Ciné-club éducatif & culturel de Mons (CCEC)
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Innocence
   
Titre original Innocence
Réalisation Lucile Hadzihalilovic
Scénario Lucile Hadzihalilovic
Interprétation Zoé Auclair, Laisson Lalieux, Astrid Homme, Lea Bridarolli, Ana Palomo-Diaz, Bérangère Haubruge, Olga Peytavi-Müller, Marion Cotillard, Hélène de Fougerolles, Véronique Nordey, Corinne Marchand, Sonia Petrovna, Micheline Hadzihalilovic, ...
Musique Pietro Galli, Leos Janácek & Sergei Prokofiev
Photographie Benoît Debie
Pays France
Année 2005
Durée 1H55
Genre Comédie dramatique
Producteur(s) Patrick Sobelman
Scoops  
 
 
 
La projection aura lieu à IMAGIX - Mons - Salle 12 - Plan d'accès
Projection le Jeudi 08 décembre 2005
Le film est projeté en version originale française
Le film est projeté sans entracte ni publicité
Les séances :
 
  • 17h00 et 20h00 avec présentation et feuillet sur les films à chaque séance
  • 14h30 et 22h30 sans présentation et feuillet sur les films à chaque séance
 
 

Dans la forêt profonde, une école isolée enseigne aux jeunes filles la danse et les sciences naturelles.

Trois fillettes vont alors découvrir les étranges règles qui régissent l'établissement....

 
 
Grand Prize of European Fantasy Film in Silver - Honorable Mention décerné à Lucile Hadzihalilovic à l'Amsterdam Fantastic Film Festival 2005
FIPRESCI Prize décerné à Lucile Hadzihalilovic à l'Istanbul International Film Festival 2005
Award du meilleur nouveau réalisateur décerné à Lucile Hadzihalilovic au San Sebastián International Film Festival 2004
Stockholm Film Festival 2004
 
  • Award de la meilleure photographie décerné à Benoît Debie
  • Cheval de bronze décerné à Lucile Hadzihalilovic
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Film de culte
 

Derrière les murs, un parc. Dans le parc, un château. Dans le château, un cercueil… Quelques jeunes filles apprennent la discipline par la danse et les sciences naturelles, dans un cadre étrange au temps suspendu.

Suspicious river

Dès le long générique d’introduction, elle fredonne sa musique, chuchote et gémit ses secrets, rugit et bourdonne sa colère. Une eau ambivalente, qui inquiète par son flux et sa force, puis submerge et engloutit tout; tandis qu’à sa surface, l’eau claire semble s’écouler naturellement au cœur d’un bois assoupi dans sa bulle coupée du monde. Derrière les murs, un parc. Dans le parc, un château. Dans le château, un cercueil… au bout de la mystérieuse charade, quelques jeunes filles en fleur, ou à peine, quelques boutons qui n’ont pas encore éclos.

Lucile Hadzihalilovic installe son laboratoire, on y dispensera l’éducation des corps dociles, et on y créera des castes dont la dureté des lois est adoucie par de simples rubans accrochés dans les cheveux. Pointes et entrechats, balançoires et papillons, jupes blanches et herbe verte, l’éden et ses angelots nagent dans un océan de grâce - pourtant, il y a quelque chose qui sent le renfermé dans ce gynécée hors du temps. Un sens du bizarre qui fait basculer cette Innocence vers des rivages fantastiques, sans jamais que la fragile frontière du surnaturel ne soit jamais franchie.

Le temps de l'innocence

Cette étrangeté rappelle immanquablement l’œuvre de l’Australien Peter Weir, dont le Picnic at Hanging Rock est marqué par le même onirisme féminin, un goût des mystères derrière la porte, le rideau, ou derrière un rocher où les blondes évanescentes disparaissent pour ne jamais redonner signe de vie. Un onirisme de conte de fées dans lequel Hadzihalilovic, mise en scène précise et allégorique, se baigne, avec ses rituels (des chemins interdits, une clef de main en main), ou son décor (un passage secret derrière une pendule, un château isolé).

L’enfance, ses découvertes, son apprentissage d’un autre monde, et le choc généré par l’inconnu font ici l’essentiel du fantastique. Une indicible angoisse, une anxiété à deux visages née de l’enfermement et de la peur de l’extérieur. Innocence se penche sur l’éveil de la sensualité, pour des enfants bientôt jeunes filles, et les mutations qui vont s’opérer. D’abord sur les corps, dont la nudité est exposée devant une glace, mais également dans le regard des autres, ceux pour qui tous ces efforts semblent être faits.

Les vierges suicidées

Dans cette atmosphère ouatée perce une inquiétude. Les jeunes élèves mortes nées n’arrivent-elles pas à l’école dans un cercueil? Qui sont ces Barbe Bleue dont on ne voit pas le visage, mais qui envoient leurs roses et abandonnent un gant qui pourra, plus tard, se glisser entre les cuisses blanches des vierges inexplorées? L’éveil sensuel sonne comme une libération, une récompense de fin d’année après laquelle on court plus ou moins consciemment, quitte parfois à s’y perdre, parfois à s’y noyer. Ces jeunes filles là, indique Mlle Eva (Marion Cotillard), "on n’en parlera plus".

Quelques temps avant, le même personnage enseignait aux fillettes que "l’obéissance est le seul chemin qui mène au bonheur". Sur le visage du bourgeon, brebis aux genoux fragiles, un sourire apparaît lors d’une douche de printemps, à travers laquelle on aperçoit timidement un jeune éphèbe, torse nu, les pieds dans l’eau. Cette eau dont on ne sort pas, une effusion sensuelle comme un angoissant totem, une fontaine dressée vers le ciel et une barrière muette séparant le prince et sa princesse. Qui s’y libère, comme elle s’y emprisonne

  Source : Film de culte - Nicolas Bardot
Objectif cinéma
 

Le film Ovni

Dans la série film OVNI, celui de la réalisatrice belge Lucile Hadzihalilovic, Innocence, a tout pour plaire. Son sujet, adapté d’une nouvelle, raconte l’arrivée d’une petite fille (on ne sait pas si elle est morte ou non) dans une étrange pension pour jeunes filles, où la présence d’adultes est représentée uniquement par deux professeurs interprétées par les charismatiques Marion Cotillard et Hélène de Fougerolles. Le Festival de San Sebastian semble cette année se faire comme point d’honneur de diffuser des films oppressants et Innocence malgré son titre cristallin, ne semble pas en briser la règle.

Si certains détails font penser aux Autres d’Amenabar (les enfants prisonniers d’une étrange maison, aux règles encore plus étranges et la mort qui ne cesse de rôder tout au long du film), le traitement cinématographique qu’en fait la réalisatrice, Lucile Hadzihalilovic, est tout autre. D’abord, ce qui frappe, c’est le traitement visuel de ce film. La blancheur des vêtements de ces jeunes pensionnaires contraste fortement avec les décors de la forêt, sombre à souhait et des intérieurs feutrés ou non de la pension.

La force d’Innocence, c’est de rester mystérieux tout au long du récit. Qui sont ces jeunes filles ? Pourquoi vivent-elles ici en communauté ? Que se passe-t-il à l’extérieur de cet établissement ? A quelle époque se passe le récit ? Est-ce un monde fictif ou réel ?

Toutes ces questions demeurent sans réponse. Lors de la présentation du film au public, la réalisatrice précise (sans préciser !) : "Je pensais quand j’ai commencé à faire ce film que c’était le paradis de vivre entre enfants du même âge. Ces filles ont été séparées du monde pendant des années. Il fallait montrer à la fin leur excitation d’être enfin dans le monde, dans la ville et de rencontrer des garçons. Dès le départ, je voulais montrer cette vie d’école comme un monde parallèle. Je ne vois pas d’autres explications à cela."

Innocence est construit comme un cycle naturel de l’arrivée de l’enfant au départ de la jeune fille vers la découverte de sa sexualité. En cela les rapports de ses personnages à la nature, qui semble également poser les règles du lieu de la pension, font de ce film hautement symboliste formellement, un film naturaliste par son fond.

"L’univers exclusivement féminin de ce film, concède la réalisatrice, est particulièrement flippant." Et les séquences d’eau servent alors à faire chuter la tension qui est permanente dans le film.

Et parce que rien n’est clairement expliqué, le spectateur reste finalement dans sa fonction première, c’est-à-dire de passivité. Des impressions fugaces de poésie, de perversité et de peur viennent tour à tour l’étreindre sans pour autant le marquer.

  Source : Objectif cinéma - Laetitia Heurteau
Cinetrange
 

Lucile Hadzihalilovic n’a pas choisi la facilité pour son premier long métrage (le sulfureux La bouche de Jean-Pierre était un moyen métrage): tenter de capter l’indicible, les sensations issues de l’enfance, les premiers désirs sexuels et les jeux cruels, à travers un récit abscons, où chacun est libre d’interpréter ce qu’il veut comme il l’entend. Disons-le d’entrée: dans cette oeuvre placée sous le signe du mystère et de l’ambiguïté, la résolution de l’intrigue en laissera plus d’un perplexe, par son absence apparente.

Mais les apparences sont trompeuses. Lucile Hadzihalilovic n’est pas avare en symbolismes, en sous-textes freudiens et références explicites au cinéma qu’elle aime (La nuit du chasseur, Argento, Bergman entre autres), mais ne cherche pas à faire sens à tout prix. Ou plutôt à orienter son récit vers un sens linéaire. Pourtant, Innocence n’est pas l’objet ésotérique et intello tant redouté. Quelque chose de simple, de primitif et pur dans sa manière de filmer la nature et ses éléments qui la composent et l’animent, entre naturalisme et maniérisme, invite le spectateur à s’immerger dans ce conte initiatique.

Des images persistent comme autant de flash qui collent à la rétine : des lampadaires éclairant un chemin, des pieds menus dans l’eau clair, une petite fille sortant d’un cercueil, un escargot sur une feuille etc. A ce titre le travail du chef opérateur, Benoit Debie (Irréversible, The Card Player, Calvaire) est stupéfiant. Chaque cadrage est élaboré avec un soin maniaque, pensé comme une toile impressionniste. Au risque, d’étouffer le film, gagné parfois par un trop plein de cinéma. Mais dans un cinéma français un peu étriqué, l’ambition dont fait preuve la réalisatrice est salutaire.

En effet, une douce perversité se dégage de cette œuvre à l’atmosphère ouatée. Un léger décalage persistant insuffle un parfum constant de subversion à ce film faussement paisible. Une menace permanente plane sur nos chères têtes blondes qui rapproche Innocence des meilleurs films fantastiques. Je pense notamment à Suspiria (l’absence/présence de la directrice est un clin d’œil au film d’Argento) mais surtout au splendide trip mystique de Peter Weir, Pique nique à Hanging Rock, œuvres qui ont su capter les peurs intimes et inconscientes de l’enfance.

Mais chez Lucile Hadzihalilovic, le suspense est diffus, abstrait et pourtant d’une efficacité diabolique car il n’est pas rassurant.

L'’absence d’explication fait monter en crescendo une angoisse qui continue à faire son chemin après la projection. Le fantôme de la pédophilie est au cœur du récit, mais en marge, toujours hors champs. Reste que cette présence, qui interroge notre regard en tant que spectateur, finit par nous mettre mal à l’aise. Ce n’est pas une des moindres qualités de ce beau film, trouble et enivrant.

  Source : Cinetrange - Manu
Comme au cinéma
  Un domaine clos, hors du temps, dont il est interdit de franchir les frontières… voici l'endroit de nulle part où débarque un beau matin Iris, une enfant de 6 ans. Dès les premières minutes, une question s'impose au spectateur : quel est ce lieu étrange destiné à l'éducation des jeunes filles ? Un pensionnat, un orphelinat, une secte, etc. ? Comment sont-elles arrivées là ? Toutes ces interrogations, la nouvelle "recrue" en fera part à ses camarades mais n'obtiendra peu voire prou de réponses…

Fruits d'une mise en scène exigeante et soignée qui permet de fonder de sincères espoirs en Lucile Hadzihalilovic, l'univers du film et l'ambiguïté qui l'habite en constituent la force substantielle. Il est en effet impossible d'appréhender ce monde en demi-teinte. Tout, absolument tout, concorde dans ce sens : d'un côté, l'apparence pure des fillettes, toutes vêtues de blanc, les activités saines pratiquées que sont le sport et les sciences naturelles, l'absence de conflits, l'esprit d'entraide, etc. De l'autre, la pâleur et le mutisme de certains personnages, l'aspect inquiétant du bois, les secrets que renferme le domicile des professeurs, leurs non-dits ou encore les disparitions inexpliquées... La musique symbolise peut-être le mieux ce clair-obscur : même si elle est notamment composée des bruits inhérents à la nature (agitation des feuilles, cours d'eau, etc.), elle n'en est pas pour autant rassurante !
Durant un peu moins de 2h, le crescendo dans la tension reste perpétuel. Et hormis Iris, personne ne se plaint vraiment de cet univers qui se veut complètement aseptisé mais s'avère pourtant parasité et étouffant. Les résidents seraient-ils tous anesthésiés ? Le discours des personnages semble en effet mécanique et pourtant, chez certains, comme le professeur de danse incarnée par Marion Cotillard, on distingue des fêlures. Mention d'ailleurs à l'ensemble des actrices, qui parviennent à jouer tout en nuances l'ambivalence de leur personnage.

Les amateurs d'action et d'intrigues cousues seront déçus : le propos de Lucile Hadzihalilovic est plutôt d'inviter le spectateur à se plonger dans une atmosphère très marquée et en déceler (en vain ?) les nombreuses zones d'ombre pour tenter de les expliquer. Même l'épilogue est équivoque.
Bref, un film un peu OVNI comme on en fait de plus en plus rarement et qui vaut, rien que pour cette raison, le coup d'œil.

  Source : Comme au cinéma - Valérie Berthoule
Voir
 

Pour créer Innocence, Lucille Hadzihalilovic s'est inspirée, à l'instar d'Argento pour le film Suspiria, d'une nouvelle de Wedekind. Entrevue avec la réalisatrice qui signe un premier long métrage fort prometteur.

L'an dernier, Fantasia présentait La Bouche de Jean-Pierre, moyen métrage de Lucille Hadzihalilovic brossant le portrait tragique d'une fillette élevée par sa tante à la suite de la tentative de suicide de sa mère. L'ensemble, austère, dur et efficace, annonçait en quelque sorte l'angoisse troublante émanant de son premier long métrage: "Effectivement, on retrouve dans les deux films quelque chose de lié à l'angoisse de l'enfant, de la peur de l'inconnu ou d'être dans un lieu où l'on doit retrouver des repères; je crois qu'il n'y a rien de plus effrayant pour un enfant que de perdre sa mère", affirme la réalisatrice rencontrée lors du dernier Festival du Nouveau Cinéma.

Enfermées dans un mystérieux pensionnat au cœur d'une forêt dense, des fillettes sont initiées à la danse par mademoiselle Éva (Marion Cotillard) et aux sciences naturelles par mademoiselle Édith (Hélène de Fougerolles), sortes d'enfants prisonnières dans un corps de femme; lorsqu'elles atteignent la puberté, les petites élèves sont relâchées dans le monde. À les voir gambader dans la forêt, telles les petites fées des légendes anglaises, tout de blanc vêtues et portant des rubans dans les cheveux, les fillettes d'Innocence semblent vivre le rêve de tout enfant, soit celui d'être libéré de l'autorité des parents.

Autour d'elles, s'affairent de silencieuses domestiques âgées qui les servent sans pour autant leur donner l'affection maternelle dont les fillettes sont cruellement privées: "Je pense que ça me plaisait de faire un film où il n'y a que des enfants parce que c'est anormal et angoissant, mais en même temps excitant, car vient un moment dans l'enfance où les adultes restent mystérieux et en arrière-plan, alors les enfants font leur éducation entre eux, en quelque sorte."

S'inspirant d'une nouvelle de Frank Wedekind, à laquelle elle a ajouté une dimension de révolte et de refus de soumission, la cinéaste signe un conte onirique et intemporel, un film baignant dans un climat d'inquiétante étrangeté qui rappelle par instants Pique-nique à Hanging Rock de Peter Weir: "J'adore ce film, qui m'a beaucoup marquée, mais c'est presque inconsciemment qu'on y trouve des références. En fait, mes vraies influences sont du côté de la littérature anglaise, comme Peter Pan, Mary Poppins ou des histoires de collège, et du cinéma fantastique, notamment Dario Argento, qui d'ailleurs s'était inspiré de la même nouvelle pour Suspiria.

Une des raisons pour lesquelles je voulais faire le film, c'était l'image d'une enfant vivante sortant d'un cercueil; dans la nouvelle Mine-Haha, ou l'éducation corporelle des jeunes filles, c'était une caisse, mais cela m'apparaissait clairement comme un cercueil... peut-être parce que j'aime les vampires et que, d'emblée, je voulais qu'on se retrouve dans un autre monde, montrer qu'on n'est pas dans la réalité, mais dans un conte."

Bien qu'elle fût monteuse de Carne et de Seul contre tous de Gaspar Noé, son conjoint à qui elle dédie ce film, l'univers de Hadzihalilovic n'a rien à voir avec celui du réalisateur d'Irréversible: "Gaspar est quelqu'un de très doué visuellement et en même temps de très humain, donc il m'a influencée tant sur le plan cinématographique qu'humain. Cela dit, nous avons des visions du monde très différentes." Pourtant, une certaine cruauté, voire une violence en sourdine, traverse Innocence.

Par exemple, en voyant les fillettes s'offrir en spectacle devant des adultes ou tâtées comme des chevaux par l'assistante de la directrice, on a la troublante impression de se retrouver devant un réseau de prostitution: "En effet, et c'est ce qui rend le film angoissant; mais pour moi, c'est clair qu'il ne s'agit pas d'un marché d'esclaves; par exemple, en danse classique, il y a des critères physiques à respecter et ça me plaisait d'exagérer ce point, ce qui rend la directrice du pensionnat terrifiante."

Bénéficiant d'une trame sonore qui accentue davantage l'insolite de l'ensemble, Innocence se perd malheureusement souvent en longueurs, lesquelles provoquent l'ennui. Toutefois, le décalage constant entre la fantaisie et le réalisme suffit à maintenir l'intérêt du spectateur jusqu'au dernier

  Source : Voir - Manon Dumais
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Excessif
 

Entretien Avec Lucile Hadzihalilovic pour Innocence par Excessif

Innocence, premier long-métrage de Lucile Hadzihalilovic, est un film d’un autre temps, quelque part entre le cauchemar éveillé et le songe lointain. Un film autre qui pose beaucoup de questions, donne peu de réponses et retranscrit au plus juste cette impression que le temps est suspendu. Lors de l’interview, la réalisatrice donne quelques clefs de ce rêve mystérieux sans entrer en profondeur, afin de ne pas en déflorer toutes les belles surprises.

Dans le texte original de Frank Wedekind (Mine-Haha ou l’éducation corporelle des jeunes filles), il y avait déjà la même structure éclatée avec plusieurs personnages ?

Non. En fait, j’ai vraiment conservé le dispositif de l’endroit, c’est-à-dire l’école isolée dans le parc, les souterrains, le théâtre… Dans la nouvelle, on suivait une petite fille pendant sept ans. J’ai conservé le parcours. Au début, elle ne comprend rien, puis elle apprend un peu les choses, découvre le théâtre et se pose des questions sur le monde extérieur.

Je trouvais que c’était bien de respecter cet ordre-là. Du coup, j’ai pensé à scinder en trois personnages. C’est vrai que concernant le scénario, les gens étaient un peu inquiets parce qu’ils avaient peur que les spectateurs perdent le personnage d’Iris au milieu. Paradoxalement, je crois qu’à l’arrivée ça fonctionne. Je voulais vraiment qu’on respecte cette découverte au fur et à mesure de l’âge.

Le thème de l’enfance confrontée à la perte de l’innocence est un sujet qui semble vous passionner. La bouche de Jean-Pierre, votre moyen-métrage, traitait déjà de ce sujet.

Oui, d’une façon plus angoissée certainement. Dans Innocence, c’est nettement plus naturel parce que c’est ce sentiment d’inconnu du monde qui est une forme de perte d’innocence. Visuellement l’organisation du lieu telle qu’elle est dans cette nouvelle de Frank Wedekind reflétait bien de manière concrète ce sentiment que le monde est mystérieux, que peu à peu on apprend des règles, qu’on vous en impose certaines, qu'on vous menace de choses qui n’arrivent pas forcément mais c’est une manière de vous éduquer. Le dispositif visuel rendait bien ce sentiment que l’éducation est à la fois une forme d’épanouissement et aussi une forme d’enfermement.

Physiquement, vous ressemblez beaucoup à Bianca

C’est drôle parce que je n’en avais pas eu conscience quand je l’ai choisie. Et puis quand ma première assistante a vu la petite fille, elle a éclaté de rire. Effectivement, on me l’a dit plein de fois. Il y a même des gens qui me disent qu’on ne voit que de petites Lucile dans le film. Et même quand j’ai demandé à Hélène [NDR. De Fougerolles] d’être brune avec une frange, je ne m’en suis pas rendue compte. Et après évidemment, elle a rigolé et elle m’a dit «ah, tu veux que je te ressemble». C’est assez courant que les réalisateurs choisissent même de manière un peu inconsciente des acteurs qui leur ressemblent ou alors qui les transforment un peu pour les ressembler.

Le film est très ancré dans le fantastique

Oui. Le premier élément fantastique du film, c’est le cercueil parce que c’est celui qu’on peut le moins expliquer. Bizarrement, je pensais que, dans la nouvelle, c’était un cercueil et je me suis rendue compte plus tard en la relisant que c’était une boîte. J’aimais bien l’image du cercueil et de la fontaine et j’ai construit mon récit en fonction de ces deux images. Sinon, il y a des éléments de conte comme l’horloge.

Le fait que les filles soient coupées du monde est fantastique. C’est un genre que j’affectionne parce que j’ai été élevée au cinéma et à la littérature fantastique. En même temps, j’aime bien que ce genre soit associé à des choses très simples. Je préfère même plus l’étrangeté que le fantastique. C’est sans doute aussi pour ça que j’affectionne la littérature allemande de cette époque-là. Je trouve par ailleurs qu’elle se lie bien à l’enfance.

Le film se ressent plus qu’il ne s’explique.

J’ai du mal à raconter des histoires où il y a beaucoup d’action, où les personnages passent aux actes. Je préfère le mystère, l’impression que quelque chose va arriver, faire ressentir cette attente.

Contrairement à La bouche de Jean-Pierre, Innocence n’a rien à voir avec le style visuel de Gaspar Noé.

Oui. La bouche de Jean-Pierre a été réalisé à une époque où on faisait Seul contre tous. On a travaillé ensemble sur les deux films parce qu’ils avaient en commun un côté pré-fait divers. Avec Gaspar, on a une maison de production et à l’époque on produisait nos films dans la mesure où c’étaient des films courts. J’ai travaillé avec lui sur Carne et Seul contre tous.

Seul contre tous est un long-métrage mais au départ ce devait être un moyen-métrage. On a produit ensemble ces deux films-là, en plus de La bouche de Jean-Pierre, et moi j’ai monté ses films. Mais je n’ai pas travaillé sur Irréversible et lui n’a pas travaillé sur Innocence. Mais pour revenir à la question, c’est clair que l’esthétique d’Innocence est plus divergent.

Qu’est ce qui vous intéresse dans la mise en scène ?

J’adore inventer un petit monde. Autrement, travailler sur l’image et le son m’intéresse beaucoup. Ce n’est pas tant l’aspect technique qui me passionne, je préfère par exemple trouver les décors, chercher des principes de mise en scène, jouer avec le son ...

Le chef-opérateur, c’est Benoît Debie, qui a déjà travaillé sur Calvaire de Fabrice du Welz…

Absolument. Calvaire est un très très beau film. C’est un éclairage très naturel et très brut. Visuellement, c’est magnifique. Benoît Debie est vraiment très bon.

Le fait qu’on pense à Irréversible lors du plan final d’Innocence est voulu ?

Oui et non. Disons que l’idée de la fontaine était déjà dans le texte. Elle n’est pas aussi importante à la fin mais lorsque les petites filles arrivent dans le bâtiment, elles disent qu’il y a une fontaine dans le coin qui leur rappelle le parc. Et je me suis dit que c’était une idée purement visuelle. De toute façon, j’avais écrit le scénario avant que Gaspar ne fasse Irréversible.

  Source : Excessif - Romain Le Vern
   

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