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Titre
original |
Caché |
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Réalisation |
Michael Haneke |
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Scénario |
Michael Haneke |
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Interprétation |
Daniel Auteuil, Juliette Binoche, Maurice Bénichou,
Annie Girardot, Lester Makedonsky, Bernard Le Coq, Walid Afkir,
Daniel Duval, ... |
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Photographie |
Christian Berger |
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Pays |
France |
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Année |
2005 |
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Durée |
1H55 |
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Genre |
Thriller/Drame |
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Producteur(s) |
Veit Heiduschka |
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Scoops |
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La projection aura lieu à IMAGIX
- Mons - Salle 12 - Plan
d'accès |
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Projection le Jeudi Jeudi
26 janvier 2006 |
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Le film est projeté en version
originale française |
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Le film est projeté sans entracte ni publicité |
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Les séances : |
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- 17h00 et 20h00
avec présentation et feuillet sur les films à
chaque séance
- 14h30 et 22h30
sans présentation et feuillet sur les films à
chaque séance
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| Georges, journaliste littéraire, reçoit des vidéos
- filmées clandestinement depuis la rue - où on le voit
avec sa famille, ainsi que des dessins inquiétants et difficiles
à interpréter. Il n'a aucune idée de l'identité
de l'expéditeur.
Peu à peu, le contenu des cassettes devient plus personnel,
ce qui laisse soupçonner que l'expéditeur connaît
Georges depuis longtemps. Georges sent qu'une menace pèse
sur lui et sur sa famille, mais comme cette menace n¿est
pas explicite, la police lui refuse son aide ...
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Festival
de Cannes 2005 |
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- César de la meilleure réalisation décerné
à Michael Haneke
- Prix FIPRESCI décerné à Michael Haneke
- Prix du jury Oeucuménique décerné
à Michael Haneke
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European
Film Awards 2005 |
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- Récompense du meilleur acteur décerné
à Daniel Auteuil
- Récompense du meilleur réalisateur décerné
à Michael Haneke
- Récompense du meilleur montage décerné
à Michael Hudecek & Nadine Muse
- Récompense du meilleur film décerné
à Veit Heiduschka (producteur)
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Récompense du meilleur film étranger aux Los
Angeles Film Critics Association Awards 2005 |
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Récompense du meilleur film étranger au San
Francisco Film Critics Circle 2005 |
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Récompense du meilleur film étranger aux Southeastern
Film Critics Association Awards 2005 |
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Cinopsis |
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Georges et Anne Laurent reçoivent une cassette vidéo
montrant en plan fixe leur maison vue depuis une ruelle en face.
D'abord interloqués, ils s'interrogent et se demandent
qui a fait cela et pourquoi... Mais à la seconde cassette,
lentement la peur s'emparent d'eux ... Dès les premières
minutes, Michael Haneke donne les éléments de
sa mise en scène et de son récit: caméra
fixe, mise en abyme, réflexivité et distanciation
vont être au menu de ce CACHÉ qui exploite bien
sûr toutes les préoccupations chères à
Haneke.
Il exploite et dévoile dans ce film ce que la mauvaise
conscience de certains peut générer comme trouble
dans des vies bien rangées et bourgeoises. La culpabilité
des protagonistes les entraîne sur la pente inéluctable
de la destruction. Dans ce sens, l'éclatement du couple
Anne-Georges est prévisible (même si il n'aboutit
pas réellement) car les cassettes qu'ils reçoivent
chez eux vont mettre le doigt sur leurs terreurs intérieures,
provoquant bien sûr des actes incohérents ou
violents.
Pièce du puzzle par pièce du puzzle, Michael
Haneke construit ici un de ses récits les plus achevés,
maniant le thriller comme personne, tout en évitant
les pièges grossiers du genre. Les cassettes vidéo
racontent une histoire dans l'histoire. Elles servent évidemment
de catalyseur jouant à la fois sur l'intérêt
des personnages mais aussi sur la peur et la tension qui naissent
peu à peu dans le couple, le déstabilisant et
les culpabilisant. Juliette Binoche et Daniel Auteuil sont
brillants, portant ce presque huis-clos sur leur épaules
avec aisance. Leur jeu est sobre, très naturel, sans
fioritures pour que le quotidien de leur existence soit plus
présent.
Filmé en digital HD pour renforcer l'impression de
réalisme, CACHÉ est un bijou finement ciselé
où chaque image, chaque plan fixe compte. Haneke ne
se gêne cependant pas pour y placer comme à son
habitude des images chocs et fortes (scène du suicide)
pour provoquer et susciter l'émoi du spectateur, le
mettant dans un état de déséquilibre
dans lequel il est susceptible de mieux réfléchir
au message passé dans le récit. Du très
bon cinéma...
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Source : Cinopsis
- Eric Van Cutsem |
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Le Figaroscope |
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Bien sûr, le spectateur ne peut s’empêcher
de se demander qui envoie ces cassettes destructrices ? Michael
Haneke, auteur de Funny Games et Code inconnu se garde bien
de le dire. C’est sa règle du jeu. Ce qui l’intéresse
n’est pas tant de raconter une histoire, mais de distiller
le malaise. Ce qu’il fait avec maestria. C’est ainsi
que le film commence de la façon la plus anodine qui
soit : un long plan fixe sur une maison tranquille. Sauf que
c’est de cette façon que les protagonistes - Daniel
Auteuil et Juliette Binoche - comprennent que tous leurs faits
et gestes sont surveillés. Une fois cette atmosphère
délétère bien installée, Haneke
va injecter une bonne dose de culpabilité. Peu à
peu Georges, le mari, va exhumer de sa mémoire un épisode
de son enfance écoeurant. Certes ces thèmes ne
sont guère très attrayants, mais la façon
dont Haneke, grand manipulateur, les assemble est passionnante,
nous envoyant à la figure notre quotidien poisseux, nos
petites lâchetés et nos grandes angoisses. |
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Source : Le
Figaroscope - Françoise Maupin |
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L'internaute |
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Michael Haneke frappe fort avec cette chronique des petites
lâchetés de notre vie quotidienne, aux conséquences
parfois dramatiques. La mise en scène implacable distille
goutte après goutte son malaise jusqu'à envahir
totalement le spectateur. En revanche, on peut comprendre que
le générique de fin, arrivant décidemment
bien trop tôt, puisse choquer un public en mal d'explications. |
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Source : L'internaute |
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Le Quotidien du
cinéma |
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Qui filme ? Cette question qui nous taraude dès
le premier plan de Caché ne sera pas levée au
terme d'un film énigmatique et passionnant où
Michael Haneke ébranle nos certitudes et n'a de cesse
de nous renvoyer à notre statut de spectateur. Un postulat
théorique qui, pourtant, s'insinue dans les interstices
d'une histoire aussi inquiétante que prégnante
plongeant un couple dans les affres de l'angoisse après
qu'il ait reçu plusieurs vidéos les épiant
dans leur quotidien.
Impuissants face à cette intrusion au coeur de leur
intimité, Anne et Georges (Juliette Binoche et Daniel
Auteuil, sidérants) s'interrogent d'abord sur l'origine
et le pourquoi de ces images enregistrées clandestinement.
Peu à peu, cette menace qui ne dit pas son nom se précise
en même temps qu'elle franchit le cercle familial, touchant
amis et relations professionnelles. Toujours latente, jamais
frontale sauf lors d'une scène d'une brutalité
inouïe, parfois explicite comme ces dessins figurant
un enfant perdant du sang, cette violence assaille Georges
qui soupçonne un homme surgi de son enfance. De nouvelles
images montrant la maison familiale deviennent alors le fil
d'Ariane qui va le guider jusqu'aux recoins les plus refoulés
de sa mémoire, ramenant à la surface des souvenirs
volontairement enfouis.
Une réalité oubliée s'invitant par les
images et le confrontant à celui qui dérange,
celui dont la seule présence renvoie Georges à
ses responsabilités, lui qui s'évertue à
marteler le contraire, s'annexant de toute faute alors qu'une
simple phrase prononcée à ses parents modifia
la trajectoire de cet enfant et détermina sa vie. "Qu'est-ce
qu'on ne ferait pas pour ne rien perdre" lui assène
Majid (bouleversant Maurice Bénichou) qui dessine ainsi
les contours de la culpabilité de Georges enfant accroché
à ses privilèges.
Outre ce thème de la faute non assumée, Caché
aborde la question du mensonge, paravent de toutes les lâchetés
derrière lequel chacun se protège, prétextant
les meilleures raisons comme lorsque Georges dissimule à
sa femme la visite à Majid pour la protéger
avant que des images saisies à son insu ne révèlent
à Anne l'existence de cet homme. Déjà
fissuré par les silences de Georges, l'édifice
conjugal se lézarde et laisse apparaître des
béances. Le couple prend l'eau, perd pied avant de
se noyer dans l'incompréhension et le sentiment de
trahison.
Loin de lever les doutes sur l'origine des images par lesquelles
le scandale arrive (le dernier plan est admirable d'ambiguïté),
Michael Haneke, moraliste austère mais nullement moralisateur,
n'a de cesse de nous renvoyer à notre position de spectateur
grâce à une mise en scène cultivant savamment
l'équivoque. Contraint de s'interroger sur la nature
des images et notre regard sur elles, nous sommes alors confrontés
à nos propres lâchetés, mensonges et peurs,
faux-fuyants sur lesquels se construisent nos existences.
A travers cette histoire en forme de parabole, Michael Haneke
tend un miroir sans complaisance à ses contemporains
et jette une lumière crue sur un monde qui se vautre
dans l'oubli. |
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Source : Le Quotidien du cinéma - Patrick Beaumont |
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Le monde |
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Cela s'appelle un plan d'ensemble. Une vue générale
de ce qui semble être une de ces petites maisons, rares,
confortables, que l'on trouve dans Paris, un de ces lieux
d'habitation rénovés et habités par ceux
qui transforment progressivement la capitale en ville de province.
Ce plan d'ensemble, interminable et sur lequel s'inscrit le
générique du nouveau film de Michael Haneke,
est en fait un plan tourné en vidéo et envoyé
aux habitants de la maison sous la forme de cassettes déposées
anonymement devant leur porte.
Ces habitants sont un couple avec un enfant : Georges (Daniel
Auteuil), journaliste littéraire à la télévision,
son épouse (Juliette Binoche), qui travaille dans une
maison d'édition, et Pierrot, leur fils adolescent.
Sans explication, de façon répétée,
ces envois mystérieux d'images qui laissent supposer
une présence constante, anonyme, menaçante peut-être,
autour d'eux se trouvent progressivement accompagnés
de dessins d'enfants morbides.
Si plus que jamais, dans Caché, le cinéaste
autrichien reste fidèle à ses obsessions, il
y dévoile celles-ci en faisant mine d'emprunter quelques
réflexes à un cinéma a priori moins noble
que le sien. Ce fut déjà le système sur
lequel était construit Funny Games. Sa démonstration
n'hésite pas, à nouveau, à faire jouer
quelques ficelles du thriller d'épouvante au service
d'une mise en condition du spectateur que l'on ne manquera
pas, peut-être, de lui reprocher, un spectateur un brin
masochiste sûrement qui verra son propre reflet (le
pathétique héros de cette histoire) malmené
durant deux heures.
Les envois de films vidéo se font plus précis,
les lieux filmés changent (la maison d'enfance de Georges,
une HLM de la banlieue parisienne), lèvent irrésistiblement
un coin du voile et Georges semble progressivement soupçonner,
sans le dévoiler à quiconque, qu'un événement
lié à son enfance pourrait être l'explication
de ce harcèlement angoissant. Il serait ici particulièrement
frustrant de dévoiler le secret qui ne manquera pas
d'être découvert et avoué.
Inaltérable barbarie
Il suffirait tout simplement de constater que le dispositif
inventé par Haneke est, une fois de plus, entièrement
déterminé par une méditation sur la présence
sourde d'une inaltérable barbarie au coeur de ce qui
semble pourtant l'avoir effacée. Car n'est-ce pas celle-ci
qui manque continuellement d'exploser dans un monde qui semble
avoir atteint pourtant un haut degré de civilisation
pacifiée, un univers de culture, de savoir et d'érudition
(le métier de Georges n'est certes pas anodin), où
la connaissance paraissait être le meilleur moyen d'échapper
au mal ?
La barbarie dont il est question a ici des racines historiques.
Les fantômes, cadavres et squelettes de la guerre d'Algérie
sont visiblement encore là, imprègnent la vie
et le passé des protagonistes et constituent une des
clefs de l'énigme. Et l'on devine que c'est un sourd
remords qui empoisonne le héros, celui du petit Occidental
que l'Histoire et son cortège de terreurs et d'horreurs
ont visiblement épargné depuis des décennies.
On pourra peut-être reprocher à Haneke son pessimisme
un peu forcé, cette volonté de surligner celui-ci
un peu trop, parfois, comme dans ce plan où Georges
et sa femme s'inquiètent de la disparition de leur
fils qu'ils croient kidnappé avec, au second plan de
l'image, un écran de télévision montrant
des images de la violence dans le monde contemporain (Irak,
Palestine).
Haneke semble dépeindre un monde civilisé qui
aurait expulsé toute barbarie, mais ce qui s'affirme
vraiment dans son cinéma c'est que l'éradication
de celle-ci, utopie avouée ou non de la société
contemporaine occidentale, pourrait n'être qu'une autre
manière de la faire revenir. Ce que l'on ne pourra
reprocher au cinéaste, en tout cas, c'est la précision
de sa mise en scène, habilement consacrée à
orchestrer une montée de la terreur et en même
temps à exprimer la banalité existentielle de
ses personnages.
Et c'est là que l'on peut revenir au plan d'ouverture.
Une vue d'ensemble froide, fixe qui, on le saura, est celle
du danger, de la menace. Un autre plan du même type
le clôt, dont la durée paraît donner au
spectateur toute possibilité (illusoire) de le décoder.
Ainsi, s'immerger dans le film d'Haneke, c'est aussi une manière
de réfléchir au pouvoir du cinéma, plus
exactement à la force de ce que l'on appelle un plan
de cinéma. Le plan d'ensemble, qui est à la
fois, en l'occurrence, la source du récit et sa conclusion,
évacue toute capacité d'empathie et détient
en soi un pouvoir anxiogène. Car il n'exprime qu'une
neutralité froide et abjecte, angoissante, celle d'une
caméra de surveillance, d'un regard qui n'accorde aucune
rédemption à son objet. Peut-être parce
que celui qui regarde est caché. Justement |
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Source : Le
monde - Jean-François Rauger |
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Avoir à lire |
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Deux ans après son très mésestimé
Temps du loup, qui n’avait pas à rougir de ses
comparaisons avec Tarkovski et Bergman, le cinéaste
autrichien Michael Haneke revient torturer ses ouailles avec
Caché, un film qui, en surface, ressemble à
un thriller classique mais qui, au gré de ses bobines,
creuse en profondeur et autopsie des angoisses humaines très
actuelles.
L’argument initial (une cassette vidéo envoyée
à un présentateur télé) évoque
Lost highway de David Lynch avec ce qu’il faut d’étrangeté
latente, d’angoisse sourde et de climat ténébreux.
Par chance, le filon est excellemment exploité et n’emprunte
pas des chemins maintes fois empruntés. Dans Caché,
comme dans Code inconnu, Haneke suggère la peur, le
trouble en plongeant ses protagonistes dans l’obscurité
; en les montrant de dos pendant une bonne partie du métrage
; en les emmenant dans des zones inconnues. Et cette peur
de l’inconnu est ici impeccablement retranscrite. A
tel point que Haneke signe là l’un de ses opus
majeurs.
En brouillant élégamment les cartes du suspense
(qui est menacé ? qui joue avec qui ? qui est qui ?)
; en cernant les affects de personnages qui simulent le sourire
alors que rien ne fonctionne à l’intérieur
; en confrontant des mondes distincts, Haneke en dit long
sur la société comme elle va (mal) sans nécessairement
- et cela risque de réjouir les détracteurs
usuels du cinéaste - céder à la dissertation
filmique, sans tomber dans le manichéisme de bas étage.
Alors que La pianiste pouvait être vu comme une auscultation
d’une Autriche (f)rigide, personnalisée par le
personnage d’Erika (Isabelle Huppert), Caché
dessine en creux un portrait de la France et de ses maux :
la peur de l’étranger, de l’autre, avec
une bonne louche de culpabilité. Quand les fantômes
inavouables du passé s’incrustent dans un présent
insouciant et bourgeois.
Sans en dire trop, le film, opaque et terrible, fonctionne
comme un mystère dont le cinéaste ne délivre
les clefs que progressivement. S’il n’est guère
dépourvu de la cruauté inhérente au cinéma
d’Haneke (avec une scène centrale traumatisante),
Caché, chargé en suspense mais exempt du surplomb
moralisateur usuel chez Haneke, n’en demeure pas moins
l’opus le plus accessible, le plus dense, le plus humain
d’un réalisateur passionné par la manipulation
des images et la banalisation de la violence.
La mise en scène, très impressionnante, met
en valeur un scénario complexe qui manie l’ambiguïté
et le frisson jusqu’au bout de sa pelloche et recèle
des abîmes existentiels intenses et profonds. Pour citer
Hemingway, "ce fut un beau cauchemar". C’est
surtout un grand film qui hante gravement après la
projection. |
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Source : Avoir
à lire - Romain Le Vern |
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Excessif |
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Lors de sa présentation au dernier festival de Cannes,
Caché, le dernier Michael Haneke, a reçu un
si bon accueil que les rumeurs d'une palme d'or courraient
dans les rues de la station balnéaire en effervescence.
Comment expliquer le si grand engouement pour son nouveau
film qui, à l'inverse des autres opus du cinéaste,
ne divise pas les spectateurs ? Une réalisation diaboliquement
efficace, un scénario terriblement futé et des
interprètes redoutablement doués. Oui, mais
ce n'est pas tout : le parcours révèle des surprises
et des chocs. Un voyage au bout de l'enfer intérieur
qui glace le sang et flagelle les viscères. En attendant
l'interview DVD sur sa trilogie de la Guerre Civile (Le septième
continent, Benny's Video et 71 fragments d'une chronique du
hasard) et Funny Games dont la mise en ligne est imminente,
retour sur ce thriller unique et bouleversant qui procure
la sensation étrange d'avoir été sculpté
à même les ténèbres. L'un des meilleurs
Haneke.
Caché ressemble davantage
aux films de votre trilogie sur la Guerre Civile qu'à
vos derniers Le temps du Loup et La pianiste. Vous comptez
revenir à ce cinéma ?
Michael Haneke : Il y a une explication très simple.
A l'origine, je ne devais pas réaliser La Pianiste
mais un ami qui ne l'a pas fait. Le producteur m'a proposé
de le tourner. Alors, du coup, je comprends que l'on puisse
dire que ce n'est pas tellement un film typique d'Haneke.
En ce qui concerne Le temps du Loup, c'était un peu
le même problème. J'avais écrit le scénario
il y a dix ans juste après Le Septième continent.
Quelques années ont passé et mes intérêts
ont changé. Je voulais malgré tout le faire
en raison du 11 septembre.
J'ai reçu un e-mail du président de la cinémathèque
autrichienne qui m'a envoyé des extraits de journaux
américains et tous ces extraits correspondaient étrangement
au Temps du Loup. Je pense que c'était un film nécessaire
pour le temps. J'étais plus dans une phase de développement
artistique que de la capacité à me concentrer
sur une chose. J'ai également un scénario chez
moi que j'ai écrit il y a cinq ans qui est ambitieux
mais j'attends de voir si cela pourra aboutir.
Le temps du Loup évoquait
beaucoup Tarkovski.
C'est un grand compliment parce que, pour moi, Tarkovski
et Bresson, ce sont les dieux. Cela étant, je pense
que Tarkovski est beaucoup plus mystérieux et religieux.
Il y a beaucoup de références
religieuses dans vos films.
Oui mais d'une manière nettement plus ambiguë.
Si on sort d'un pays catholique, c'est inévitable de
se confronter avec cet univers.
Caché commence comme Benny's
Video et le couple ressemble beaucoup à celui du Septième
Continent. Ces détails sont volontaires ou pas ?
Hier j'ai lu un article dans un journal Allemand qui soulignait
le fait que Le temps du loup reprenait les grandes lignes
de Funny Games. Je me suis demandé en quoi et quand
j'ai lu l'article, il disait qu'effectivement le début
posait la même situation puisque l'on voit une famille
qui arrive dans sa maison de campagne et qui se fait agresser
par des gens malintentionnés. Or, ce n'est qu'un détail,
les deux films ne se ressemblent pas vraiment. Pour Caché,
le fait que l'on commence par le visionnage d'une vidéo
n'était pas volontaire là non plus.
Vous faîtes des correspondances
entre vos films ?
Non, je ne suis pas plus intéressé que ça.
C'est plutôt aux journalistes de s'en occuper (rires).
Evidemment, c'est un thème central de mon travail de
nourrir le doute sur la réalité du cinéma
et naturellement, il y a la façon de le montrer. Les
moyens sont forcément limités parce que ça
devient autoréflexif. Entre Benny's Video et Caché,
c'est différent parce qu'on voyait bien dans le premier
qu'il s'agissait d'une vidéo. On a tourné Caché
en HD pour donner cette illusion qu'on regarde la réalité.
On perçoit un peu le caractère vidéo
à cause de la profondeur de champ. Au final, c'est
pour permettre de comprendre que ce qu'on regarde n'est pas
la réalité. Maintenant, on va voir comment les
gens vont réagir au film, d'autant que l'accueil était
plutôt bon à Cannes.
Attention, ne lire ce
qui suit que si on a vu le film
Est-ce que Caché peut être
vu comme un film sur le refoulé de la France ?
Oui, dans une certaine mesure. Je dis souvent en interview
à propos de ce film que je voulais que l'histoire soit
universelle, c'est-à-dire qu'on puisse la comprendre
partout. En cela, elle ne concerne pas uniquement la France
mais tous les pays. Pour moi, Caché est avant tout
un film sur la culpabilité, sur les taches noires qui
sont mises sous le tapis. J'ai découvert cet événement
de 1961 par hasard, presque au début de ma réflexion
sur le film à travers un documentaire qui est passé
sur Arte.
Quand je l'ai vu, je ne pouvais pas croire que la police
tue presque 200 personnes. Le plus incroyable, c'est que,
pendant 40 ans, personne n'en ait parlé. Cela m'a surpris,
surtout en France qui a une presse assez libre et gauchiste.
C'est pour ça que c'est devenu un thème très
important dans le film. Mais je ne veux pas trop qu'on prenne
Caché comme un film sur la France.
C'est plus un film sur la culpabilité personnelle,
de nous tous. A la fin, lorsque le personnage de Daniel Auteuil
prend ses deux comprimés pour bien dormir, c'est une
façon de réagir face à notre culpabilité
vis-à-vis du Tiers-Monde. Pour d'autres, c'est l'alcool
ou le travail. Nous avons tous notre manière de nous
protéger de notre mauvaise conscience. |
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Source : Excessif
- Romain Le Vern |
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Arte |
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Monsieur Haneke, votre film évolue
sur plusieurs niveaux narratifs, si bien que l’on se
demande ce qui est réalité, ce qui est interprétation
ou manipulation. Etait-ce votre intention ?
C’est bien entendu l’un des thèmes qui
revient dans tous mes films. Je m’efforce de saper la
confiance des spectateurs en la véracité des
images. Nous sommes constamment entourés d’images
qui nous font croire qu’elles représentent la
réalité. Mais en vérité, ce ne
sont que des trompe-l’œil qui n’ont aucun
rapport avec la réalité. En effet, on ne peut
appréhender la réalité que si elle est
vécue, mais ce n’est pas le cas. Nous imaginons
tout savoir sur le monde, alors que nous en savons moins maintenant
qu’avant la dictature des médias, parce qu’à
cette époque-là, au moins, on n’avait
pas la prétention de savoir quoi que ce soit. C’est
pourquoi c’est un thème récurrent de tous
mes films. Je crois aussi que ce genre d’auto-réflexion
a tout à fait sa place dans un film qui considère
le cinéma comme une forme artistique. Par exemple,
plus aucun auteur, aujourd’hui, n’écrirait
un roman en prétendant y dépeindre la réalité.
Au contraire, il décrira dans son œuvre les doutes
qu’il porte sur la représentation possible de
la réalité. C’est exactement ce que j’essaie
de faire.
Au fil des années, vous
avez développé un langage cinématographique
qui soulève plus de questions qu’il n’apporte
de réponses.
Dès mon premier film, en fait. "Le septième
Continent" a déconcerté les spectateurs
parce qu’il ne répondait pas à la question
du pourquoi. Et je crois effectivement que c’est le
seul moyen de saisir le public aux tripes. Contrairement à
la télévision, d’ailleurs, qui donne toujours
trois réponses avant de poser la moindre question,
je pense que, quelle que soit la forme artistique choisie,
on ne peut que poser des questions sans jamais pouvoir prétendre
connaître la moindre amorce de réponse.
Mais vous allez encore plus loin
: En voyant votre film, le spectateur a le temps d’interpréter
ce qu’il a vu. Les personnages ne sont plus présentés
à travers leur trame psychologique, ce qui s’est
fait pendant très longtemps. Au lieu de cela –
un phénomène que l’on retrouve également
chez Gus van Sant – le spectateur projette ses propres
associations. Est-ce là votre intention ?
Bien entendu, car je veux d’une part ébranler
la foi en la réalité, d’autre part que
le spectateur puisse trouver sa place dans l’histoire
pour la suivre. Il faut donc construire l’histoire de
façon à ce que les deux choses soient possibles.
Dans le cas présent, évidemment, c’est
possible, puisque les vidéos sont l’objet du
film et que l’on peut sans cesse passer du film au film
dans le film et de la vidéo à la vidéo
dans le film.
Mais que se passe-t-il donc dans
ce couple ? Dès le début, Juliette Binoche est
agacée ...
Si vous receviez une vidéo de ce genre – puisque
c’est comme ça que le film commence –,
je pense que vous aussi vous seriez agacé, énervé.
Dans le film d’épouvante, nous trouvons le modèle
classique : au début, tout se passe bien, le couple
est heureux, mais cette belle façade s’effrite
au cours du film. Moi, je trouve cela ennuyeux. Et je ne crois
pas non plus que les gens évoluent vraiment. Pour moi,
c’est un couple banal, qui ne déborde pas vraiment
de tendresse. Il est juste tombé dans la routine.
Le couple va bien, même si, sur le plan sentimental,
il y a peut-être un peu de relâchement, et c’est
ce qui les entraîne dans cette histoire. Pour moi, c’est
plus réaliste que la formule classique du super couple
au début qui est détruit au cours de l’action.
Mais il n’y a en effet qu’un seul contact physique
entre Juliette et Daniel, dans la dernière scène.
A part cette fois-là, ils ne se touchent pas, parce
que leurs rapports sont englués dans la routine. La
plupart des gens refusent de s’identifier à une
telle situation, alors qu’ils auraient de bonnes raisons
de le faire.
A mon avis, deux notions sont très
importantes dans votre film : la culpabilité et le
sens des responsabilités. Le personnage principal est-il
coupable ?
C’est au spectateur d’en décider. Le moment
crucial, c’est quand il dit "J’avais six
ans à l’époque ; tu te souviens, toi,
de ce que tu as fait à l’âge de six ans
?" Là, on ne peut que lui donner raison. Néanmoins,
même à l’âge de six ans, on porte
une certaine part de responsabilité. Mais la question
de la culpabilité se pose plutôt au moment où
il est confronté aux conséquences de l’acte
qu’il a commis à l’époque. Là,
il pourrait réagir et c’est là que démarre
le débat sur la culpabilité. "Comment vais-je
réagir face à ma culpabilité ?",
voilà le véritable sujet, et non pas la question
"Ce qui s’est passé à l’époque,
était-ce bien ou mal ?".
Bien sûr que c’était mal, mais un enfant
de six ans possède une forme d’égoïsme
que l’on peut, sinon accepter, du moins comprendre.
Le problème n’est pas là. Mon film "
Code inconnu", par exemple, commence par une scène
dans laquelle un jeune black vient au secours d’une
mendiante roumaine qui est en train de se faire humilier.
Résultat : lui, on l’enferme, et elle, on l’expulse.
Est-il responsable de son expulsion ? Bien sûr que oui,
même s’il a agi à partir d’un bon
sentiment. Le thème de la culpabilité est très
complexe.
Pourquoi ajouter l’aspect
politique, le massacre de 1961 ?
Je ne voulais pas que la dimension politique fasse l’essentiel
du film. Simplement, je crois que chaque pays a des cadavres
dans son placard, une chose que l’on peut aussi bien
appliquer à l’histoire de l’Autriche. Vous
ne trouverez pratiquement pas de pays en Europe, voire aucun,
de par le monde, qui ne soit touché par ce phénomène.
Je pense donc que ce n’est pas là un problème
purement individuel, mais que l’ensemble de la nation
est concerné.
Si vos films ont du succès,
que je ne crois plus ce que disent les images et que je me
pose des questions sur chaque histoire, je ferais mieux, théoriquement,
de ne plus aller au cinéma.
Bien au contraire, c’est précisément
cela qui rend le cinéma intéressant.
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Source : Arte
- Wolfgang Kabisch |
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