Ciné-club éducatif & culturel de Mons (CCEC)
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LE temps qui reste de François Ozon
   
Titre original Le temps qui reste
Réalisation François Ozon
Scénario François Ozon
Interprétation Melvil Poupaud, Jeanne Moreau, Valeria Bruni Tedeschi, Daniel Duval, Marie Rivière, Christian Sengewald, ...
Musique Valentin Silvestrov
Photographie Jeanne Lapoirie
Pays France
Année 2005
Durée 1H25
Genre Drame
Producteur(s) Olivier Delbosc, Marc Missonnier
Site officiel  
Scoops  
 
 
 
La projection aura lieu à IMAGIX - Mons - Salle 12 - Plan d'accès
Projection le Jeudi 09 février 2006
Le film est projeté en version originale française
Le film est projeté sans entracte ni publicité
Les séances :
 
  • 17h00 et 20h00 avec présentation et feuillet sur les films à chaque séance
  • 14h30 et 22h30 sans présentation et feuillet sur les films à chaque séance
 
 

Romain (Melvil Poupaud), trente ans, est un photographe de mode égoïste et arrogant qui semble être bien réussi: une carrière florissante, un joli appartement à Paris et un petit ami sympathique. Quand il s'évanouit au cours d'un reportage photographique et est examiné à l'hôpital, il s'avère qu'il a une tumeur.

Ses chances de survivre sont minimales et il refuse d'être traité. Romain ne raconte rien de sa maladie à sa famille et son copain. Après une dispute avec sa famille et après avoir rompu sa relation, Romain va à sa grand-mère (Jeanne Moreau).

Elle est la seule personne à laquelle il confie sa maladie "parce que tu te trouves aussi près de la mort que moi". Quand il retourne à Paris, il accepte une offre inattendue d'une serveuse (Valeria Bruni-Tedeschi) dans un restoroute. Ceci aide Romain à accepter sa mort...

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Cinopsis
 

Romain (Melvil Poupaud), trente ans, est un photographe de mode égoïste et arrogant qui semble avoir bien réussi: une carrière florissante, un joli appartement à Paris et un petit ami sympathique. Quand il s'évanouit au cours d'un reportage photographique et est examiné à l'hôpital, il s’avère qu’il a une tumeur. Ses chances de survivre sont minimales et il refuse d'être traité.

Romain ne raconte rien de sa maladie à sa famille et à son copain. Après une dispute avec sa famille et après avoir rompu sa relation, Romain va voir sa grand-mère (Jeanne Moreau). Elle est la seule personne à laquelle il confie sa maladie "parce que tu te trouves aussi près de la mort que moi". Quand il retourne à Paris, il accepte une offre inattendue d’une serveuse (Valeria Bruni-Tedeschi) dans un restoroute. Ceci aide Romain à accepter sa mort ...

Voici donc le nouvel opus de François Ozon, le cinéaste métronome, qui nous sert son oeuvre annuelle. Et force est de constater qu’avec LE TEMPS QUI RESTE, Ozon signe un film à mi-chemin entre ses premières fictions très revendicatrices et ses dernières plus ouvertes.

"Le temps qui rest" est la chronique d'une mort annoncée. Un projet casse-gueule en diable qui aurait pu se vautrer dans tous les débordements possibles et imaginables. Mais ce serait bien mal connaître Ozon que de croire que cette oraison funèbre serait une oeuvre consensuelle censée rassembler tous les quidams autour d’un paquet de mouchoirs.

Homo hargneux, égocentrique, Romain va au long de sa lente agonie tenter de faire la paix avec lui-même, avec les autres… on verra après. Et l’article de la mort se rapprochant, le jeune homme va trouver une jolie porte de sortie, en passant la main, en existant malgré tout ...

Grâce à Romain et à son itinéraire, Ozon retrouve ici l’acidité de ses débuts. Le jusqu’auboutisme du réalisateur peut, à nouveau, déranger. Mais il doit avant tout être pris comme une absence de concession renforçant le discours et le point de vue du cinéaste.

Sans se focaliser sur la belle prestation de Melvil Poupaud, évitant les gros plans d’un corps qui se voit abandonné par la vie, Ozon nous parle, nous questionne. Tour de force d’autant plus étonnant que ses héros sont sans commune mesure avec la production cinématographique courante. Ils n’ont aucune envie d’être aimés, appréciés par le public.

Ils sont qui ils sont, point barre! C’est là que réside tout l’intérêt du TEMPS QUI RESTE. Il touche à l’universel en partant du plus petit dénominateur commun et ne recourt à aucune putasserie pour nous séduire. Le ton, l’approche et la sensibilité du cinéaste nous accrochent à ce voyage (dont tout le monde connaît le point final) totalement dénué d’artifice. Troublant, intime et tendant vers une certaine douceur (sérénité ?), Romain s’en va seul et il vous salue bien!

  Source : Cinopsis - Olivier Guéret
   
Guido
 

Au rythme d'un film par an, François Ozon s'est petit à petit taillé une place de choix dans le paysage cinématographique français. Cette année, il nous revient avec Le Temps qui Reste, un film qui traite de la mort et de son acceptation au travers du parcours de son jeune héros de 31 ans. Un film brillant et impeccablement interprété par Melvil Poupaud, son acteur principal.

Romain est un jeune photographe à qui tout réussit. Entre une carrière bien établie, un petit ami qui le comble et son appartement à Paris, rien ne semble vouloir assombrir son horizon. Pourtant, à la suite d'une visite chez le médecin, il découvre qu'il a un cancer qu'il décide de ne pas traiter. Si il tait sa maladie auprès de son petit ami et de sa famille, il décide de se rendre chez sa grand-mère (Jeanne Moreau) qui est la seule à qui il accepte de parler de sa tumeur.

C'est avec une facilité déconcertante que François Ozon a toujours su jongler avec des sujets légers et d'autres plus délicats. Après Sous le Sable, Le Temps qui Reste est le deuxième film de sa trilogie sur le deuil qui s'achèvera avec une partie sur la mort d'un enfant. Touchant, ce film n'accepte aucun compromis et dépeint avec vérité les derniers instants de la vie de ce jeune homme tourmenté. On est donc invité à suivre son cheminement intérieur et on ressort bouleversé par cette tranche de vie emplie d'une émotion tangible.

  Source : Guido - SD
   
France Jeunes
 

En mettant de côté tous les clichés du genre, Ozon signe un film touchant sur la beauté de la vie face à l'adversité de la maladie. On se sent si proche de ce jeune personnage déroûté en quête de paix avant sa mort.

L'ombre de la mort

Ozon pour son deuxième film consacré à la mort (il s'agit de son deuxième film d'une sorte de trilogie thématique, le premier étant "Sous le sable") Dans le premier film, il faisait référence au deuil impossible à faire d'un être cher disparu. Cette fois-ci, il choisit de nous plonger dans l'intimité d'un jeune personnage, dans son quotidien. Romain est un photographe professionnel, égoïste, impulsif et individualiste.

Son cancer généralisé ne lui laisse aucune chance de s'en sortir, aucune issue possible face à cette mort. Ce n'est pas du tout un film comme on a l'habitude d'en voir sur les maladies graves où souvent on admire le courage et l'héroïsme des protagonistes. Ici on suit durant la totalité du film le parcours de Romain, du moment où il apprend la maladie jusqu'à sa fin.

On observe ses réactions avec sa famille, son petit ami. Sa vision de la vie va complètement changer : son appareil photo ne sera plus son instrument de travail mais va devenir un objet sacré pour saisir les instants qui le touchent. Il décide de se réconcilier avec ses proches et accepte un drôle d'accord avec une serveuse rencontrée dans une aire d'autoroute. Cette dernière lui demande de lui faire un enfant étant donné que son mari est stérile.

Coïncidence qui n'arrive qu'au cinéma mais ne fait pas tâche dans le film, il désire laisser une trace de lui dans ce monde où il ne pourra pas accomplir tout ce qu'il voulait. Cela est conforté par les nombreuses images de Romain enfant qui lui reviennent.

  Source : France Jeunes
   
Full Orange Prod
 

"Le grand courage, c'est encore de tenir les yeux ouverts sur la lumière comme sur la mort." - Albert Camus. Romain, un photographe de trente ans apprend qu’il est atteint d’un cancer généralisé, incurable. C’est par ce postulat tragique que François Ozon, cinéaste de la mélancolie, ouvre le film.

Oublions les réussis mais théâtraux Gouttes d’eaux sur pierre brûlante, et 8 femmes, pour nous concentrer sur les films qu’il défini comme faisant parti de son "cycle du deuil" du cinéaste : Sous le sable et Le Temps qui reste. Deux films mélancoliques et dramatiques, genres dans lesquels le cinéaste excelle. Car la caméra d’Ozon, focalisée sur un seul personnage – héros tragique pour qui le déterminisme est une idée bien réelle – sait se faire oublier pour laisser le spectateur contempler le deuil.

Ici, contrairement à Sous le sable dans lequel Charlotte Rampling n’arrivait pas accepter la mort de son mari disparu, Romain doit faire son propre deuil, accepter la fatalité de sa mort prochaine. Ozon le souligne d’ailleurs cette idée de fin inéluctable : "Dans Le Temps qui reste, la mort est une réalité, une certitude, je ne voulais pas qu'il y ait une ambiguïté sur l'inéluctabilité de la maladie (...).

Ce qui m'intéressait, c'était justement le trajet du corps de Romain qui va mourir et traverser plusieurs épreuves, passer par plusieurs stades : de la colère au déni... jusqu'à l'acceptation.". L’acceptation, c’est bien sûr justement ce qui est le plus dur. On se souvient d’ailleurs du Cyril Collard des Nuits fauves, excessif dans son insensée et inutile lutte contre la peur de la mort. Mais c’est finalement le caractère pudique du personnage, brillant idée de scénariste et véritable clef émotionnelle du film, qui fait du spectateur le témoin quasi-unique et impuissant de la déchéance morale et physique du personnage, et le fait ainsi partager, par empathie, toute sa détresse.

C’est ce silence – à l’exception de la magnifique séquence chez sa grand-mère (Jeanne Moreau illumine ce rôle) à qui il peut se confier parce qu’elle est comme lui, elle "va bientôt mourir aussi" – qui fait justement de Romain un personnage, en colère, "pas sympas" comme il le dit lui-même à une serveuse de bar d’autoroute (Valeria Bruni-Tedeschi), mais profondément touchant, car profondément humain.

Nous sommes donc là bien loin du héros américain manichéen et pathétique à souhait d’un Philadelphia (Jonathan Demme) ou du pourtant très beau Ma vie sans moi (Isabel Coixet) ; ici l’intrigue épurée repose simplement sur une peur bien réelle ; comme le dit Ozon : "Je voulais un personnage qui ait plus besoin de se réconcilier avec lui-même qu’avec les autres.". Ce personnage est d’ailleurs magnifiquement interprété par Melvil Poupaud, qui trouve là son plus beau rôle, dont le jeu, toujours sobre, jamais dans l’excès, ne peut laisser indifférent.

Certes, il est vrai que l’on pourrait reprocher à Ozon certaines métaphores un peu faciles et stéréotypées (mettre en parallèle la mort avec la naissance ou avec un coucher de soleil) il n’en résulte pas moins que le film fascine par son approche très intime du sujet. Et, si la beauté du film vient en partie d’une photographie irréprochable (Jeanne Lapoirie), c’est surtout dans la douceur et la tendresse qui se dégage de la mise en scène du cinéaste qui touche.

Les moments d’intimité, où Romain, seul, pleure, vomit, boit, ou se frappe avec rage la tête contre un mur, sont, à l’image de la très belle fin, les moments, essence de la souffrance, qu’a très superbement su capter François Ozon. Parce que c’est dans ces moments décisifs que Romain accepte son "destin". Ces moments ponctuent le film et contrastent avec les scènes, plus réalistes, avec sa famille, son médecin ou son copain qui ancrent le personnage dans une réalité trop hypocrite et dure pour lui. Car finalement Romain ressemble à l’étranger de Camus qui, au crépuscule de la mort, finit par se réconcilier avec lui-même : "j’ai senti que j’avais été heureux, et que je l’étais encore" ...

  Source : Full Orange Prod - V.B.
   
Advalvas
 

François Ozon nous entraîne sur le chemin de la mort dans cette oeuvre dense dont chaque détail est essentiel. Peut-on apprivoiser la mort et l'accepter quand on sait que l'on va bientôt mourir? Le temps qui reste constitue le deuxième volet d'une trilogie sur le deuil, commencée par 'Sous le sable' (2001) avec Charlotte Rampling.

Selon Ozon, 'Sous le sable' posait la question de comment vivre la mort de l'autre. 'Le temps qui reste' pose celle de sa propre mort. Et le troisième volet, racontera la mort d'un enfant. Notons la performance exceptionnelle de Melvil Poupaud qui signe là un de ses plus beaux rôles et celle de l'inimitable Jeanne Moreau en archange de la mort. En sortant de la salle une question vous taraude: que feriez-vous s'il ne vous restait plus que quelques mois à vivre?

  Source : Advalvas
   
Cinéma Télérama
  Portrait d'un jeune arrogant qui va bientôt mourir. Le dernier François Ozon déchire le cœur.

C'est l'histoire d'un joli jeune homme et de quelques êtres qui lui sont chers. Personnages qui, tous, déchirent le cœur, parce qu'on les devine précaires, solitaires et peu doués pour le sentiment puisque incapables de s'aimer eux-mêmes. Romain (Melvil Poupaud, intense et magnifique) avance, sans heurts ni passion, dans la vie qu'il a choisie, toute de morgue et d'affectation. Il est photographe. De mode, qui plus est, ce qui en fait le reflet d'un monde imbécile qui s'exhibe sans s'offrir, qui s'idolâtre trop pour ne pas se mépriser beaucoup. Dans le film, on voit peu Romain exercer son métier. Juste le temps d'une scène, aussi caricaturale que lui, où il se contente de flasher mollement deux minettes pour une pub visiblement moche. Et puis il s'évanouit ...

Mourir à 30 ans, c'est impensable. Et pourtant si. Il ne reste à Romain que deux mois. Trois, peut-être. Comme il est gay, il se croit atteint du sida. Mais non, c'est un autre cancer qui l'emporte. Un cancer banal. Mais fatal. C'est ce temps qui reste que filme François Ozon. Ces jours et ces nuits que l'on voudrait retenir, mais qui s'échappent encore plus vite. Cette durée de plus en plus élastique où se côtoient et s'empoignent la révolte et la résignation, le refus et la honte. Et la douleur de perdre cette douceur de vivre que l'on croyait sienne à jamais.

Aucun sentimentalisme dans ce film. Pas d'hystérie ni de larmes excessives. La première fois que Romain se laisse aller à pleurer, sur le banc d'un parc, la caméra d'Ozon s'est depuis longtemps éloignée, pour mieux nous laisser juste au seuil de sa détresse. La révolte, oui, elle est là et bien là. Par orgueil, par peur, par défi, Romain a décidé de ne pas se soigner et de taire sa maladie à ses proches. Il se confie tout de même à sa grand-mère (Jeanne Moreau, dans un court rôle, mais son meilleur depuis dix ans). " Pourquoi tu me le dis ? " lui demande-t-elle. " Parce que toi, tu es comme moi... tu vas bientôt mourir ", lui répond-il, insolent et cruel. Mais la vieille dame se contente de sourire : entre ces deux-là, la connivence est superbe...

Mais il faut au moins être sa grand-mère pour vraiment aimer ce type. Romain est antipathique. Romain est égoïste. Romain est un grand malade. Romain est malade... Il insulte sans raison sa sœur (Louise-Anne Hippeau) lors d'un dîner familial. Il met à la porte son amant (Christian Sengewald), qu'il traite en boniche et en pute. " Pardon, pardon ", murmure-t-il, cependant, dès que le jeune homme a quitté la pièce.

Sans doute Romain est-il le double plus ou moins avoué de son créateur. Jeune pape du court métrage, François Ozon fut vite considéré, après Sitcom, Regarde la mer et Gouttes d'eau sur pierre brûlante comme le petit maître d'un cynisme chic, sec et snob. Sous le règlement de comptes extravagant de 8 Femmes, bien peu remarquent la tendresse avec laquelle il contemple la solitude de ses héroïnes, que révèlent les chansons qu'elles interprètent. " A quoi ça sert de vivre libre ? " se demande Fanny Ardant. " Il n'y a pas d'amour heureux ", conclut Danielle Darrieux.

Dans Le Temps qui reste, aussi écrit, construit et - diront ses détracteurs - fabriqué que d'habitude, la sensibilité d'Ozon s'épanouit sans masque et à vif. Sur la vision d'un monde où, pour la première fois, la révolte adolescente se dissout dans l'inéluctable.

Au fil du temps, à son insu, Romain entame un périple. Apparemment inutile et néanmoins indispensable. Explications inabouties devant un père aussi silencieux que lui. Retrouvailles ébauchées avec une sœur repoussée parce que trop enviée, sans doute. Et, surtout, rencontre absurde, burlesque, joyeusement invraisemblable avec une serveuse (Valeria Bruni-Tedeschi) qui demande à Romain de lui faire un enfant, parce que son mari est stérile et " parce qu'on vous trouve beau, tous les deux ".

Tout le film, à la fois linéaire et heurté, est une quête. La poursuite d'une trace que chacun veut laisser de son passage sur Terre. Après avoir écarté tous les témoins de sa vie, aussi féroces et mélancoliques que lui, l'enfant qu'a été Romain et celui qu'il redeviendra finiront tous deux sur une plage. Le temps d'une séquence digne des mélos de Douglas Sirk, qu'Ozon aime tant. A laquelle renvoient ces vers de Benjamin Biolay, que l'on croirait écrits pour le film : " Ce soir, c'est au soleil que je veux m'étendre. Il m'a fallu du temps pour comprendre qu'il ne se passe rien, si l'on sait attendre... " C'est cette attente, ce rien, que filme Ozon.

  Source : Cinéma Télérama - Pierre Murat
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Festival de Cannes
 

Après Swimming Pool qui avait concouru en 2003 pour la Palme d'Or, François Ozon revient cette année sur la Croisette avec Le Temps qui Reste, présenté dans la section Un Certain Regard. Ce film met en scène les derniers mois à vivre de Romain, un photographe âgé de 30 ans, atteint d'un cancer incurable.

A l'origine de ce projet, il y a l'idée d'une trilogie sur le deuil, commencée avec le drame Sous le Sable qui abordait cette question : comment vivre la mort de l'autre ? Le Temps qui Reste pose celle de sa propre mort à soi. "Et le troisième volet, que je ferai peut-être un jour, racontera la mort d'un enfant", ajoute le cinéaste.

François Ozon évoque le personnage principal de son film : "Romain est assez égocentrique et cruel. Sa disparition va provoquer une souffrance d'autant plus violente pour son entourage qu'il n'y est pas préparé. Mais après tout, Romain n'a-t-il pas le droit de choisir comment il va mourir ? Il fait le choix d'accepter sa solitude et de ne rendre des comptes qu'à lui-même."

  Source : Festival de Cannes

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Entretien avec François Ozon
 

Pourquoi l'envie de raconter le trajet d'un jeune homme, vers la mort ?

À l'origine, il y a l'idée d'une trilogie sur le deuil, commencée avec SOUS LE SABLE, "mélodrame sec" qui posait la question de comment vivre la mort de l'autre. LE TEMPS QUI RESTE pose celle de sa propre mort à soi. Et le troisième volet, que je ferai peut-être un jour, racontera la mort d'un enfant. Dans SOUS LE SABLE, la mort est abordée sur le mode de la croyance. Dans LE TEMPS QUI RESTE, il n'y a aucune échappatoire. Le film avance en ligne droite vers la mort de Romain ...

Dans SOUS LE SABLE, la mort de l'autre apparaissait comme une chose à laquelle on ne peut pas croire ou ne veut pas croire.

Dans LE TEMPS QUI RESTE la mort est une réalité, une certitude, je ne voulais pas qu'il y ait une ambiguïté sur l'inéluctabilité de la maladie, une possibilité d'en réchapper. C'est pour ça que j'ai choisi un cancer généralisé. Et le fait que le personnage soit jeune rend la maladie encore plus inexorable. Elle ne fait l'objet d'aucun suspense ou mystère. Contrairement à SOUS LE SABLE, où la noyade de Jean n'était pas montrée, et où le corps du mort n'existait pas. Ce qui m'intéressait dans LE TEMPS QUI RESTE c'était justement le trajet du corps de Romain qui va mourir et traverser plusieurs épreuves, passer par plusieurs stades : de la colère au déni... jusqu'à l'acceptation.

On aurait pu s'attendre à ce que la maladie ne soit pas le cancer mais le SIDA ...

Je tenais à une maladie sans rémission possible et heureusement aujourd'hui on peut ne plus mourir du Sida. Par ailleurs, je ne me sens pas encore capable de faire un film sur le SIDA. Je le ferai certainement un jour,mais lorsque j'aurai plus de recul sur ce que j'ai pu vivre et observer autour de moi. LE TEMPS QUI RESTE est néanmoins empreint des angoisses que le SIDA a pu engendrer pour ma génération qui a découvert la sexualité en parallèle de la maladie et de l'idée de la mort.

Romain n'adopte pas l'attitude que l'on pourrait attendre de lui. Il n'est pas pris d'une frénésie de brûler les quelques mois qui lui restent à vivre...

Oui, c'est l'inverse des NUITS FAUVES, dont le héros déborde de vitalité et de désir. Mais personnellement je suis beaucoup plus touché par le rapport à la maladie et à la mort d'Hervé Guibert, dans son parcours littéraire mais aussi dans son très beau film LA PUDEUR OU L'IMPUDEUR. Dans mon film, je ne tenais pas à présenter un personnage qui fait des choses extraordinaires. Je voulais davantage montrer la réalité concrète de la situation : comment vit-on quand on sait que l'on va mourir ? Quelles sensations traverse-t-on, quelles décisions prend-on ? Ce n'est pas parce qu'il a ce couperet au-dessus de la tête que Romain va par exemple régler ses histoires de famille.

L'enjeu pour lui n'est pas tant de se réconcilier avec les autres qu'avec lui-même. D'une manière générale, Romain se libère du rapport à l'autre. Il est désagréable avec son petit ami, l'insulte et provoque une séparation pour l'aider à faire son deuil, le deuil symbolique d'une rupture amoureuse. Avec toute la culpabilité que cela pourra entraîner chez l'autre. L'attitude de Romain est à double tranchant. Comme Marie dans SOUS LE SABLE, il n'est pas un héros mais un être humain qui fait comme il peut face à une situation terrible.

Pourquoi ce refus de l'héroïsation ?

Peut-être pour démystifier l'idée romantique de la mort qui sanctifie. Si Romain atteint une certaine forme d'héroïsme, c'est par des voies très détournées et finalement très personnelles, qui ne concernent que sa trace à lui. Il est davantage préoccupé par ce qu'il va transmettre que par le désir d'être en paix avec les autres. Romain est un personnage assez égocentrique et cruel. Sa disparition va provoquer une souffrance d'autant plus violente pour son entourage qu'il n'y est pas préparé.

Mais après tout, Romain n'a-t-il pas le droit de choisir comment il va mourir ? Il fait le choix d'accepter sa solitude et de ne rendre des comptes qu'à lui-même. Il ne peut partager sa mort qu'avec sa grand-mère dont la vieillesse rend leur rapprochement possible. Cette scène entre Romain et sa grand-mère représente d'ailleurs pour moi le coeur du film.

Regarder sa mort en face, c'est aussi tomber sur le visage de soi enfant ...

On dit souvent que les personnes âgées redeviennent des enfants. J'ai d'ailleurs forcément repensé aux FRAISES SAUVAGES de Bergman, mais j'ai préféré montrer des moments très simples, ni extraordinaires ni significatifs. Des images d'enfance qui arrivent comme des espèces de flashs. J'ai privilégié des instants, des regards, très peu de paroles, juste une atmosphère, des sensations. Peut-être que ces images d'enfance qui hantent Romain l'aident à accepter l'enfant en lui, et donc à passer le relais.

Est-ce que vous comprenez le choix de Romain, de renoncer à faire une chimiothérapie ?

Pour moi il est évident que Romain n'a aucune chance de s'en sortir. Dans une première version du scénario, le médecin lui annonçait clairement qu'il était condamné et qu'il devait profiter de ses derniers mois à vivre, sans même essayer de se soigner. Mais quand j'ai fait lire cette scène à un grand médecin cancérologue, il m'a expliqué que déontologiquement, un médecin n'avait pas le droit de dire ça. Il doit tout le temps dire qu'il y a de l'espoir même s'il pense en son âme et conscience qu'il n'y en a pas.

J'ai donc réécrit la scène dans ce sens-là uniquement pour des raisons de crédibilité. Mais ça ne m'intéressait pas de montrer Romain en train de faire des recherches sur sa maladie pour se rendre compte qu'il n'avait aucune chance de s'en sortir. C'est un fait donné brutalement et longuement au début du film, sur lequel je ne voulais plus revenir.

Pourquoi avoir fait de Romain un photographe ?

Au départ, son rapport à la photographie est assez superficiel. Il travaille dans le milieu de la mode, c'est juste un travail de captation et de représentation. Mais la photographie acquiert une nouvelle dimension avec la perspective de sa mort annoncée. Tout d'un coup, son métier prend un autre sens. Comme si c'était prémédité, comme s'il n'y avait pas de hasard que Romain ait choisi ce travail. Comme la cinéphilie, le rapport à la photographie peut avoir quelque chose d'assez morbide. Faire des images, les développer, les garder, les collectionner, aide à agir contre le temps, à le retenir.

"Le temps qui reste" est un film assez dépouillé. Comment s'est passé le montage ?

Le montage a été long et éprouvant. La première version du scénario était assez brute et épurée, mais elle faisait peur à mes producteurs et je me suis rendu compte que pour convaincre les financiers, il fallait étoffer davantage le scénario. J'ai donc développé certaines scènes et certains personnages puis j'ai filmé ce scénario étoffé. Mais je me rends compte aujourd'hui que le film auquel je suis arrivé ressemble à cette première version de scénario. Le travail au montage a consisté à se débarrasser de ce que j'avais filmé "en plus", à faire le deuil de ce qui détournait l'attention et donnait moins de force au trajet du personnage. Au fur et à mesure, j'ai compris que plus on était focalisé sur Romain, plus le film se tenait et moins on avait besoin de choses annexes. Comme pour SOUS LE SABLE, où je suivais un personnage sans le perdre de vue. Mais ce film-là s'était fait contre tout le monde, avec peu de moyens. J'avais été obligé d'aller à l'essentiel tout de suite, de filmer sec. Je n'avais eu que cette matière à monter.

Il fallait en passer par ce montage difficile ou cela témoigne d'un dysfonctionnement du cinéma ?

Je pense tout simplement que mon luxe aujourd'hui est de pouvoir filmer "gras" pour pouvoir monter "sec". Comme je tourne vite, je prends le risque de ne pas être conscient de tous les enjeux du film et d'avancer souvent à l'instinct, en allant dans plusieurs directions à la fois. Pour SOUS LE SABLE, j'avais tourné en deux fois et donc eu le temps de savoir que Charlotte Rampling était suffisamment forte pour porter une grande part de la fiction. Pour LE TEMPS QUI RESTE, on s'est lancé d'un trait, c'était la première fois que je travaillais avec Melvil et j'avais un peu peur de m'attaquer à un personnage masculin, peur aussi qu'il ne suscite pas suffisamment l'adhésion du spectateur. Filmer plus large m'a rassuré et l'écriture s'est faite davantage au montage.

Vous êtes d'habitude plus enclin à filmer des femmes.

Les mélodrames avec des personnages masculins sont très rares, et il s'agit soit d'enfants soit de vieillards. L'émotion et l'intériorité du mélodrame sont portées le plus souvent par des femmes. Pour ce film, ça m'intéressait d'essayer de faire un vrai mélodrame au masculin, d'essayer de faire pleurer en suivant le parcours intérieur d'un jeune homme, ce qui impliquait une érotisation du comédien. Il était important que les gens tombent "amoureux" de Romain pour être en empathie et pour accepter son trajet. D'où le choix peut-être de retravailler avec Jeanne Lapoirie comme chef-opérateur. J'avais envie d'un regard féminin porté sur Melvil et d'une lumière qui mette en valeur sa beauté.

Le choix de Melvil Poupaud s'est d'emblée imposé à vous ?

J'ai toujours beaucoup aimé la présence un peu lointaine de Melvil dans les films, surtout dans CONTE D'ÉTÉ. C'est l'unique héros masculin de la série des 4 SAISONS, et Rohmer l'a filmé avec la même grâce et le même érotisme qu'il filme les jeunes filles. Je l'avais déjà rencontré en casting pour des films précédents, mais c'est quand il m'a envoyé une invitation pour la projection de ses courts métrages en vidéo, que j'ai eu une sorte de déclic. J'ai été très touché par ses films qui m'ont rappelé les films en super-8 que je faisais adolescent. Et j'ai aimé qu'il se filme depuis son enfance, qu'il ait ce lien presque naturel à la caméra.

J'ai pensé que ce rapport artisanal au cinéma était quelque chose qui pouvait nous réunir. Et effectivement, il a compris et accepté très vite ma façon de faire des films. Il s'est intégré très tôt au projet, il a suivi les différentes étapes de l'écriture et du montage. De plus en plus, je me sens proche de ces comédiens qui s'impliquent complètement. On ne fait pas le film seul mais à plusieurs et j'ai besoin de leur aide, de leur incarnation pour trouver ce que je veux raconter, les sensations que je veux transmettre. Je n'ai pas envie de travailler contre eux mais avec eux.

Et le choix de Jeanne Moreau ?

J'avais toujours rêvé de tourner avec Jeanne et c'est l'actrice française qui me manquait pour 8 FEMMES, même si elle était présente à travers le costume d'Emmanuelle Béart (référence au JOURNAL D'UNE FEMME DE CHAMBRE de Buñuel). Jeanne fait partie de ces acteurs très proches des metteurs en scène. De la même manière que Melvil, je l'ai vue très en amont pour préparer le film. Elle aime rentrer très tôt dans le rythme de création d'un film. C'est quelqu'un de très généreux dans le travail et qui a besoin de s'impliquer énormément.

Je crois qu'elle a une fascination et beaucoup de respect pour la mise en scène. Elle a beaucoup nourri le personnage, son passé. Elle donnait son avis, des idées, elle me parlait des livres qu'elle aimait. Ce fut une très belle rencontre et le lien de tendresse et de complicité qui s'est créé entre nous se reflète dans le film à travers la relation de Romain et de sa grand-mère.

Et Daniel Duval pour incarner le père de Romain ?

J'ai toujours aimé sa présence très forte à l'écran avec le regret de le voir souvent cantonné dans des rôles de voyou. J'ai eu envie de lui faire jouer un homme installé, plutôt bourgeois et intellectuel. D'où l'idée de lui faire pousser la barbe pour le transformer un peu. Il fallait que ce père, peu présent, soit charismatique, beau, et en même temps très marqué. Son visage raconte beaucoup. Comme celui de Jeanne Moreau d'ailleurs. Les personnages autour de Romain ont très peu de scènes, ils devaient donc exister fortement dans le peu de temps qu'ils ont. Ce qui est également le cas de Marie Rivière, qui comme Melvil appartient à la famille rohmérienne.

Et l'envie de retravailler avec Valeria Bruni-Tedeschi ?

Sur 5X2, ce fut une vraie rencontre et elle a suivi amicalement l'écriture du scénario du TEMPS QUI RESTE. J'ai un peu écrit le personnage de Jany en pensant à elle, mais sans lui dire. Quand elle a lu le scénario, elle l'a tout de suite aimé. Elle était très émue par son naturel, sa naïveté et sa simplicité. Il lui faisait penser à Shirley Mac Laine dans COMME UN TORRENT.

Et le choix de l'acteur allemand Christian Sengewald pour jouer Sasha, l'amant de Romain ?

On a finalement peu l'habitude de voir des couples homosexuels au cinéma et les gens se sentent vite agressés ou dérangés. Si l'acteur est trop beau, on dit que c'est un cliché. S'il est laid, on dit que ce n'est pas crédible... Je voulais que l'amant de Romain ait une étrangeté, une beauté pas forcément évidente, qui fasse écho à l'activité de photographe de Romain, à son goût pour quelqu'un de différent et de physiquement intriguant. Christian, je l'avais vu dans une pièce de théâtre en Allemagne et j'avais aimé sa présence, sa texture de peau, son côté enfantin et préraphaélite. De plus le fait qu'il soit étranger amenait une certaine naïveté au personnage, il ne se rend pas vraiment compte que Romain va très mal.

Et le choix de la musique ?

Je suis allé vers une musique très épurée, avec des consonances religieuses, Arvo Part, Silvestrov. Au départ, il n'y a quasiment pas de musique, elle est juste là pour souligner les moments d'enfance. Mais elle envahit le film au fur et à mesure que Romain se réconcilie avec le monde. Le parcours de Romain a forcément des allures de chemin de croix. C'est d'ailleurs dans une église qu'il a des réminiscences de sa propre identité sexuelle. Il me semblait que Romain devait se confronter à la croyance, à l'au-delà, à toutes ces questions métaphysiques qu'on se pose dans une telle situation.

C'est la première fois que vous filmez en Scope ...

Ça peut paraître étrange d'avoir utilisé le Scope pour un sujet aussi intime mais c'est le cadre idéal pour filmer l'horizon, la position allongée, la mort. Ça m'a obligé à cadrer différemment, à raconter autrement. Souvent en Scope, il faut être très serré, ou bien très large. Les plans américains fonctionnent peu. Et puis, on a très peu de profondeur de champs. J'ai découvert en jouant sur des changements de point que l'on pouvait créer des intensités dramatiques, auxquelles je ne m'attendais pas. Comme dans la scène du parc avec la soeur au téléphone. Ça m'a permis aussi d'être beaucoup plus près des acteurs. Très vite, je suis rentré dans leurs visages, les yeux prenaient plus de valeur.

Romain est un personnage qui s'ouvre au monde de manière assez abstraite. Non pas en rompant sa solitude et en allant vers quelqu'un en particulier mais en acceptant de faire partie du monde, comme sur la plage ...

Je voulais qu’à la fin Romain tombe dans un anonymat total. Quand il se retrouve sur cette plage au milieu des corps plein de vie et de joie des vacanciers, cela produit un contraste visuel, auquel je tenais particulièrement. Je me suis souvent demandé face aux gens allongés sur les plages : "Tiens, s'il y en avait un qui ne se relevait pas ? S'il ne dormait pas, s'il ne se faisait pas bronzer, mais s'il était mort...?" C'est l'une des images que j'avais en tête avant d'écrire : ce corps seul le soir, alors que tout le monde est rentré chez soi et que la marrée monte.

Quelqu'un qu'on oublie sur la plage. Je pourrais presque dire que c'est pour ce plan-là que j'ai eu envie de faire le film. Je ne savais pas exactement ce que cela signifiait, je savais juste que cela renverrait à une acceptation des choses. Romain ne crée pas de mise en scène autour de sa mort, il s'abandonne.

La plage est un lieu récurrent dans vos films ...

Une plage permet d'être dans l'ordre de l'intemporel, d'arriver vers une forme d'abstraction et d'épure. Ce sont des choses que j'avais déjà travaillées dans des films précédents mais j'avais envie de revenir sur l'idée du coucher de soleil, que les gens avaient pris de manière très ironique dans 5X2. Il ne l'était pas pour moi, mais je comprends qu'il puisse l'être pour certains. Dans LE TEMPS QUI RESTE, je voulais qu'il n'y ait aucune ambiguïté.

  Source : http://www.francois-ozon.com/francais/entretiens/le-temps-qui-reste.html

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