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Titre
original |
Innocence |
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Réalisation |
Lucile Hadzihalilovic |
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Scénario |
Lucile Hadzihalilovic |
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Interprétation |
Zoé Auclair, Laisson Lalieux, Astrid Homme, Lea Bridarolli,
Ana Palomo-Diaz, Bérangère Haubruge, Olga Peytavi-Müller,
Marion Cotillard, Hélène de Fougerolles, Véronique
Nordey, Corinne Marchand, Sonia Petrovna, Micheline Hadzihalilovic,
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Musique |
Pietro Galli, Leos Janácek & Sergei Prokofiev |
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Photographie |
Benoît Debie |
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Pays |
France |
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Année |
2005 |
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Durée |
1H55 |
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Genre |
Comédie dramatique |
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Producteur(s) |
Patrick Sobelman |
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Scoops |
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La projection aura lieu à IMAGIX
- Mons - Salle 12 - Plan
d'accès |
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Projection le Jeudi 08 décembre
2005 |
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Le film est projeté en version
originale française |
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Le film est projeté sans
entracte ni publicité |
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Les séances : |
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- 17h00 et 20h00
avec présentation et feuillet sur les films à
chaque séance
- 14h30 et 22h30
sans présentation et feuillet sur les films à
chaque séance
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Dans la forêt profonde, une école isolée
enseigne aux jeunes filles la danse et les sciences naturelles.
Trois fillettes vont alors découvrir les étranges
règles qui régissent l'établissement.... |
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Film
de culte |
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Derrière les murs, un parc. Dans le parc, un château.
Dans le château, un cercueil… Quelques jeunes
filles apprennent la discipline par la danse et les sciences
naturelles, dans un cadre étrange au temps suspendu.
Suspicious river
Dès le long générique d’introduction,
elle fredonne sa musique, chuchote et gémit ses secrets,
rugit et bourdonne sa colère. Une eau ambivalente,
qui inquiète par son flux et sa force, puis submerge
et engloutit tout; tandis qu’à sa surface, l’eau
claire semble s’écouler naturellement au cœur
d’un bois assoupi dans sa bulle coupée du monde.
Derrière les murs, un parc. Dans le parc, un château.
Dans le château, un cercueil… au bout de la mystérieuse
charade, quelques jeunes filles en fleur, ou à peine,
quelques boutons qui n’ont pas encore éclos.
Lucile Hadzihalilovic installe son laboratoire, on y dispensera
l’éducation des corps dociles, et on y créera
des castes dont la dureté des lois est adoucie par
de simples rubans accrochés dans les cheveux. Pointes
et entrechats, balançoires et papillons, jupes blanches
et herbe verte, l’éden et ses angelots nagent
dans un océan de grâce - pourtant, il y a quelque
chose qui sent le renfermé dans ce gynécée
hors du temps. Un sens du bizarre qui fait basculer cette
Innocence vers des rivages fantastiques, sans jamais que la
fragile frontière du surnaturel ne soit jamais franchie.
Le temps de l'innocence
Cette étrangeté rappelle immanquablement l’œuvre
de l’Australien Peter Weir, dont le Picnic at Hanging
Rock est marqué par le même onirisme féminin,
un goût des mystères derrière la porte,
le rideau, ou derrière un rocher où les blondes
évanescentes disparaissent pour ne jamais redonner
signe de vie. Un onirisme de conte de fées dans lequel
Hadzihalilovic, mise en scène précise et allégorique,
se baigne, avec ses rituels (des chemins interdits, une clef
de main en main), ou son décor (un passage secret derrière
une pendule, un château isolé).
L’enfance, ses découvertes, son apprentissage
d’un autre monde, et le choc généré
par l’inconnu font ici l’essentiel du fantastique.
Une indicible angoisse, une anxiété à
deux visages née de l’enfermement et de la peur
de l’extérieur. Innocence se penche sur l’éveil
de la sensualité, pour des enfants bientôt jeunes
filles, et les mutations qui vont s’opérer. D’abord
sur les corps, dont la nudité est exposée devant
une glace, mais également dans le regard des autres,
ceux pour qui tous ces efforts semblent être faits.
Les vierges suicidées
Dans cette atmosphère ouatée perce une inquiétude.
Les jeunes élèves mortes nées n’arrivent-elles
pas à l’école dans un cercueil? Qui sont
ces Barbe Bleue dont on ne voit pas le visage, mais qui envoient
leurs roses et abandonnent un gant qui pourra, plus tard,
se glisser entre les cuisses blanches des vierges inexplorées?
L’éveil sensuel sonne comme une libération,
une récompense de fin d’année après
laquelle on court plus ou moins consciemment, quitte parfois
à s’y perdre, parfois à s’y noyer.
Ces jeunes filles là, indique Mlle Eva (Marion Cotillard),
"on n’en parlera plus".
Quelques temps avant, le même personnage enseignait
aux fillettes que "l’obéissance est le seul
chemin qui mène au bonheur". Sur le visage du
bourgeon, brebis aux genoux fragiles, un sourire apparaît
lors d’une douche de printemps, à travers laquelle
on aperçoit timidement un jeune éphèbe,
torse nu, les pieds dans l’eau. Cette eau dont on ne
sort pas, une effusion sensuelle comme un angoissant totem,
une fontaine dressée vers le ciel et une barrière
muette séparant le prince et sa princesse. Qui s’y
libère, comme elle s’y emprisonne |
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Source : Film
de culte - Nicolas Bardot |
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Objectif cinéma |
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Le film Ovni
Dans la série film OVNI, celui de la réalisatrice
belge Lucile Hadzihalilovic, Innocence, a tout pour plaire.
Son sujet, adapté d’une nouvelle, raconte l’arrivée
d’une petite fille (on ne sait pas si elle est morte
ou non) dans une étrange pension pour jeunes filles,
où la présence d’adultes est représentée
uniquement par deux professeurs interprétées
par les charismatiques Marion Cotillard et Hélène
de Fougerolles. Le Festival de San Sebastian semble cette
année se faire comme point d’honneur de diffuser
des films oppressants et Innocence malgré son titre
cristallin, ne semble pas en briser la règle.
Si certains détails font penser aux Autres d’Amenabar
(les enfants prisonniers d’une étrange maison,
aux règles encore plus étranges et la mort qui
ne cesse de rôder tout au long du film), le traitement
cinématographique qu’en fait la réalisatrice,
Lucile Hadzihalilovic, est tout autre. D’abord, ce qui
frappe, c’est le traitement visuel de ce film. La blancheur
des vêtements de ces jeunes pensionnaires contraste
fortement avec les décors de la forêt, sombre
à souhait et des intérieurs feutrés ou
non de la pension.
La force d’Innocence, c’est de rester mystérieux
tout au long du récit. Qui sont ces jeunes filles ?
Pourquoi vivent-elles ici en communauté ? Que se passe-t-il
à l’extérieur de cet établissement
? A quelle époque se passe le récit ? Est-ce
un monde fictif ou réel ?
Toutes ces questions demeurent sans réponse. Lors
de la présentation du film au public, la réalisatrice
précise (sans préciser !) : "Je pensais
quand j’ai commencé à faire ce film que
c’était le paradis de vivre entre enfants du
même âge. Ces filles ont été séparées
du monde pendant des années. Il fallait montrer à
la fin leur excitation d’être enfin dans le monde,
dans la ville et de rencontrer des garçons. Dès
le départ, je voulais montrer cette vie d’école
comme un monde parallèle. Je ne vois pas d’autres
explications à cela."
Innocence est construit comme un cycle naturel de l’arrivée
de l’enfant au départ de la jeune fille vers
la découverte de sa sexualité. En cela les rapports
de ses personnages à la nature, qui semble également
poser les règles du lieu de la pension, font de ce
film hautement symboliste formellement, un film naturaliste
par son fond.
"L’univers exclusivement féminin de ce
film, concède la réalisatrice, est particulièrement
flippant." Et les séquences d’eau servent
alors à faire chuter la tension qui est permanente
dans le film.
Et parce que rien n’est clairement expliqué,
le spectateur reste finalement dans sa fonction première,
c’est-à-dire de passivité. Des impressions
fugaces de poésie, de perversité et de peur
viennent tour à tour l’étreindre sans
pour autant le marquer. |
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Source : Objectif cinéma - Laetitia Heurteau |
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Cinetrange |
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Lucile Hadzihalilovic n’a pas choisi la facilité
pour son premier long métrage (le sulfureux La bouche
de Jean-Pierre était un moyen métrage): tenter
de capter l’indicible, les sensations issues de l’enfance,
les premiers désirs sexuels et les jeux cruels, à
travers un récit abscons, où chacun est libre
d’interpréter ce qu’il veut comme il l’entend.
Disons-le d’entrée: dans cette oeuvre placée
sous le signe du mystère et de l’ambiguïté,
la résolution de l’intrigue en laissera plus
d’un perplexe, par son absence apparente.
Mais les apparences sont trompeuses. Lucile Hadzihalilovic
n’est pas avare en symbolismes, en sous-textes freudiens
et références explicites au cinéma qu’elle
aime (La nuit du chasseur, Argento, Bergman entre autres),
mais ne cherche pas à faire sens à tout prix.
Ou plutôt à orienter son récit vers un
sens linéaire. Pourtant, Innocence n’est pas
l’objet ésotérique et intello tant redouté.
Quelque chose de simple, de primitif et pur dans sa manière
de filmer la nature et ses éléments qui la composent
et l’animent, entre naturalisme et maniérisme,
invite le spectateur à s’immerger dans ce conte
initiatique.
Des images persistent comme autant de flash qui collent à
la rétine : des lampadaires éclairant un chemin,
des pieds menus dans l’eau clair, une petite fille sortant
d’un cercueil, un escargot sur une feuille etc. A ce
titre le travail du chef opérateur, Benoit Debie (Irréversible,
The Card Player, Calvaire) est stupéfiant. Chaque cadrage
est élaboré avec un soin maniaque, pensé
comme une toile impressionniste. Au risque, d’étouffer
le film, gagné parfois par un trop plein de cinéma.
Mais dans un cinéma français un peu étriqué,
l’ambition dont fait preuve la réalisatrice est
salutaire.
En effet, une douce perversité se dégage de
cette œuvre à l’atmosphère ouatée.
Un léger décalage persistant insuffle un parfum
constant de subversion à ce film faussement paisible.
Une menace permanente plane sur nos chères têtes
blondes qui rapproche Innocence des meilleurs films fantastiques.
Je pense notamment à Suspiria (l’absence/présence
de la directrice est un clin d’œil au film d’Argento)
mais surtout au splendide trip mystique de Peter Weir, Pique
nique à Hanging Rock, œuvres qui ont su capter
les peurs intimes et inconscientes de l’enfance.
Mais chez Lucile Hadzihalilovic, le suspense est diffus,
abstrait et pourtant d’une efficacité diabolique
car il n’est pas rassurant.
L'’absence d’explication fait monter en crescendo
une angoisse qui continue à faire son chemin après
la projection. Le fantôme de la pédophilie est
au cœur du récit, mais en marge, toujours hors
champs. Reste que cette présence, qui interroge notre
regard en tant que spectateur, finit par nous mettre mal à
l’aise. Ce n’est pas une des moindres qualités
de ce beau film, trouble et enivrant. |
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Source : Cinetrange
- Manu |
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Comme
au cinéma |
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Un domaine clos, hors du temps, dont il est interdit de franchir
les frontières… voici l'endroit de nulle part où
débarque un beau matin Iris, une enfant de 6 ans. Dès
les premières minutes, une question s'impose au spectateur
: quel est ce lieu étrange destiné à l'éducation
des jeunes filles ? Un pensionnat, un orphelinat, une secte,
etc. ? Comment sont-elles arrivées là ? Toutes
ces interrogations, la nouvelle "recrue" en fera
part à ses camarades mais n'obtiendra peu voire prou
de réponses… Fruits d'une mise en scène
exigeante et soignée qui permet de fonder de sincères
espoirs en Lucile Hadzihalilovic, l'univers du film et l'ambiguïté
qui l'habite en constituent la force substantielle. Il est
en effet impossible d'appréhender ce monde en demi-teinte.
Tout, absolument tout, concorde dans ce sens : d'un côté,
l'apparence pure des fillettes, toutes vêtues de blanc,
les activités saines pratiquées que sont le
sport et les sciences naturelles, l'absence de conflits, l'esprit
d'entraide, etc. De l'autre, la pâleur et le mutisme
de certains personnages, l'aspect inquiétant du bois,
les secrets que renferme le domicile des professeurs, leurs
non-dits ou encore les disparitions inexpliquées...
La musique symbolise peut-être le mieux ce clair-obscur
: même si elle est notamment composée des bruits
inhérents à la nature (agitation des feuilles,
cours d'eau, etc.), elle n'en est pas pour autant rassurante
!
Durant un peu moins de 2h, le crescendo dans la tension reste
perpétuel. Et hormis Iris, personne ne se plaint vraiment
de cet univers qui se veut complètement aseptisé
mais s'avère pourtant parasité et étouffant.
Les résidents seraient-ils tous anesthésiés
? Le discours des personnages semble en effet mécanique
et pourtant, chez certains, comme le professeur de danse incarnée
par Marion Cotillard, on distingue des fêlures. Mention
d'ailleurs à l'ensemble des actrices, qui parviennent
à jouer tout en nuances l'ambivalence de leur personnage.
Les amateurs d'action et d'intrigues cousues seront déçus
: le propos de Lucile Hadzihalilovic est plutôt d'inviter
le spectateur à se plonger dans une atmosphère
très marquée et en déceler (en vain ?)
les nombreuses zones d'ombre pour tenter de les expliquer.
Même l'épilogue est équivoque.
Bref, un film un peu OVNI comme on en fait de plus en plus
rarement et qui vaut, rien que pour cette raison, le coup
d'œil. |
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Source : Comme
au cinéma - Valérie Berthoule |
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Voir |
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Pour créer Innocence, Lucille Hadzihalilovic s'est
inspirée, à l'instar d'Argento pour le film
Suspiria, d'une nouvelle de Wedekind. Entrevue avec la réalisatrice
qui signe un premier long métrage fort prometteur.
L'an dernier, Fantasia présentait La Bouche de Jean-Pierre,
moyen métrage de Lucille Hadzihalilovic brossant le
portrait tragique d'une fillette élevée par
sa tante à la suite de la tentative de suicide de sa
mère. L'ensemble, austère, dur et efficace,
annonçait en quelque sorte l'angoisse troublante émanant
de son premier long métrage: "Effectivement, on
retrouve dans les deux films quelque chose de lié à
l'angoisse de l'enfant, de la peur de l'inconnu ou d'être
dans un lieu où l'on doit retrouver des repères;
je crois qu'il n'y a rien de plus effrayant pour un enfant
que de perdre sa mère", affirme la réalisatrice
rencontrée lors du dernier Festival du Nouveau Cinéma.
Enfermées dans un mystérieux pensionnat au
cœur d'une forêt dense, des fillettes sont initiées
à la danse par mademoiselle Éva (Marion Cotillard)
et aux sciences naturelles par mademoiselle Édith (Hélène
de Fougerolles), sortes d'enfants prisonnières dans
un corps de femme; lorsqu'elles atteignent la puberté,
les petites élèves sont relâchées
dans le monde. À les voir gambader dans la forêt,
telles les petites fées des légendes anglaises,
tout de blanc vêtues et portant des rubans dans les
cheveux, les fillettes d'Innocence semblent vivre le rêve
de tout enfant, soit celui d'être libéré
de l'autorité des parents.
Autour d'elles, s'affairent de silencieuses domestiques âgées
qui les servent sans pour autant leur donner l'affection maternelle
dont les fillettes sont cruellement privées: "Je
pense que ça me plaisait de faire un film où
il n'y a que des enfants parce que c'est anormal et angoissant,
mais en même temps excitant, car vient un moment dans
l'enfance où les adultes restent mystérieux
et en arrière-plan, alors les enfants font leur éducation
entre eux, en quelque sorte."
S'inspirant d'une nouvelle de Frank Wedekind, à laquelle
elle a ajouté une dimension de révolte et de
refus de soumission, la cinéaste signe un conte onirique
et intemporel, un film baignant dans un climat d'inquiétante
étrangeté qui rappelle par instants Pique-nique
à Hanging Rock de Peter Weir: "J'adore ce film,
qui m'a beaucoup marquée, mais c'est presque inconsciemment
qu'on y trouve des références. En fait, mes
vraies influences sont du côté de la littérature
anglaise, comme Peter Pan, Mary Poppins ou des histoires de
collège, et du cinéma fantastique, notamment
Dario Argento, qui d'ailleurs s'était inspiré
de la même nouvelle pour Suspiria.
Une des raisons pour lesquelles je voulais faire le film,
c'était l'image d'une enfant vivante sortant d'un cercueil;
dans la nouvelle Mine-Haha, ou l'éducation corporelle
des jeunes filles, c'était une caisse, mais cela m'apparaissait
clairement comme un cercueil... peut-être parce que
j'aime les vampires et que, d'emblée, je voulais qu'on
se retrouve dans un autre monde, montrer qu'on n'est pas dans
la réalité, mais dans un conte."
Bien qu'elle fût monteuse de Carne et de Seul contre
tous de Gaspar Noé, son conjoint à qui elle
dédie ce film, l'univers de Hadzihalilovic n'a rien
à voir avec celui du réalisateur d'Irréversible:
"Gaspar est quelqu'un de très doué visuellement
et en même temps de très humain, donc il m'a
influencée tant sur le plan cinématographique
qu'humain. Cela dit, nous avons des visions du monde très
différentes." Pourtant, une certaine cruauté,
voire une violence en sourdine, traverse Innocence.
Par exemple, en voyant les fillettes s'offrir en spectacle
devant des adultes ou tâtées comme des chevaux
par l'assistante de la directrice, on a la troublante impression
de se retrouver devant un réseau de prostitution: "En
effet, et c'est ce qui rend le film angoissant; mais pour
moi, c'est clair qu'il ne s'agit pas d'un marché d'esclaves;
par exemple, en danse classique, il y a des critères
physiques à respecter et ça me plaisait d'exagérer
ce point, ce qui rend la directrice du pensionnat terrifiante."
Bénéficiant d'une trame sonore qui accentue
davantage l'insolite de l'ensemble, Innocence se perd malheureusement
souvent en longueurs, lesquelles provoquent l'ennui. Toutefois,
le décalage constant entre la fantaisie et le réalisme
suffit à maintenir l'intérêt du spectateur
jusqu'au dernier |
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Source : Voir
- Manon Dumais |
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Excessif |
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Entretien Avec Lucile
Hadzihalilovic pour Innocence par Excessif
Innocence, premier long-métrage de Lucile Hadzihalilovic,
est un film d’un autre temps, quelque part entre le cauchemar
éveillé et le songe lointain. Un film autre qui pose
beaucoup de questions, donne peu de réponses et retranscrit
au plus juste cette impression que le temps est suspendu. Lors de
l’interview, la réalisatrice donne quelques clefs de
ce rêve mystérieux sans entrer en profondeur, afin
de ne pas en déflorer toutes les belles surprises.
Dans le texte original de Frank Wedekind
(Mine-Haha ou l’éducation corporelle des jeunes filles),
il y avait déjà la même structure éclatée
avec plusieurs personnages ?
Non. En fait, j’ai vraiment conservé le dispositif
de l’endroit, c’est-à-dire l’école
isolée dans le parc, les souterrains, le théâtre…
Dans la nouvelle, on suivait une petite fille pendant sept ans.
J’ai conservé le parcours. Au début, elle ne
comprend rien, puis elle apprend un peu les choses, découvre
le théâtre et se pose des questions sur le monde extérieur.
Je trouvais que c’était bien de respecter cet ordre-là.
Du coup, j’ai pensé à scinder en trois personnages.
C’est vrai que concernant le scénario, les gens étaient
un peu inquiets parce qu’ils avaient peur que les spectateurs
perdent le personnage d’Iris au milieu. Paradoxalement, je
crois qu’à l’arrivée ça fonctionne.
Je voulais vraiment qu’on respecte cette découverte
au fur et à mesure de l’âge.
Le thème de l’enfance confrontée
à la perte de l’innocence est un sujet qui semble vous
passionner. La bouche de Jean-Pierre, votre moyen-métrage,
traitait déjà de ce sujet.
Oui, d’une façon plus angoissée certainement.
Dans Innocence, c’est nettement plus naturel parce que c’est
ce sentiment d’inconnu du monde qui est une forme de perte
d’innocence. Visuellement l’organisation du lieu telle
qu’elle est dans cette nouvelle de Frank Wedekind reflétait
bien de manière concrète ce sentiment que le monde
est mystérieux, que peu à peu on apprend des règles,
qu’on vous en impose certaines, qu'on vous menace de choses
qui n’arrivent pas forcément mais c’est une manière
de vous éduquer. Le dispositif visuel rendait bien ce sentiment
que l’éducation est à la fois une forme d’épanouissement
et aussi une forme d’enfermement.
Physiquement, vous ressemblez beaucoup
à Bianca
C’est drôle parce que je n’en avais pas eu conscience
quand je l’ai choisie. Et puis quand ma première assistante
a vu la petite fille, elle a éclaté de rire. Effectivement,
on me l’a dit plein de fois. Il y a même des gens qui
me disent qu’on ne voit que de petites Lucile dans le film.
Et même quand j’ai demandé à Hélène
[NDR. De Fougerolles] d’être brune avec une frange,
je ne m’en suis pas rendue compte. Et après évidemment,
elle a rigolé et elle m’a dit «ah, tu veux que
je te ressemble». C’est assez courant que les réalisateurs
choisissent même de manière un peu inconsciente des
acteurs qui leur ressemblent ou alors qui les transforment un peu
pour les ressembler.
Le film est très ancré
dans le fantastique
Oui. Le premier élément fantastique du film, c’est
le cercueil parce que c’est celui qu’on peut le moins
expliquer. Bizarrement, je pensais que, dans la nouvelle, c’était
un cercueil et je me suis rendue compte plus tard en la relisant
que c’était une boîte. J’aimais bien l’image
du cercueil et de la fontaine et j’ai construit mon récit
en fonction de ces deux images. Sinon, il y a des éléments
de conte comme l’horloge.
Le fait que les filles soient coupées du monde est fantastique.
C’est un genre que j’affectionne parce que j’ai
été élevée au cinéma et à
la littérature fantastique. En même temps, j’aime
bien que ce genre soit associé à des choses très
simples. Je préfère même plus l’étrangeté
que le fantastique. C’est sans doute aussi pour ça
que j’affectionne la littérature allemande de cette
époque-là. Je trouve par ailleurs qu’elle se
lie bien à l’enfance.
Le film se ressent plus qu’il ne
s’explique.
J’ai du mal à raconter des histoires où il
y a beaucoup d’action, où les personnages passent aux
actes. Je préfère le mystère, l’impression
que quelque chose va arriver, faire ressentir cette attente.
Contrairement à La bouche de Jean-Pierre,
Innocence n’a rien à voir avec le style visuel de Gaspar
Noé.
Oui. La bouche de Jean-Pierre a été réalisé
à une époque où on faisait Seul contre tous.
On a travaillé ensemble sur les deux films parce qu’ils
avaient en commun un côté pré-fait divers. Avec
Gaspar, on a une maison de production et à l’époque
on produisait nos films dans la mesure où c’étaient
des films courts. J’ai travaillé avec lui sur Carne
et Seul contre tous.
Seul contre tous est un long-métrage mais au départ
ce devait être un moyen-métrage. On a produit ensemble
ces deux films-là, en plus de La bouche de Jean-Pierre, et
moi j’ai monté ses films. Mais je n’ai pas travaillé
sur Irréversible et lui n’a pas travaillé sur
Innocence. Mais pour revenir à la question, c’est clair
que l’esthétique d’Innocence est plus divergent.
Qu’est ce qui vous intéresse
dans la mise en scène ?
J’adore inventer un petit monde. Autrement, travailler sur
l’image et le son m’intéresse beaucoup. Ce n’est
pas tant l’aspect technique qui me passionne, je préfère
par exemple trouver les décors, chercher des principes de
mise en scène, jouer avec le son ...
Le chef-opérateur, c’est
Benoît Debie, qui a déjà travaillé sur
Calvaire de Fabrice du Welz…
Absolument. Calvaire est un très très beau film.
C’est un éclairage très naturel et très
brut. Visuellement, c’est magnifique. Benoît Debie est
vraiment très bon.
Le fait qu’on pense à Irréversible
lors du plan final d’Innocence est voulu ?
Oui et non. Disons que l’idée de la fontaine était
déjà dans le texte. Elle n’est pas aussi importante
à la fin mais lorsque les petites filles arrivent dans le
bâtiment, elles disent qu’il y a une fontaine dans le
coin qui leur rappelle le parc. Et je me suis dit que c’était
une idée purement visuelle. De toute façon, j’avais
écrit le scénario avant que Gaspar ne fasse Irréversible. |
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Source : Excessif
- Romain Le Vern |
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