Ciné-club éducatif & culturel de Mons (CCEC)
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Caché de Michael Haneke
   
Titre original Caché
Réalisation Michael Haneke
Scénario Michael Haneke
Interprétation Daniel Auteuil, Juliette Binoche, Maurice Bénichou, Annie Girardot, Lester Makedonsky, Bernard Le Coq, Walid Afkir, Daniel Duval, ...
Photographie Christian Berger
Pays France
Année 2005
Durée 1H55
Genre Thriller/Drame
Producteur(s) Veit Heiduschka
Scoops  
 
 
 
La projection aura lieu à IMAGIX - Mons - Salle 12 - Plan d'accès
Projection le Jeudi Jeudi 26 janvier 2006
Le film est projeté en version originale française
Le film est projeté sans entracte ni publicité
Les séances :
 
  • 17h00 et 20h00 avec présentation et feuillet sur les films à chaque séance
  • 14h30 et 22h30 sans présentation et feuillet sur les films à chaque séance
 
 
Georges, journaliste littéraire, reçoit des vidéos - filmées clandestinement depuis la rue - où on le voit avec sa famille, ainsi que des dessins inquiétants et difficiles à interpréter. Il n'a aucune idée de l'identité de l'expéditeur.

Peu à peu, le contenu des cassettes devient plus personnel, ce qui laisse soupçonner que l'expéditeur connaît Georges depuis longtemps. Georges sent qu'une menace pèse sur lui et sur sa famille, mais comme cette menace n¿est pas explicite, la police lui refuse son aide ...

 
 
Festival de Cannes 2005
 
  • César de la meilleure réalisation décerné à Michael Haneke
  • Prix FIPRESCI décerné à Michael Haneke
  • Prix du jury Oeucuménique décerné à Michael Haneke
European Film Awards 2005
 
  • Récompense du meilleur acteur décerné à Daniel Auteuil
  • Récompense du meilleur réalisateur décerné à Michael Haneke
  • Récompense du meilleur montage décerné à Michael Hudecek & Nadine Muse
  • Récompense du meilleur film décerné à Veit Heiduschka (producteur)
Récompense du meilleur film étranger aux Los Angeles Film Critics Association Awards 2005
Récompense du meilleur film étranger au San Francisco Film Critics Circle 2005
Récompense du meilleur film étranger aux Southeastern Film Critics Association Awards 2005
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Cinopsis
  Georges et Anne Laurent reçoivent une cassette vidéo montrant en plan fixe leur maison vue depuis une ruelle en face. D'abord interloqués, ils s'interrogent et se demandent qui a fait cela et pourquoi... Mais à la seconde cassette, lentement la peur s'emparent d'eux ...

Dès les premières minutes, Michael Haneke donne les éléments de sa mise en scène et de son récit: caméra fixe, mise en abyme, réflexivité et distanciation vont être au menu de ce CACHÉ qui exploite bien sûr toutes les préoccupations chères à Haneke.

Il exploite et dévoile dans ce film ce que la mauvaise conscience de certains peut générer comme trouble dans des vies bien rangées et bourgeoises. La culpabilité des protagonistes les entraîne sur la pente inéluctable de la destruction. Dans ce sens, l'éclatement du couple Anne-Georges est prévisible (même si il n'aboutit pas réellement) car les cassettes qu'ils reçoivent chez eux vont mettre le doigt sur leurs terreurs intérieures, provoquant bien sûr des actes incohérents ou violents.

Pièce du puzzle par pièce du puzzle, Michael Haneke construit ici un de ses récits les plus achevés, maniant le thriller comme personne, tout en évitant les pièges grossiers du genre. Les cassettes vidéo racontent une histoire dans l'histoire. Elles servent évidemment de catalyseur jouant à la fois sur l'intérêt des personnages mais aussi sur la peur et la tension qui naissent peu à peu dans le couple, le déstabilisant et les culpabilisant. Juliette Binoche et Daniel Auteuil sont brillants, portant ce presque huis-clos sur leur épaules avec aisance. Leur jeu est sobre, très naturel, sans fioritures pour que le quotidien de leur existence soit plus présent.

Filmé en digital HD pour renforcer l'impression de réalisme, CACHÉ est un bijou finement ciselé où chaque image, chaque plan fixe compte. Haneke ne se gêne cependant pas pour y placer comme à son habitude des images chocs et fortes (scène du suicide) pour provoquer et susciter l'émoi du spectateur, le mettant dans un état de déséquilibre dans lequel il est susceptible de mieux réfléchir au message passé dans le récit. Du très bon cinéma...

  Source : Cinopsis - Eric Van Cutsem
   
Le Figaroscope
  Bien sûr, le spectateur ne peut s’empêcher de se demander qui envoie ces cassettes destructrices ? Michael Haneke, auteur de Funny Games et Code inconnu se garde bien de le dire. C’est sa règle du jeu. Ce qui l’intéresse n’est pas tant de raconter une histoire, mais de distiller le malaise. Ce qu’il fait avec maestria. C’est ainsi que le film commence de la façon la plus anodine qui soit : un long plan fixe sur une maison tranquille. Sauf que c’est de cette façon que les protagonistes - Daniel Auteuil et Juliette Binoche - comprennent que tous leurs faits et gestes sont surveillés. Une fois cette atmosphère délétère bien installée, Haneke va injecter une bonne dose de culpabilité. Peu à peu Georges, le mari, va exhumer de sa mémoire un épisode de son enfance écoeurant. Certes ces thèmes ne sont guère très attrayants, mais la façon dont Haneke, grand manipulateur, les assemble est passionnante, nous envoyant à la figure notre quotidien poisseux, nos petites lâchetés et nos grandes angoisses.
  Source : Le Figaroscope - Françoise Maupin
   
L'internaute
  Michael Haneke frappe fort avec cette chronique des petites lâchetés de notre vie quotidienne, aux conséquences parfois dramatiques. La mise en scène implacable distille goutte après goutte son malaise jusqu'à envahir totalement le spectateur. En revanche, on peut comprendre que le générique de fin, arrivant décidemment bien trop tôt, puisse choquer un public en mal d'explications.
  Source : L'internaute
   
Le Quotidien du cinéma
 

Qui filme ? Cette question qui nous taraude dès le premier plan de Caché ne sera pas levée au terme d'un film énigmatique et passionnant où Michael Haneke ébranle nos certitudes et n'a de cesse de nous renvoyer à notre statut de spectateur. Un postulat théorique qui, pourtant, s'insinue dans les interstices d'une histoire aussi inquiétante que prégnante plongeant un couple dans les affres de l'angoisse après qu'il ait reçu plusieurs vidéos les épiant dans leur quotidien.

Impuissants face à cette intrusion au coeur de leur intimité, Anne et Georges (Juliette Binoche et Daniel Auteuil, sidérants) s'interrogent d'abord sur l'origine et le pourquoi de ces images enregistrées clandestinement. Peu à peu, cette menace qui ne dit pas son nom se précise en même temps qu'elle franchit le cercle familial, touchant amis et relations professionnelles. Toujours latente, jamais frontale sauf lors d'une scène d'une brutalité inouïe, parfois explicite comme ces dessins figurant un enfant perdant du sang, cette violence assaille Georges qui soupçonne un homme surgi de son enfance. De nouvelles images montrant la maison familiale deviennent alors le fil d'Ariane qui va le guider jusqu'aux recoins les plus refoulés de sa mémoire, ramenant à la surface des souvenirs volontairement enfouis.

Une réalité oubliée s'invitant par les images et le confrontant à celui qui dérange, celui dont la seule présence renvoie Georges à ses responsabilités, lui qui s'évertue à marteler le contraire, s'annexant de toute faute alors qu'une simple phrase prononcée à ses parents modifia la trajectoire de cet enfant et détermina sa vie. "Qu'est-ce qu'on ne ferait pas pour ne rien perdre" lui assène Majid (bouleversant Maurice Bénichou) qui dessine ainsi les contours de la culpabilité de Georges enfant accroché à ses privilèges.

Outre ce thème de la faute non assumée, Caché aborde la question du mensonge, paravent de toutes les lâchetés derrière lequel chacun se protège, prétextant les meilleures raisons comme lorsque Georges dissimule à sa femme la visite à Majid pour la protéger avant que des images saisies à son insu ne révèlent à Anne l'existence de cet homme. Déjà fissuré par les silences de Georges, l'édifice conjugal se lézarde et laisse apparaître des béances. Le couple prend l'eau, perd pied avant de se noyer dans l'incompréhension et le sentiment de trahison.

Loin de lever les doutes sur l'origine des images par lesquelles le scandale arrive (le dernier plan est admirable d'ambiguïté), Michael Haneke, moraliste austère mais nullement moralisateur, n'a de cesse de nous renvoyer à notre position de spectateur grâce à une mise en scène cultivant savamment l'équivoque. Contraint de s'interroger sur la nature des images et notre regard sur elles, nous sommes alors confrontés à nos propres lâchetés, mensonges et peurs, faux-fuyants sur lesquels se construisent nos existences. A travers cette histoire en forme de parabole, Michael Haneke tend un miroir sans complaisance à ses contemporains et jette une lumière crue sur un monde qui se vautre dans l'oubli.

  Source : Le Quotidien du cinéma - Patrick Beaumont
   
Le monde
 

Cela s'appelle un plan d'ensemble. Une vue générale de ce qui semble être une de ces petites maisons, rares, confortables, que l'on trouve dans Paris, un de ces lieux d'habitation rénovés et habités par ceux qui transforment progressivement la capitale en ville de province. Ce plan d'ensemble, interminable et sur lequel s'inscrit le générique du nouveau film de Michael Haneke, est en fait un plan tourné en vidéo et envoyé aux habitants de la maison sous la forme de cassettes déposées anonymement devant leur porte.

Ces habitants sont un couple avec un enfant : Georges (Daniel Auteuil), journaliste littéraire à la télévision, son épouse (Juliette Binoche), qui travaille dans une maison d'édition, et Pierrot, leur fils adolescent. Sans explication, de façon répétée, ces envois mystérieux d'images qui laissent supposer une présence constante, anonyme, menaçante peut-être, autour d'eux se trouvent progressivement accompagnés de dessins d'enfants morbides.

Si plus que jamais, dans Caché, le cinéaste autrichien reste fidèle à ses obsessions, il y dévoile celles-ci en faisant mine d'emprunter quelques réflexes à un cinéma a priori moins noble que le sien. Ce fut déjà le système sur lequel était construit Funny Games. Sa démonstration n'hésite pas, à nouveau, à faire jouer quelques ficelles du thriller d'épouvante au service d'une mise en condition du spectateur que l'on ne manquera pas, peut-être, de lui reprocher, un spectateur un brin masochiste sûrement qui verra son propre reflet (le pathétique héros de cette histoire) malmené durant deux heures.

Les envois de films vidéo se font plus précis, les lieux filmés changent (la maison d'enfance de Georges, une HLM de la banlieue parisienne), lèvent irrésistiblement un coin du voile et Georges semble progressivement soupçonner, sans le dévoiler à quiconque, qu'un événement lié à son enfance pourrait être l'explication de ce harcèlement angoissant. Il serait ici particulièrement frustrant de dévoiler le secret qui ne manquera pas d'être découvert et avoué.

Inaltérable barbarie

Il suffirait tout simplement de constater que le dispositif inventé par Haneke est, une fois de plus, entièrement déterminé par une méditation sur la présence sourde d'une inaltérable barbarie au coeur de ce qui semble pourtant l'avoir effacée. Car n'est-ce pas celle-ci qui manque continuellement d'exploser dans un monde qui semble avoir atteint pourtant un haut degré de civilisation pacifiée, un univers de culture, de savoir et d'érudition (le métier de Georges n'est certes pas anodin), où la connaissance paraissait être le meilleur moyen d'échapper au mal ?

La barbarie dont il est question a ici des racines historiques. Les fantômes, cadavres et squelettes de la guerre d'Algérie sont visiblement encore là, imprègnent la vie et le passé des protagonistes et constituent une des clefs de l'énigme. Et l'on devine que c'est un sourd remords qui empoisonne le héros, celui du petit Occidental que l'Histoire et son cortège de terreurs et d'horreurs ont visiblement épargné depuis des décennies.

On pourra peut-être reprocher à Haneke son pessimisme un peu forcé, cette volonté de surligner celui-ci un peu trop, parfois, comme dans ce plan où Georges et sa femme s'inquiètent de la disparition de leur fils qu'ils croient kidnappé avec, au second plan de l'image, un écran de télévision montrant des images de la violence dans le monde contemporain (Irak, Palestine).

Haneke semble dépeindre un monde civilisé qui aurait expulsé toute barbarie, mais ce qui s'affirme vraiment dans son cinéma c'est que l'éradication de celle-ci, utopie avouée ou non de la société contemporaine occidentale, pourrait n'être qu'une autre manière de la faire revenir. Ce que l'on ne pourra reprocher au cinéaste, en tout cas, c'est la précision de sa mise en scène, habilement consacrée à orchestrer une montée de la terreur et en même temps à exprimer la banalité existentielle de ses personnages.

Et c'est là que l'on peut revenir au plan d'ouverture. Une vue d'ensemble froide, fixe qui, on le saura, est celle du danger, de la menace. Un autre plan du même type le clôt, dont la durée paraît donner au spectateur toute possibilité (illusoire) de le décoder. Ainsi, s'immerger dans le film d'Haneke, c'est aussi une manière de réfléchir au pouvoir du cinéma, plus exactement à la force de ce que l'on appelle un plan de cinéma. Le plan d'ensemble, qui est à la fois, en l'occurrence, la source du récit et sa conclusion, évacue toute capacité d'empathie et détient en soi un pouvoir anxiogène. Car il n'exprime qu'une neutralité froide et abjecte, angoissante, celle d'une caméra de surveillance, d'un regard qui n'accorde aucune rédemption à son objet. Peut-être parce que celui qui regarde est caché. Justement

  Source : Le monde - Jean-François Rauger
   
Avoir à lire
 

Deux ans après son très mésestimé Temps du loup, qui n’avait pas à rougir de ses comparaisons avec Tarkovski et Bergman, le cinéaste autrichien Michael Haneke revient torturer ses ouailles avec Caché, un film qui, en surface, ressemble à un thriller classique mais qui, au gré de ses bobines, creuse en profondeur et autopsie des angoisses humaines très actuelles.

L’argument initial (une cassette vidéo envoyée à un présentateur télé) évoque Lost highway de David Lynch avec ce qu’il faut d’étrangeté latente, d’angoisse sourde et de climat ténébreux. Par chance, le filon est excellemment exploité et n’emprunte pas des chemins maintes fois empruntés. Dans Caché, comme dans Code inconnu, Haneke suggère la peur, le trouble en plongeant ses protagonistes dans l’obscurité ; en les montrant de dos pendant une bonne partie du métrage ; en les emmenant dans des zones inconnues. Et cette peur de l’inconnu est ici impeccablement retranscrite. A tel point que Haneke signe là l’un de ses opus majeurs.

En brouillant élégamment les cartes du suspense (qui est menacé ? qui joue avec qui ? qui est qui ?) ; en cernant les affects de personnages qui simulent le sourire alors que rien ne fonctionne à l’intérieur ; en confrontant des mondes distincts, Haneke en dit long sur la société comme elle va (mal) sans nécessairement - et cela risque de réjouir les détracteurs usuels du cinéaste - céder à la dissertation filmique, sans tomber dans le manichéisme de bas étage.

Alors que La pianiste pouvait être vu comme une auscultation d’une Autriche (f)rigide, personnalisée par le personnage d’Erika (Isabelle Huppert), Caché dessine en creux un portrait de la France et de ses maux : la peur de l’étranger, de l’autre, avec une bonne louche de culpabilité. Quand les fantômes inavouables du passé s’incrustent dans un présent insouciant et bourgeois.

Sans en dire trop, le film, opaque et terrible, fonctionne comme un mystère dont le cinéaste ne délivre les clefs que progressivement. S’il n’est guère dépourvu de la cruauté inhérente au cinéma d’Haneke (avec une scène centrale traumatisante), Caché, chargé en suspense mais exempt du surplomb moralisateur usuel chez Haneke, n’en demeure pas moins l’opus le plus accessible, le plus dense, le plus humain d’un réalisateur passionné par la manipulation des images et la banalisation de la violence.

La mise en scène, très impressionnante, met en valeur un scénario complexe qui manie l’ambiguïté et le frisson jusqu’au bout de sa pelloche et recèle des abîmes existentiels intenses et profonds. Pour citer Hemingway, "ce fut un beau cauchemar". C’est surtout un grand film qui hante gravement après la projection.

  Source : Avoir à lire - Romain Le Vern
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Excessif
 

Lors de sa présentation au dernier festival de Cannes, Caché, le dernier Michael Haneke, a reçu un si bon accueil que les rumeurs d'une palme d'or courraient dans les rues de la station balnéaire en effervescence. Comment expliquer le si grand engouement pour son nouveau film qui, à l'inverse des autres opus du cinéaste, ne divise pas les spectateurs ? Une réalisation diaboliquement efficace, un scénario terriblement futé et des interprètes redoutablement doués. Oui, mais ce n'est pas tout : le parcours révèle des surprises et des chocs. Un voyage au bout de l'enfer intérieur qui glace le sang et flagelle les viscères. En attendant l'interview DVD sur sa trilogie de la Guerre Civile (Le septième continent, Benny's Video et 71 fragments d'une chronique du hasard) et Funny Games dont la mise en ligne est imminente, retour sur ce thriller unique et bouleversant qui procure la sensation étrange d'avoir été sculpté à même les ténèbres. L'un des meilleurs Haneke.

Caché ressemble davantage aux films de votre trilogie sur la Guerre Civile qu'à vos derniers Le temps du Loup et La pianiste. Vous comptez revenir à ce cinéma ?

Michael Haneke : Il y a une explication très simple. A l'origine, je ne devais pas réaliser La Pianiste mais un ami qui ne l'a pas fait. Le producteur m'a proposé de le tourner. Alors, du coup, je comprends que l'on puisse dire que ce n'est pas tellement un film typique d'Haneke. En ce qui concerne Le temps du Loup, c'était un peu le même problème. J'avais écrit le scénario il y a dix ans juste après Le Septième continent. Quelques années ont passé et mes intérêts ont changé. Je voulais malgré tout le faire en raison du 11 septembre.

J'ai reçu un e-mail du président de la cinémathèque autrichienne qui m'a envoyé des extraits de journaux américains et tous ces extraits correspondaient étrangement au Temps du Loup. Je pense que c'était un film nécessaire pour le temps. J'étais plus dans une phase de développement artistique que de la capacité à me concentrer sur une chose. J'ai également un scénario chez moi que j'ai écrit il y a cinq ans qui est ambitieux mais j'attends de voir si cela pourra aboutir.

Le temps du Loup évoquait beaucoup Tarkovski.

C'est un grand compliment parce que, pour moi, Tarkovski et Bresson, ce sont les dieux. Cela étant, je pense que Tarkovski est beaucoup plus mystérieux et religieux.

Il y a beaucoup de références religieuses dans vos films.

Oui mais d'une manière nettement plus ambiguë. Si on sort d'un pays catholique, c'est inévitable de se confronter avec cet univers.

Caché commence comme Benny's Video et le couple ressemble beaucoup à celui du Septième Continent. Ces détails sont volontaires ou pas ?

Hier j'ai lu un article dans un journal Allemand qui soulignait le fait que Le temps du loup reprenait les grandes lignes de Funny Games. Je me suis demandé en quoi et quand j'ai lu l'article, il disait qu'effectivement le début posait la même situation puisque l'on voit une famille qui arrive dans sa maison de campagne et qui se fait agresser par des gens malintentionnés. Or, ce n'est qu'un détail, les deux films ne se ressemblent pas vraiment. Pour Caché, le fait que l'on commence par le visionnage d'une vidéo n'était pas volontaire là non plus.

Vous faîtes des correspondances entre vos films ?

Non, je ne suis pas plus intéressé que ça. C'est plutôt aux journalistes de s'en occuper (rires). Evidemment, c'est un thème central de mon travail de nourrir le doute sur la réalité du cinéma et naturellement, il y a la façon de le montrer. Les moyens sont forcément limités parce que ça devient autoréflexif. Entre Benny's Video et Caché, c'est différent parce qu'on voyait bien dans le premier qu'il s'agissait d'une vidéo. On a tourné Caché en HD pour donner cette illusion qu'on regarde la réalité.

On perçoit un peu le caractère vidéo à cause de la profondeur de champ. Au final, c'est pour permettre de comprendre que ce qu'on regarde n'est pas la réalité. Maintenant, on va voir comment les gens vont réagir au film, d'autant que l'accueil était plutôt bon à Cannes.

Attention, ne lire ce qui suit que si on a vu le film

Est-ce que Caché peut être vu comme un film sur le refoulé de la France ?

Oui, dans une certaine mesure. Je dis souvent en interview à propos de ce film que je voulais que l'histoire soit universelle, c'est-à-dire qu'on puisse la comprendre partout. En cela, elle ne concerne pas uniquement la France mais tous les pays. Pour moi, Caché est avant tout un film sur la culpabilité, sur les taches noires qui sont mises sous le tapis. J'ai découvert cet événement de 1961 par hasard, presque au début de ma réflexion sur le film à travers un documentaire qui est passé sur Arte.

Quand je l'ai vu, je ne pouvais pas croire que la police tue presque 200 personnes. Le plus incroyable, c'est que, pendant 40 ans, personne n'en ait parlé. Cela m'a surpris, surtout en France qui a une presse assez libre et gauchiste. C'est pour ça que c'est devenu un thème très important dans le film. Mais je ne veux pas trop qu'on prenne Caché comme un film sur la France.

C'est plus un film sur la culpabilité personnelle, de nous tous. A la fin, lorsque le personnage de Daniel Auteuil prend ses deux comprimés pour bien dormir, c'est une façon de réagir face à notre culpabilité vis-à-vis du Tiers-Monde. Pour d'autres, c'est l'alcool ou le travail. Nous avons tous notre manière de nous protéger de notre mauvaise conscience.

  Source : Excessif - Romain Le Vern
   
Arte
 

Monsieur Haneke, votre film évolue sur plusieurs niveaux narratifs, si bien que l’on se demande ce qui est réalité, ce qui est interprétation ou manipulation. Etait-ce votre intention ?

C’est bien entendu l’un des thèmes qui revient dans tous mes films. Je m’efforce de saper la confiance des spectateurs en la véracité des images. Nous sommes constamment entourés d’images qui nous font croire qu’elles représentent la réalité. Mais en vérité, ce ne sont que des trompe-l’œil qui n’ont aucun rapport avec la réalité. En effet, on ne peut appréhender la réalité que si elle est vécue, mais ce n’est pas le cas. Nous imaginons tout savoir sur le monde, alors que nous en savons moins maintenant qu’avant la dictature des médias, parce qu’à cette époque-là, au moins, on n’avait pas la prétention de savoir quoi que ce soit. C’est pourquoi c’est un thème récurrent de tous mes films. Je crois aussi que ce genre d’auto-réflexion a tout à fait sa place dans un film qui considère le cinéma comme une forme artistique. Par exemple, plus aucun auteur, aujourd’hui, n’écrirait un roman en prétendant y dépeindre la réalité. Au contraire, il décrira dans son œuvre les doutes qu’il porte sur la représentation possible de la réalité. C’est exactement ce que j’essaie de faire.

Au fil des années, vous avez développé un langage cinématographique qui soulève plus de questions qu’il n’apporte de réponses.

Dès mon premier film, en fait. "Le septième Continent" a déconcerté les spectateurs parce qu’il ne répondait pas à la question du pourquoi. Et je crois effectivement que c’est le seul moyen de saisir le public aux tripes. Contrairement à la télévision, d’ailleurs, qui donne toujours trois réponses avant de poser la moindre question, je pense que, quelle que soit la forme artistique choisie, on ne peut que poser des questions sans jamais pouvoir prétendre connaître la moindre amorce de réponse.

Mais vous allez encore plus loin : En voyant votre film, le spectateur a le temps d’interpréter ce qu’il a vu. Les personnages ne sont plus présentés à travers leur trame psychologique, ce qui s’est fait pendant très longtemps. Au lieu de cela – un phénomène que l’on retrouve également chez Gus van Sant – le spectateur projette ses propres associations. Est-ce là votre intention ?

Bien entendu, car je veux d’une part ébranler la foi en la réalité, d’autre part que le spectateur puisse trouver sa place dans l’histoire pour la suivre. Il faut donc construire l’histoire de façon à ce que les deux choses soient possibles. Dans le cas présent, évidemment, c’est possible, puisque les vidéos sont l’objet du film et que l’on peut sans cesse passer du film au film dans le film et de la vidéo à la vidéo dans le film.

Mais que se passe-t-il donc dans ce couple ? Dès le début, Juliette Binoche est agacée ...

Si vous receviez une vidéo de ce genre – puisque c’est comme ça que le film commence –, je pense que vous aussi vous seriez agacé, énervé. Dans le film d’épouvante, nous trouvons le modèle classique : au début, tout se passe bien, le couple est heureux, mais cette belle façade s’effrite au cours du film. Moi, je trouve cela ennuyeux. Et je ne crois pas non plus que les gens évoluent vraiment. Pour moi, c’est un couple banal, qui ne déborde pas vraiment de tendresse. Il est juste tombé dans la routine.

Le couple va bien, même si, sur le plan sentimental, il y a peut-être un peu de relâchement, et c’est ce qui les entraîne dans cette histoire. Pour moi, c’est plus réaliste que la formule classique du super couple au début qui est détruit au cours de l’action. Mais il n’y a en effet qu’un seul contact physique entre Juliette et Daniel, dans la dernière scène. A part cette fois-là, ils ne se touchent pas, parce que leurs rapports sont englués dans la routine. La plupart des gens refusent de s’identifier à une telle situation, alors qu’ils auraient de bonnes raisons de le faire.

A mon avis, deux notions sont très importantes dans votre film : la culpabilité et le sens des responsabilités. Le personnage principal est-il coupable ?

C’est au spectateur d’en décider. Le moment crucial, c’est quand il dit "J’avais six ans à l’époque ; tu te souviens, toi, de ce que tu as fait à l’âge de six ans ?" Là, on ne peut que lui donner raison. Néanmoins, même à l’âge de six ans, on porte une certaine part de responsabilité. Mais la question de la culpabilité se pose plutôt au moment où il est confronté aux conséquences de l’acte qu’il a commis à l’époque. Là, il pourrait réagir et c’est là que démarre le débat sur la culpabilité. "Comment vais-je réagir face à ma culpabilité ?", voilà le véritable sujet, et non pas la question "Ce qui s’est passé à l’époque, était-ce bien ou mal ?".

Bien sûr que c’était mal, mais un enfant de six ans possède une forme d’égoïsme que l’on peut, sinon accepter, du moins comprendre. Le problème n’est pas là. Mon film " Code inconnu", par exemple, commence par une scène dans laquelle un jeune black vient au secours d’une mendiante roumaine qui est en train de se faire humilier. Résultat : lui, on l’enferme, et elle, on l’expulse. Est-il responsable de son expulsion ? Bien sûr que oui, même s’il a agi à partir d’un bon sentiment. Le thème de la culpabilité est très complexe.

Pourquoi ajouter l’aspect politique, le massacre de 1961 ?

Je ne voulais pas que la dimension politique fasse l’essentiel du film. Simplement, je crois que chaque pays a des cadavres dans son placard, une chose que l’on peut aussi bien appliquer à l’histoire de l’Autriche. Vous ne trouverez pratiquement pas de pays en Europe, voire aucun, de par le monde, qui ne soit touché par ce phénomène. Je pense donc que ce n’est pas là un problème purement individuel, mais que l’ensemble de la nation est concerné.

Si vos films ont du succès, que je ne crois plus ce que disent les images et que je me pose des questions sur chaque histoire, je ferais mieux, théoriquement, de ne plus aller au cinéma.

Bien au contraire, c’est précisément cela qui rend le cinéma intéressant.

  Source : Arte - Wolfgang Kabisch

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