Les Vivants Peuvent-ils épouser
Les Morts ?
La légende de la Mariée Morte et du malheureux
jeune homme qu'elle ravit et entraîne sous terre à
la veille de ses noces appartient au folklore russe. Imprégnée
de romantisme macabre, cette histoire stimula l'imagination
de Tim Burton, qui a consacré une décennie à
la porter à l'écran, sous la forme d'un long
métrage d'animation "image par image". Les
Noces Funèbres a été réalisé
par Mike Johnson et Tim Burton et produit par Burton et Allison
Abbate, sur un scénario de John August, Caroline Thompson
et Pamela Pettler.
L'Etrange Noel De Monsieur Jack d'Henry Selick fut en 1993
la première expérience de Burton dans le domaine
du "stop-motion" (animation en volume, image par
image).
Tim Burton : "C'est
l'aspect tactile de cette forme d'expression que j'apprécie
le plus. C'est formidable de pouvoir toucher et déplacer
les personnages au sein d'un monde tangible. On se croirait
presque sur le plateau d'un film en prises de vues réelles,
sensation que l'on n'éprouve jamais devant un fond
bleu, par exemple.
"Après L'Etrange Noel De Monsieur Jack, je recherchais
un sujet qui me permettrait d'aller plus avant dans cette
voie. C'est alors qu'un ami m'a fait lire l'extrait d'un vieux
conte russe, qui m'a semblé se prêter à
merveille à cette forme d'art si particulière."
Allison Abbate (Productrice)
: "Les Noces Funèbres est une histoire extraordinairement
habile et originale où l'on retrouve l'esthétique
et l'humour noir de Tim Burton, au travers d'une série
de personnages hautement bizarres. Mais ce qui m'a le plus
attirée dans ce scénario, c'est l'émotion
que dégageait cette si belle histoire."
Tim Burton a créé au fil des ans une œuvre
ouverte, d'une grande richesse, en s'appuyant sur des intrigues,
des personnages et des moyens d'expression très divers.
Au-delà de cet éclectisme de surface, des films
comme Charlie Et La Chocolaterie, Big Fish, La PlanÈte
Des Singes, Sleepy Hollow, Mars Attacks!, Ed Wood, L'Etrange
Noel De Monsieur Jack, Batman, Edward Aux Mains D'Argent ou
Beetlejuice portent tous sa griffe inimitable. Drôles
et poignants, terrifiants et émouvants, originaux et
inventifs, ils procèdent d'une sensibilité unique
et lui appartiennent en propre.
Mike Johnson (Coréalisateur)
: "Tim a donné une seconde vie au stop-motion.
L'Etrange Noel De Monsieur Jack a révélé
au grand public les charmes si particuliers de cette forme
d'expression que l'ordinateur ne saurait émuler. On
doit à l'intérêt et à la passion
de Tim de pouvoir lancer aujourd'hui ces projets de grande
ampleur."
Tim Burton : "Mike
a une réelle affinité avec cet art, dont peu
de gens comprennent vraiment les processus. C'est très
difficile de collaborer avec ceux qui sont étrangers
à ce petit monde."
Allison Abbate : "J'avais
travaillé avec Mike sur L'Etrange Noel De Monsieur
Jack. Il a une passion pour ce genre d'animation, qui demande
un sens aigu du détail et un énorme investissement
physique. Mike a été un fervent inspirateur
pour notre groupe qu'il a guidé tout au long d'une
tâche herculéenne. Il faut un talent particulier
pour stimuler ainsi toute une équipe et garder la haute
main sur les évolutions de centaines de marionnettes,
réparties simultanément sur 26 plateaux."
Une Tragique Histoire D'Amour,
De Passion Et De Meurtre
La brillante distribution de Les Noces Funèbres rassemble,
entre autres talents, Johnny Depp (dans le rôle de Victor),
Helena Bonham Carter (la Mariée Morte) et Emily Watson
(Victoria). Johnny Depp ne s'était pas encore essayé
à l'animation, mais son admiration pour Tim Burton
est bien connue. Les Noces Funèbres marque la cinquième
étape de leur fructueuse collaboration après
Edward Aux Mains D'Argent, Ed Wood, Sleepy Hollow et Charlie
Et La Chocolaterie.
Tim Burton : "Chaque
fois que je travaille avec Johnny Depp, je découvre
quelqu'un de différent. Johnny est bien plus occupé
à devenir le personnage qu'à cultiver son image.
Je trouve très stimulant, surtout chez un artiste que
le grand public perçoit comme faisant partie des "Most
Beautiful People". Johnny est disposé à
prendre des risques. Chacune de nos expériences communes
a été différente de la précédente
- et meilleure. C'est merveilleux de fréquenter des
gens comme lui, avec qui l'on peut communiquer de façon
quasi subconsciente."
Le malheureux Victor Van Dort est un rêveur maladivement
timide, que ses parents nouveaux riches ont décidé
de marier à une jeune femme qu'il n'a jamais rencontrée.
La promise, Victoria Everglot (Emily Watson), est une adorable
créature, incurablement romantique qui désespère
de jamais trouver l'âme sœur… jusqu'au jour
où elle rencontre Victor.
Emily Watson : "Victoria
semble, de prime abord, être une jeune fille très
bien élevée, assez coincée. Ses parents,
aristocrates désargentés, veulent la marier
pour des raisons purement vénales. Cela pourrait tourner
à la catastrophe, compte tenu du gouffre qui sépare
les Van Dort des Everglot, mais Victor et Victoria vont très
bien ensemble, et forment un petit couple assez touchant.
Car, aussi inconcevable que cela puisse paraître, Victoria
a découvert en Victor un homme encore plus timide qu'elle!
Tout baigne donc, jusqu'à ce que la Mariée Morte
enlève Victor."
Helena Bonham Carter prête sa voix à cette créature
en mal d'amour, décédée durant sa nuit
de noces, et qui attend désespérément
un époux au Pays des Morts.
Helena Bonham Carter
: "C'est une femme pour qui le temps s'est arrêté.
Son éternelle jeunesse est un cruel paradoxe chez quelqu'un
dont le corps s'est dégradé à ce point.
Il y a chez la Mariée une authentique forme d'innocence
et de pureté. Elle espère sincèrement
que Victor l'aimera et lui passera ses "petites"
imperfections - par exemple, le fait qu'elle n'est plus en
vie!"
Entraîné de force au royaume des ombres, Victor
découvre, contre toute attente, que la vie y est bien
plus amusante que dans sa sinistre bourgade et sa triste famille.
Il n'en reste pas moins déterminé à rejoindre
à tout prix Victoria, sa seule source de bonheur sur
Terre. Le prix en question sera lourd : en partant, Victor
brisera à jamais le cœur de la Mariée Morte.
Helena Bonham Carter
: "En général, le spectateur accueille
sans surprise la résolution d'un tel dilemme. Mais
il n'y a ni méchant ni victime prédestinée
dans cette histoire, et nos trois personnages sont aussi sympathiques
l'un que l'autre. On aimerait tant que Victor puisse vivre
heureux avec ces deux femmes. On est aussi déchiré
que lui."
Emily Watson : "C'est
l'histoire d'une passion, traitée de façon étrange
et légèrement tordue. Cela s'apparente à
un récit d'outre-tombe, mais avec des personnages drôles
plus grands que nature, et une grande délicatesse de
touche, une réelle pureté."
Albert Finney interprète Finnis Everglot, le père
pompeux de Victoria, et Joanna Lumley, Maudeline, son impitoyable
mère. Les parents, tout aussi haïssables, de Victor,
l'insupportable Nell Van Dort, et son rustre de mari, William,
sont interprétés par Tracy Ullman et Paul Whitehouse.
Christopher Lee prête sa voix à l'austère
Pasteur Galswells.
Complice de longue date de Tim Burton, le musicien Danny
Elfman est la voix du chat Bonejangles, leader du groupe Skeleton
qui anime les chaudes soirées du Ball and Socket Pub.
Elfman a également composé la musique et signé
les quatre chansons du film. Les Noces Funèbres marque
sa douzième collaboration avec Tim Burton.
Un Cœur Peut-il Se Briser
Après Avoir Cessé De Battre ?
e stop-motion est un art singulier, reposant sur l'utilisation
de décors "en dur", de marionnettes, qui
faut vêtir, coiffer et éclairer avec autant de
soin que des acteurs de chair et de sang. La manipulation
est d'une extrême délicatesse, l'écart
entre deux positions étant de l'ordre du millimètre,
voire du demi-millimètre.
Chaque position est photographiée le temps d'une seule
image. L'animateur retourne ensuite au personnage, lui imprime
un mouvement millimétrique, fixe l'image suivante,
etc. Le processus exige une patience et une minutie rares.
Le rendement est dérisoire : à la fin d'une
journée de travail, une équipe n'aura guère
engrangé qu'une à deux secondes utiles.
On gagnera du temps en dupliquant les décors et les
marionnettes et en répartissant la tâche entre
plusieurs équipes. Le problème sera alors de
coordonner et harmoniser leur apport. C'est la responsabilité
du réalisateur.
Mike Johnson : "L'un
de nos principaux challenges fut précisément
d'assurer l'unité stylistique et visuelle du film,
en veillant à ce que l'apport de chaque plateau se
fonde dans un ensemble harmonieux. Idéalement, il faudrait
n'affecter à chaque personnage q'un seul animateur,
mais l'abondance et la complexité des plans nous ont
obligés à répartir le travail entre une
multitude d'intervenants. D'où un effort particulier
pour aboutir à un look et un traitement cohérents.
Tout cela serait terriblement fastidieux si notre équipe
n'était composée de passionnés."
Le projet commença à prendre forme avec une
série de dessins de Tim Burton, inspirés par
la lecture du conte russe et les images qu'elle avait fait
surgir en lui. Burton apporta ensuite ces croquis au "dessinateur
personnages" Carlos Grangel, qui se chargea de les étoffer.
Tim Burton : "Carlos a très finement capté
les intentions et le feeling de ces croquis, qui étaient
parfois des plus sommaires. Il leur a donné de l'ampleur
et, pour ainsi dire, du "coffre"".
Le script final fut livré aux story-boarders qui
dessinèrent le film plan par plan, avec des propositions
de cadrages et une interprétation des émotions
et expressions des personnages.
Vinrent ensuite les séances d'enregistrement. Antérieures
à l'animation, celles-ci ont un rôle déterminant
dans la caractérisation des personnages.
Mike Johnson : "Une
bonne interprétation résulte en fait d'une conjonction
de talents. En prêtant sa voix au personnage, l'acteur
en définit l'essence. Mais ce n'est encore que la moitié
du travail, car il faut maintenant que l'animateur fasse "jouer"
la marionnette, lui invente les gestes et mimiques qui se
marieront à cette prestation vocale."
Les story-boards sont ensuite sonorisés à l'aide
des enregistrements vocaux. L'équipe dispose dès
lors d'une maquette audiovisuelle précise, définissant
la tonalité générale du film. La fabrication
des décors et des marionnettes peut commencer.
Les illustres créateurs de marionnettes Mackinnon
et Saunders furent chargés de donner vie aux multiples
personnages - vivants et morts - du film. Le processus commence
par la fabrication d'une armature métallique : le squelette
de la marionnette. Celle-ci confère au personnage sa
structure et garantit également sa stabilité.
Elle doit se prêter à une grande diversité
de poses et mouvements.
Tim Burton : "Mackinnon
et Saunders font un travail magnifique, et ils se sont encore
surpassés sur Les Noces Funèbres. Leurs marionnettes
sont d'une vérité criante, elles sont sensibles,
subtiles et richement texturées. Les animateurs ont
besoin de cela pour donner le maximum de relief et de vitalité
aux personnages."
Mackinnon et Saunders innovèrent plusieurs techniques
révolutionnaires à l'occasion de ce tournage.
La "peau" des marionnettes est ici un alliage de
mousse et de silicone qui garde sa souplesse et ses couleurs
même après des mois de manipulation sous des
lumières intenses. La durée de vie de la marionnette
en est considérablement allongée.
Mais l'innovation la plus significative du tandem concerne
l'animation des visages. Jadis, on employait à chaque
image une nouvelle de "tête de remplacement",
porteuse d'un léger et subtil changement d'expression
- par exemple un sourire de plus en plus franc et ouvert au
gré de la série. Au final, l'enchaînement
des prises de vues créait l'illusion d'un changement
complet. Le procédé (employé notamment
sur L'Etrange Noel De Monsieur Jack) était efficace,
mais il limitait la gamme des expressions.
L'innovation de Mackinnon et Saunders consista à placer
dans la tête de la marionnette un mécanisme extrêmement
élaboré, manipulable via divers orifices, et
qui autorisant une bien plus grande diversité de mimiques,
expressions et émotions. "Grâce à
ces incroyables mécanismes, les marionnettes fonctionnent
désormais comme des êtres vivants", s'enthousiasme
Burton.
Pour héberger cette machinerie de haute précision,
il fallait des marionnettes d'environ 30 centimètres
de haut - taille largement supérieure à celle
des modèles classiques -, impliquant du même
coup des décors "surdimensionnés".
Mais, en mettant ceux-ci à l'échelle exacte
des personnages, on risquait de voir certains bâtiments…
sortir du cadre. Pour résoudre ce problème,
on traita la partie supérieure de ces hauts immeubles
en trompe-l'œil, les étages inférieurs
étant seuls conformes à l'échelle des
personnages.
Nathan Lowry (Directeur
artistique) : "Le stop-motion a pu longtemps se
contenter de moyens très modestes : il suffisait de
disposer d'un garage, voire d'une simple table de cuisine.
NOCES FUNÈBREES se situe sur un autre plan. C'est une
production épique, avec des structures qui s'élèvent
parfois jusqu'à 5 mètres et atteignent 8 à
10 mètres de profondeur. Il a fallu bâtir une
masse phénoménale de ces décors - sans
doute le double ou le triple d'une production animée
classique."
Par leurs dimensions inusitées, ces décors
compliquaient l'accès des animateurs à leurs
marionnettes. Le plus souvent, les manipulateurs se dissimulaient
sous le plateau, et y remontaient par une trappe le temps
d'actionner la marionnette pour l'image suivante, avant de
regagner leur abri, d'observer le résultat sur un moniteur,
de capter l'image, etc.
Dans un film d'animation "en volume", l'environnement
est créé de A à Z.
Nathan Lowry : "C'est
tout un monde auquel il nous faut donner vie : extérieurs,
intérieurs, costumes, véhicules, accessoires…
Et pour faire "vrai", l'ensemble doit posséder
une réelle unité stylistique."
Cette forme particulière d'animation impose d'autres
contraintes, que le profane ne soupçonne guère.
Par exemple, tous les accessoires qui figurent à l'écran
doivent être lestés, de manière à
rester en place au fil des innombrables interventions des
animateurs. Un déplacement, même infime, serait
immédiatement perceptible à la projection et
ruinerait des heures de travail.
Certains effets, qu'on croirait "simples", sont
en réalité l'aboutissement d'un long et difficile
processus. Ainsi, pour faire onduler au vent la robe et le
voile de la Mariée et donner à cette gaze diaphane
toute sa légèreté, on y introduisit un
fin réseau de câbles, quasi invisibles, manipulés
avec la plus extrême délicatesse. La mise au
point de cet effet nécessita plusieurs mois de travail,
mais le résultat final est à couper le souffle.
Le glamour et le mystère qui imprègnent de
telles scènes nécessitent des éclairages
soigneusement étudiés.
Le chef opérateur Peter Kozachik décrit ainsi
son approche : "Je respecte marionnettes autant que des
acteurs vivants. J'essaie de mettre en avant leurs atouts
naturels et de masquer leurs éventuels défauts.
Par exemple, le visage un peu plat de Victoria prohibait certains
effets ; il ne pouvait être éclairé comme
celui de la Mariée."
Pour la première apparition de la Morte, Kozachik
procéda en deux temps : "Lorsque la Mariée
sort de terre et se dresse devant un Victor pétrifié,
nous jouons à fond la "touche terreur", avec
des éclairages crus qui font penser à certaines
couvertures de comics macabres. Puis la Mariée soulève
délicatement son voile, laissant apparaître son
beau visage. La touche glamour prend alors le relais, moyennant
un recours généreux aux vieilles astuces qui
permettaient d'embellir les actrices dans les années
trente et quarante : filtres, mini-projecteurs pour faire
briller l'œil, etc."
S'Ennuyer En Haut Ou S'éclater
En Bas ?
Les Noces Funèbres se déroule dans deux univers
hautement contrastés : le morose et sinistre Pays des
Vivants, qui ne mérite vraiment pas son nom, et le
joyeux et trépidant Pays des Morts.
Alex Mcdowell (Chef décorateur)
: "Le look du film découle d'une plaisante inversion.
Au Pays des vivants règnent la grisaille, l'ennui et
la tristesse. Les gens se traînent comme s'il n'y avait
plus en eux la moindre trace d'espoir, la plus petite étincelle
de vie. En revanche, le Pays des Morts est peuplé d'hommes
et de femmes bourrés de pep, qui s'amusent comme des
petits fous. Le premier de ces univers est gris et austère
; le second est anarchique, chaotique et haut en couleur."
Bien que l'intrigue se déroule dans un village de
l'ère victorienne, ses racines slaves incitèrent
McDowell à mélanger divers styles :
"Par souci d'originalité, j'ai fait s'entrechoquer
des éléments assez disparates, allant de l'architecture
victorienne classique aux architecture d'Europe Centrale -
tchèque et polonaise notamment."
Nonobstant sa "grisaille", le Monde des Vivants
affiche une grande diversité de couleurs, dont le traitement
"pastel" rappelle les daguerréotypes et plaques
photographiques de l'ère victorienne.
Nathan Lowry : "Le
Pays des Morts est un monde fou, très lumineux, une
symphonie de couleurs vives. Nos chers disparus, libérés
des contraintes de la vie sur terre, peuvent enfin s'amuser,
boire, faire la fête, se livrer à toutes sortes
de plaisanteries, se vêtir ou se loger comme bon leur
semble…"
Le Pays des Morts se présente comme l'image en miroir,
déformée, de celui des Vivants. À la
noble statue équestre de la place du village répond
ainsi, sous terre, celle… d'un squelette chevauchant
un cheval tout aussi squelettique. Les bâtiments souterrains,
répliques plus ou moins dégradées de
ceux de la ville, apparaissent pourtant plus vivants et plus
colorés que ces derniers.
Alex Mcdowell : "C'est
un peu comme si les couleurs d'en haut" s'étaient
infiltrées sous terre pour aller se répandre
sur ces ruines et en doter les contours squelettiques d'une
nouvelle "peau"".
L'équipe puisa une bonne part de son inspiration dans
l'architecture ultra-baroque de Gaudi. "Nous étions
en quête d'un look original et excitant qui se démarquerait
des représentations habituelles. Le Pays des Morts
a quelque chose d'étrange et d'inquiétant, mais
il excite l'envie et la curiosité par son côté
fun et conte de fées."
Les bâtiments reflètent aussi les caractéristiques
physiques de leurs occupants : certains sont petits avec des
formes lourdes, d'autres sont grands et minces. "Ces
correspondances visuelles atténuent la bizarrerie des
personnages et légitiment en quelque sorte leur look",
explique Lowry.
La photo renforce également le contraste des deux
Mondes.
Peter Kozachik : "Tim
avait posé certaines règles de base : le Pays
des Morts ne devait à aucun moment évoquer l'enfer,
ce qui excluait notamment d'employer le rouge ou l'orange.
Les scènes du Pays des Vivants sont légèrement
statiques, filmées avec un petit nombre d'objectifs,
en privilégiant les angles droits. Il ne s'y passe
rien de très dramatique, l'impression de sagesse prédomine.
Au Pays des Morts, tout va joyeusement "de travers",
et la lumière provient des sources les plus inattendues.
On se croirait volontiers dans un opéra."
Les Noces Funèbres innove par l'usage de la caméra
numérique qui permit aux animateurs de découvrir
en durée réelle les résultats de leurs
efforts et autorisa des mouvements d'appareil d'une grande
souplesse. Ces caméras de petite taille, d'une grande
maniabilité, pouvaient approcher les marionnettes de
très près et en rendre apparents les plus petits
détails. Enfin, le motion-control conférait
à la prise de vue tout le réalisme et toute
la fluidité de l'image "live".
Mike Johnson : "Certains
craignaient que l'ordinateur et le numérique ne sonnent
le glas du stop-motion. C'est le contraire qui s'est produit
: ils sont en train d'enrichir et de faire progresser cet
art."
Alex Mcdowell : "Les
gens croient encore que l'animation image par image se solde
par une technique rudimentaire. Mais lorsque quelqu'un comme
Tim est à la barre, il mobilise toutes les ressources
de cet art et lui fait accomplir des prodiges. Ces marionnettes
sont à elles seules des miracles d'ingénierie.
Tim fait avancer cette forme d'expression, et c'est très
gratifiant d'être associé à son travail."
Et Tim Burton de conclure
: "C'est merveilleux de voir mes croquis aboutir à
cette incroyable création. Les marionnettes, les accessoires
et les décors sont tous extraordinaires, le travail
de chacun a dépassé toutes mes espérances.
Les Noces Funèbres est l'une des plus belles entreprises
artistiques à laquelle j'aie jamais participé."
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