Ciné-club éducatif & culturel de Mons (CCEC)
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Joyeux Noël
   
Titre original Joyeux Noël
Réalisation Christian Carion
Scénario Christian Carion
Interprétation Diane Kruger, Benno Fürmann, Guillaume Canet, Gary Lewis, Dany Boon, Daniel Brühl, ...
Musique Philippe Rombi
Photographie Walther van den Ende
Pays Allemagne/Grande Bretagne/ Belgique/Roumanie/France
Année 2005
Durée 1H55
Genre Drame, Guerre, Histoire
Producteur(s) Christophe Rossignon
Site officiel  
Scoops  
 
 
 
La projection aura lieu à IMAGIX - Mons - Salle 12 - Plan d'accès
Le Jeudi 01 décembre 2005
Le film est projeté en version originale française
Le film est projeté sans entracte ni publicité
Les séances :
 
  • 17h00 et 20h00 avec présentation et feuillet sur les films à chaque séance
  • 14h30 et 22h30 sans présentation et feuillet sur les films à chaque séance
 
 

Ce film est inspiré d'une histoire vraie, qui s'est déroulée durant la grande guerre, le soir de Noël 1914, en de multiples endroits du front. Lorsque la guerre surgit au creux de l'été de 1914, elle surprend et emporte dans son tourbillon des millions d'hommes. Et puis arrive Noël, avec sa neige et son cortège de cadeaux des familles et des Etats Majors. Mais la surprise ne viendra pas des colis généreux qui jonchent les tranchées françaises, écossaises et allemandes.

Ce soir-là, un événement considérable va bouleverser à jamais le destin de 4 personnages: un pasteur Écossais, un lieutenant Français, un ténor Allemand et une soprano Danoise, "stars" de l'époque qui, à la faveur de la nuit de Noël 1914, vont se retrouver au coeur d'une fraternisation sans précédent entre les soldats de tranchée allemands, français et britanniques. Ils laisseront le fusil au fond de la tranchée pour aller voir celui d'en face, lui serrer la main, échanger avec lui une cigarette et du chocolat, lui souhaiter "Joyeux Noël!"...

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Joyeux Noël - Hors compétition
 

Standing ovation à Cannes. Trente pays ont acheté Joyeux Noël qui - vous n'avez pas pu y échapper - a été choisi pour représenter la France aux Oscars 2006. Le film était en concurrence avec De battre mon cœur… et Va, vis et deviens, entre autres incontournables 2005. Verdict le 31 janvier, date à laquelle tomberont les prochaines nominations.

Le projet incube depuis 1993, année où Christian Carion a découvert "Batailles de Flandres et d'Artois", ouvrage d'Yves Buffetaut dont le chapitre "L'incroyable Noël de 1914" retraçait l'histoire de ces fraternisations entre ennemis à Noël 1914. Une d'entre elles évoquait la présence d'un ténor allemand, de sapins, de lettres échangées, d'un match de foot et visites de tranchées mutuelles… Le réalisateur s'en inspira aussitôt pour développer un premier synopsis. Christophe Rossignol (La haine, Irréversible, Jeux d'enfants, L'équipier), son futur producteur, lui conseilla de faire ses armes avant de se lancer dans le projet. Chose faite, avec Une hirondelle a fait le printemps…

Dès 2002, Christian Carion se remit à l'œuvre, effectuant un important travail de documentation sur ces fraternisations, notamment d'après les archives anglaises. Quantités de personnages et détails du film sont ainsi étroitement inspiré de faits réels, de ce soldat qui habitait à deux pas de sa tranchée et rentrait chaque soir auprès des siens, à ce chat gambadant d'un camp à l'autre et qui, dans la réalité, fut accusé d'espionnage, arrêté et fusillé par l'armée française sur un peloton d'exécution. Exemple tant absurde que révélateur... Pourtant peu plausible à l'écran. Carion du ainsi rationaliser nombre d'évènements en les coupant au montage.

Difficultés de financement, non-délivrance d'autorisations (par l'armée française) pour recréer le no-man's land : quantités obstacles sont venus retarder le montage du film. Pas de quoi décourager notre réalisateur ; et encore moins l'équipe artistique. "Les acteurs ont montré leur attachement au projet. Mais sur le plateau, leur engagement est allé au-delà : comme moi, ils ont cherché à être au plus près de la vérité de ceux qui ont vécu cette guerre, comme pour honorer leur mémoire.

A la manière de Gary Lewis ou Dany Boon dont un aïeul avait combattu en 14", nous confie le cinéaste. "Je suis très fier de les avoir réunis avec Guillaume Canet, Daniel Brülh, Diane Krüger, Alex Ferns ou Benno Fürmann, et de les avoir fait jouer dans leur propre langue, ensemble. J'ai veillé à ce que l'on aime leur personnage, indépendamment de leur nationalité. J'ai toujours pensé que la réussite de Joyeux Noël en dépendait. Par ce que la frontière sur le no-man's land n'était pas entre les camps. Elle était entre ceux qui ont fait la guerre et ceux qui voulaient qu'on la fasse. C'est pourquoi, pour moi, le film a plus qu'une dimension européenne. Il a une dimension humaniste".

On l'aura compris : Joyeux Noël accorde une place privilégiée à la musique et au chant qui, dans les faits en 1914, ont amorcé 90% des fraternisations. Philippe Rombi signe la bande originale du film. Interprétations d'opéras (par Nathalie Dessay et Rolando Villazon, soprano française et ténor mexicain), orchestres symphoniques (celui de Londres), airs de cornemuses et harmonica : de quoi marquer un tournant après ses précédents travaux sur Le coût de la vie, Jeux d'enfants, Comme une image et, bien sur, en collaboration avec François Ozon, dont il est le composteur fétiche (Les amants criminels, Sous le sable, Swimming Pool, 5x2). En 2001, Philippe Rombi signait déjà la BO d'Une hirondelle a fait le printemps.

  Source : Cannes Festival - Sabrina
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Un exemple salutaire de co-production européenne trilingue
  (critique cannoise) Même les plus cyniques, qui trouveront le sujet un peu trop consensuel ne pourront qu'être impressionnés par ce film qui se situe fièrement hors des modes et trouve une forte resonance dans le monde contemporain. Un exemple salutaire de co-production européenne trilingue (...)
  Source : Variety - Lisa Nesselson
Une oeuvre profondément émouvante
  (critique cannoise) (...) une oeuvre profondément émouvante, qui vous transporte (...) Cet épisode avait été brièvement mais brillamment relaté dans Ah Dieu que la guerre est jolie de Richard Attenborough (1969). Le film de Carion, joliment réalisé et interprété, étoffe cette histoire et la rend ainsi encore plus mémorable.
  Source : The Hollywood Reporter - Ray Bennett
Une histoire vraie que l’Histoire a oubliée
 

Si cette histoire n’était pas arrivée, jamais on n’y aurait cru. Trop grosse, trop insensée, trop belle et pourtant si réelle. Le soir de Noël 1914, certaines lignes françaises, allemandes et anglaises se sont offert une nuit de trêve, pactisant même avec l’ennemi le temps d’une réconciliation qui a vu naître des actes d’amitié improbables, d’une partie de football à l’écoute d’un récital chanté par un soldat ténor.

"Une histoire vraie que l’Histoire a oubliée" présente la bande-annonce. Il est effectivement temps de redécouvrir notre passé et de lever les tabous qui y sont liés. Joyeux Noël, un nom profondément chaleureux et optimiste parfaitement choisi tant il veut faire passer un message de paix, de tolérance de fraternité.

Nous nous retrouvons donc au cœur d’un front du côté de Lens où s’affrontent Français, Allemands et Ecossais. Chacun sa langue, ses habitudes et ses coutumes mais tous unis par le même but : gagner pour pouvoir rentrer chez soi. Le réalisateur nous montre alors chaque camp d’une manière égale, pour un résultat parfois lent et figé, jusqu'à cette fameuse nuit où le film prend tout son sens et son ampleur.

Christian Caron réalise là une œuvre tout public à la portée universelle, puisant dans cet exemple atypique toute la vacuité de la guerre. Maîtrisant son sujet, il distille un mélange d’humour et d’émotion dans des scènes qu’on ne voit plus passer une fois le réveillon commencé. Porté par des acteurs irréprochables, Daniel Brühl et Dany Boon en tête, et une musique classique parfois trop mielleuse, Joyeux Noël est un divertissement de qualité qui devrait ravir l’ensemble de la communauté européenne malgré quelques défauts mineurs.

On tient avec ce film un nouveau conte qui pourra encore être raconté longtemps autour de la cheminée un soir de Noël. Message de paix et de tolérance, souvent drôle et émouvant, Joyeux Noël est le film d’hiver idéal.

  Source : Krinein - Weirkorn
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Christian Carion met en scène un scoop historique: les fraternisations dans les tranchées le 24 décembre 14.

A Montréal

De clôture du festival de Montréal en ouverture du festival de Gand, "Joyeux Noël" est, depuis sa projection triomphale au festival à Cannes (hors compétition), un film événement. Ce n'est pas une question de budget, de casting ou de best-seller, l'événement relève d'une sorte de scoop historique : les fraternisations entre soldats ennemis lors de la nuit de Noël 1914. Comment le réalisateur et scénariste, Christian Carion, a-t-il découvert ces fraternisations, un secret bien gardé pendant des décennies?

" J'ai découvert cela un peu par hasard ", explique le cinéaste rencontré à Montréal, à sa descente d'avion ou presque. " Je suis originaire du Nord de la France, mes parents étaient agriculteurs et comme vous en Belgique, la guerre de 14, cela reste quelque chose de très fort. On a des cimetières partout. J'ai toujours été sensible à cette guerre, j'ai lu pas mal de choses et il y a quatorze ans, je suis tombé sur un petit livre qui s'appelait "Combats en Flandre et Artois". Je l'ai lu et il y avait notamment une page sur l'incroyable Noël de 1914 racontant l'histoire du ténor et le match de foot entre soldats ennemis. J'étais tellement surpris que j'ai appelé l'historien en lui disant: "J'ai du mal à vous croire." Alors, il m'a emmené dans les archives à Londres, à Paris et j'ai pu ainsi vérifier que non seulement tout ce qu'il avait dit était juste mais qu'il n'en avait raconté que très peu. A partir de là, j'ai passé du temps à tout lire, j'ai fait des photocopies, et j'ai tout mis de côté, car je n'avais pas encore réalisé "L'Hirondelle", j'avais conscience que c'était beaucoup trop gros pour commencer. J'ai fait des courts métrages, j'ai tourné "L'Hirondelle" et puis j'ai rouvert la malle."

Un film et un monument

"L'Hirondelle", c'est bien sûr celle qui "a fait le printemps", premier film de Christian Carion avec Michel Serrault et Mathilde Seigner.

Ce fut un beau succès public et critique, de quoi donner au jeune cinéaste la confiance et les moyens de se lancer dans son grand projet. " On a volé le souvenir de ces soldats, je suis fier de leur avoir rendu justice. C'est pour cela que j'ai fait le film. Et c'est pour cela qu'on va construire un monument à la mémoire des fraternisés, dans le Nord, près d'Arras, à l'endroit d'une fraternisation. A cet endroit, on a un témoignage écrit qui dit: peut-être élèvera-t-on un jour un monument à la mémoire de ce qu'on a osé faire? Ce sera le seul monument sur la planète qui commémorera un acte de paix pendant un conflit. Je suis sûr que des gens viendront là pour se souvenir."

Belgique de mon enfance

Et pour Christian Carion, cette projection à Gand signifie plus qu'une cerise sur le gâteau. " La Belgique a été terriblement concernée par cette guerre. Et puis, je suis du Nord. La Belgique, c'est mon enfance. On y allait tout le temps. Au début pour faire le plein d'essence et puis pour se promener à Tournai, à Bruxelles, dans les Ardennes. C'était notre pays de tourisme. Et puis, j'ai un partenariat avec la Belgique, avec Artémis. Patrick Quinet (NdlR: le producteur) me suit depuis le début, depuis "L'Hirondelle ".

Voila pourquoi on remarque une forte présence belge au générique, Lucas Belvaux fait partie de la distribution. Pierre Mertens assure le son et Walther van den Ende est à l'image. " Pierre Mertens était dans "L'Hirondelle" mais Walter, c'est une découverte. Dans les accords de coproduction, je "devais" prendre un chef opérateur belge. Patrick Quinet m'a fait une liste. J'ai vu que Walter avait fait les films de Jaco van Dormael mais aussi "Farinelli" et "No man's land". Je me suis dit: d'un côté "Farinelli", l'opéra, et, de l'autre, "No man's land", la guerre; c'est "Joyeux Noël".

Un plan Brueghel

" Voila, je suis allé le voir. J'ai d'abord été séduit par l'homme, très placide, tranquille. On avait décidé de passer une journée au Louvre. Le matin, je devais lui montrer les tableaux que j'aimais et l'après-midi, c'était son tour de me montrer ses préférés. Je lui ai montré les artistes italiens, flamands en lui expliquant pourquoi j'aimais ces tableaux en termes de lumière. On est allé déjeuner et il m'a dit: "Ce n'est pas la peine d'y retourner cet après-midi, j'aime les mêmes." On s'est retrouvé là-dessus. Et par exemple, la scène de l'enterrement, on appelait cela: un plan Brueghel. Il est vraiment très fort, d'ailleurs je reçois beaucoup de retour sur la qualité de l'image. Walther, ce n'est pas un chef opérateur mais un artiste. "

Les participants au gala d'ouverture du festival de Gand vérifieront ce soir même. Les autres devront attendre le 30 novembre pour découvrir ce film très émouvant, de Christian Carion, cette graine de paix, graine de la future Union européenne qui a poussé dans les tranchées.

Source : La Libre Belgique 2005 - Fernand Denis

Entretien avec Christian Carion

À Montréal

De clôture du festival de Montréal en ouverture du festival de Gand, "Joyeux Noël" est, depuis sa projection triomphale au festival à Cannes (hors compétition), un film événement. Ce n'est pas une question de budget, de casting ou de best-seller, l'événement relève d'une sorte de scoop historique : les fraternisations entre soldats ennemis lors de la nuit de Noël 1914. Comment le réalisateur et scénariste, Christian Carion, a-t-il découvert ces fraternisations, un secret bien gardé pendant des décennies ?

"J'ai découvert cela un peu par hasard ", explique le cinéaste rencontré à Montréal, à sa descente d'avion ou presque. " Je suis originaire du Nord de la France, mes parents étaient agriculteurs et comme vous en Belgique, la guerre de 14, cela reste quelque chose de très fort. On a des cimetières partout. J'ai toujours été sensible à cette guerre, j'ai lu pas mal de choses et il y a quatorze ans, je suis tombé sur un petit livre qui s'appelait "Combats en Flandre et Artois". Je l'ai lu et il y avait notamment une page sur l'incroyable Noël de 1914 racontant l'histoire du ténor et le match de foot entre soldats ennemis.

J'étais tellement surpris que j'ai appelé l'historien en lui disant: "J'ai du mal à vous croire." Alors, il m'a emmené dans les archives à Londres, à Paris et j'ai pu ainsi vérifier que non seulement tout ce qu'il avait dit était juste mais qu'il n'en avait raconté que très peu. A partir de là, j'ai passé du temps à tout lire, j'ai fait des photocopies, et j'ai tout mis de côté, car je n'avais pas encore réalisé "L'Hirondelle", j'avais conscience que c'était beaucoup trop gros pour commencer. J'ai fait des courts métrages, j'ai tourné "L'Hirondelle" et puis j'ai rouvert la malle."

Un film et un monument

"L'Hirondelle", c'est bien sûr celle qui "a fait le printemps", premier film de Christian Carion avec Michel Serrault et Mathilde Seigner. Ce fut un beau succès public et critique, de quoi donner au jeune cinéaste la confiance et les moyens de se lancer dans son grand projet. " On a volé le souvenir de ces soldats, je suis fier de leur avoir rendu justice. C'est pour cela que j'ai fait le film

Et c'est pour cela qu'on va construire un monument à la mémoire des fraternisés, dans le Nord, près d'Arras, à l'endroit d'une fraternisation. A cet endroit, on a un témoignage écrit qui dit: peut-être élèvera-t-on un jour un monument à la mémoire de ce qu'on a osé faire? Ce sera le seul monument sur la planète qui commémorera un acte de paix pendant un conflit. Je suis sûr que des gens viendront là pour se souvenir."

Belgique de mon enfance

Et pour Christian Carion, cette projection à Gand signifie plus qu'une cerise sur le gâteau. " La Belgique a été terriblement concernée par cette guerre. Et puis, je suis du Nord. La Belgique, c'est mon enfance. On y allait tout le temps. Au début pour faire le plein d'essence et puis pour se promener à Tournai, à Bruxelles, dans les Ardennes. C'était notre pays de tourisme. Et puis, j'ai un partenariat avec la Belgique, avec Artémis. Patrick Quinet (NdlR: le producteur) me suit depuis le début, depuis "L'Hirondelle ".

Voila pourquoi on remarque une forte présence belge au générique, Lucas Belvaux fait partie de la distribution. Pierre Mertens assure le son et Walther van den Ende est à l'image. " Pierre Mertens était dans "L'Hirondelle" mais Walter, c'est une découverte. Dans les accords de coproduction, je "devais" prendre un chef opérateur belge. Patrick Quinet m'a fait une liste. J'ai vu que Walter avait fait les films de Jaco van Dormael mais aussi "Farinelli" et "No man's land". Je me suis dit: d'un côté "Farinelli", l'opéra, et, de l'autre, "No man's land", la guerre; c'est "Joyeux Noël".

Un plan Brueghel

" Voila, je suis allé le voir. J'ai d'abord été séduit par l'homme, très placide, tranquille. On avait décidé de passer une journée au Louvre. Le matin, je devais lui montrer les tableaux que j'aimais et l'après-midi, c'était son tour de me montrer ses préférés. Je lui ai montré les artistes italiens, flamands en lui expliquant pourquoi j'aimais ces tableaux en termes de lumière.

On est allé déjeuner et il m'a dit: "Ce n'est pas la peine d'y retourner cet après-midi, j'aime les mêmes." On s'est retrouvé là-dessus. Et par exemple, la scène de l'enterrement, on appelait cela: un plan Brueghel. Il est vraiment très fort, d'ailleurs je reçois beaucoup de retour sur la qualité de l'image. Walther, ce n'est pas un chef opérateur mais un artiste."

Les participants au gala d'ouverture du festival de Gand vérifieront ce soir même. Les autres devront attendre le 30 novembre pour découvrir ce film très émouvant, de Christian Carion, cette graine de paix, graine de la future Union européenne qui a poussé dans les tranchées.

Source : In La Libre

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Je suis originaire du Nord de la France. D'un de ses dix départements qui pendant quatre ans, entre 1914 et 1918, ont vécu l'occupation allemande. C'est dire si c'est une époque importante dans l'Histoire de la population de cette région.

Ainsi j'ai été élevé dans le souvenir de cette Guerre et pas seulement au moment des incontournables célébrations de l'Armistice, chaque 11 novembre. Fils d'agriculteur, je me souviens étant enfant avoir transporté dans mes bras des obus remontés dans la terre de nos champs au moment des labours. Aujourd'hui encore, on y trouve régulièrement des papiers, des objets ou des fusils rouillés ayant appartenus à des soldats, tombés là où parfois ils sont enterrés.

En 1993, mû par je ne sais quel hasard, j'ai découvert un livre : Batailles de Flandres et d'Artois 1914-1918, d'Yves Buffetaut. Dans cet ouvrage, je suis tombé sur un passage intitulé L'incroyable Noël de 1914, où l'auteur évoque les fraternisations entre ennemis, l'épisode du ténor allemand applaudi par les soldats français, le match de foot, les échanges de lettres, les sapins, les visites de tranchées mutuelles…

Et ça m'a bouleversé. J'ai alors appelé mon futur producteur, Christophe Rossignon, pour lui en parler et je lui ai envoyé un synopsis. Il a trouvé le sujet magnifique, mais conscient de son ampleur, Christophe m'a dit de d'abord faire mes armes : il faut dire que je n'avais pas encore tourné de court métrage !

Après le succès de mon premier long métrage, Une hirondelle a fait le printemps, Christophe m'a encouragé à m'atteler à ce projet : Joyeux Noël. En 2002, j'ai donc attaqué le plus difficile : scénariser cette histoire incroyable et pourtant vraie. Mon premier travail a été de me documenter sur ces fraternisations, de récupérer toutes les informations possibles, de savoir concrètement ce qui s'était passé.

J'ai exhumé une série de faits divers extraordinaire dans les archives britanniques pour beaucoup, et plus tard française et allemande. Autant dire qu'on n'y entre pas facilement. Ce sont des lieux essentiellement fréquentés par des historiens professionnels. Grâce à Yves Buffetaut, j'ai pu accéder à ces documents. En France, ils sont gardés par l'armée qui, si elle ne peut en empêcher la consultation, n'en fait pas la publicité.

Cet état d'esprit me semble hérité de celui qui régnait pendant la guerre : à l'époque, des photos prises durant les fraternisations par des soldats avaient fait la une des journaux anglais alors qu'en France, un général les avait fait réquisitionner et détruire ! Quant aux archives allemandes, je n'ai pas eu de mal à les consulter puisque beaucoup sont gardées en France, c'est la conséquence de la seconde guerre mondiale. Il faudra songer un jour à leur rendre ...

Partir de ces faits réels pour écrire une histoire, c'est très intimidant. De ces évènements, j'ai tiré des personnages qui ont existé ou qui m'ont été inspirés. Comme Ponchel, l'aide de camp Chtimi (comme moi), évocation d'un soldat français dont la maison se situait derrière les lignes allemandes et qui chaque soir les franchissait par une faille, pour aller dormir avec femme et enfants, avant de retourner au petit matin dans les tranchées françaises et faire la guerre !

Ou ce ténor allemand qui a vraiment chanté pour les soldats français un soir de Noël. Ce personnage était important pour moi notamment parce que 90% des cas de fraternisation ont eu lieu par ce que des gens ont chanté, qu'ils se sont écoutés, répondus, applaudis. J'adore l'idée que la culture, le chant populaire, la musique, aient fait taire les canons.

Évidemment quand on lit ces histoires, on a parfois du mal à y croire : pourtant des sapins ont vraiment été envoyés par milliers sur le front allemand pour ce Noël 14 qui devait être "le seul passé sur le front", parce que le Kaiser Guillaume II estimait que "même en temps de guerre, on ne doit pas perdre ses valeurs" ! Toute la difficulté du scénario était justement de faire comprendre aux spectateurs que ces évènements incroyables étaient vrais, et de trouver un enchaînement naturel qui conduise à la fraternisation.

Cependant, parfois, la réalité était trop forte. Ou trop absurde. C'est le cas avec l'histoire du chat qui circule d'une tranchée à l'autre et qui dans le film, fini emprisonné. Dans la réalité, ce matou accusé d'espionnage a été arrêté par l'armée française, puis fusillé en application du règlement ! J'ai voulu le montrer dans Joyeux Noël et j'ai donc tourné cette séquence très dure d'exécution, malgré le refus de certains figurants d'être du peloton.

J'ai eu beau leur expliquer que cette scène s'était vraiment déroulée pendant la guerre (et qu'ils tireraient à blanc), ils n'ont pas cédé rétorquant : "A l'époque les gens étaient fous !" Finalement, au montage, j'ai décidé de ne pas garder cette mise à mort. C'était trop. Les spectateurs auraient décroché, ils n'y auraient jamais cru alors que - au risque de me répéter - c'était arrivé.

En août 2004, après avoir rencontré quelques difficultés de financement (que Christophe Rossignon a heureusement surmontées) le tournage de Joyeux Noël a commencé. J'ai d'abord filmé les scènes de guerre, camp par camp, pour que les acteurs ne se voient pas ou alors dans la confrontation. C'est très bête, mais du coup, à la cantine, c'était chaque tranchée pour soi. Par habitude, pas par méchanceté.

Et puis très vite, on a attaqué les scènes de fraternisation et là c'est devenu formidable, parce que les discussions commencées entre les prises par ces acteurs Allemands, Ecossais ou Français mélangés, se poursuivaient hors du plateau. Il régnait un véritable esprit de famille.

Dans les moments les difficiles, comme quand le tournage a été repoussé de plusieurs mois après que l'armée française nous a refusé l'autorisation de recréer le no-man's land sur un de ses terrains, les acteurs ont montré leur attachement au projet. Mais sur le plateau, leur engagement est allé au-delà : comme moi, ils ont cherché à être au plus près de la vérité de ceux qui ont vécu cette guerre, comme pour honorer leur mémoire.

À la manière de Gary Lewis ou Dany Boon dont un aïeul avait combattu en 14. Je suis très fier de les avoir réuni avec Guillaume Canet, Daniel Brühl, Diane Kruger, Alex Ferns ou Benno Fürmann, et de les avoir fait jouer dans leur propre langue, ensemble.

J'ai veillé à ce qu'on aime leur personnage indépendamment de leur nationalité. J'ai toujours pensé que la réussite de Joyeux Noël en dépendait. Parce que la frontière sur le no-man's land n'était pas entre les camps. Elle était entre ceux qui ont fait la guerre et ceux qui voulaient qu'on la fasse. C'est pourquoi, pour moi, le film a plus qu'une dimension européenne. Il a une dimension humaniste. À mon avis, n'importe quel habitant de la planète peut être touché par ce qui s'est passé lors de ces fraternisations.

Pas seulement les Allemands, les Anglais et les Français. C'est pourquoi j'aimerais montrer le film dans un pays en guerre. Car nous avons tous fait Joyeux Noël en pensant à ces soldats qui ont eu le courage de fraterniser. À l'époque, ils ont été considérés comme des lâches. Pour moi, ce ne sont ni des lâches ni des héros, ce sont des hommes qui ont accompli quelque chose d'incroyablement humain. Si Joyeux Noël a du succès, ce que j'espère, et qu'il permet de rendre justice à la mémoire de ces soldats, ça sera ma plus belle récompense.

Source : Cinélibre

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