Ciné-club éducatif & culturel de Mons (CCEC)
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La maison de Nina de Richard Dembo
   
Titre original La maison de Nina
Réalisation Richard Dembo
Scénario Richard Dembo
Interprétation Agnès Jaoui, Sarah Adler, Katia Lewkowicz, Arié Elmaleh, Sébastien Knafo, Adèle Crech, Jérémy Sitbon, Vincent Rottiers, Alexis Pivot, ...
Musique Teddy Lasry
Photographie Laurent Fleutot
Pays France
Année 2005
Durée 1H50
Genre Drame
Producteur(s) Alain Rozanès, Pascal Verroust
Site officiel  
Scoops  
 
 
 
La projection aura lieu à IMAGIX - Mons - Salle 12 - Plan d'accès
Projection le Jeudi Jeudi 02 février 2006
Le film est projeté en version originale française
Le film est projeté sans entracte ni publicité
Les séances :
 
  • 17h00 et 20h00 avec présentation et feuillet sur les films à chaque séance
  • 14h30 et 22h30 sans présentation et feuillet sur les films à chaque séance
 
 

Créées dans l'urgence de la Libération, les maisons d'enfants ont accueilli dès 1944 les gamins sans famille, cachés dans la France profonde puis, dès juin 1945, les enfants déportés, survivants des camps de concentration. Des milliers d'enfants, d'Elie Wiesel à Georges Perec, s'y sont reconstruits. Nina tient l'une de ces maisons.

Alors que les journaux et les images des camps révèlent l'étendue de l'horreur qui vient de secouer l'humanité, la jeune femme tente d'assurer du mieux qu'elle peut le quotidien de ces enfants qui doivent réapprendre à vivre.

En racontant l'apprentissage de l'espoir, comment revivre après la catastrophe et l'anéantissement, ce film ne parle pas du passé mais de l'avenir. C'est un hymne à la vie et au bonheur d'être vivant.

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Comme au cinéma
 

La maison de Nina de Richard Dembo évoque, à travers un angle nouveau, une période de notre histoire qui a déjà fait l'objet de nombreux traitements au cinéma : la 2ème guerre mondiale. Il y est question des maisons d'enfants ouvertes dès 1944, dans l'urgence de la libération. Elles recueillaient les enfants de déportés juifs cachés pendant la guerre et, dès 1945, les enfants survivants, arrivant de l'horreur des camps.

Agnès Jaoui, mère nourricière de substitution, joue admirablement bien Nina. Une femme déterminée assistée de Avner (Arié Elmaleh, sensible et plein d'humour), Marlène (Sarah Adler) ou encore Arié (Sébastien Knafo). Ils tentent de redonner espoir à ces enfants piétinés par l'histoire pour qui rien de serein ne se profile à l'horizon. Incarnés avec justesse, certains ont été choisis pour leur capacité à s'exprimer en yiddish, d'autres n'en sont pas à leur première expérience comme Gaspard Ulliel, ou encore Vincent Rottiers récemment vu dans Mon Ange aux côtés de Vanessa Paradis.

Ce film est vraiment beau et on ne peut s'empêcher de rendre hommage au réalisateur qui est décédé avant la fin du montage. Cet ancien assistant réalisateur d'André Téchiné qui avait obtenu en 1984 avec son premier film La Diagonale Du Fou, le César du meilleur premier film et l'Oscar du meilleur film étranger, a porté ce projet avec ardeur. Il nous fait découvrir le combat de Nina, de ces enfants, mais aussi le sien. En effet, Richard Dembo était lui-même juif, originaire des pays de l'Est. Il a confessé en interview que cette fiction était sans doute pour lui le seul moyen de rendre compte de sa propre difficulté à être vivant aujourd'hui.

En revenant sur cet épisode historique méconnu, le réalisateur ne fait pas qu'éclairer des faits occultés, il nous délivre avec une extrême sensibilité, un message intemporel.

  Source : Comme au cinéma - Lorenzo Benedetti
   
Le FIgaroscope
 

La Maison de Nina : La honte et l’espoir

C’est le dernier film de Richard Dembo (La Diagonale du fou) emporté par la maladie avant d’avoir terminé le montage. C’est Agnès Jaoui qui l’a ensuite supervisé. Hymne à la vie et à l’espoir, ce film représentait beaucoup pour ce cinéaste éloigné des plateaux pendant douze ans. Outre le fait de revenir à la mise en scène, ce sujet était pour lui primordial. Juif, il s’est passionné pour ces jeunes survivants en quête d’espérance et d’une existence à reconstruire. Le film est sensible et fort, malgré quelques lenteurs.

  Source : Le FIgaroscope - Brigitte Baudin
   
La voix du Nord
 

Cet hymne "à la vie, à la paix, à l’amour, à l’avenir radieux" se déroule de septembre 1944 à janvier 1946 et oppose, sur le difficile terrain du quotidien, victimes et anges gardiens. Et se recentre sur le sort de rescapés de Buchenwald, libres d’étudier le talmud plutôt que le français, l’occasion pour le réalisateur de s’interroger sur Dieu, sur la religion, sur la Terre promise.

Autant de thèmes calés sur une narration qui répondait à une nécessité profonde, celle qu’éprouvait l’auteur, Richard Dembo, "à rendre compte de sa propre difficulté à être entièrement vivant aujourd’hui ". Propos grave et fort, aujourd’hui endeuillé par le décès de cet homme, le réalisateur de La Diagonale du fou , qui retrouvait alors le cinéma après douze années de silence. Difficile dans ces conditions de chipoter son parti pris très personnel d’aborder le sujet sous l’angle de la religiosité exacerbée limite intégriste, risquant hélas de détourner l’attention d’une grande partie de son potentiel public, d’en limiter l’impact universel.

Face à ce choix, les acteurs font ce qu’ils peuvent pour jouer le moins possible et n’y parviennent pas toujours. Et notamment Agnès Jaoui, pas toujours à l’aise dans la peau trop lisse d’une Mère Thérésa "sévère mais gentille", un tantinet dépourvue d’aspérités. Sinon, on veillera avec soin sur un scénario attentif à rétablir des vérités et à ne lancer des thèses qu’associées à leurs antithèses et l’on respectera une mise en scène illustrative jouant la carte de la sobriété et du réalisme télévisuel.

Joli film, salutaire donc, dont l’intérêt historique n’est pas à démontrer, dont la vocation pédagogique n’échappera à personne, à ceux tout au moins qui tout naturellement considèrent comme un devoir de mémoire d’éclairer cette époque et ses sinistres échos.

  Source : La voix du Nord - Ph. L.
   
Telerama
 

L'histoire, méconnue, des maisons d'accueil pour enfants juifs après la guerre. Salutaire.

Comment se reconstruire une identité quand on a été promis à l'anéantissement ? Cette question a hanté les survivants des camps nazis. Elle surplombe le film posthume de Richard Dembo (il est mort brutalement, avant la fin du montage), consacré aux victimes d'entre les victimes : les enfants. Un film qui a aussi le mérite de dévoiler l'aventure des Maisons d'enfants, créées dans l'urgence à la Libération et qui ont été pour des centaines de gosses juifs, cachés pendant l'Occupation ou rescapés de la déportation, l'antichambre d'une douloureuse renaissance.

On sent d'emblée que La Maison de Nina est construit sur un socle solide. L'enquête scrupuleuse a été remaniée en fiction attentive, vraisemblable, portée par une émotion qui ne demande qu'à surgir au détour de chaque séquence. Le cinéaste y a ajouté un élément dramatique fort : l'irruption d'un groupe d'adolescents juifs venus des pays de l'Est, très religieux et intransigeants sur le respect des rites. Mais de la difficile coexistence entre ceux qui croient aux lendemains qui chantent du communisme et ceux qui cherchent la voie du salut dans la Torah, Richard Dembo tire surtout des effets rhétoriques.

Comme si la vérité intime des êtres devait être sacrifiée à un débat passionnant mais maladroitement inséré dans la chronique. On préfère, de loin, le regard simple et chaleureux porté sur l'engagement sans phrases de Nina et celui des autres moniteurs qui faisaient vivoter au jour le jour une petite flamme d'espoir.

  Source : Telerama - Jean-Claude Loiseau
   
Enfance & Familles d'Adoption
  Cette fiction retrace l'histoire des maisons d'enfants qui ont accueilli, dès 1944, les enfants sans famille cachés dans la France profonde, puis les enfants déportés survivants des camps de concentration. Des milliers d'enfants, parmi lesquels Elie Wiesel, s'y sont reconstruits. Ces maisons ont existé sous cette forme jusque dans les années 1960.

La maison de Nina nous permet de suivre le cheminement des enfants qu'elle accueille. Avec Nina, la directrice de la maison, et les éducateurs qui s'occupent des enfants, nous suivons pas à pas leur découragement, leur désespoir parfois, leurs questionnements et leurs efforts pour trouver une nouvelle voie. Chacun apprendra à vivre avec ses souvenirs douloureux et à les dépasser pour se forger une nouvelle identité. Ce film nous montre à quel point la vie et le désir de vivre l'emportent malgré tout.

Si La maison de Nina, dont la sortie est prévue pour le 12 octobre 2005, ne parle pas d'adoption, ce film est un message d'encouragement et d'espoir pour les enfants qui ont vécu le traumatisme de la séparation et de la rupture de liens affectifs. Il nous montre avec subtilité tous les chemins qui peuvent mener les enfants à la "résilience", selon la théorie exposée par le psychiatre et psychanalyste Boris Cyrulnik.

Au-delà de ce pan d'Histoire évoqué dans La maison de Nina, c'est l'histoire de tous les enfants qui sont – ou ont été – victimes de ces traumatismes partout dans le monde qui nous est suggérée, nous incitant à une réflexion sur leurs souffrances et notre devoir de les protéger et de les aider.

  Source - Enfance & Familles d'Adoption
   
Primo Europe
  Certes, il fallait y aller dès la sortie du film. Nous ne pouvions nous dérober, éviter la rencontre. Il y eut bien des hésitations. L’OSE, l’Oeuvre de Secours aux Enfants, c’est comme une raison sociale qui vous colle à la peau, dès que vous y avez séjourné.

Pour les soixante ans du retour des enfants de Buchenwald, il y eut, en juin 2005 la grande cérémonie à Taverny. Exposition de photos en mairie, précieux trésors rescapés de la Shoah, discours et témoignages, le retour des anciens "enfants", aux âges plus que respectables, et la présence de rares éducateurs survivants dont Nini, l’irremplaçable Nini.

La grande petite bonne femme au sourire permanent, au regard intense ; Nini aux bras ouverts à ces desperados appelés, en 1945, les "rescapés de Buchenwald". Les anciens l’entourent avec un amour indescriptible ; un cercle d’amour que l’on ne peut franchir. Elle est leur seul passé d’enfance, elle est le socle qui a fait d’eux des adultes rassérénés.

Le film "La maison de Nina", tente de retracer cette histoire.

Histoire de la maison d’Ambloy dans le Loir et Cher, en 1945, avant son transfert à Taverny où elle accueille toujours des enfants en mal de vie. Les enfants cachés orphelins de la déportation y redécouvrent la lumière et l’enfance ; 2000 enfants au passé ravagé, à l’avenir incertain.

Les enfants cachés y ont peu à peu appris à redire leur nom et leur identité juive interdits pendant les années sombres. Des adultes s’y sont improvisés éducateurs dans l’urgence. Nombre d’entre eux savaient déjà "La Nuit et le Brouillard ", car ils venaient de la Résistance. L’arrivée des rescapés de Buchenwald (427 enfants) permit à tous de mesurer l’étendue de l’horreur. Une horde de bêtes fauves hurlantes, robotisée, n’obéissant qu’à l’ordre sauvagement aboyé…

Le film "la maison de Nina" nous livre le son avec l’image : tout ce que le fascisme a fait de ces innocents. La sauvagerie, la brutalité des enfants rescapés glace d'horreur le spectateur, témoin indiscret et pétrifié. Pourtant, c’est bien à cela que ressemblaient les évènements réels ; il suffit de lire les mémoires de Samuel Pisar "un Mauser à la ceinture et une moto allemande poussée à pleine vitesse, j’étais parti à 16 ans pour être un gangster" (voir la vidéo de son témoignage). Le réalisme de ces scènes est cruel, terrifiant, mais évocateur.

Des enfants rescapés de Buchenwald étaient de deux sortes : les survivants qui se sont battus dans le camp pour survivre, souvent venus de familles juives laïques, tel Samuel Pisar et les survivants "par accident", religieux pour beaucoup, tel Elie Wiesel qui en a gardé ce regard définitivement absent au monde et à lui-même.

Très rapidement, la cohabitation entre ces deux populations devint inconciliable et les 60 enfants les plus religieux (dont Elie Wiesel) furent transférés à Taverny. Ce dernier en parle dans "le Chant des morts ".

"La maison de Nina" n’est pas une fiction, c’est un documentaire, il ne s’y déroule pas d’intrigue. C’est la photographie brute - bien que souvent contestée - d’un moment de notre histoire. Je me suis précipitée pour le voir dès sa sortie.

Dans une grande salle, habituellement comble le samedi soir, nous étions 25 spectateurs. Cela ajoutait terriblement à "l'espace solitude " du film.

Ce documentaire, dont j’avais vu l’original, m’a gênée : un je ne sais quoi freinait mon adhésion au film. Certains enfants (principalement ceux qui s’expriment en Yiddish) y sont bien plus crédibles que les acteurs adultes.

La présence d’Agnès Jaoui n’est pas étrangère à ce sentiment.

Je n’arrive pas à projeter sur elle la "Nina" que j’ai connue. Une inconnue aurait mieux convenu : les héros de cette époque étaient tous des inconnus !

Certaines déclarations d’Agnès Jaoui sur Israël montrent qu’elle souffre de problèmes identitaires. Ce manque de recul par rapport à l’unanimisme médiatique n’enlève rien à son intelligence créative ni à son talent d’interprète. Elle, si juste habituellement dans ses interprétations, semble ici jouer à être elle-même. Elle n’est pas sortie indemne de ce rôle, elle l’a affirmé dans des interviews, puisse-t-elle prendre également conscience de la distance qui sépare le droitdelhommistiquement correct de la réalité !

Pour les équipes de l’OSE, ce film est un témoignage, une indispensable mémoire; Pour le jeune spectateur, une prise de conscience utile.

Il interroge aussi : dans ce monde du malheur absolu qui était le leur, dans cet abandon total et cette solitude immense, ces enfants ne posaient pas de bombe et ne demandaient rien à la société. La sélection s'était faite ailleurs, impitoyablement.

Puisse ce film jouer pour Agnès Jaoui le rôle de l’Etoile et la rédemption de Rosenzweig.

Passons sur ces critiques d’esthètes : ce film a le mérite d’exister. Il faut aller le voir. On en sort différent. Soutenez le, parlez-en autour de vous ; son maintien en salle dépend de nous, les spectateurs, et il faut que d’autres le voient :

  • Ceux qui ne savent pas
  • Ceux ne veulent pas savoir
  • Ceux qui ne désirent pas que vous sachiez !
  Source : Primo Europe - Josiane Sberro
   
Le monde
 

La Maison de Nina" : après l'horreur de la Shoah, le dilemme de la survie

Pour son ultime film, Richard Dembo, mort le 11 novembre 2004, a imaginé la cohabitation, quelques mois durant, de l'automne 1944 à janvier 1946, de deux groupes d'enfants et d'adolescents juifs : les uns sortis de leurs cachettes françaises à la faveur de la Libération, les autres, originaires d'Europe de l'Est, rescapés du camp de Buchenwald.

"Imaginé" est ici le mot-clé. Car, dans les faits, si des groupes similaires ont bien été rassemblés dans les "maisons de l'espoir", Français d'une part et Polonais ou Hongrois d'autre part n'ont jamais été amenés à vivre ensemble. Le projet de Richard Dembo, également auteur du scénario, est de confronter deux hypothèses de survie après la Shoah.

Chacun des deux groupes représente non seulement une communauté, mais aussi un choix philosophique. Les enfants cachés sont représentés comme les héritiers actifs de la tradition laïque et socialiste pendant que les rescapés sont religieux et trouvent une raison de survivre dans la perpétuation des rites et du savoir dont les détenteurs ont été exterminés dans les camps nazis.

On comprend très vite de quel côté penche Dembo. Par le truchement du personnage de Nina, française, laïque, mais élevée dans la pratique des traditions religieuses, le cinéaste fait du retour à ces pratiques le passage privilégié de la reconstruction des identités, individuelles et collectives. Lorsque les rescapés exigent le respect de la cashrout pour les repas servis dans la maison puis le respect du sabbat, elle fait droit à leur demande. En face, les protestations des laïques apparaissent, du seul fait de l'écriture des dialogues, bien futiles. Mais le réalisateur est assez soucieux d'honnêteté intellectuelle pour montrer aussi l'agressivité de ces jeunes religieux face aux jeunes femmes qui dérogent aux règles de la bienséance et la réticence de certains d'entre eux à partager leur héritage avec les jeunes Français qui se tournent vers eux.

Pour mener à bien ce débat, le scénario se plie à des contorsions chronologiques dérangeantes : arrivés à l'été 1945, les rescapés sont alors incapables de parler un mot de français (mais la plupart des acteurs qui tiennent ces rôles ne parlent ni le yiddish, ni le polonais, ni le hongrois). Pendant de longues séquences, Richard Dembo les fait alors s'exprimer dans un français sommaire qui trivialise les propos des personnages et tient à distance à la fois la conviction et l'émotion. Quelques mois plus tard, ils sont à même de tenir de longs discours.

Ce n'est pas le seul exemple de maladresse dans la narration. Ils sont inégalement répartis tout au long du film. Il arrive que La Maison de Nina trouve les moyens d'évoquer l'indicible sans grands effets : deux enfants croient retrouver leur mère que l'on voit au loin sur un quai de gare ; une jeune femme (très impressionnante Sarah Adler) décide de surmonter son deuil en allant chaque jour enquêter auprès des rescapés accueillis à Paris à l'Hôtel Lutetia. Ces fragments ouvrent mieux les yeux que les séquences de confrontation entre les deux clans qui se partagent la maison de Nina.

En voulant à la fois évoquer un moment dans l'histoire et mettre en scène un affrontement qui déchire encore aujourd'hui non seulement la communauté juive mais l'humanité tout entière, Richard Dembo a fait preuve d'une ambition dont personne ne peut lui faire le reproche. Pas plus que l'on ne peut s'étonner du fait que, malgré son honnêteté et sa détermination, il n'ait pu lui donner une forme cinématographique tout à fait à sa hauteur.

  Source : Le monde - Thomas Sotinel
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Les jours d'après : la Maison de Nina
 

Le sujet de la Maison de Nina impose le respect : les maisons d’enfants qui ont accueilli dès 1944 les orphelins juifs cachés pendant l’occupation, puis, à partir de juin 1945, les enfants déportés rescapés des camps.

Mais il commande aussi l’exigence, surtout quand le film prétend servir de support pédagogique.

Aussi, faut-il comme le fait assez inhabituellement le Café pédagogique dans son expresso de lundi inciter les enseignants à emmener leurs élèves ? La question a fait débat parmi nous.

Au positif, on soulignera le souci pédagogique de replacer la fiction dans la chronologie de la fin de la deuxième guerre mondiale, et l’originalité de ce regard sur l’après-Shoah et le retour à la vie : l’horrible attente rythmée par les allers et retours au Lutétia, le difficile réapprentissage de la vie pour les rescapés des camps, et leur difficulté à (re)trouver une place dans la France libérée.

Mais sur un thème aussi sensible (les enfants et la Shoah) la fiction n’évite pas toujours le piège du sentimentalisme, voire des effets mélodramatiques (on pense à la scène -assez invraisemblable- où deux orphelins sont confrontés sur un quai de gare à une femme qui s’est fait passer pour leur mère afin d'être rapatriée en France).

Surtout, avec l’arrivée des rescapés de Buchenwald, le thème religieux fait son apparition et envahit petit à petit le film (le débat avec les laïques étant rapidement escamoté), qui dévie de son sujet initial pour proposer une réflexion sur l’identité juive en reconstruction, intéressante certes mais moins universelle. Et si, comme le souligne Jacques Mandelbaum dans son article du Monde, "le cinéaste fait du retour à ces pratiques (religieuses, ndlr) le passage privilégié de la reconstruction des identités, individuelles et collectives.," on ne se sent pas obligé de le suivre sur ce terrain.

On trouvera trace de ces débats sur le site du CRDP de Paris (le texte présentant le film se termine par un avertissement précisant que : "La réalité est tout autre") qui propose un dossier pédagogique (dont on appréciera l'abondante bibliographie et sitographie) et une interview de Kathy Hazan, auteur de Les orphelins de la Shoah, les maisons de l’espoir 1944-1960 (le livre ayant inspiré la fiction) qui prend certaines distances avec le film de Richard Dembo.

  Source : Cinéma éducation
   
Tiré de la vie de Niny Cohen
 

S’inspirant de la vie de Niny Cohen, qui a tenu une maison d’enfants et du livre de Kathy Hazan, Les Orphelins de la Shoah : les maisons de l’espoir (1994-1960), Richard Dembo a voulu reconstituer l’histoire d’une de ces maisons, entre septembre 1944 et janvier 1945, dans un film de fiction, où enfants cachés et enfants déportés sont regroupés. La réalité est autre.

  Source : Cinéma éducation
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Le 24 mai 2004, soit un mois avant le début du tournage, Richard Dembo écrit à propos de son sujet
  "Raconter aujourd’hui l’histoire de cette maison et des enfants qui y vécurent répond à une nécessité profonde. Que tous ceux pour qui cette histoire est celle de leur survie veuillent bien me pardonner les libertés que j’ai prises pour la restituer. Cette ?ction était sans doute le seul moyen de rendre compte de ma propre dif?culté à être entièrement vivant aujourd’hui."
  Source : Cinémotions
   
Témoignage d'une éducatrice
 

Comment avez-vous été amenée à travailler dans des maisons d’enfants ?

En juin 1940, ma famille et moi avons quitté notre petit village près de Strasbourg, à 25km de la ligne Maginot, pour nous réfugier en Auvergne. Après avoir eu mon Bac, j’ai voulu faire des études de médecine mais je n’ai pas pu à cause du numerus clausus. Alors je me suis dit que j’allais suivre l’exemple d’amies strasbourgeoises, jardinières d’enfants, qui travaillaient depuis le début de l’occupation dans des camps de réfugiés créés dans le Sud-ouest de la France pour accueillir des juifs étrangers réfugiés en France. Dès que cela a été possible, on a réussi à sortir bon nombre d’enfants de ces camps pour les placer dans les maisons d’enfants créées à cet effet par l’OSÉ essentiellement, l’Œuvre de Secours aux Enfants. Ils avaient besoin de personnel et ils m’ont dit qu’ils étaient prêts à m’engager après une formation professionnelle d’éducatrice et de jardinière d’enfant.

Qui étaient exactement les "enfants cachés" ?

Les enfants dont les parents avaient disparu et dont on ne savait pas encore qu’ils avaient été déportés. On avait caché ces enfants dans toute la France dans des institutions et des internats non juifs et dans des familles d’accueil, parce que c’était devenu trop dangereux de les réunir dans ces maisons d’enfants. À la libération de Lyon, quand on a pu à nouveau les regrouper, l’OSÉ a ouvert progressivement quelques 25 autres maisons d’enfants, et nous a proposé à une amie également collaboratrice de l’OSÉ dans la clandestinité et à moi de diriger l’une d’elles.

Quand L’OSÉ avait été créée ?

Elle avait été créée dans les années 30 pour venir en aide, sur le plan médico-social, aux réfugiés qui venaient en France pour fuir Hitler. Ils ont notamment ouvert des centres pour des enfants dont les parents voulaient qu’ils quittent les grandes villes pour les vacances. À l’origine, OSÉ est un mot russe car l’organisme a été fondé là-bas. Et nous, on a utilisé ce mot comme initiales : l’Œuvre de Secours aux Enfants.

La Nina du film de Richard Dembo, c’est vous ?

Non, et je serais très ennuyée qu’on puisse le penser ! Il se trouve que pour faire son ?lm, Richard a lu beaucoup de choses et rencontré beaucoup de gens, dont certains ont dû lui parler de moi parce qu’on me connaissait. Je suis peut-être l’une de ses sources d’inspiration mais ça ne va pas plus loin.

Richard Dembo a donc écrit le scénario sans vous avoir rencontrée ?

Oui. On s’est vu une fois, au début du tournage, mais essentiellement parce qu’il avait besoin de s’assurer de la véracité de ce qu’il avait écrit sur la vie religieuse dans la maison. Et jamais je n’ai voulu donner une portée générale à ce que je lui racontais et qui était spéci?que à mon groupe et à ma manière de ressentir les choses. Ça me fait toujours peur de ?ger les choses dans une représentation, d’autant plus lorsqu’il s’agit de ces jeunes, adultes aujourd’hui, et dont certains pourraient considérer qu’on les trahit en parlant d’eux. Quand Elie Wiesel écrit, il écrit ce qu’il a vécu lui. J’ai plutôt été avare de con?dences.

Mais d’une manière, c’était aussi votre histoire ...

Beaucoup de gens me disent : "Comment ? Tu as vécu tout ça et tu ne l’écris pas ?" On peut écrire les choses quand on a pris une certaine distance. Moi, je me rends compte que je n’ai pas cette distance. Mes années de jeunesse ont vraiment été marquées par ces événements et je me rends compte que je n’en suis jamais sortie. Cela vit toujours fortement en moi. Et puis je n’étais pas dans ces maisons pour cueillir des ?eurs ! J’avais été chargée par une organisation, de faire un certain travail... Moi, je ne me sens pas libre.

Vous trouvez que Richard Dembo y est parvenu dans La Maison de Nina (2004) ?

Le rôle du témoin est une chose ; le rôle de l’artiste qui crée en est une autre. Moi en tant que témoin, je dois faire attention à ce que je dis pour ne pas raconter n’importe quoi. Mais c’est moi qui vit ça comme ça, parce que je fais partie de cette histoire-là, que j’ai eu ce rapport-là avec ces enfants-là. L’artiste, lui, a le droit de faire ce qu’il veut de la réalité s’il ne prétend pas que c’est un documentaire. On est alors devant une œuvre, la vision d’un artiste qui n’a pas l’obligation d’être totalement dans la réalité : c’est une re-création.

Comment expliquez-vous que l’on ait relativement peu parlé de l’existence de ces maisons et le retour des enfants rescapés des camps ?

Je ne l’explique pas. C’était quand même la preuve suprême de l’horreur, ces enfants rescapés qui étaient parfois les derniers représentants de toute une famille. Peut-être que c’était plus facile d’en parler pour les américains parce qu’ils n’ont pas connu les affres que nous avons vécues.

On ne pouvait pas tout de suite retomber dans l’évocation de cette guerre, de ces souffrances. Il fallait commencer par souffler, voir le monde plus tranquillement, sans se sentir ni perdant, ni gagnant, revanchard ou suspicieux. Et c’est vrai aussi pour les rescapés eux-mêmes. Et aussi, nous-mêmes à l’OSÉ, nous restions discrets de peur d’exposer ou de stigmatiser tous ces jeunes qu’on nous avait confiés.

Ce que montre le film, c’est que l’important était d’abord que la vie reprenne le dessus ...

Oui, que les enfants courent dans l’herbe et la campagne... Ce que j’ai beaucoup aimé dans le film de Richard Dembo, ce sont justement les scènes dans le jardin avec les enfants. Quand le film a commencé et que j’ai vu cette verdure, avec ces grands arbres, ces étangs, ces fleurs, j’ai vraiment reconnu ce que j’avais vécu moi-même. Les maisons d’enfants étaient généralement des châteaux construits sur des domaines immenses. La maison d’enfants dans laquelle je travaillais était encore plus grande que celle du film.

C’était un château en Touraine, au milieu de la verdure. On se serait crû dans "Le Grand Meaulnes" et c’était merveilleux. Cet espace était d’autant plus important que ces enfants avaient vécu l’enfermement dans des baraques et qu’ils n’avaient plus de familles. Le rapport à la nature est très important pour l’imaginaire : on se sent plus grand, moins serré intérieurement.

Comment avez-vous fait face à ces enfants qui avaient connu l’horreur ?

En étant sans a priori ni préjugés. On n’avait pas de théories, on était juste à leur écoute et on suivait notre raison et notre cœur. Des collègues de l’étranger venus nous voir s’étonnaient : "Vous n’êtes pas entourés de psychologues, de psychiatres ?" Ils croyaient qu’on n’allait pas pouvoir traiter ça normalement. C’est vrai qu’on ne savait jamais si on faisait bien ou mal mais il fallait agir et nous l’avons fait en essayant d’être le plus vigilant et attentif possible. Nous étions présents 24h sur 24h et nous donnions le maximum pour qu’ils n’aient pas à souffrir de l’absence de leurs parents. Et ça, je crois qu’ils l’ont senti. Ils avaient avant tout besoin d’affection.

Vous n’aviez pas peur que certains de ces enfants n’arrivent pas à s’en sortir ?

Je ne me suis même pas posé la question ! Pour moi, c’était évident qu’ils allaient s’en sortir. J’avais suivi la formation Montessori et j’y ai appris l’essentiel : chaque individu est une merveille qui vaut de l’or et doit être respecté pour ce qu’il est. À partir de là, vous pouvez aider n’importe qui. Il faut dire aussi que ces enfants étaient d’une qualité humaine rare. Ils sortaient d’un endroit terrible où ils devaient donner des coups de pieds à tout le monde pour survivre mais jamais ils n’ont été grossiers, brutaux ou cruels avec nous. Ils nous voyaient plutôt comme des grandes sœurs.

Dans le film, on voit quand même parfois les enfants se battre ou se venger sur les soldats allemands en leur jetant des pierres ...

Moi, je n’ai pas été confrontée à cette haine-là. Mais je n’ai pas connu tous ces enfants... Certainement qu’il y en a qui ont eu plus de mal à se reconstruire que d’autres. Je pense que les enfants dont je me suis occupée avaient connu des enfances sereines. Ce qui leur a donné une force que rien ne pouvait leur enlever.

Outre l’affection, grâce à quoi pensez-vous que ces enfants ont pu se reconstruire ?

Ils avaient vu la perte des leurs et leur enfance gâchée mais ils avaient aussi vu la victoire. Ça aide à se dire que ça vaut le coup de tenir. Et puis il y avait la notion de peuple : ils appartenaient à une communauté qui avait risqué de disparaître. Mais eux étaient là et ils voulaient le montrer en prouvant qu’ils étaient capables de fonctionner, de travailler, de faire des études. C’était comme une gageure, d’une certaine façon. Et ils l’assumaient en groupe. Souvent, les enfants vivent leurs difficultés tous seuls. Là, il y avait un destin commun qui leur donnait une force. Ils pouvaient se dire : "Ici, on me comprend, ici on sait." C’était tellement au-delà des mots, ce qu’ils ont vécu.

Dans le film, le groupe se fédère autour de deux voies possibles : la religion et la politique ...

Parmi les enfants rescapés de Buchenwald, il y avait un groupe de 80 qui était vraiment très religieux et c’est celui-ci qu’on nous a donné en charge à Judith et à moi, parce que nous étions assez religieuses et aussi parce que nous comprenions le yiddish. Parmi ces enfants religieux, certains sont d’ailleurs devenus de grands rabbins. Mais que ce soit la religion ou la politique, il s’agit de la même démarche, qui consiste à se dépasser pour un idéal. C’est là qu’on se rend compte à quel point ce ne sont pas tant les armes que l’esprit qui rend combatif.

Vous avez gardé des liens avec ces jeunes dont vous vous étiez occupée ?

Avec certains, oui. On a toujours une grande joie à se rencontrer, à se parler. Il y a deux ans, un ancien enfant caché m’a téléphoné : "Allo, je suis chez Niny ? – Oui, oui. – Est-ce que tu es encore vivante ? !" Pour lui, c’était quasi-impossible. Je n’avais que 20 ans quand je m’occupais de lui mais pour lui, j’étais déjà une vieille à l’époque ! Et quand on s’est revu, moi je lui parlais encore comme si c’était un petit garçon alors qu’il avait près de 60 ans ! C’est comme si j’avais oublié que le temps avait passé.


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