Ciné-club éducatif & culturel de Mons (CCEC)
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Peindre ou faire l'amour
   
Titre original Peindre ou faire l'amour
Réalisation Arnaud Larrieu & Jean-Marie Larrieu
Scénario Arnaud Larrieu & Jean-Marie Larrieu
Interprétation Sabine Azéma, Daniel Auteuil, Amira Casar, Sergi López, Philippe Katerine, Hélène de Saint-Père, Sabine Haudepin, Roger Mirmont, Jacques Nolot, Marie-Pierre Chaix, Florence Loiret, Thiago Telès, ...
Musique Philippe Katerine
Photographie Christophe Beaucarne
Pays France
Année 2005
Durée 1H38
Genre Comédie
Producteur(s) Philippe Martin & Géraldine Michelot
Site officiel  
Scoops  
 
 
 
La projection aura lieu à IMAGIX - Mons - Salle 12 - Plan d'accès
Le Jeudi 24 novembre 2005
Le film est projeté en version originale française
Le film est projeté sans entracte ni publicité
Les séances :
 
  • 17h00 et 20h00 avec présentation et feuillet sur les films à chaque séance
  • 14h30 et 22h30 sans présentation et feuillet sur les films à chaque séance
 
 

William et Madeleine habitent en ville au pied des montagnes. Mariés depuis longtemps, fidèles et amoureux, ils ont une vie rangée. Leur fille unique partant vivre en Italie, ils n'ont plus qu'à s'occuper d'eux-mêmes. Au cours d'une de ses promenades sur les collines environnantes, Madeleine installe son chevalet devant une vieille maison et rencontre Adam, un homme fin, cultivé et aveugle.

Il lui fait visiter la maison qu'elle est en train de peindre : elle est à vendre. C'est le coup de foudre, William et Madeleine l'achètent. Les semaines qui suivent l'achat, William et Madeleine vivent une période de grand bonheur. Leur nouvelle vie s'organise dans la proximité d'Adam et de sa jeune compagne Eva qui habitent à quelques centaines de mètres. Le jour où la maison de leurs nouveaux amis brûle, William et Madeleine n'ont plus d'autre désir que de les héberger...

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Netevents

William et Madeleine habitent en ville au pied des montagnes. Mariés depuis longtemps, fidèles et amoureux, ils ont une vie rangée. Leur fille unique partant vivre en Italie, ils n'ont plus qu'à s'occuper d'eux-mêmes. Au cours d'une de ses promenades sur les collines environnantes, Madeleine installe son chevalet devant une vieille maison et rencontre Adam, un homme fin, cultivé et aveugle.

Il lui fait visiter la maison qu'elle est en train de peindre : elle est à vendre. C'est le coup de foudre, William et Madeleine l'achètent. Les semaines qui suivent l'achat, William et Madeleine vivent une période de grand bonheur.
Leur nouvelle vie s'organise dans la proximité d'Adam et de sa jeune compagne Eva qui habitent à quelques centaines de mètres. Le jour où la maison de leurs nouveaux amis brûle, William et Madeleine n'ont plus d'autre désir que de les héberger...

Peut-on encore s'aimer après 30 ans de mariage ? C'est à cette question que tentent de répondre les frères Larrieu au travers de cette comédie sentimentale. Toujours près de la nature comme pour leurs deux précédents films, les réalisateurs exposent la vie d'un couple de citadins qui s'en va respirer les joies de la nature – le Vercors pour l'occasion – et ceux de l'échangisme. Entre la découverte de la mise au vert et la sexualité débridée, on aurait tendance à aimer cette nouvelle vie qu'abordent les époux Madeleine/ William interprétés avec brio par la spontanée Sabine Azéma et l'élégant homme mûr qu'est devenu Daniel Auteuil.

Sans entrer dans le voyeurisme ou le sexuel gratuit, on suit pas à pas la complicité d'un couple qui se laisse piéger au jeu de l'amour entre adultes consentants désirant se donner les uns aux autres. Rarement mis en avant dans le cinéma dit classique, il est évident qu'aux premiers abords, le thème trouble mais, grâce à la fraîcheur des dialogues et l'humour simple, le film au sujet quelque peu tabou prend une tournure extrêmement légère grâce notamment au décor qui arrive à reposer les esprits après le réchauffement des corps.

Sans prise de tête ni de regards moralisateurs, Les Larrieu veulent simplement exprimer un fait et des gestes voulus qu'un couple légitime est en droit d'accepter ou refuser après tant d'années de vie bien rangée. N'est-ce pas merveilleux d'avoir à nouveau la flamme, de vouloir se sentir vivre et d'être libre dans son corps et dans sa tête. Du bonheur à l'état pur qui vous requinque pendant 90 minutes sans que vous ayez à réfléchir. Malgré son aspect sulfureux, ce film éveille vos sens pour ne plus vous quitter et vous emporter loin sur une planète qu'on appelle bien-être. Une sorte de thalassothérapie cinématographique qu'on devrait prescrire à tout le monde et à tout âge.

Source : Netevents - Jean-Jacques Leloup

Le Quotidien du cinéma

Le bonheur est dans le pré

Si vous ne supportez plus d'entendre ou de lire certains mots comme hédonisme ou épicurien qui, à force d'être accommodés à toutes les (mauvaises) sauces, ne signifient plus qu'un salmigondis new age, ce film risque de vous réconcilier avec leur sens originel tant il flotte un doux et stimulant parfum de plaisir dans Peindre ou faire l'amour.

Déjà le titre est un beau programme et les deux propositions sont loin d'être irréconciliables ici : Madeleine (Sabine Azéma), peintre à ses heures perdues, s'inspire pour ses toiles des somptueux paysages qui entourent le Vercors. Alors qu'elle dessine un jour l'extérieur d'une vieille propriété, elle fait la connaissance d'Adam (Sergi Lopez), aveugle amoureux des couleurs, des formes et des odeurs. Habitant non loin de là avec sa jeune femme Eva (Amira Casar), il lui fait visiter la maison à vendre qui, très vite, va devenir la nouvelle demeure de Madeleine et William (Daniel Auteuil), conquis par ce nouvel eden (avec comme nouveaux voisins Adam et Eva).

L'atmosphère sereine, le frémissement de la nature, la fréquentation du jeune couple à la sensualité communicative redonnent un coup de fouet à Madeleine et William qui voient leurs sens s'affoler et leurs désirs retrouver une vigueur insoupçonnée. Baignée d'une voluptueuse harmonie, leur vie nouvelle est ponctuée de délicieuses rencontres avec Eva et Adam dont la délicatesse et le raffinement trouvent un écho à leur propre sensibilité.

Une osmose rare qui passe par une phase d'apprentissage (belle séquence nocturne où Adam, passeur attentif, les guide jusque chez eux dans l'obscurité) avant que l'échange mutuel et le trouble partagé ne trouvent son apogée dans le consentement et le contentement des corps. Une parenthèse dont les effluves euphorisants se dissiperont un temps avant que la loi du désir ne reprenne ses droits.

Eloge de l'amour affranchi de toute morale, en phase avec l'époque sans sacrifier à l'air du temps, tissé d'inflexions et de mouvements indicibles, Peindre ou faire l'amour est le portrait impressionniste d'un couple parvenu à l'automne de leur vie, sensible aux chemins de traverse qui s'ouvrent sous leurs pas et curieux de découvrir l'imprévu qui s'y cache. Un homme et une femme prêts à s'engouffrer dans les lignes de fuite de l'existence et se poser dans la jouissance d'un temps suspendu.

Rythmé par de sublimes chansons de Barbara et Brel sur l'amour fou, le film des frères Larrieu pose un regard idyllique (attention aux mirages romanesques) sur le désir librement partagé esquissant de surprenantes perspectives. Une vision utopique traversée d'une grâce volatile et d'une beauté éphémère par la magie d'un quatuor de comédiens interprétant au cordeau une partition subtile.

Source : Le Quotidien du cinéma - Patrick Beaumont

Le Quotidien du cinéma

Arnaud et Jean-Marie Larrieu avaient réalisé, en 2003, leur premier logn-métrage : Un Homme, Un Vrai. On parlait alors d’une comédie, d’une vraie. Et pourtant, le film jouait avec les codes du genre en usant notamment d’astucieuses digressions (évoquant par exemple les coqs de bruyère). La fraîcheur du ton avait séduit public et critique. Autant dire que ce ¨Peindre ou faire l’amour, deuxième opus des frères réalisateurs, était attendu.

Bonne nouvelle. Même si le film peut déplaire, il illustre une continuité dans le cinéma des Larrieu. Le cinéma, pour eux, est un divertissement, divertissement ne voulant pas dire ici défilé de non-sens et d’absurdité. Et ce divertissement peut-être une forme d’art. L’art, on le retrouve dans le parti-pris esthétique. C’est sur ce point que Peindre ou Faire l’Amour capte toute notre attention. Car, l’histoire, elle, est simple. Et ce n’est pas une plongée vers l’érotisme voire le porno chic qui donnera de la profondeur au scénario.

Madeleine (Sabine Azéma) et William (Daniel Auteuil) mènent une vie paisible. Jusqu’au jour où Madeleine, qui peignait dans la campagne alpine, visite une maison en compagnie du voisin, Adam (Sergi Lopez). Le couple se lance dans l’aventure et s’installe tout près d’Adam et de sa femme Eva (Amira Casar). Ah ! un détail : Adam est aveugle. Bien sûr cette rencontre va changer la vie banale de William et Madeleine. Même si l’intrigue évoque directement Harry, Un Ami Qui Vous Veut Du Bien, Peindre ou Faire l’Amour parvient à se détacher de tous ses modèles.

Par le choix de réalisation, donc. Il y a chez les Larrieu, une forme de contemplation visuelle comme on en trouve dans le cinéma asiatique. La vue n’est plus le seul sens convoqué par l’image. Celle-ci réveille le goût, l’odorat, l’ouïe. Comme Adam, le spectateur pourrait se débarrasser de la vue. L’idée est directement exploitée au cours d’une étrange scène de deux minutes filmée dans l’obscurité complète. Les mouvements de caméra, les superbes lumières, la photographie naturaliste contribuent à plonger le spectateur au cœur des montagnes alpines.

Quand Un Homme, Un Vrai composait une ode aux Pyrénées, région d’origine des Larrieu, Peindre ou faire l’amour dessine un tableau tout en couleurs chatoyantes et jeux d’ombres. Chez les Larrieu, on peut toucher, sentir l’humidité de la rosée, la fraîcheur de l’air matinal. On peut toutefois reprocher à ce film un ton bourgeois-bohème exaspérant : de sympathiques parisiens (ou du moins citadins) s’installent à la campagne pour humer le bon air frais. Leur maison est magnifique et leurs soucis sont bien loin de ceux éprouvé par le commun des mortels.

Oui mais à la différence d’une comédie bourgeoise agaçante telle que Les Poupées Russes (comment peut-on se lamenter alors qu’on possède un appartement en plein Paris, un boulot prestigieux et que l’on doit choisir de faire sa vie avec une mignonne britannique ou un top-model ?) dans Peindre ou Faire l’Amour, les personnages expriment une bonne humeur communicative. Pas de lamentation. Le pur hédonisme.

Et les acteurs traduisent cette vigueur, particulièrement le beau couple Azéma-Auteuil. Et que dire du charme irrésistible d’Amira Casar. Si ce n’est qu’une fois son personnage sortie de l’intrigue, le film flotte dans l’absurde. Nous en apprenant plus sur la genèse du projet. Apprenant l’arrêt du porno soft de M6 le dimanche soir, les Larrieu ont décidé de projeter leur film sur grand écran.

Blague à part, la sensualité et l’érotisme sont utilisés à outrance et laissent le film dérailler. Il ne s’agit plus de choisir entre la peinture et l’amour. Faire l’amour uniquement !

Source : Le Quotidien du cinéma - Patrick Beaumont

L'empire des sens

Étude sur le couple teintée de burlesque? A peine décalé oui, le nouveau galop d’essai des frères Larrieu pour redonner sens à un cinéma lascif et suggestif, attentif à privilégier l’instant, à happer les fragrances, ce qui flotte dans l’air, notes, humeurs, sensations. Tout ce que chantent notamment Brel et Ferré.

Écriture délicate

Il est question, dans cette comédie de moeurs, d’un couple marié depuis trente ans qui – au-delà de l’anecdote et de la morale – redécouvre la simplicité du désir, l’innocence du regard, l’émoi des premières fois, l’ivresse des sens… en l’occurrence, par le biais du retour à la nature et de la découverte de piments inconnus et échangistes. Réprouvés d’abord puis consentis – non sans le pincement au coeur de la culpabilité – avant d’être pleinement approuvés. Ainsi, changer de vie… naturellement et glisser de l’exaltant panthéisme des premières bobines à un hédonisme quelque peu trivial ayant paradoxalement pour effet de gâcher un peu le plaisir et de dissoudre l’intérêt.

Plane sur ce film le souffle tiède et silencieux d’une écriture délicate, d’une caméra caressante, sensible aux ambiances et aux courants capricieux du temps – celui qui bien sûr passe et flétrit, mais aussi celui qui invite à la chaise longue ou au feu de bois – et aux atours d’un Vercors très en beauté, quelles que soient les lubies de la météo. Tout est dans l’air, tout et son contraire ...

Ah Azéma !

Imprévisible, le film l’est incontestablement tout comme l’interprétation de Daniel Auteuil, tellement subtil, tellement «vrai» qu’on finira bientôt par ne plus le remarquer. Un peu vieillot, faussement insolent (tabou, transgressif, l’échangisme ?), cédant au charme discret de la bourgeoisie, il l’est hélas aussi quand il s’égare dans un psychologisme franco-français de bon ton, par-delà le couple vedette, se dispersant, lâchant du lest en recourant à des personnages secondaires qui finissent par s’évaporer très rapidement.

Impénétrable, il l’est beaucoup moins que Sergi Lopez, manipulateur, enjôleur, toujours quelque part entre ces deux états.
Un peu hors du temps, il l’est également et heureusement tout comme le jeu physique et ingénu de Sabine Azéma – belle, fraîche, sensuelle, attirante – pareille à un frisson en été, à une confiture de fruits de la forêt, à un standard de jazz cravaché par des percussions brésiliennes ...

Source : La voix du Nord - Ph.L

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Interview de Jean-Marie et Arnaud Larrieu

Paris en août, c’est assez spécial. Les rues quasi désertes prêtent à la confidence. Justement, cela tombe bien car on a rendez-vous ce matin avec les réalisateurs de Peindre ou faire l’amour à la terrasse d’un café, non loin du journal Le Monde, qui sera le prochain interlocuteur des frères Larrieu.

Arnaud et Jean-Marie Larrieu, originaires de Lourdes, se sont consacrés depuis 1998 au cinéma, avec pour interprète fidèle, Mathieu Amalric (La Brèche de Roland, Un homme un vrai). Avec Peindre ou faire l’amour, les frères Larrieu s’attaquent à un bastion quasiment imprenable de la comédie traditionnlle française, l’échangisme. Et que retrouve-t’on tout autour des quatre personnages principaux interprétés par Daniel Auteuil, Sabine Azéma, Amira casar et Sergi Lopez ? Des montagnes, forcément ! Pas celles des Pyrénées, mais celles des Hautes Alpes que les frères Larrieu captent de leur caméra bienveillante.

L’ECOLE DU "SUD-OUEST"

Jean-Marie Larrieu : Quand des critiques d’art se pencheront dans deux cents ans sur les êtres primitifs que nous étions, ils s’intéresseront à l’école du « Sud Ouest », (rires), un peu comme celle de Pont-Aven, puisque c’est un peu vrai au sens d’avoir grandi en province, dans une petite ville, en l’occurrence Lourdes, qui est encore plus spéciale que les autres, mais qui reste quand même une petite ville de province, et dans un rapport à la nature assez fort, quand c’est à la fois entouré de montagnes, avec ce côté agricole. Ça nourrit un imaginaire et un espace, des paysages. Après, on a croisé d’autres gens mais plus tard, dans des festivals : Alain Guiraudie, Philippe Ramos, Luis Alaejos...

Dans cette école-là, (on rigole bien sûr en l’appelant comme ça) il y a longtemps, il y avait un texte de Luc Roulet qui avait écrit sur les régions françaises, le cinéma, et l’appartenance et les origines des genres du cinéma. La grande région, c’était donc le Centre avec Pialat, Rohmer. Et il disait que dans le Sud-Ouest, où très peu de films avaient été tournés (voire dans les Pyrénées, carrément aucun) que les deux grands thèmes de ce cinéma, c’était la sexualité et l’autobiographie. Il parlait de Téchiné, Eustache et Breillat.

Après, le thème de notre école, c’est l’amateurisme. On avait un grand-père qui faisait des films amateurs, des petits films burlesques, avec des amis. Ce sont les premiers films qu’on a vu, ça donnait un truc intime du cinéma et du coup après avec d’autres copains, on a fait des petits films en super huit. Il y a cette idée de bande et de fabriquer le cinéma à partir de quelques œuvres.

Enfin, au niveau du partage de la caméra, ça se passe bien parce qu’on ne cherche pas le même rôle. Sur le plateau, Arnaud est au cadre et moi je parle aux acteurs. Quand je prends la parole, Arnaud regarde, et vice versa... Mais on a déjà décidé ensemble de certains déplacements de caméra.

LE DECOR

Jean-Marie Larrieu : C’était écrit pour les Pyrénées, d’abord parce que les gens ont inspiré, non pas l’histoire, mais le milieu social dans laquelle elle se passe. C’était les contreforts des Pyrénées qui nous avait inspiré, pas la haute montagne du tout. Et c’est une région de petites collines très vallonnées, comme un bouillon qui aurait été figé tout d’un coup, et ça, on n’y a pas eu droit pour des raisons de production.

Le film a été assez dur à monter financièrement et à un moment donné, la région Rhône-Alpes a été intéressée, et on a eu besoin d’eux. On a commencé à sillonner tout le Rhône-Alpes qui est une très vaste région, très diverse. On a bien mis trois semaines.

La première fois, on est parti de la Provence et on s’est retrouvé au lac Léman en ayant fait l’Ardèche, la Drôme, le Vercors. On avait du mal avec le côté Provence, d’abord sur la peinture, il y avait beaucoup de redondances (la montagne Sainte Victoire, Cézanne, etc...). Et cela faisait très Lubéron, c’est-à-dire que notre petite bourgeoisie devenait un peu trop grosse.

Les Hautes Alpes, c’était très abstrait, une sorte de paysage au loin magnifique mais un peu trop invivable. L’Ardèche, on l’avait déjà fait dans d’autres films, avec les châtaigniers, les communautés... Et on a traversé plusieurs fois cette région des noyers, et on s’en est échappé. Et près de Grenoble, par des amis, on a trouvé cette maison et le paysage autour de la maison, on a commencé à le voir. Ça n’était plus des collines mais il y avait cette ligne du Vercors. Cette ombre comme un corps allongé.

Ce qui était bien en ayant sillonné tout ces petits lieux, c’est qu’on a commencé à observer le fonctionnement d’une géographie. Alors on l’a fait d’une manière un peu accélérée et Grenoble nous a beaucoup plu car il y a étrangement comme à Lourdes, un rapport avec l’eau. C’est une ville un peu sombre au pied des montagnes et qu’on aime beaucoup comme si les montagnes étaient de grosses masses, avec ses tramways, ses rues piétonnes.

LA PALETTE

Jean-Marie Larrieu : On a dirigé les acteurs en les laissant guides d’eux-mêmes. En fait, c’est étrange parce que plus on en parle, plus on se dit que la direction d’acteurs se prépare énormément en amont, et c’était d’autant plus juste qu’on l’a vérifié sur de très grands acteurs : on n’a jamais aussi peu parlé (une heure en fait avant le tournage) mais cela s’est joué plus sur la manière de mettre en place un personnage, des dialogues qui sont très souvent des très petites choses, voire des sous-entendus avec ces acteurs qui jouent du premier degré : ils ne disent pas un dialogue en faisant semblant d’y être qu’à moitié.

Ils jouent à la lettre. Le choix des costumes, de se retrouver dans ces lieux-là, l’esprit qui y avait, le fait qu’on soit peu, et qu’au fond à la fois ce soient de très grands acteurs, qui ne se prenaient jamais pour des stars. Ils venaient chez nous avec respect, nous on les filmait avec respect. Mais au fond y avait cette entente et de fait, après, ils étaient libres. Alors après, il y a des déplacements, le cadre mais très vite, l’esprit est là. Ce qui est frappant c’est que Daniel Auteuil adore les actrices. Il adore les voir jouer et il interprète William comme ça, par rapport à sa femme. Il est l’homme de sa femme.

Arnaud Larrieu : Il n’avait jamais joué avec Sabine Azéma. Elle, ça lui ouvre un territoire de liberté et elle s’en amuse.

Jean-Marie Larrieu : D’ailleurs on sent qu’il est épaté parce qu’elle va trouver et elle, elle est sous le charme de jouer devant son regard. C’est presque finalement la définition -même du rapport des personnages qu’ils interprètent.

Sergi connaissait déjà Daniel et Daniel l’aime beaucoup. Ils se respectent énormément. Et Sergi, c’est pareil, c’est un énorme intuitif, très fort. On s’est dit très peu de choses et il est arrivé le premier jour de tournage avec tout : la manière de prendre un verre, de mettre le doigt pour sentir la hauteur du liquide, il jouait les yeux fermés, tout était là. Amira, encore plus jeune que les autres était là et ça le faisait !

LE TABLEAU

Arnaud Larrieu : C’est symbolique aussi l’automne. C’est des vraies sensations, l’automne. C’est beau et en même temps l’hiver arrive. Tout était écrit sur l’idée d’automne et de crépuscule. Dès le début c’était écrit.

Jean-Marie Larrieu : Et qu’il y ait cet instant-là de lumière qui dit tout : les derniers feux, les tonalités orange et rouge, ces moments de l’apéritif, de la tombée de la nuit où l’on peut en avoir peur aussi.

Arnaud Larrieu : C’est vrai qu’il y a ces grands tableaux qui mélangent la liturgie, le réalisme...

Jean-Marie Larrieu : Ce qui est franchement étonnant et c’est la première fois qu’un film nous révèle cela, c’est de découvrir l’importance de certaines choses de certains peintres : par exemple, Gauguin, ça a été important. A cause des Iles, on a acheté des livres. Ça n’était pas prémédité mais du coup, c’est resté. Il y a une tahitienne peinte par Gauguin, et quand on voit Amira, on s’est aperçu que c’était exactement son portrait.

On se parlait de ces lieux, de ces écoles de peinture et ce qui est frappant avec la peinture c’est que ce sont ces lieux qui ont donné ces écoles. C’est tellement rare au cinéma. Il y a eu la Monument Valley pour John Ford, (d’ailleurs à qui on n’a jamais reproché d’être un peu provincial).

Le problème c’est qu’en France on entend toujours : "alors Guédiguian, quand allez vous quitter Marseille ?"Et pour nous, "quand est-ce que vous allez quitté vos Pyrénées ?" Alors qu’en peinture, ça a toujours été très important et plus antérieurement, les premières peintures dans les grottes.

Là on retrouve l’obscurité, la volonté de peindre dans le noir. Très vite il y a cet acte magique, festif qui n’est pas très loin finalement des fêtes amoureuses. A un moment donné, on s’est dit il y a une source...

Arnaud Larrieu : ... et des rêves aussi ! Des espèces de rêves projetés sur ces grottes. Et quelque chose semble touchant dans la transmission de ces œuvres, étonnante. On peut donc dire que les œuvres d’art ont une vraie distance et une réelle influence.

LE STYLE

Jean-Marie Larrieu : C’est-à-dire que c’est la vengeance douce du cinéma contre la vulgarité de la télé et des mauvais journaux. On ne fait pas semblant d’avoir compris ce qu’est ce phénomène de l’échangisme et on cherche à aller voir dedans, ce qui se passe quand un couple rencontre un autre couple et se dire qu’il y a une poésie au sens fort du mot, il y a quelque chose d’incroyable : rencontrer des inconnus, partager pendant deux heures ensemble, et se dire qu’on ne se reverra plus jamais.

Pour nous il y a vraiment quelque chose d’assez humain au sens d’organiser et de canaliser les forces obscures, l’inconnu ...

Arnaud Larrieu : Il y a ce rapport entre l’intimité organisée d’un couple et l’abandon de la sexualité. Pour que les deux puissent continuer à vivre ensemble, c’est assez beau et c’est troublant. La sensualité, ne s’écrit pas, ou plutôt on la retrouve dans les dialogues, quand on parle de la météo, de la température, parler du temps qu’il fait, mettre un aveugle, ça met les gens en position d’écoute.

Les séquences dans le noir, c’est presque didactique. Mais après, c’est l’acteur et la mise en scène. Quel point de vue on prend sur un acteur : soit on le prend du point de vue de la psychologie et ça devient froid. Soit on le filme en entier et il s’exprime en entier. Le dispositif les mettait très à l’aise là-dessus. Ils jouaient en entier.

Jean-Marie Larrieu : Le film, les personnages, les acteurs orientent le spectateur vers ce raport à la nature. Il y a quand même dans le cinéma français toute une tradition d’exigence vis-à-vis de la nature qu’ils filment : Rohmer repère les lieux et va tourner de quatre à sept parce qu’il y a telle lumière sur tel pont. Alors, il va tourner à quatre pour avoir cette légèreté-là. Il y a eu les Straub avec cette interdiction de marcher entre la caméra et la place des acteurs, pourqu’on puisse voir l’herbe, les fourmis, etc...

Il se trouve que peut-être quand on prend des acteurs comme Azéma, Auteuil alors en général on les éclaire beaucoup, et là tout simplement on a tenu à préserver une santé. Quand ils tournaient dans un pré, ils jouaient un peu avec les arbres, les oiseaux, etc... Quand on dit « hymne à la nature », franchement, le bon cinéma il capte en général ce qu’il se passe.

Arnaud Larrieu : Moi j’essaie de capter l’espace, la nature finalement on s’en fout. C’est l’espace autour de l’acteur qui crée cette sensualité.

Jean-Marie Larrieu : Et je pense que c’est un film qui travaille beaucoup sur le dedans et le dehors. Effectivement il y a surtout ici une grande importance de ce qu’on appelle l’extérieur.

(In Objectif Cinéma)

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