Ciné-club éducatif & culturel de Mons (CCEC)
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Broken flowers
   
Titre original Broken flowers
Réalisation Jim Jarmusch
Scénario Jim Jarmusch
Interprétation Bill Murray, Julie Delpy, Heather Simms, Brea Frazier, Jarry Fall, Korka Fall, Saul Holland, Mark Webber, Zakira Holland, Niles Lee Wilson, ...
Musique Mulatu Astatke
Photographie Frederick Elmes
Pays U.S.A.
Année 2005
Durée 1H45
Genre Comédie
Producteur(s) Jim Jarmusch, Jon Kilik, Stacey E. Smith
Site officiel  
Scoops  
 
 
 
La projection aura lieu à IMAGIX - Mons - Salle 12 - Plan d'accès
Le Jeudi 15 décembre 2005
Le film est projeté en version originale anglaise sous-titrée en français
Le film est projeté sans entracte ni publicité
Les séances :
 
  • 17h00 et 20h00 avec présentation et feuillet sur les films à chaque séance
  • 14h30 et 22h30 sans présentation et feuillet sur les films à chaque séance
 
 

Célibataire endurci, Don Johnston vient d'être quitté par sa dernière conquête, Sherry. Il se résigne une fois de plus à vivre seul. Mais l'arrivée d'une mystérieuse lettre anonyme le contraint à revenir sur son passé. Une de ses anciennes amantes l'informe qu'il a un fils de dix-neuf ans, et que celui-ci est peut-être parti à sa recherche. Le meilleur ami de Don, Winston, père de famille et détective amateur, le pousse à enquêter sur ce 'mystère'. Malgré son peu de goût pour les voyages, Don s'embarque dans un périple à la recherche d'indices, retrouvant quatre de ses anciennes amours. Ses visites surprises à ces femmes uniques le confrontent à son passé et, du même coup, à son présent...

 
 
Grand prix du jury décerné à Jim Jarmusch au Festival de Cannes 2005
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netevents
 

Cette année, Jim Jarmusch a vu la Palme d'Or lui passer juste sous le nez (ah, ces vilains frères Dardenne, quand même), mais sa comédie mélancolique 'Broken Flowers' mérite clairement de belles brassées de fleurs. Bill Murray y joue Don Johnston, un Don Juan sur le retour qui vient de se faire larguer par sa petite amie Penny (Julie Delpy) lorsqu'il reçoit une mystérieuse enveloppe rose par le courrier, dans laquelle l'une de ses nombreuses ex petites amies lui apprend qu'il a un fils de 19 ans qui risque de débarquer chez lui un jour ou l'autre.

Poussé par son voisin aspirant détective, Johnston, passablement contraint et forcé, tente de débrouiller l'affaire. Réduisant la liste des possibilités à cinq maîtresses, il se lance sur les routes, parcourant le pays afin de leur rendre visite une à une. La confrontation avec son passé est parfois douloureuse, mais la surprise est toujours présente au détour d'un chemin.

C'est ainsi qu'il retrouve Laura (Sharon Stone) qui l'accueille de bon coeur, en compagnie de sa fille Lolita qui prouve, au cours d'une scène hilarante qu'elle n'a pas volé son prénom. Et puis, il y a Carmen la psychiatre pour chiens. Il suffit de quelques minutes à Jessica Lange – y a-t-il une actrice à Hollywood qui vieillisse avec plus de style – pour nous laisser une impression indélébile.

Et pour Bill Murray, c'est l'occasion d'utiliser à l'envi son visage de poker à la 'Lost in Translation'. 'Broken Flowers' est un rien plus accessible que ce que Jarmusch a fait auparavant: une comédie parfaitement équilibrée, délicieusement intelligente, bourrée de mélancolie qui ne charmera pas seulement les cinéphiles mais aussi le grand public.

  Source : Netevents - Jan Ruysberghe
L'internaute
  L'étrange quotidien selon Jarmusch trouve son représentant idéal avec le toujours aussi décalé Bill Murray. Broken Flowers est autant un road movie comique que le voyage initiatique d'un homme qui a besoin de défricher les souvenirs afin de débloquer un présent devenu insupportable par son inertie. Sans psychologie aucune, Jarmusch met en scène des situations absurdes de loufoqueries (à moins que ça ne soit l'inverse) portées par Bill Murray qui parfait à chaque film son mythe de clown triste et impassible, dissimulant tant bien que mal un vide existentiel quasi impossible à combler.
  Source : L'internaute
L'express
  L'élégance de la mise en scène de Jim Jarmusch et la nonchalance silencieuse de Bill Murray. Broken Flowers, grand prix du jury au Festival de Cannes en 2005 (lire Bill muré), suit le périple d'un homme parti à la recherche de ses ex dans l'espoir de retrouver un fils dont il vient d'apprendre l'existence par lettre anonyme. Bill Murray est un parfait fil conducteur (des regards, des haussements de sourcils, un mot ici, un mot là, une démarche sur coussin d'air au ralenti), et le film, lui, une suite de saynètes prétextes à des portraits de femmes (Sharon Stone, Jessica Lange, Tilda Swinton…), comme les pièces d'un puzzle de la vie d'un homme. Une bulle d'air. Une boule de drame. Des sourires. Des larmes. La vie. Qui vient. Qui va.
  Source : L'express - Eric Libiot
FluctuAnet
 

La vie en pétales

Comme un bouquet fané qui reprendrait de la vigueur, Broken Flowers nous emmène à reculons, vingt ans en arrière, sur la vie d'un homme. Que sont ses amours devenues ? Avec ce parcours à rebours, très intérieur, le dernier Jarmusch jette sur l'écran un voile sensible, qui suggère sans tout dire et laisse traîner dans l'œil un reflet clair-obscur.

Don Jonhston (Bill Murray, extra), la cinquantaine célibataire bien tassée et regard triste, vient de laisser filer sa dernière jeunette. Sans grand regret, sans doute est-il un solitaire. Stoïque en tout cas, sur son visage les expressions sont rares, les sourires quasi inexistants. Comme s'il vivait en lui-même, plutôt qu'à l'extérieur. Si bien que la vie, ne sachant plus que faire, lui balance un petit mystère pour le titiller. Ça commence par une lettre, glissée parmi les factures et les publicités.

L'enveloppe et le papier sont roses, l'expéditeur anonyme. Ou plutôt l'expéditrice. Car la nouvelle vient d'une ancienne conquête qui ne se présente pas : il aurait un fils, né dix-neuf ans plus tôt de leur idylle, et qui serait parti à sa recherche. Pour Don, l'affaire ressemble plus à un canular qu'à autre chose, et si ça ne tenait qu'à lui il enterrerait ça vite fait. Mais son voisin et ami Winston ne l'entend pas de cette oreille. En détective amateur passionné, ce dernier va lui concocter un petit parcours touristique à la recherche de ses amours passées…

Calme et introspectif, Broken Flowers est un bon Jarmusch. C'est-à-dire qu'une vraie ambiance naît de la mise en scène soignée. Ainsi les plans larges et fixes, leur cadre organisé, l'utilisation intelligente de la profondeur de champ, dévoilent l'univers de Don et dépeignent sa solitude avec subtilité. A l'extérieur, la caméra devient subjective et suit le regard de l'intéressé, interprète comme lui, suggère ses interrogations : ce jeune adolescent qui voyage seul en car pourrait-il être son fils ? Et celui-ci, à l'aéroport ? Et l'autre, là ? Comme Don, on se demande, on ne sait pas, les images se soumettant au regard sans jamais affirmer.

Au fil de ce road movie, effectué en transports et sans presse, Jarmusch s'amuse par ailleurs à fignoler une peinture brute de l'Amérique profonde. Un brin caricatural par certains aspects, l'humour très pince-sans-rire contenu dans le tableau n'en est pas moins savoureux. Vingt ans après, Don retrouve donc le visage plus ou moins marqué de ses belles, et la surprise est souvent gratinée.

Entre la très maquillée Laura (Sharon Stone, impayable) dont la fille adolescente se dévêt sans sommation, l'ésotérique Carmen (Jessica Lange) qui parle aux animaux et semble avoir viré sa cuti, la triste Dora enfermée dans sa villa dorée ornée de photos de la même villa, et la redoutable Penny (Tilda Swinton) entourée de louches bikers, Don n'a pas fait le voyage pour rien ! Chacune illustre une figure extrême de la population américaine, riche de contradictions et d'excès, en manque certain d'équilibre. Pour le bien-être ou la joie de vivre, il faudra repasser. Les amateurs de cynisme, quand à eux, seront servis.

Au-delà de la seule histoire, la réflexion sur les chemins de vie et le rapport aux autres est passionnante. Ce personnage statique, poussé malgré lui à un retour en arrière, découvre ce que le destin a fait des autres… et donc de lui. Ces femmes, si différentes entre elles, si différentes de lui, ont pourtant croisé sa route et partagé, un temps, son existence. La question, qui flotte dans le non-dit, est lourde de sens. Et nous ? Comment est-on arrivé ici ?

  Source : Fluctuanet - Julie Deh
cinoche
 

Les fleurs du mal(aise)

Le cinéaste Jim Jarmusch présente avec son plus récent film une vision pessimiste et morose de la vie. Le voyage est prenant et l'expérience agréable malgré la pesanteur du propos.

Le réalisateur américain Jim Jarmusch (Dead Man, Coffee and Cigarettes) a présenté son plus récent film à Cannes, plus tôt cette année. Le cinéaste a souvent manifesté son désir de travailler avec Bill Murray, il a eu la chance de le faire dans Fleurs brisées, une comédie dramatique d’ambiance succulente mais difficile d’accès. Même les spectateurs de bonne volonté auront certainement de la difficulté à saisir entièrement un film qui se cherche autant que son personnage, derrière ses qualités flagrantes de réalisation et de jeu.

Don Johnston, alors que sa copine le quitte, reçoit une mystérieuse lettre lui annonçant qu’il a un fils probablement parti à sa recherche. L’insistance de son voisin le convaincra d’amorcer un périple à travers les États-Unis pour retrouver l’auteure de cette fameuse lettre. Sauf que Don a « le spleen » et ne tient pas vraiment à renouer avec ce passé, ni à retrouver son soi-disant fils.

Un mot, d’abord, sur la réalisation de Jarmusch, qui est à la fois sensible et désintéressée, à la fois mature et impatiente. Un vrai travail expérimenté qui est plus que convaincant. Il sait éviter le mélodrame et les scènes larmoyantes, plusieurs moments bien placés font bien rire alors que d’autres sont plus émotifs, une réalisation toute en douceur, avec la retenue de rigueur pour cette histoire de malaise où la musique est essentielle parce que sans elle, il faudrait se parler.

Bill Murray montre toute l’étendue de son talent grâce à son interprétation confiante. Son personnage blasé, désintéressé, fait bien des voyages, mais le plus important est celui qu’il fait à l’intérieur. Murray partage ce sentiment avec toute son expérience, une performance qui détonne malgré l’ambiance générale du film. Les femmes qui lui donnent la réplique (Sharon Stone, Jessica Lange, Frances Conroy et Tilda Swinton) le supportent bien et c’est tout à l’honneur de Jarmusch d’avoir su saisir un peu de leur complexité.

Plusieurs situations semblent souvent amusantes dans le film, malgré le profond malaise qu’elles causent en réalité. Fleurs brisées est un film sur le malaise, sur le silence et sur les souvenirs, peut-être sur les remords aussi. La difficulté des relations interpersonnelles est saillante dans ce film magnifique qui examine honnêtement et simplement les réactions humaines. La finale, en particulier, s’avère particulièrement significative en ce sens, d’autant que la réalisation de Jarmusch lui confère une intensité singulière.

Dans un film sans faux-artifices, sans émotions factices, le duo Jarmusch-Murray présente un film très efficace sur le malaise, où le silence est plus éloquent qu’un discours prolixe, où l’appréhension est acceptée et même encouragée, un film qui est difficile à aborder parce qu’on ne sait pas par où commencer. Un peu comme une conversation, au fond.

"Je suis un vieux boudoir plein de roses fanées
Où gît tout un fouillis de modes surannées.[…]
L’ennui, fruit de la morne incuriosité,
Prend les proportions de l’immortalité."

- C. Baudelaire, Spleen, dans Les Fleurs du mal.

  Source : Cinoche - Karl Filion
le quotidien du cinéma
  Le voyage en solitaire.

Révélé au milieu des années 80 avec Stranger than paradise, Jim Jarmusch est un artiste qui aime multiplier les histoires à l'intérieur de ses films, n'hésitant pas à les fragmenter comme autant de plages différentes sur un même disque. Son dernier-né n'échappe pas à la règle et, à travers le voyage d'un homme parti sur les traces de son passé amoureux, le cinéaste new-yorkais esquisse de brèves fictions à travers les figures féminines que croise son héros désabusé.

Pour autant, ce qui importe dans Broken flowers, c'est moins le vague suspens qui alimente le récit (Don Johnston trouvera-t-il la femme qui lui a annoncé par lettre anonyme un fils caché depuis 20 ans ?) que cette tournée des coeurs déçus durant laquelle ce quinquagénaire, séducteur impénitent poussé par l'enthousiasme de Winston (formidable Jeffrey Wright) à découvrir le mystère, promène son spleen à travers l'Amérique avant de se réconcilier avec lui-même, ou pour le moins assumer ses paradoxes.

Entamées sous les meilleurs auspices lorsqu'il retrouve Laura (Sharon Stone, belle et émouvante) avec qui il passe une très agréable soirée avant de se réveiller dans ses bras au petit matin, ses pérégrinations ne vont pas tarder à se dégrader à mesure qu'il rencontre celles qui ont jalonné ses destinées sentimentales. Son indolente odyssée s'échouera lamentablement dans un champ (le passé lui revenant à la figure, au propre comme au figuré, au détour d'une visite qui vire à l'aigre), avant de s'achever sur la tombe de l'une de ses ex disparue dans un accident, submergé malgré lui par une discrète émotion où les larmes se confondent avec les gouttes de pluie ruisselant sur son visage fatigué.

Road movie désenchanté nappé d'un humour feutré mais imparable (les scènes avec Winston, les retrouvailles avec Carmen, communicatrice animalière (!) jouée par Jessica Lange), Broken flowers sécrète un charme tenace grâce à l'élégante interprétation de Bill Murray qui, s'il ne déroge pas à son personnage récurrent de jet-lagué sur qui les événements semblent glisser, dévoile ses immenses talents de comique minimaliste comme lors de sa visite chez Dora (Frances Conroy) où sa manière de manger détone tandis que son visage trahit son agacement d'un haussement de sourcils, d'un regard perdu ou d'un souffle amer.

Une performance en creux rythmée par une palette musicale parfaite (Jim Jarmusch est coutumier du fait) qui, selon les couleurs choisies, impriment à chaque scène une atmosphère particulière même si la tonalité d'ensemble verse dans une ineffable mélancolie. A l'image du leitmotiv musical signé Mulatu Astatke qui accompagne le périple du Don au terme duquel il pourrait faire sienne cette phrase de Stendhal : "Ce que j'aime dans les voyages, c'est l'étonnement du retour."

  Source : Le Quotidien du cinéma - Patrick Beaumont
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rencontre avec Jim Jarmusch

Le grand Jim Jarmusch cultive l'art du grand écart entre sa culture américaine et sa sensibilité européenne. A l'occasion de la sortie le 7 septembre de Broken Flowers, il était de passage à Paris pour une rencontre avec le public déjà impatient de découvrir son dernier film, auréolé du Grand Prix du Festival de Cannes 2005. Ce film s'ouvre d'ailleurs sur une dédicace à Jean Eustache, un cinéaste que le réalisateur avait découvert à la Cinémathèque de Paris. Durant cette rencontre (qui devrait constituer un bonus du dvd de Broken Flowers), Jim Jarmusch est revenu sur son parcours en commentant la projection de plusieurs extraits de ses films.

Broken Flowers

"J'ai écris un scénario destiné à Bill Murray il y a environ cinq ans, et il avait envie de le jouer. En le relisant, je le trouvais trop écrit, il fallait le retravailler. J'ai proposé alors à Bill Murray une autre histoire et c'est devenu Broken Flowers. J'étais à ce moment-là occupé par le tournage de Coffee And Cigarettes, auquel il a participé. Vous verrez dans l'histoire de Broken Flowers qu'il y a une sorte d'enquête à la manière d'un détective, c'est aussi une façon de décrire un personnage. Broken Flowers est le portrait d'un homme.

Le Grand Prix à Cannes… j'ai parlé un peu trop lors de la cérémonie de clôture (rires). Je ne crois pas à la compétition dans le domaine de l'art, mais j'accepte de voir mes films en compétition à Cannes. Cannes c'est à la fois un honneur et une reconnaissance. C'est en même temps une chance pour le film d'y être remarqué et acheté pour être diffusé. On peut ainsi rester indépendant et avoir le contrôle de ses futurs projets. Le Festival de Cannes a toujours été bienveillant avec moi." (Jim Jarmusch y a été récompensé de nombreuses fois).

Permanent Vacation

"C'était la toute fin des années 70 avec la naissance de la culture hip-hop. Il y avait l'idée du "do it yourself", de ne pas avoir besoin d'être professionnel pour créer des choses. Ce film est pour moi une sorte de home-movie. Je ne revois pas mes films après leur sortie, et je ne me souvenais plus de la voix-off comme ça."

Stranger Than Paradise

"C'est avec ce film que j'ai pour la première fois été récompensé à Cannes, c'était une reconnaissance internationale. En fait, on avait réalisé le film que l'on voulait voir, sans penser que grand monde le verrait. C'est émouvant pour moi de me rendre compte que je continue encore à faire des films aujourd'hui, je n'imaginais pas ça à l'époque…"

Mystery Train

"J'aime différents genres de littératures, différents genres de musiques… Mystery Train (1989) et Night On Earth (1991) ont des récits particuliers, éclatés. Si il se passe quelque chose à un endroit, que se passe-t-il au même moment ailleurs ? J'aime le point de vue d'un étranger qui apporte son regard sur un lieu. Je n'aime pas beaucoup les frontières et le nationalisme, je préfère que les cultures se mélangent, et voir ce que ça peut donner."

Dead Man

"J'avais l'idée de montrer le voyage d'un personnage, en y incluant des thèmes comme le génocide des Indiens, la violence, le fait de devenir célèbre… En écrivant le scénario, j'écoutais des chansons de Neil Young. Après un de ses concerts je lui ai demandé s'il voulait faire la musique de ce film. Il m'a répondu de lui envoyer un montage.

Deux jours plus tard, il me rappelait pour me dire qu'il allait participer à la musique. Il a enregistré quasiment en live devant la projection des images, la musique c'est en fait Neil Young qui réagissait avec son instrument à ce qu'il voyait.

Dead Man a été financé comme d'autres films avec des fonds européens : ainsi j'ai le négatif, le copyright et le director's cut. Broken Flowers a été quant à lui en partie coproduit par des Américains mais j'ai négocié le contrôle artistique total du film.

Ghost Dog

Ghost Dog est une sorte de collage de culture hip-hop, de code samouraï et de familles de truands new-yorkais. En matière de cinéma, l'originalité est surévaluée, on s'inspire forcément d'ailleurs. Ce film en est l'exemple, picorer un peu partout pour faire quelque chose d'original et unique.

Dans le film, je montre que le tueur-samouraï a des sentiments et des côtés délicats avec les scènes où il est avec les pigeons. Plus tard, le boxeur Mike Tyson m'a confié que quand il était petit, il apprivoisait aussi des pigeons, et que quelqu'un leur avait tiré dessus comme dans le film. Tout comme j'étais fan de Neil Young, j'étais fan du groupe Wu Tang Clan dont j'ai rencontré Rza. Il avait envie de faire de la bande-originale de film (il a réalisé ensuite celle de Kill Bill Vol.1). Je suis toujours en contact avec lui, je pense que l'on collaborera de nouveau ensemble…"

(In Cinéma Europe 2)

Entretien Avec Jim Jarmush

Au générique de début, vous dédiez ce film à Jean Eustache, Pourquoi ?

J'avais aimé le film La Maman Et La Putain, c'est l'un des plus beau film sur l'incompréhension homme-femme. Puis j'avais sa photo sur mon bureau, et des que j'étais bloqué sur mon scénario ou que je perdais courage, il men redonnais. Enfin, si mon film fait connaître l'oeuvre de Jean Eustache à quelques personnes j'en serais très heureux.

Avez-vous écrit le rôle de Don pour Bill Murray ?

Oui, je voulais un rôle où il ne pourrait pas s'en remettre à son talent pour rendre n'importe quoi hilarant. Bill Murray a toujours montré un singulier mélange de malice et de mélancolie. Il a ça, et c'est très rare. Je crois que je voulais lui donner quelque chose qui puisse mettre un peu plus en valeur cet autre côté de son talent d'acteur. Il a aimé le scénario, et j'ai avancé sur cette base à partir de ses disponiblités de tournage.

Comment avez-vous travaillé avec les comédiennes ?

Les quatre acrtices principales ont reçu le scénario complet. A chacune j'ai demandé d'écrire une lettre, LA lettre, ce qui me permettrait de leur faire envisager la possibilité d'être effectivement la mère de cet enfant. J voulais qu'elle entrent dans leur personnage par l'écriture. Au tournage, Jessica Lange semblait décidée à garder un certain cap pour son personnage. Sa lettre - ou plutôt celle de son personnage, Carmen - était vraiment drôle. Elle disait : "En aucune circonstance tu ne proféreras d'insultes ni ne commettras un acte brutal envers ce garçon s'il se présente".

Sharon Stone a apporté de très belles choses. Elle a eu l'idée qu'on la retrouve dans le lit blottie contre Don quand ils se réveillent. Elle a eu l'idée quand il repart, de lui baiser la main. Je sais que ce n'est qu'un petit détail, mais ils s'additionnent les uns avec les autres pendant le film, et ils ont retenu toute notre attention sur le tournage.

Qu'aimeriez-vous qu'on retienne du film ?

Ca ne m'interesse pas de faire la morale ou la leçon à qui que ce soit. Ce que je sais, c'est que je ne veux pas tirer le rideau à la fin du film et que tout se retrouve bien en place. Je souhaite que le personnage de Don reste à l'esprit des spectateurs pendant le générique de fin, je veux qu'il reste bien vivant dans leur mémoire. Les récits de fiction sont une distraction pour le public. C'est un moyen pour lui d'entrer dans un autre monde et d'observer des personnages se débattre dans ce monde et dans leurs relations entre eux.

(In Cinéma Europe 2)


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