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Titre
original |
Le temps qui reste |
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Réalisation |
François Ozon |
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Scénario |
François Ozon |
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Interprétation |
Melvil Poupaud, Jeanne Moreau, Valeria Bruni Tedeschi, Daniel
Duval, Marie Rivière, Christian Sengewald, ... |
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Musique |
Valentin Silvestrov |
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Photographie |
Jeanne Lapoirie |
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Pays |
France |
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Année |
2005 |
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Durée |
1H25 |
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Genre |
Drame |
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Producteur(s) |
Olivier Delbosc, Marc Missonnier |
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Site
officiel |
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Scoops |
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La projection aura lieu à IMAGIX
- Mons - Salle 12 - Plan
d'accès |
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Projection le Jeudi 09 février
2006 |
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Le film est projeté en version
originale française |
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Le film est projeté sans entracte ni publicité |
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Les séances : |
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- 17h00 et 20h00
avec présentation et feuillet sur les films à
chaque séance
- 14h30 et 22h30
sans présentation et feuillet sur les films à
chaque séance
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| Romain (Melvil Poupaud), trente ans, est un photographe de mode
égoïste et arrogant qui semble être bien réussi:
une carrière florissante, un joli appartement à Paris
et un petit ami sympathique. Quand il s'évanouit au cours
d'un reportage photographique et est examiné à l'hôpital,
il s'avère qu'il a une tumeur.
Ses chances de survivre sont minimales et il refuse d'être
traité. Romain ne raconte rien de sa maladie à sa
famille et son copain. Après une dispute avec sa famille
et après avoir rompu sa relation, Romain va à sa grand-mère
(Jeanne Moreau).
Elle est la seule personne à laquelle il confie sa maladie
"parce que tu te trouves aussi près de la mort que moi".
Quand il retourne à Paris, il accepte une offre inattendue
d'une serveuse (Valeria Bruni-Tedeschi) dans un restoroute. Ceci
aide Romain à accepter sa mort... |
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Cinopsis |
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Romain (Melvil Poupaud), trente ans, est un photographe
de mode égoïste et arrogant qui semble avoir bien
réussi: une carrière florissante, un joli appartement
à Paris et un petit ami sympathique. Quand il s'évanouit
au cours d'un reportage photographique et est examiné
à l'hôpital, il s’avère qu’il
a une tumeur. Ses chances de survivre sont minimales et il
refuse d'être traité.
Romain ne raconte rien de sa maladie à sa famille
et à son copain. Après une dispute avec sa famille
et après avoir rompu sa relation, Romain va voir sa
grand-mère (Jeanne Moreau). Elle est la seule personne
à laquelle il confie sa maladie "parce que tu
te trouves aussi près de la mort que moi". Quand
il retourne à Paris, il accepte une offre inattendue
d’une serveuse (Valeria Bruni-Tedeschi) dans un restoroute.
Ceci aide Romain à accepter sa mort ...
Voici donc le nouvel opus de François Ozon, le cinéaste
métronome, qui nous sert son oeuvre annuelle. Et force
est de constater qu’avec LE TEMPS QUI RESTE, Ozon signe
un film à mi-chemin entre ses premières fictions
très revendicatrices et ses dernières plus ouvertes.
"Le temps qui rest" est la chronique d'une mort
annoncée. Un projet casse-gueule en diable qui aurait
pu se vautrer dans tous les débordements possibles
et imaginables. Mais ce serait bien mal connaître Ozon
que de croire que cette oraison funèbre serait une
oeuvre consensuelle censée rassembler tous les quidams
autour d’un paquet de mouchoirs.
Homo hargneux, égocentrique, Romain va au long de
sa lente agonie tenter de faire la paix avec lui-même,
avec les autres… on verra après. Et l’article
de la mort se rapprochant, le jeune homme va trouver une jolie
porte de sortie, en passant la main, en existant malgré
tout ...
Grâce à Romain et à son itinéraire,
Ozon retrouve ici l’acidité de ses débuts.
Le jusqu’auboutisme du réalisateur peut, à
nouveau, déranger. Mais il doit avant tout être
pris comme une absence de concession renforçant le
discours et le point de vue du cinéaste.
Sans se focaliser sur la belle prestation de Melvil Poupaud,
évitant les gros plans d’un corps qui se voit
abandonné par la vie, Ozon nous parle, nous questionne.
Tour de force d’autant plus étonnant que ses
héros sont sans commune mesure avec la production cinématographique
courante. Ils n’ont aucune envie d’être
aimés, appréciés par le public.
Ils sont qui ils sont, point barre! C’est là
que réside tout l’intérêt du TEMPS
QUI RESTE. Il touche à l’universel en partant
du plus petit dénominateur commun et ne recourt à
aucune putasserie pour nous séduire. Le ton, l’approche
et la sensibilité du cinéaste nous accrochent
à ce voyage (dont tout le monde connaît le point
final) totalement dénué d’artifice. Troublant,
intime et tendant vers une certaine douceur (sérénité
?), Romain s’en va seul et il vous salue bien!
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Source : Cinopsis
- Olivier Guéret |
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Guido |
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Au rythme d'un film par an, François Ozon s'est
petit à petit taillé une place de choix dans
le paysage cinématographique français. Cette
année, il nous revient avec Le Temps qui Reste, un
film qui traite de la mort et de son acceptation au travers
du parcours de son jeune héros de 31 ans. Un film brillant
et impeccablement interprété par Melvil Poupaud,
son acteur principal.
Romain est un jeune photographe à qui tout réussit.
Entre une carrière bien établie, un petit ami
qui le comble et son appartement à Paris, rien ne semble
vouloir assombrir son horizon. Pourtant, à la suite
d'une visite chez le médecin, il découvre qu'il
a un cancer qu'il décide de ne pas traiter. Si il tait
sa maladie auprès de son petit ami et de sa famille,
il décide de se rendre chez sa grand-mère (Jeanne
Moreau) qui est la seule à qui il accepte de parler
de sa tumeur.
C'est avec une facilité déconcertante que François
Ozon a toujours su jongler avec des sujets légers et
d'autres plus délicats. Après Sous le Sable,
Le Temps qui Reste est le deuxième film de sa trilogie
sur le deuil qui s'achèvera avec une partie sur la
mort d'un enfant. Touchant, ce film n'accepte aucun compromis
et dépeint avec vérité les derniers instants
de la vie de ce jeune homme tourmenté. On est donc
invité à suivre son cheminement intérieur
et on ressort bouleversé par cette tranche de vie emplie
d'une émotion tangible. |
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Source : Guido
- SD |
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France Jeunes |
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En mettant de côté tous les clichés
du genre, Ozon signe un film touchant sur la beauté
de la vie face à l'adversité de la maladie.
On se sent si proche de ce jeune personnage déroûté
en quête de paix avant sa mort.
L'ombre de la mort
Ozon pour son deuxième film consacré à
la mort (il s'agit de son deuxième film d'une sorte
de trilogie thématique, le premier étant "Sous
le sable") Dans le premier film, il faisait référence
au deuil impossible à faire d'un être cher disparu.
Cette fois-ci, il choisit de nous plonger dans l'intimité
d'un jeune personnage, dans son quotidien. Romain est un photographe
professionnel, égoïste, impulsif et individualiste.
Son cancer généralisé ne lui laisse
aucune chance de s'en sortir, aucune issue possible face à
cette mort. Ce n'est pas du tout un film comme on a l'habitude
d'en voir sur les maladies graves où souvent on admire
le courage et l'héroïsme des protagonistes. Ici
on suit durant la totalité du film le parcours de Romain,
du moment où il apprend la maladie jusqu'à sa
fin.
On observe ses réactions avec sa famille, son petit
ami. Sa vision de la vie va complètement changer :
son appareil photo ne sera plus son instrument de travail
mais va devenir un objet sacré pour saisir les instants
qui le touchent. Il décide de se réconcilier
avec ses proches et accepte un drôle d'accord avec une
serveuse rencontrée dans une aire d'autoroute. Cette
dernière lui demande de lui faire un enfant étant
donné que son mari est stérile.
Coïncidence qui n'arrive qu'au cinéma mais ne
fait pas tâche dans le film, il désire laisser
une trace de lui dans ce monde où il ne pourra pas
accomplir tout ce qu'il voulait. Cela est conforté
par les nombreuses images de Romain enfant qui lui reviennent. |
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Source : France
Jeunes |
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Full
Orange Prod |
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"Le grand courage, c'est encore de tenir les yeux
ouverts sur la lumière comme sur la mort." - Albert
Camus. Romain, un photographe de trente ans apprend qu’il
est atteint d’un cancer généralisé,
incurable. C’est par ce postulat tragique que François
Ozon, cinéaste de la mélancolie, ouvre le film.
Oublions les réussis mais théâtraux Gouttes
d’eaux sur pierre brûlante, et 8 femmes, pour
nous concentrer sur les films qu’il défini comme
faisant parti de son "cycle du deuil" du cinéaste
: Sous le sable et Le Temps qui reste. Deux films mélancoliques
et dramatiques, genres dans lesquels le cinéaste excelle.
Car la caméra d’Ozon, focalisée sur un
seul personnage – héros tragique pour qui le
déterminisme est une idée bien réelle
– sait se faire oublier pour laisser le spectateur contempler
le deuil.
Ici, contrairement à Sous le sable dans lequel Charlotte
Rampling n’arrivait pas accepter la mort de son mari
disparu, Romain doit faire son propre deuil, accepter la fatalité
de sa mort prochaine. Ozon le souligne d’ailleurs cette
idée de fin inéluctable : "Dans Le Temps
qui reste, la mort est une réalité, une certitude,
je ne voulais pas qu'il y ait une ambiguïté sur
l'inéluctabilité de la maladie (...).
Ce qui m'intéressait, c'était justement le
trajet du corps de Romain qui va mourir et traverser plusieurs
épreuves, passer par plusieurs stades : de la colère
au déni... jusqu'à l'acceptation.". L’acceptation,
c’est bien sûr justement ce qui est le plus dur.
On se souvient d’ailleurs du Cyril Collard des Nuits
fauves, excessif dans son insensée et inutile lutte
contre la peur de la mort. Mais c’est finalement le
caractère pudique du personnage, brillant idée
de scénariste et véritable clef émotionnelle
du film, qui fait du spectateur le témoin quasi-unique
et impuissant de la déchéance morale et physique
du personnage, et le fait ainsi partager, par empathie, toute
sa détresse.
C’est ce silence – à l’exception
de la magnifique séquence chez sa grand-mère
(Jeanne Moreau illumine ce rôle) à qui il peut
se confier parce qu’elle est comme lui, elle "va
bientôt mourir aussi" – qui fait justement
de Romain un personnage, en colère, "pas sympas"
comme il le dit lui-même à une serveuse de bar
d’autoroute (Valeria Bruni-Tedeschi), mais profondément
touchant, car profondément humain.
Nous sommes donc là bien loin du héros américain
manichéen et pathétique à souhait d’un
Philadelphia (Jonathan Demme) ou du pourtant très beau
Ma vie sans moi (Isabel Coixet) ; ici l’intrigue épurée
repose simplement sur une peur bien réelle ; comme
le dit Ozon : "Je voulais un personnage qui ait plus
besoin de se réconcilier avec lui-même qu’avec
les autres.". Ce personnage est d’ailleurs magnifiquement
interprété par Melvil Poupaud, qui trouve là
son plus beau rôle, dont le jeu, toujours sobre, jamais
dans l’excès, ne peut laisser indifférent.
Certes, il est vrai que l’on pourrait reprocher à
Ozon certaines métaphores un peu faciles et stéréotypées
(mettre en parallèle la mort avec la naissance ou avec
un coucher de soleil) il n’en résulte pas moins
que le film fascine par son approche très intime du
sujet. Et, si la beauté du film vient en partie d’une
photographie irréprochable (Jeanne Lapoirie), c’est
surtout dans la douceur et la tendresse qui se dégage
de la mise en scène du cinéaste qui touche.
Les moments d’intimité, où Romain, seul,
pleure, vomit, boit, ou se frappe avec rage la tête
contre un mur, sont, à l’image de la très
belle fin, les moments, essence de la souffrance, qu’a
très superbement su capter François Ozon. Parce
que c’est dans ces moments décisifs que Romain
accepte son "destin". Ces moments ponctuent le film
et contrastent avec les scènes, plus réalistes,
avec sa famille, son médecin ou son copain qui ancrent
le personnage dans une réalité trop hypocrite
et dure pour lui. Car finalement Romain ressemble à
l’étranger de Camus qui, au crépuscule
de la mort, finit par se réconcilier avec lui-même
: "j’ai senti que j’avais été
heureux, et que je l’étais encore" ... |
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Source : Full
Orange Prod - V.B. |
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Advalvas |
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François Ozon nous entraîne sur le chemin
de la mort dans cette oeuvre dense dont chaque détail
est essentiel. Peut-on apprivoiser la mort et l'accepter quand
on sait que l'on va bientôt mourir? Le temps qui reste
constitue le deuxième volet d'une trilogie sur le deuil,
commencée par 'Sous le sable' (2001) avec Charlotte
Rampling.
Selon Ozon, 'Sous le sable' posait la question de comment
vivre la mort de l'autre. 'Le temps qui reste' pose celle
de sa propre mort. Et le troisième volet, racontera
la mort d'un enfant. Notons la performance exceptionnelle
de Melvil Poupaud qui signe là un de ses plus beaux
rôles et celle de l'inimitable Jeanne Moreau en archange
de la mort. En sortant de la salle une question vous taraude:
que feriez-vous s'il ne vous restait plus que quelques mois
à vivre? |
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Source : Advalvas |
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Cinéma Télérama |
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Portrait d'un jeune arrogant qui va bientôt mourir.
Le dernier François Ozon déchire le cœur.
C'est l'histoire d'un joli jeune homme et de quelques êtres
qui lui sont chers. Personnages qui, tous, déchirent
le cœur, parce qu'on les devine précaires, solitaires
et peu doués pour le sentiment puisque incapables de
s'aimer eux-mêmes. Romain (Melvil Poupaud, intense et
magnifique) avance, sans heurts ni passion, dans la vie qu'il
a choisie, toute de morgue et d'affectation. Il est photographe.
De mode, qui plus est, ce qui en fait le reflet d'un monde
imbécile qui s'exhibe sans s'offrir, qui s'idolâtre
trop pour ne pas se mépriser beaucoup. Dans le film,
on voit peu Romain exercer son métier. Juste le temps
d'une scène, aussi caricaturale que lui, où
il se contente de flasher mollement deux minettes pour une
pub visiblement moche. Et puis il s'évanouit ...
Mourir à 30 ans, c'est impensable. Et pourtant si.
Il ne reste à Romain que deux mois. Trois, peut-être.
Comme il est gay, il se croit atteint du sida. Mais non, c'est
un autre cancer qui l'emporte. Un cancer banal. Mais fatal.
C'est ce temps qui reste que filme François Ozon. Ces
jours et ces nuits que l'on voudrait retenir, mais qui s'échappent
encore plus vite. Cette durée de plus en plus élastique
où se côtoient et s'empoignent la révolte
et la résignation, le refus et la honte. Et la douleur
de perdre cette douceur de vivre que l'on croyait sienne à
jamais.
Aucun sentimentalisme dans ce film. Pas d'hystérie
ni de larmes excessives. La première fois que Romain
se laisse aller à pleurer, sur le banc d'un parc, la
caméra d'Ozon s'est depuis longtemps éloignée,
pour mieux nous laisser juste au seuil de sa détresse.
La révolte, oui, elle est là et bien là.
Par orgueil, par peur, par défi, Romain a décidé
de ne pas se soigner et de taire sa maladie à ses proches.
Il se confie tout de même à sa grand-mère
(Jeanne Moreau, dans un court rôle, mais son meilleur
depuis dix ans). " Pourquoi tu me le dis ? " lui
demande-t-elle. " Parce que toi, tu es comme moi...
tu vas bientôt mourir ", lui répond-il,
insolent et cruel. Mais la vieille dame se contente de sourire
: entre ces deux-là, la connivence est superbe...
Mais il faut au moins être sa grand-mère pour
vraiment aimer ce type. Romain est antipathique. Romain est
égoïste. Romain est un grand malade. Romain est
malade... Il insulte sans raison sa sœur (Louise-Anne
Hippeau) lors d'un dîner familial. Il met à la
porte son amant (Christian Sengewald), qu'il traite en boniche
et en pute. " Pardon, pardon ", murmure-t-il,
cependant, dès que le jeune homme a quitté la
pièce.
Sans doute Romain est-il le double plus ou moins avoué
de son créateur. Jeune pape du court métrage,
François Ozon fut vite considéré, après
Sitcom, Regarde la mer et Gouttes d'eau sur pierre brûlante
comme le petit maître d'un cynisme chic, sec et snob.
Sous le règlement de comptes extravagant de 8 Femmes,
bien peu remarquent la tendresse avec laquelle il contemple
la solitude de ses héroïnes, que révèlent
les chansons qu'elles interprètent. " A quoi
ça sert de vivre libre ? " se demande Fanny Ardant.
" Il n'y a pas d'amour heureux ", conclut Danielle
Darrieux.
Dans Le Temps qui reste, aussi écrit, construit et
- diront ses détracteurs - fabriqué que d'habitude,
la sensibilité d'Ozon s'épanouit sans masque
et à vif. Sur la vision d'un monde où, pour
la première fois, la révolte adolescente se
dissout dans l'inéluctable.
Au fil du temps, à son insu, Romain entame un périple.
Apparemment inutile et néanmoins indispensable. Explications
inabouties devant un père aussi silencieux que lui.
Retrouvailles ébauchées avec une sœur repoussée
parce que trop enviée, sans doute. Et, surtout, rencontre
absurde, burlesque, joyeusement invraisemblable avec une serveuse
(Valeria Bruni-Tedeschi) qui demande à Romain de lui
faire un enfant, parce que son mari est stérile et
" parce qu'on vous trouve beau, tous les deux ".
Tout le film, à la fois linéaire et heurté,
est une quête. La poursuite d'une trace que chacun veut
laisser de son passage sur Terre. Après avoir écarté
tous les témoins de sa vie, aussi féroces et
mélancoliques que lui, l'enfant qu'a été
Romain et celui qu'il redeviendra finiront tous deux sur une
plage. Le temps d'une séquence digne des mélos
de Douglas Sirk, qu'Ozon aime tant. A laquelle renvoient ces
vers de Benjamin Biolay, que l'on croirait écrits pour
le film : " Ce soir, c'est au soleil que je veux m'étendre.
Il m'a fallu du temps pour comprendre qu'il ne se passe rien,
si l'on sait attendre... " C'est cette attente, ce rien,
que filme Ozon. |
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Source : Cinéma
Télérama - Pierre Murat |
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Festival
de Cannes |
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Après Swimming Pool qui avait concouru en 2003 pour
la Palme d'Or, François Ozon revient cette année
sur la Croisette avec Le Temps qui Reste, présenté
dans la section Un Certain Regard. Ce film met en scène
les derniers mois à vivre de Romain, un photographe
âgé de 30 ans, atteint d'un cancer incurable.
A l'origine de ce projet, il y a l'idée d'une trilogie
sur le deuil, commencée avec le drame Sous le Sable
qui abordait cette question : comment vivre la mort de l'autre
? Le Temps qui Reste pose celle de sa propre mort à
soi. "Et le troisième volet, que je ferai peut-être
un jour, racontera la mort d'un enfant", ajoute le cinéaste.
François
Ozon évoque le personnage principal de son film : "Romain
est assez égocentrique et cruel. Sa disparition va
provoquer une souffrance d'autant plus violente pour son entourage
qu'il n'y est pas préparé. Mais après
tout, Romain n'a-t-il pas le droit de choisir comment il va
mourir ? Il fait le choix d'accepter sa solitude et de ne
rendre des comptes qu'à lui-même." |
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Source : Festival
de Cannes |
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Entretien
avec François Ozon |
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Pourquoi l'envie de raconter
le trajet d'un jeune homme, vers la mort ?
À l'origine, il y a l'idée d'une trilogie sur
le deuil, commencée avec SOUS LE SABLE, "mélodrame
sec" qui posait la question de comment vivre la mort
de l'autre. LE TEMPS QUI RESTE pose celle de sa propre mort
à soi. Et le troisième volet, que je ferai peut-être
un jour, racontera la mort d'un enfant. Dans SOUS LE SABLE,
la mort est abordée sur le mode de la croyance. Dans
LE TEMPS QUI RESTE, il n'y a aucune échappatoire. Le
film avance en ligne droite vers la mort de Romain ...
Dans SOUS LE SABLE, la mort de
l'autre apparaissait comme une chose à laquelle on
ne peut pas croire ou ne veut pas croire.
Dans LE TEMPS QUI RESTE la mort est une réalité,
une certitude, je ne voulais pas qu'il y ait une ambiguïté
sur l'inéluctabilité de la maladie, une possibilité
d'en réchapper. C'est pour ça que j'ai choisi
un cancer généralisé. Et le fait que
le personnage soit jeune rend la maladie encore plus inexorable.
Elle ne fait l'objet d'aucun suspense ou mystère. Contrairement
à SOUS LE SABLE, où la noyade de Jean n'était
pas montrée, et où le corps du mort n'existait
pas. Ce qui m'intéressait dans LE TEMPS QUI RESTE c'était
justement le trajet du corps de Romain qui va mourir et traverser
plusieurs épreuves, passer par plusieurs stades : de
la colère au déni... jusqu'à l'acceptation.
On aurait pu s'attendre à
ce que la maladie ne soit pas le cancer mais le SIDA ...
Je tenais à une maladie sans rémission possible
et heureusement aujourd'hui on peut ne plus mourir du Sida.
Par ailleurs, je ne me sens pas encore capable de faire un
film sur le SIDA. Je le ferai certainement un jour,mais lorsque
j'aurai plus de recul sur ce que j'ai pu vivre et observer
autour de moi. LE TEMPS QUI RESTE est néanmoins empreint
des angoisses que le SIDA a pu engendrer pour ma génération
qui a découvert la sexualité en parallèle
de la maladie et de l'idée de la mort.
Romain n'adopte pas l'attitude
que l'on pourrait attendre de lui. Il n'est pas pris d'une
frénésie de brûler les quelques mois qui
lui restent à vivre...
Oui, c'est l'inverse des NUITS FAUVES, dont le héros
déborde de vitalité et de désir. Mais
personnellement je suis beaucoup plus touché par le
rapport à la maladie et à la mort d'Hervé
Guibert, dans son parcours littéraire mais aussi dans
son très beau film LA PUDEUR OU L'IMPUDEUR. Dans mon
film, je ne tenais pas à présenter un personnage
qui fait des choses extraordinaires. Je voulais davantage
montrer la réalité concrète de la situation
: comment vit-on quand on sait que l'on va mourir ? Quelles
sensations traverse-t-on, quelles décisions prend-on
? Ce n'est pas parce qu'il a ce couperet au-dessus de la tête
que Romain va par exemple régler ses histoires de famille.
L'enjeu pour lui n'est pas tant de se réconcilier
avec les autres qu'avec lui-même. D'une manière
générale, Romain se libère du rapport
à l'autre. Il est désagréable avec son
petit ami, l'insulte et provoque une séparation pour
l'aider à faire son deuil, le deuil symbolique d'une
rupture amoureuse. Avec toute la culpabilité que cela
pourra entraîner chez l'autre. L'attitude de Romain
est à double tranchant. Comme Marie dans SOUS LE SABLE,
il n'est pas un héros mais un être humain qui
fait comme il peut face à une situation terrible.
Pourquoi ce refus de l'héroïsation
?
Peut-être pour démystifier l'idée romantique
de la mort qui sanctifie. Si Romain atteint une certaine forme
d'héroïsme, c'est par des voies très détournées
et finalement très personnelles, qui ne concernent
que sa trace à lui. Il est davantage préoccupé
par ce qu'il va transmettre que par le désir d'être
en paix avec les autres. Romain est un personnage assez égocentrique
et cruel. Sa disparition va provoquer une souffrance d'autant
plus violente pour son entourage qu'il n'y est pas préparé.
Mais après tout, Romain n'a-t-il pas le droit de choisir
comment il va mourir ? Il fait le choix d'accepter sa solitude
et de ne rendre des comptes qu'à lui-même. Il
ne peut partager sa mort qu'avec sa grand-mère dont
la vieillesse rend leur rapprochement possible. Cette scène
entre Romain et sa grand-mère représente d'ailleurs
pour moi le coeur du film.
Regarder sa mort en face, c'est
aussi tomber sur le visage de soi enfant ...
On dit souvent que les personnes âgées redeviennent
des enfants. J'ai d'ailleurs forcément repensé
aux FRAISES SAUVAGES de Bergman, mais j'ai préféré
montrer des moments très simples, ni extraordinaires
ni significatifs. Des images d'enfance qui arrivent comme
des espèces de flashs. J'ai privilégié
des instants, des regards, très peu de paroles, juste
une atmosphère, des sensations. Peut-être que
ces images d'enfance qui hantent Romain l'aident à
accepter l'enfant en lui, et donc à passer le relais.
Est-ce que vous comprenez le choix
de Romain, de renoncer à faire une chimiothérapie
?
Pour moi il est évident que Romain n'a aucune chance
de s'en sortir. Dans une première version du scénario,
le médecin lui annonçait clairement qu'il était
condamné et qu'il devait profiter de ses derniers mois
à vivre, sans même essayer de se soigner. Mais
quand j'ai fait lire cette scène à un grand
médecin cancérologue, il m'a expliqué
que déontologiquement, un médecin n'avait pas
le droit de dire ça. Il doit tout le temps dire qu'il
y a de l'espoir même s'il pense en son âme et
conscience qu'il n'y en a pas.
J'ai donc réécrit la scène dans ce sens-là
uniquement pour des raisons de crédibilité.
Mais ça ne m'intéressait pas de montrer Romain
en train de faire des recherches sur sa maladie pour se rendre
compte qu'il n'avait aucune chance de s'en sortir. C'est un
fait donné brutalement et longuement au début
du film, sur lequel je ne voulais plus revenir.
Pourquoi avoir fait de Romain un
photographe ?
Au départ, son rapport à la photographie est
assez superficiel. Il travaille dans le milieu de la mode,
c'est juste un travail de captation et de représentation.
Mais la photographie acquiert une nouvelle dimension avec
la perspective de sa mort annoncée. Tout d'un coup,
son métier prend un autre sens. Comme si c'était
prémédité, comme s'il n'y avait pas de
hasard que Romain ait choisi ce travail. Comme la cinéphilie,
le rapport à la photographie peut avoir quelque chose
d'assez morbide. Faire des images, les développer,
les garder, les collectionner, aide à agir contre le
temps, à le retenir.
"Le temps qui reste"
est un film assez dépouillé. Comment s'est passé
le montage ?
Le montage a été long et éprouvant.
La première version du scénario était
assez brute et épurée, mais elle faisait peur
à mes producteurs et je me suis rendu compte que pour
convaincre les financiers, il fallait étoffer davantage
le scénario. J'ai donc développé certaines
scènes et certains personnages puis j'ai filmé
ce scénario étoffé. Mais je me rends
compte aujourd'hui que le film auquel je suis arrivé
ressemble à cette première version de scénario.
Le travail au montage a consisté à se débarrasser
de ce que j'avais filmé "en plus", à
faire le deuil de ce qui détournait l'attention et
donnait moins de force au trajet du personnage. Au fur et
à mesure, j'ai compris que plus on était focalisé
sur Romain, plus le film se tenait et moins on avait besoin
de choses annexes. Comme pour SOUS LE SABLE, où je
suivais un personnage sans le perdre de vue. Mais ce film-là
s'était fait contre tout le monde, avec peu de moyens.
J'avais été obligé d'aller à l'essentiel
tout de suite, de filmer sec. Je n'avais eu que cette matière
à monter.
Il fallait en passer par ce montage
difficile ou cela témoigne d'un dysfonctionnement du
cinéma ?
Je pense tout simplement que mon luxe aujourd'hui est de
pouvoir filmer "gras" pour pouvoir monter "sec".
Comme je tourne vite, je prends le risque de ne pas être
conscient de tous les enjeux du film et d'avancer souvent
à l'instinct, en allant dans plusieurs directions à
la fois. Pour SOUS LE SABLE, j'avais tourné en deux
fois et donc eu le temps de savoir que Charlotte Rampling
était suffisamment forte pour porter une grande part
de la fiction. Pour LE TEMPS QUI RESTE, on s'est lancé
d'un trait, c'était la première fois que je
travaillais avec Melvil et j'avais un peu peur de m'attaquer
à un personnage masculin, peur aussi qu'il ne suscite
pas suffisamment l'adhésion du spectateur. Filmer plus
large m'a rassuré et l'écriture s'est faite
davantage au montage.
Vous êtes d'habitude plus
enclin à filmer des femmes.
Les mélodrames avec des personnages masculins sont
très rares, et il s'agit soit d'enfants soit de vieillards.
L'émotion et l'intériorité du mélodrame
sont portées le plus souvent par des femmes. Pour ce
film, ça m'intéressait d'essayer de faire un
vrai mélodrame au masculin, d'essayer de faire pleurer
en suivant le parcours intérieur d'un jeune homme,
ce qui impliquait une érotisation du comédien.
Il était important que les gens tombent "amoureux"
de Romain pour être en empathie et pour accepter son
trajet. D'où le choix peut-être de retravailler
avec Jeanne Lapoirie comme chef-opérateur. J'avais
envie d'un regard féminin porté sur Melvil et
d'une lumière qui mette en valeur sa beauté.
Le choix de Melvil Poupaud s'est
d'emblée imposé à vous ?
J'ai toujours beaucoup aimé la présence un
peu lointaine de Melvil dans les films, surtout dans CONTE
D'ÉTÉ. C'est l'unique héros masculin
de la série des 4 SAISONS, et Rohmer l'a filmé
avec la même grâce et le même érotisme
qu'il filme les jeunes filles. Je l'avais déjà
rencontré en casting pour des films précédents,
mais c'est quand il m'a envoyé une invitation pour
la projection de ses courts métrages en vidéo,
que j'ai eu une sorte de déclic. J'ai été
très touché par ses films qui m'ont rappelé
les films en super-8 que je faisais adolescent. Et j'ai aimé
qu'il se filme depuis son enfance, qu'il ait ce lien presque
naturel à la caméra.
J'ai pensé que ce rapport artisanal au cinéma
était quelque chose qui pouvait nous réunir.
Et effectivement, il a compris et accepté très
vite ma façon de faire des films. Il s'est intégré
très tôt au projet, il a suivi les différentes
étapes de l'écriture et du montage. De plus
en plus, je me sens proche de ces comédiens qui s'impliquent
complètement. On ne fait pas le film seul mais à
plusieurs et j'ai besoin de leur aide, de leur incarnation
pour trouver ce que je veux raconter, les sensations que je
veux transmettre. Je n'ai pas envie de travailler contre eux
mais avec eux.
Et le choix de Jeanne Moreau ?
J'avais toujours rêvé de tourner avec Jeanne
et c'est l'actrice française qui me manquait pour 8
FEMMES, même si elle était présente à
travers le costume d'Emmanuelle Béart (référence
au JOURNAL D'UNE FEMME DE CHAMBRE de Buñuel). Jeanne
fait partie de ces acteurs très proches des metteurs
en scène. De la même manière que Melvil,
je l'ai vue très en amont pour préparer le film.
Elle aime rentrer très tôt dans le rythme de
création d'un film. C'est quelqu'un de très
généreux dans le travail et qui a besoin de
s'impliquer énormément.
Je crois qu'elle a une fascination et beaucoup de respect
pour la mise en scène. Elle a beaucoup nourri le personnage,
son passé. Elle donnait son avis, des idées,
elle me parlait des livres qu'elle aimait. Ce fut une très
belle rencontre et le lien de tendresse et de complicité
qui s'est créé entre nous se reflète
dans le film à travers la relation de Romain et de
sa grand-mère.
Et Daniel Duval pour incarner le
père de Romain ?
J'ai toujours aimé sa présence très
forte à l'écran avec le regret de le voir souvent
cantonné dans des rôles de voyou. J'ai eu envie
de lui faire jouer un homme installé, plutôt
bourgeois et intellectuel. D'où l'idée de lui
faire pousser la barbe pour le transformer un peu. Il fallait
que ce père, peu présent, soit charismatique,
beau, et en même temps très marqué. Son
visage raconte beaucoup. Comme celui de Jeanne Moreau d'ailleurs.
Les personnages autour de Romain ont très peu de scènes,
ils devaient donc exister fortement dans le peu de temps qu'ils
ont. Ce qui est également le cas de Marie Rivière,
qui comme Melvil appartient à la famille rohmérienne.
Et l'envie de retravailler avec
Valeria Bruni-Tedeschi ?
Sur 5X2, ce fut une vraie rencontre et elle a suivi amicalement
l'écriture du scénario du TEMPS QUI RESTE. J'ai
un peu écrit le personnage de Jany en pensant à
elle, mais sans lui dire. Quand elle a lu le scénario,
elle l'a tout de suite aimé. Elle était très
émue par son naturel, sa naïveté et sa
simplicité. Il lui faisait penser à Shirley
Mac Laine dans COMME UN TORRENT.
Et le choix de l'acteur allemand
Christian Sengewald pour jouer Sasha, l'amant de Romain ?
On a finalement peu l'habitude de voir des couples homosexuels
au cinéma et les gens se sentent vite agressés
ou dérangés. Si l'acteur est trop beau, on dit
que c'est un cliché. S'il est laid, on dit que ce n'est
pas crédible... Je voulais que l'amant de Romain ait
une étrangeté, une beauté pas forcément
évidente, qui fasse écho à l'activité
de photographe de Romain, à son goût pour quelqu'un
de différent et de physiquement intriguant. Christian,
je l'avais vu dans une pièce de théâtre
en Allemagne et j'avais aimé sa présence, sa
texture de peau, son côté enfantin et préraphaélite.
De plus le fait qu'il soit étranger amenait une certaine
naïveté au personnage, il ne se rend pas vraiment
compte que Romain va très mal.
Et le choix de la musique ?
Je suis allé vers une musique très épurée,
avec des consonances religieuses, Arvo Part, Silvestrov. Au
départ, il n'y a quasiment pas de musique, elle est
juste là pour souligner les moments d'enfance. Mais
elle envahit le film au fur et à mesure que Romain
se réconcilie avec le monde. Le parcours de Romain
a forcément des allures de chemin de croix. C'est d'ailleurs
dans une église qu'il a des réminiscences de
sa propre identité sexuelle. Il me semblait que Romain
devait se confronter à la croyance, à l'au-delà,
à toutes ces questions métaphysiques qu'on se
pose dans une telle situation.
C'est la première fois que
vous filmez en Scope ...
Ça peut paraître étrange d'avoir utilisé
le Scope pour un sujet aussi intime mais c'est le cadre idéal
pour filmer l'horizon, la position allongée, la mort.
Ça m'a obligé à cadrer différemment,
à raconter autrement. Souvent en Scope, il faut être
très serré, ou bien très large. Les plans
américains fonctionnent peu. Et puis, on a très
peu de profondeur de champs. J'ai découvert en jouant
sur des changements de point que l'on pouvait créer
des intensités dramatiques, auxquelles je ne m'attendais
pas. Comme dans la scène du parc avec la soeur au téléphone.
Ça m'a permis aussi d'être beaucoup plus près
des acteurs. Très vite, je suis rentré dans
leurs visages, les yeux prenaient plus de valeur.
Romain est un personnage qui s'ouvre
au monde de manière assez abstraite. Non pas en rompant
sa solitude et en allant vers quelqu'un en particulier mais
en acceptant de faire partie du monde, comme sur la plage
...
Je voulais qu’à la fin Romain tombe dans un
anonymat total. Quand il se retrouve sur cette plage au milieu
des corps plein de vie et de joie des vacanciers, cela produit
un contraste visuel, auquel je tenais particulièrement.
Je me suis souvent demandé face aux gens allongés
sur les plages : "Tiens, s'il y en avait un qui ne se
relevait pas ? S'il ne dormait pas, s'il ne se faisait pas
bronzer, mais s'il était mort...?" C'est l'une
des images que j'avais en tête avant d'écrire
: ce corps seul le soir, alors que tout le monde est rentré
chez soi et que la marrée monte.
Quelqu'un qu'on oublie sur la plage. Je pourrais presque
dire que c'est pour ce plan-là que j'ai eu envie de
faire le film. Je ne savais pas exactement ce que cela signifiait,
je savais juste que cela renverrait à une acceptation
des choses. Romain ne crée pas de mise en scène
autour de sa mort, il s'abandonne.
La plage est un lieu récurrent
dans vos films ...
Une plage permet d'être dans l'ordre de l'intemporel,
d'arriver vers une forme d'abstraction et d'épure.
Ce sont des choses que j'avais déjà travaillées
dans des films précédents mais j'avais envie
de revenir sur l'idée du coucher de soleil, que les
gens avaient pris de manière très ironique dans
5X2. Il ne l'était pas pour moi, mais je comprends
qu'il puisse l'être pour certains. Dans LE TEMPS QUI
RESTE, je voulais qu'il n'y ait aucune ambiguïté.
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Source : http://www.francois-ozon.com/francais/entretiens/le-temps-qui-reste.html |
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