de Lyon ! Il s'excuse de son retard et prend place entre Anne Fontaine et Isabelle Carré.

Le film, je crois, a été tourné dans l'ordre chronologique, est-ce que ça vous a aidé ?

Benoît Poelvoorde : Oui, bien sûr. Je crois que ça nous a aidé tous les deux. La réalisatrice, Anne, ne voulait pas qu'on se voye avant le début du tournage. Elle voulait que la timidité naturelle entre nous deux soit présente dès le début de l'histoire, lors de la rencontre.

On ne vous attend pas à priori dans un tel rôle...

Benoît Poelvoorde : C'est vrai qu'interpréter Laurent, c'était compliqué. C'était surtout l'histoire d'amour qui m'embarassait. J'étais intimidé. J'avais peur d'être ridicule, que ce ne soit pas crédible. Je me suis mis beaucoup de barrières.

Anne Fontaine : Ne te rabaisse pas, tu as été parfait !

Isabelle Carré : Et puis même si ce n'est pas une comédie comme il a l'habitude d'en faire, ce n'est pas non plus un drame. C'est un film avec beaucoup d'émotions. On peut rire et alors soudain, sans prévenir, le film redevient plus léger.

Anne Fontaine : Benoît est dramatique mais il sourit aussi. Il utilise beaucoup la drôlerie. Je ne pense qu'il soit à contre-emploi dans le rôle de Laurent.

À partir de quand Claire a-t-elle des soupçons ?

Anne Fontaine : Lors de la rencontre entre Laurent et Claire, je voulais qu'elle soit très banale. Je ne voulais qu'on se rende trop vite compte que quelque chose clochait. Puis petit à petit, une histoire d'amour s'installe. Ensuite, le doute s'installe progressivement dans la tête de Claire avec tout ce qu'elle entend à la radio et à la TV. Elle nie la vérité tout en la pressentant.

Isabelle Carré : Anne nous a fait travailler séparément. Est-ce qu'elle a des soupçons ? Moi même je ne sais pas vraiment quand mon personnage se rend compte que c'est un tueur. Cette incertitude, c'est tout l'intérêt du film.

Dans quelle mesure avez-vous été fidèle au livre " Les Kangourous " dont le film est une adaptation ?

Anne Fontaine : "Entre ses mains" est librement inspiré de ce roman. Par exemple dans le livre, Laurent n'est pas vétérinaire, Claire est célibataire. L'idée du vétérérinaire est venue comme ça. On m'a dit que les tueurs en série exerçaient souvent une profession para-médicale. À dire vrai, la seule chose que j'ai gardé du livre c'est la compagnie d'assurance où travaille Claire. Je n'ai pas essayé de simplifier les personnages. J'ai essayé de rester laconique.

Comment définiriez-vous votre personnage Benoît ?

Benoît Poelvoorde : Laurent est confronté à son désir. C'est un enfant asexuée. Il souffre d'être dans une socitété très sexuée. Il ne les tue pas, il les éteint. Je ne crois pas qu'il éprouve de plaisir à tuer. Il boit, il a des pulsions.

Et travailler avec une réalisatrice, ça change quoi ?

Benoît Poelvoorde : Si je pouvais, je ne ferais des films qu'avec des femmes. La femme a plusieurs facettes. Il y a un rapport séduction qui s'installe entre nous. Quand un homme travaille avec une femme, elle prend à la fois le rôle de la mère, de l'épouse, de la maîtresse, de la soeur.

Isabelle Carré : Une réalisatrice a beaucoup plus de culot. Elle n'a pas peur d'aborder frontalement un sujet aussi difficile. Elle travaille avec beaucoup de finesse.

Benoît Poelvoorde : Il y a une délicatesse qui va aller beaucoup plus loin qu'avec un homme. En général, les hommes n'arrivent pas à filmer les scènes d'amour par exemple.

(In Kinomax)

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