Ciné-club éducatif & culturel de Mons (CCEC)
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Good night, and good luck. de George Clooney
   
Titre original Good Night, and Good Luck.
Réalisation George Clooney
Scénario George Clooney & Grant Heslov
Interprétation David Strathairn, George Clooney, Robert Downey Jr., Jeff Daniels, Patricia Clarkson, Frank Langella, Ray Wise, Tate Donovan, Rose Abdoo, Alex Borstein, Robert John, urke, Tom McCarthy, Matt Ross, Reed Diamond, Grant Heslov, ...
Photographie Robert Elswit
Pays U.S.A.
Année 2005
Durée 1h 33min.
Genre Drame historique
Producteur(s) Grant Heslov
Site officiel  
Scoops  
 
 
 
La projection aura lieu à IMAGIX - Mons - Salle 12 - Plan d'accès
Projection le jeudi 23 mars 2006
Le film est projeté en version originale anglaise sous-titrée en français
Le film est projeté sans entracte ni publicité
Les séances :
 
  • 17h00 et 20h00 avec présentation et feuillet sur les films à chaque séance
  • 14h30 et 22h30 sans présentation et feuillet sur les films à chaque séance
 
 

En 1953, la télévision était encore une affaire de pionniers, et Edward R. Murrow l’un de ses plus célèbres présentateurs. Son émission captivait l’Amérique en présentant des sujets d’actualité et des interviews sur un ton incroyablement novateur. La vie du pays était alors perturbée par la chasse politique que le sénateur McCarthy menait contre les sympathisants communistes. Jouant sur la peur de l’URSS, l’homme s’acharnait sur tous ceux qui pouvaient, selon lui, avoir un comportement "anti-américain".

Une atmosphère de suspicion planait sur les institutions, et les condamnations arbitraires s’accumulaient. Révolté par les méthodes scandaleuses de McCarthy, Murrow décida de réagir. Dans cette bataille, il jeta sa crédibilité et toute la puissance d’un média déjà prometteur. Pour la première fois, un homme de télévision allait servir à faire éclater la vérité...

 
 
Award de la meilleure photographie décerné à Robert Elswit aux Boston Society of Film Critics Awards 2005
Screen International Award décerné à George Clooney aux European Film Awards 2005
Award de la meilleure photographie décerné à Robert Elswit aux Los Angeles Film Critics Association Awards 2005
Award du meilleur film au National Board of Review 2005
Award du meilleur scénario original décerné àGeorge Clooney & Grant Heslov aux Online Film Critics Society Awards 2006
Stanley Kramer Award décerné à Grant Heslov aux PGA Golden Laurel Awards 2006
Award du meilleur scénario original décerné à George Clooney & Grant Heslov au San Francisco Film Critics Circle 2005
Satellite Awards 2005
 
  • Award de la meilleure réalisation & production artistique décerné à James D. Bissell
  • Award du meilleur scénario original décerné àGeorge Clooney & Grant Heslov
  • Special Achievement Award décerné à George Clooney
Festival de venise (Biennale) 2005
 
  • FIPRESCI Prize décerné à George Clooney
  • Coquillage d'Or décerné à George Clooney & Grant Heslov
  • Human Rights Film Network Award avec mention spéciale décerné à George Clooney
  • Pasinetti Award décerné à George Clooney
  • Coupe Volpi décernée à David Strathairn
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PTB - Vinciane Convens
 

Georges Clooney à contre-courant? Célèbre pour sa participation à la série "Urgences", l'acteur-réalisateur signe un grand film sur les médias et la chasse aux sorcières.

"Good night, and good luck" retrace habilement l'histoire d'un journaliste qui refuse de se laisser emporter par la tristement célèbre chasse aux sorcières des années 50 aux Etats-Unis.

"La télévision ne doit pas servir à divertir, amuser ou isoler. Elle doit éduquer. Sinon ce ne sont que des câbles et des couleurs dans une boîte." C'est ainsi qu'Edward R. Murrow, présentateur télé de la CBS, envisage le nouveau média des années 50. Le journaliste dénonce le pouvoir de l'argent à la télé et répond ainsi adroitement à une théorie fort à la mode aujourd'hui: "si la télé montre des programmes de qualité médiocre, c'est parce que c'est ce que les gens attendent."

Faux dit-il, c'est parce qu'elle est le résultat d'investissements de grandes compagnies qui n'ont pas forcément intérêt à faire réfléchir les gens. Forts de cette conception et d'un esprit critique aiguisé, le journaliste et son producteur contribueront à la chute du sénateur McCarthy, à l'origine de la chasse aux sorcières, tristement célèbre dans l'histoire des Etats-Unis.

Georges Clooney, réalisateur du film, maîtrise admirablement son récit. Filmé en noir et blanc, le film intègre des images d'archives du sénateur McCarthy qui menait depuis le début des années 50 une campagne visant à débarrasser l'administration et les médias des éléments "antiaméricains", c'est-à-dire suspects de sympathies communistes.

L'atmosphère est pesante, tout en suspicion, comme elle l'était à l'époque et comme elle l'est aujourd'hui. Parce que personne n'est dupe: en choisissant de retracer l'histoire d'un journaliste courageux, honnête et intègre qui refuse la parodie de démocratie de l'époque, Clooney raconte aussi les Etats-Unis de Bush aujourd'hui. Il suggère habilement que l'attitude à avoir, dans un pays dominé par la peur du "terrorisme" et la pensée unique, est celle de la résistance.

Edward Murrow n'était pas un communiste. Célèbre pour ses émissions radiophoniques durant la seconde guerre mondiale, les historiens le considèrent comme l'une des plus grandes figures du journalisme. En 1953, Murrow prend simplement ses responsabilités. Malgré l'opposition de certains dirigeants de CBS, il fait une émission sur les attaques de McCarthy, déclenchant de violentes répliques du sénateur et l'entraînant du même coup, lui et son équipe de journalistes dans une lutte sans merci contre les abus et mensonges du sénateur du Wisconsin.

L'acteur-réalisateur Clooney, dont le père a lui-même été présentateur de télévision pendant plus de 30 ans, reconnaît avoir été touché dans sa jeunesse par Murrow, ce journaliste d'investigation. "C'est l'un des rares cas, sûrement le plus emblématique, où la télévision a réussi à renverser l'opinion des gens face à une politique de manipulation", a-t-il précisé.

Un nouveau projet ambitieux et engagé attend aujourd'hui George Clooney. L'Américain réalisera un remake de "Network", une critique du petit écran signée Sidney Lumet en 1976. "Network", récompensé par quatre Oscars en 1977, s'intéresse au combat d'une rédaction face à la perte croissante d'influence du journalisme devant le divertissement et le pouvoir de l'argent au mileu des années 1970. A suivre de près.

  Source : http://www.ptb.be
   
Voir - Michel Defoy
 

Good Night, and Good Luck, de George Clooney, rappelle brillamment comment le petit écran, à ses débuts, a pu exercer une prise ferme et directe sur le monde. Document à la fois actuel et incisif.

Début des années 50. La télévision a encore le biberon au bec. Elle ne mettra pas de temps à voir ses premières dents percer. Tête de proue de l'émission d'affaires publiques See It Now, Edward R. Murrow déclare la guerre au sénateur Joseph McCarthy. Ce dernier, parti à la chasse aux vilains communistes, se défend tant bien que mal de mener une campagne de peur. Murrow et ses collègues continuent de gratter, accumulent les preuves. McCarthy est finalement forcé d'admettre qu'il a abusé de son autorité.

Cette victoire éclatante assoit la réputation de Murrow. Aujourd'hui méconnu, l'homme incarne bien l'idéal type d'une espèce en voie de disparition. Pour George Clooney, dont le père a œuvré comme chef d'antenne pendant 30 ans, le journaliste de la CBS est un véritable dieu.

Le comédien et réalisateur de Confessions of a Dangerous Mind caressait depuis déjà longtemps l'idée de faire de Murrow le sujet d'un film. Il pensait même interpréter le rôle lui-même. S'il a plutôt choisi de se glisser dans la peau du producteur Fred Friendly, ami et fidèle collaborateur de Murrow, c'est que Clooney a finalement trouvé plus fort que lui.

Faisant preuve d'une intensité de tous les instants, David Strathairn n'a pas volé le prix d'interprétation masculine qu'on lui a attribué à Venise. Chaque fois que le comédien ouvre la bouche, on sent que des paroles pesées et graves vont jaillir. Imposante performance. Film de beaucoup de mots, Good Night... a pour moteur le discours plutôt que l'image. Et quel moteur, vrombissant, puissant. Le scénario, resserré, sabre dans le superflu pour aller droit au but. À 90 minutes, l'exercice est compact.

Compact et élégant. Le soin accordé à la plastique, non négligeable, se vérifie dans cette photo noir et blanc (choisie pour un maximum de réalisme), à laquelle s'ajoutent des archives d'époque extrêmement fortes (le discours défensif de McCarthy est mémorable). Empreint d'une remarquable pertinence, le propos développé trouve un écho dans l'actualité, quelque 50 ans plus tard. Cette résonance troublante rend nostalgique de l'époque où le quatrième pouvoir pouvait faire véritablement bouger les choses.

  Source : http://www.voir.ca
   
Showbizz - Véronique Juneau
 

Good Night, and Good Luck met en lumière l’intégrité et le professionnalisme de Edward R. Murrow, l’une des figures de proue du journalisme américain, durant cette sombre période de l’histoire des États-Unis désignée sous le nom de Maccarthisme.

De 1950 à 1956, le sénateur Joseph McCathy a provoqué l’hystérie collective et plongé la nation dans la paranoïa en procédant à des vagues d’arrestations massives de gens soupçonnés de sympathie communiste. S’élevant contre la dictature de la pensée unique, Murrow a d’abord osé questionner la légitimité de cette "chasse aux sorcières", avant de récuser publiquement les méthodes du sénateur, dans une émission d’information, See it Now, qu’il animait sur les ondes du réseau CBS, et qu’il concluait toujours avec cette célèbre phrase: "Good night, and good luck ".

La star George Clooney revient donc sur une notion fondamentale: le respect de la liberté d’expression, avec ce long-métrage aux qualités artistiques indéniables. Les nombreux documents d’archives insérés de manière judicieuse ajoutent une valeur supplémentaire à ce drame biographique dont la part documentaire est fascinante.

Privilégiant un noir et le blanc particulièrement élégant, Clooney fait preuve d’une grande rigueur artistique. Ce procédé permet d’ailleurs de retrouver la texture des films issus des années ici évoquées. Une réalisation toute en retenue, marquée par un rythme lent, renvoie au cinéma d’auteurs. Les fans de productions commerciales s’y perdront probablement.

Clooney découvre très progressivement des protagonistes cernés de nuages de fumée en favorisant les silences et l’utilisation du hors champs, et propose une bande sonore jazzée en parfait accord avec l’ambiance générale, qui n’est pas sans rappeler certaines œuvres passées de Woody Allen.

Alternant entre le rôle de réalisateur et celui d’acteur, Clooney profite de ce véhicule pour faire partager son inquiétude vis-à-vis toute restriction de droits civils par un gouvernement sous prétexte de sécurité nationale.

Le discours de Murrow, prononcé avec énormément d’aplomb par un David Stathairn au sommet de sa forme, résonne fortement à nos oreilles. Surtout ces jours-ci, alors que plusieurs, aux Etats-Unis, disent payer le prix de leur opposition à la guerre en Irak.

Il est vrai que Clooney s’en prend aussi, et ce de manière à peine voilée, à la vision interventionniste du président américain. Les éditoriaux de Murrow se font l’écho des inquiétudes sociales de Clooney. Mais Good Night, and Good Luck met d’abord en exergue les principes fondamentaux associés à la notion de démocratie.

Et quand bien même qu’elle serait légèrement teintée de cynisme et de complaisance, la démarche de l’acteur demeure fondée sur la liberté d’expression. On ne peut ainsi qu’applaudir ce fervent plaidoyer pour la tolérance, et reconnaître la pertinence d’une critique portée au passage contre l’utilisation niaise faite par certains réseaux de cet instrument qu’est la télévision.

  Source : http://www.showbizz.net
   
Clap - S.B-H.
 

Bien qu´il apparaisse en justicier dans ce second opus de George Clooney (Confessions d´un homme dangereux), l´histoire des médias retient d´Edward R. Murrow un communicateur pratiquant un journalisme libre hors de portée de la censure et des pressions politiques.

Largué par les commanditaires, il paiera sa droiture d´une rétrogradation de son émission à une heure d´écoute moins convoitée. En pleine guerre froide, dénoncer les dérapages du tribunal hargneux du sénateur du Wisconsin était une geste de dissidence antipatriotique. Cela dit, l´effet "héroïsant" produit par GOOD NIGHT, AND GOOD LUCK., s´expliquant par le recul face aux événements rapportés, n´atténue en rien la pertinence de ce portrait flatteur, à juste titre, d´un homme probe n´ayant pas fléchi face aux tentatives de bâillon.

Le film, son sujet et sa production sont ainsi autant de pieds de nez à la pensée unique. En produisant, écrivant et réalisant ce film en marge des impératifs hollywoodiens (avec un budget de tournage de 7 millions de dollars) -, Clooney, alias le gentleman cambrioleur de Ocean Twelve, aura dit non artistiquement à la mainmise des grands studios en signant un pamphlet de contenu stylisé.

Grâce à l´indépendance de son auteur, GOOD NIGHT... gagne un supplément de cohérence salutaire. Critiquant en filigrane la politique ultra-interventionniste de George W. Bush au Moyen-Orient, son huis clos questionne sur la culture intrinsèque du parti républicain essuyant les excès d´un McCarthy haï, en fin de mandat, par un Eisenhower cautionnant les écoutes téléphoniques illégales dont se délectait J. Edgar Hoover, directeur du FBI.

Au coeur de ce noeud de vipères, Murrow se dépêtrait pour diffuser des reportages honnêtes. L´atmosphère de suspicion, Clooney l´aura recréée ainsi que la fébrilité d´un studio "sous surveillance" dans ce qui prend la tournure d´un "thriller d´État" servi par des acteurs persuasifs - pragmatique David Strathairn en Murrow et fielleux Joseph McCarthy dans son propre rôle par l´entremise d´images d´archives -, avec une mise en scène nerveuse et une photographie en noir et blanc somptueuse. (S.B-H.)

  Source : http://www.clap.qc.ca
   
24 heures - Jean-philippe Bernard
 

Une œuvre d’une honnêteté rare Le populaire acteur américain confirme qu’il est bien plus qu’une icône plaisante du septième art en réalisant avec tact et sobriété une chronique pertinente de l’information télévisée à l’époque du maccarthysme. Le film humble d’un gentleman.

C'est un instant fugace voué, on l'espère, à l'éternité du septième art. L'image en noir et blanc restitue l'un de ces cocktails mondains dont l'Amérique de la fin des fifties avait le secret. Lentement, au milieu des volutes de fumée, les langues se délient, les coupes tintent, tandis que la voix de Dianne Reeves frôle une rythmique boisée, se laisse caresser par un piano ardent avant de monter au ciel de la manière la plus élégante qui soit. La caméra, grisée par l'atmosphère, filme les personnages centraux de l'intrigue qui va se dérouler sous nos yeux.

Et puis, soudain, sans que cela paraisse intentionnel, George Clooney traverse le cadre en apesanteur. Brusquement la fièvre monte, le temps suspend son vol et l'on comprend que, même s'il ne tient pas le rôle vedette de Good Night, and Good Luck., son nouveau film, Georgi est l'un de ces rares acteurs capables en moins de trois secondes de faire frissonner la pellicule. La nature a doté l'homme d'une classe naturelle qui illumine le moindre plan. Même lorsqu'il émet le souhait de rentrer dans le rang, son charisme hors norme éclabousse l'image déjà fort "classieuse".

Et pourtant, on l'a dit, Clooney ne débarque pas ici en roulant les mécaniques à la manière de son copain Brad Pitt. Good Night, and Good Luck., sa seconde réalisation, est même l'un des ouvrages les plus humbles et les plus honnêtes du moment. Grâce à la notoriété qui est la sienne, l'acteur préféré de ces dames a pu tourner cette chronique de l'information télévisée à l'époque (début des années cinquante) durant laquelle sévissait Joseph McCarthy, le redoutable sénateur du Wisconsin. L'ouvrage, qui refuse la surenchère sans pour autant perdre de son intensité, raconte l'histoire d'Edward R. Murrow, célèbre présentateur d'un des premiers magazines d'information produits par la chaîne CBS (See It Now).

Témoin plus qu'attentif de la chasse aux sorcières entreprise par McCarthy et ses sbires, Murrow va sortir de sa réserve, enquêter de manière rigoureuse et finalement confondre le politicien réactionnaire devant des millions de téléspectateurs. Sans user du moindre artifice qui lui permettrait de gonfler le suspense, Clooney tire de l'oubli un pionnier de l'information capable, sans exaltation inutile, d'influer sur le cours des choses. En cinéaste totalement concentré sur son ouvrage, il laisse le rôle en or de Murrow à un acteur moins connu du grand public, David Strathaim, et se contente d'incarner Fred Friendly, un complice du présentateur à l'intérieur de la rédaction de CBS.

S'il met tant de soin à retranscrire la vérité, c'est que le sujet de Good Night, and Good Luck. hante Clooney depuis fort longtemps. Enfant, l'acteur a souvent entendu son père, un démocrate du Sud, vanter les mérites de Murrow et dénoncer la politique républicaine et l'injustice sous toutes ses formes. Lorsqu'ils étaient invités à manger par des connaissances de leurs parents, Clooney et sa sœur se dépêchaient, une fois passés à table, d'ingurgiter le plus de nourriture possible, car ils savaient que, une fois que leur géniteur avait fini de balancer ses vérités, un lourd silence tombait sur l'assemblée et annonçait l'heure du repli.

C'est en souvenir de ce papa passionné que l'acteur a choisi de s'éloigner des sentiers balisés sur lesquels il a forgé son destin de star hollywoodienne glamour. Avant d'aller l'applaudir dans Syriana, un thriller d'espionnage mis en scène par Stephen Gaghan (à voir sur les écrans romands dès le 22 février) dans lequel il promène une silhouette volontairement empâtée, on saluera donc sans réserve ce bel acte de bravoure. A 45 ans, âge de raison, Clooney confirme ainsi que derrière les beaux gosses révélés par les feuilletons télévisés se cachent parfois des artistes rares dotés de cette noblesse de cœur qui fait trop souvent défaut aux gigolos surpayés.

  Source : http://www.24heures.ch
   
Imedias - Julien Thomas
 

Pour sa deuxième réalisation, George Clooney signe un film résolument de gauche, captivant tant grâce à son scénario qu'à ses interprètes, David Strathairn en tête.

Si le quatrième pouvoir, les médias, est nécessaire, le cinéma engagé l'est tout autant. Si l'action de "Good night and good luck." se déroule dans les années 50, la seconde réalisation de George Clooney trouve un écho dans l'Amérique de George W. Bush, un président qui n'hésite pas à jouer avec les peurs des citoyens. Au début des années 50, la peur se focalisait sur les communistes. Les " rouges " étaient traqués par la commission des affaires anti-américaines, instaurée par le sénateur Joseph McCarthy. Edward R. Murrow, présentateur d'une émission d'actualité sur CBS, "See It Now", fut le premier à oser dénoncer, avec son équipe, les agissements de McCarthy.

Afin de rendre mieux compte de la réalité, George Clooney a eu recours à de vraies images du sénateur McCarthy (ce qui explique l'utilisation du noir et blanc) et a écrit, aidé de Grant Heslov, les dialogues à partir d'archives. L'ambiance d'une rédaction dans les années 50 est parfaitement retranscrite à l'écran : enfumée, lieu de joutes verbales, de tension...

Pamphlet politique

Grâce à un timing et un montage impeccables, ainsi qu'une mise en scène captivante (plans serrés sur les visages d'une rare intensité), l'on se retrouve plongé dans la tourmente déclenchée par Edward R. Murrow et son équipe. Le présentateur vedette de CBS est interprété avec une justesse étourdissante par David Strathairn, logiquement récompensé par le prix du Meilleur Acteur lors de la 62ème Mostra de Venise. Les autres comédiens, notamment George Clooney et Robert Downey Jr., incarnent tous avec brio des personnages charismatiques.
George Clooney, fils d'un présentateur de télévision et ancien étudiant en journalisme, a fait un film sensé, prenant et d'une logique implacable. "Good night and good luck." ressort donc comme un manifeste pour la liberté de la presse et un pamphlet politique d'une rare force. George Clooney s'impose comme un réalisateur sur lequel on doit désormais compter.

  Source : http://www.imedias.biz
   
Voir - Michel Defoy
 

Télé-réalité

Good Night, and Good Luck de George Clooney: un film puissant dont le sujet demeure brûlant d'actualité. Good Night, and Good Luck, de George Clooney, rappelle brillamment comment le petit écran, à ses débuts, a pu exercer une prise ferme et directe sur le monde. Document à la fois actuel et incisif.

Début des années 50. La télévision a encore le biberon au bec. Elle ne mettra pas de temps à voir ses premières dents percer. Tête de proue de l'émission d'affaires publiques See It Now, Edward R. Murrow déclare la guerre au sénateur Joseph McCarthy. Ce dernier, parti à la chasse aux vilains communistes, se défend tant bien que mal de mener une campagne de peur. Murrow et ses collègues continuent de gratter, accumulent les preuves. McCarthy est finalement forcé d'admettre qu'il a abusé de son autorité.

Cette victoire éclatante assoit la réputation de Murrow. Aujourd'hui méconnu, l'homme incarne bien l'idéal type d'une espèce en voie de disparition. Pour George Clooney, dont le père a œuvré comme chef d'antenne pendant 30 ans, le journaliste de la CBS est un véritable dieu.

Le comédien et réalisateur de Confessions of a Dangerous Mind caressait depuis déjà longtemps l'idée de faire de Murrow le sujet d'un film. Il pensait même interpréter le rôle lui-même. S'il a plutôt choisi de se glisser dans la peau du producteur Fred Friendly, ami et fidèle collaborateur de Murrow, c'est que Clooney a finalement trouvé plus fort que lui.

Faisant preuve d'une intensité de tous les instants, David Strathairn n'a pas volé le prix d'interprétation masculine qu'on lui a attribué à Venise. Chaque fois que le comédien ouvre la bouche, on sent que des paroles pesées et graves vont jaillir. Imposante performance.

Film de beaucoup de mots, Good Night... a pour moteur le discours plutôt que l'image. Et quel moteur, vrombissant, puissant. Le scénario, resserré, sabre dans le superflu pour aller droit au but. À 90 minutes, l'exercice est compact. Compact et élégant. Le soin accordé à la plastique, non négligeable, se vérifie dans cette photo noir et blanc (choisie pour un maximum de réalisme), à laquelle s'ajoutent des archives d'époque extrêmement fortes (le discours défensif de McCarthy est mémorable).

Empreint d'une remarquable pertinence, le propos développé trouve un écho dans l'actualité, quelque 50 ans plus tard. Cette résonance troublante rend nostalgique de l'époque où le quatrième pouvoir pouvait faire véritablement bouger les choses.

  Source : http://www.voir.ca
   
Protestants - Corine Eugène
 

Dès la première séquence le réalisateur nous plonge dans l’ambiance des années 50 en ouvrant son film en noir et blanc sur une soirée de gala aux personnalités portant smokings et robes du soir, chignon banane impeccable et collier de perles éclatant. C’est un des rares plans larges du film car le parti pris de Clooney est d’utiliser ensuite les mêmes valeurs de plans très serrés de la télévision de cette époque.

Puis nous revenons 4 ans en arrière pour comprendre l’importance de cette soirée : la mise à l’honneur d’une équipe de 6 journalistes qui a bravé, dans son émission d’actualité télévisée See it know, le sénateur McCarthy dans sa chasse au communisme. Le vrai journalisme d’investigation battait alors son plein et un homme, Edward R. Murrow a osé dresser un réquisitoire en direct contre cette"chasse aux sorcières" qui tournait à l’inquisition et à la délation familiale.

La force du discours est appuyée d’une part par la frontalité des gros plans de David Strathairn dans le rôle de Murrow (absolument remarquable) qui parle souvent face caméra et d’autre part par son impassibilité car il n’esquisse jamais aucun sourire mais termine immanquablement sa prestation par un très appuyé"good night and good luck " teinté d’une touche de snobisme, une cigarette fumante à la main.

La force de conviction du personnage est également accentuée par une photographie irréprochable et des gros plans éclairés façon Harcourt. De plus l’astuce d’utiliser uniquement des images d’archives pour les discours du sénateur McCarthy et une musique de blues qui nous berce, nous rapproche encore d’avantage de cette époque.

Chez CBS, la salle de rédaction transformée en studios de télévision, ne permettait pas de filmer le décor et l’équipe de cette émission travaillait avec les moyens du bord et dans la promiscuité les pieds dans les machines et le nez sur les boutons de contrôle. Cette longue et dense réflexion que constitue le film ne manque pas de nous renvoyer aux conditions de confort matériel des journalistes de télévision d’aujourd’hui et surtout à la"sincérité" de leur propos politiquement correct. "Bonjour et quelle malchance "

  Source : http://www.protestants.org
   
Cyberpresse - Gilles Carignan
 

Good Night, and Good Luck : le courage de ses idéaux

Avec un budget modeste (8 millions $), Clooney a su imprégner l’écran de l’atmosphère des salles de nouvelles de l’époque, lieu que le film ne quitte presque jamais. La reconstitution est minutieuse, la mise en scène ingénieuse et le montage laisse de l’espace pour respirer, digérer, réfléchir.

C’est la télévision qui a mis au monde George Clooney comme acteur (E.R.). Et c’est la télévision — comme sujet — qui le consacre pleinement en tant que réalisateur, avec Good Night, and Good Luck, un pamphlet politique et journalistique ardent, percutant.

Lui-même fils d’un journaliste télé, Clooney avait déjà égratigné le médium dans son premier film, Confessions d’un homme dangereux, portrait d’un visionnaire schizo. Cette fois, pas de voile loufoque et tordu devant le sujet : Clooney l’attaque de front, dans un drame fort, cité six fois aux Oscars, qui incarne bien le renouveau du film politique à Hollywood, dans la tradition des années 70.

Le plus hallucinant dans Good Night..., retour sur une page forte du journalisme des années 50, est de constater qu’en changeant à peine quelques noms, la totalité des répliques et des situations s’applique à nos temps présents, à l’exception peut-être des pubs procigarettes ! Pertinent, donc, y compris le verdict que pose d’entrée de jeu sur la télé Edward R. Murrow, héros des salles de nouvelles de l’époque et mentor du père de Clooney.

Que disait au fond Murrow ? Que la télé pourrait être une formidable fenêtre d’inspiration, d’apprentissage et d’illumination si ceux qui la dirigent s’en donnaient la peine. Or, dictature des cotes d’écoute oblige, la télé est plutôt une boîte à divertir, à amuser, à aliéner, à isoler, et à remplir les poches des actionnaires. La télé a en horreur les sujets trop dérangeants. Bref — on résume —, la télé n’éveille pas, elle endort.

Idéaliste, ce Murrow ? Absolument. Et c’est fort de cet idéal, d’une foi certaine envers le pouvoir du médium, et surtout des responsabilités qui viennent avec ce pouvoir, qu’il a mené ses combats dans les années 50 sur les ondes de CBS, s’attaquant à plus gros que lui, le sénateur Joseph McCarthy, impénitent chasseur de communistes, dont le journaliste s’est appliqué à démonter les méthodes, au nom du respect des droits civils des Américains.

Notoriété

Murrow (génial David Strathairn) possédait un atout : sa notoriété, qui lui a valu l’appui du producteur de son émission d’affaires publiques, See It Now (Clooney), voire du grand patron de CBS (impeccable Frank Langella). Du moins au départ. Car tous savaient sur quel terrain glissant ils mettaient les pieds en s’attaquant au pouvoir. Les commanditaires (Alcoa) furent les premiers à se dissocier. Les pressions politiques suivirent, jusqu’à la dénonciation en direct à la télé de McCarthy, qui pour se défendre, a cherché à salir la réputation de Murrow, en le présentant comme un traître.

Vrai qu’en ces temps de paranoïa collective — climat qui renvoie à l’Amérique post-11 septembre actuelle —, il était facile de s’attaquer au sens patriotique de ceux qui osaient défier Washington, en guerre après tout contre le péril rouge. C’est précisément le point que cherche à défendre Murrow, et par le fait même Clooney lui-même, attaqué pour ses positions sur l’Irak : diverger d’opinions, ce n’est pas être déloyal, critiquer le pouvoir américain, ce n’est pas être antiaméricain.

Clooney ne dépoussière pas l’histoire innocemment. Good Night, and Good Luck est une réplique à Bush et aux dérives domestiques de sa guerre au terrorisme, où la raison d’État a tendance à prendre le dessus sur les droits civiques. Dans ce contexte, le film en appelle à des médias responsables, moins frileux, ceux dont rêvaient Murrow et son groupe.

Devoir journalistique

Fameux personnage que ce Murrow, homme de peu de sourire, fumeur insatiable, à la parole sèche, débitée avec sang-froid et conviction, lui-même un peu tiraillé entre ses obligations con-tractuelles (animer une émission d’entrevues avec des vedettes d’Hollywood) et son sens du devoir journalistique. Fameux film qu’en tire Clooney, qui ne cache pas son admiration envers cet homme qui avait le courage de ses idéaux.

Admiration ne signifie pas toutefois ici complaisance béate. Good Night, and Good Luck prend parti (pour la liberté de presse et l’info pertinente), sans noircir indûment l’ennemi, politicien de toute façon déjà déboulonné. McCarthy n’apparaît dans le film que par l’entremise d’archives.

Fameux film, Good Night, and Good Luck l’est au-delà de son sujet, adressé avec intelligence. Il l’est aussi dans son projet esthétique. Clooney, avec un budget modeste (8 millions $), a su imprégner l’écran de l’atmosphère des salles de nouvelles de l’époque, lieu que le film ne quitte presque jamais. Le magnifique noir et blanc du directeur photo Robert Elswit (Magnolia, Syriana) sert admirablement le réalisme du portrait, comme la manière de filmer, qui crée le sentiment d’être assis parmi ces journalistes.

La reconstitution est minutieuse, la mise en scène ingénieuse et le montage laisse de l’espace pour respirer, digérer, réfléchir. Clooney est aussi un excellent directeur d’acteurs (tous brillent à l’écran). Et également, un auteur intelligent : il signe lui-même le scénario du film, avec le producteur Grant Heslov. Un scénario bavard, au ton archisérieux, mais que le cinéaste sait rendre séduisant, sans compromettre la rigueur de sa démarche.

N’est-ce pas là l’une des belles leçons du film, leçon rehaussée par son succès en Amérique ? À savoir que ce n’est pas parce qu’on s’adresse à l’intelligence du spectateur qu’on va l’ennuyer. Courez voir Good Night, and Good Luck.

  Source : http://www.cyberpresse.ca
   
Cahiers du cinema - Charlotte Garson
 

En 1958, cela fait déjà quelques années qu’Ed Murrow (David Strathairn) a été mis au placard par son patron de CBS, casé dans la plage horaire du dimanche après-midi. La raison ? Creusant le renvoi injustifié de l’armée de l’air d’un certain Milo Radulovitch à cause des opinions politiques supposées de son père, Murrow s’en est pris à McCarthy en 1953 dans son émission politique See It Now. Comme lui, et un peu grâce à lui, McCarthy a fini au placard, et ce soir de 1958, la profession honore Murrow. En lieu et place des remerciements attendus, le voilà qui débite, fumée de cigarette aux naseaux, une diatribe sévère contre la télévision, qui " nous divertit, nous trompe, nous appauvrit et nous isole".

On s’en serait douté : Good Night, and Good Luck joue du bord à bord historique entre l’hier de son univers fifties en noir et blanc enfumé et l’aujourd’hui du Patriot Act. La parabole a valeur d’exemple, de rappel par l’histoire qu’une télévision des Lumières, "instrument d’enseignement" appelé de ses voeux par Murrow, serait encore possible. Début et fin de Good Night enchâssent les événements de 1953 dans un écrin commémoratif qui feint de redoubler la forme elle-même héroïsante du biopic. Le dispositif est bien sûr didactique : le recul d’alors, de cinq ans seulement, fonctionne comme une chambre d’écho à l’Amérique de 2005. Mais dans la mécanique formelle de Good Night, l’hommage mondain de 1958, sourires, conversations et rots repus des convives montés en mickeymousing sur un fond de jazz, fait l’effet d’un écran de fumée. Aussi sec au micro que dans le poste, Murrow se dresse de toute sa raideur contre cette chaleur confraternelle.

Que George Clooney, démocrate déclaré, y aille de sa fiction de gauche durant le trop long règne de Bush comme Moore, Greenwald ou Karel y sont allés de leur film-dossier, n’a certes rien de bien remarquable ; que la vedette d’Urgences situe son histoire dans son médium "natal", où de surcroît officiait son père comme présentateur de JT, non plus. On serait même tenté de penser que Clooney et son coscénariste Grant Heslov épousent l’axiome voltairien qui préside à la stratégie de Murrow ("Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites mais je me battrai pour que vous puissiez le dire"). Le présentateur de CBS n’a-t-il pas défendu l’un de ses amis socialistes en soulignant leurs divergences ? N’a-t-il pas signé sans moufter la déclaration de non-communisme soumise par la chaîne à tous ses collaborateurs sous peine de licenciement ? N’a-t-il pas accepté que sa bataille contre McCarthy passe par une purge interne, faute de quoi l’équipe éditoriale de See It Now eût été discréditée ? Son pragmatisme s’approche de celui d’Abraham Lincoln chez Ford. Dans Vers sa destinée, Lincoln empêche le lynchage de deux suspects, non en clamant leur innocence mais en promettant aux lyncheurs la peine de mort, pourvu que soit respecté le due process, garant de la civilisation.

Mais Clooney problématise le centrisme de Murrow, au point d’y ancrer son entreprise modeste mais précise : la subversion du biographic picture. A cela, Good Night s’applique avec une concentration qui lui doit un montage ultra-serré, une brièveté de comète, un dégraissage systématique des bourrelets romanesques qui masqueraient la thèse sous des atours criards. L’idée est moins de fabriquer un petit héros du petit écran (modeste, bien mis, bosseur) que de faire fictionner le moment où, par le seul usage des images d’actualités, Murrow a démonté une figure nationale en voie d’héroïsation.

Ce choix du retrait implique le rôle secondaire que s’attribue à l’écran le réalisateur vedette George Clooney (celui de l’assistant de Murrow). Ce choix se retrouve dans le jeu de David Strathairn, qui vise moins à incarner Murrow qu’à le désigner. Il le vide de ses humeurs, de ses affects, de toute anecdote, à la limite, il le cite. Le professionnalisme extrême du janséniste du tube cathodique contamine le scénario, coupe l’herbe sous le pied du récit.Le montage rase de près les dialogues, tension un peu facilement relâchée par des intermèdes musicaux. Il y a évidemment chez Clooney une jubilation à s’inscrire dans la lignée des films de presse américains en s’en tenant à une quasi-unité de lieu, un studio de télévision et ses bureaux attenants.L’épaisse fumée de cigarette matérialise le processus alchimique par lequel Murrow, piochant presque par désoeuvrement dans un entrefilet du Detroit News, dévie le principe dicté par son patron : "On ne fait pas l’info, on la rapporte. "

Good Night subordonne même sa chiche part de romance à une réflexion sur le secret en temps de paranoïa généralisée. Prenez les époux Wershba (Robert Downey Jr et Patricia Clarkson), collaborateurs de See It Now. Persuadés qu’ils parviennent à cacher leur mariage (interdit par CBC entre ses employés), ils ôtent leurs alliances le matin, roucoulent comme des pigeons traqués près du distributeur d’eau. La comédie du remariage qu’ils jouent pour eux-mêmes les aide surtout à neutraliser imaginairement le danger de leurs prises de position politiques dans une clandestinité enfantine.Au " on ne sait jamais", principe exponentiel de la chasse aux sorcières, répond, rythmiquement dispersé dans les séquences de Good Night, le "tout le monde sait " du secret de Polichinelle Wershba.

Le dégraissage scénaristique culmine dans le refus de faire jouer Joseph McCarthy par un acteur. Puisque Murrow orchestre son attaque à partir des seules bandes tournées au Comité des activité anti-américaines (" On montrera la chaise vide de McCarthy"), Good Night doit relever le gant. D’où la nécessité du noir et blanc pour tout le film, loin de toute coquetterie vintage : il faut que la fiction dialogue au présent avec les archives. On n’a pas choisi au hasard la référence à Young Mister Lincoln de Ford : le meilleur biopic de l’histoire du cinéma transcende l’alternative héroïsme/anti-héroïsme pour interroger la possibilité d’une démocratie désirable [1]. Sur les notes de la chanson "TV is the thing this year", enregistrée dans les studios de CBS pendant que Murrow prépare son attaque, Good Night, and Good Luck propose, en même temps qu’un antidote à l’instrumentalisation du grand écran par le docu-coup de poing, le versant jazzy et enfumé de l’utopie rossellinienne : faire tenir un énorme désir de démocratie dans un petit poste de télé.

  Source : http://www.cahiersducinema.com
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Un fait historique

Dans les années cinquante, deux événements majeurs apparemment sans lien entre eux vont se donner un rendez-vous historique, pour nous offrir un spectaculaire exemple de courage. D'un côté : le journalisme télévisé, une discipline toute jeune dont Edward R. Murrow est un modèle d'inventivité et d'intégrité. De l'autre : Joseph McCarthy, un politicien extrémiste qui, pour accaparer toujours plus de pouvoir, n'hésite pas à jouer sur les peurs de ses concitoyens en lançant une chasse aux sorcières. Face aux excès, il faudra tout l'engagement de Murrow pour affronter le pouvoir et révéler au grand public son véritable visage.

Informer quel qu'en soit le prix

Pour George Clooney, coscénariste et réalisateur de GOODNIGHT, AND GOOD LUCK., l'histoire de Murrow est emblématique et méritait d'être racontée. Clooney a toujours été proche de ce personnage, d'abord parce que dans sa propre famille - son père a été présentateur de télévision pendant plus de trente ans - Murrow a toujours été présenté comme un modèle de ce que doit être un journaliste d'investigation.

Depuis des années, George Clooney cherchait à raconter cette histoire d'une manière ou d'une autre. Il a d'abord envisagé un téléfilm, puis une émission commémorative, mais rien ne put aboutir, ce qui fut rétrospectivement une chance. En fin de compte, Clooney et Grant Heslov - coscénariste, producteur et interprète de Don Hewitt - décidèrent que le sujet serait mieux valorisé dans un film. Pour eux, le cœur du sujet reposait sur la période des années cinquante, la chasse aux sorcières, et les affrontements entre Murrow et McCarthy. Le courage d'un journaliste face à un intouchable du pouvoir était en soi un fantastique sujet, surtout si l'histoire était rigoureusement authentique.

La politique du pire

Dans les années cinquante, la guerre froide battait son plein. Pour l'Amérique, l'ennemi désigné était l'URSS et ses alliés. Le communisme était pointé comme une doctrine dangereuse, par opposition au libéralisme prôné par les Etats-Unis. Dans ce climat, le sénateur du Wisconsin, Joseph McCarthy, développa une théorie selon laquelle tous ceux qui, aux Etats-Unis, avaient des liens ou même seulement des sympathies pour le parti communiste devenaient suspects d'être anti-américains. A ce titre, ils devenaient dangereux et devaient être écartés de tous les postes stratégiques ou sensibles. McCarthy décréta sa propre liste de postes stratégiques, qui entre autres, englobait les préparatrices de repas dans les crèches, susceptibles d'empoisonner les petits Américains...

Obsédé par les " infiltrations " communistes au sein des instances officielles américaines, McCarthy lança une véritable chasse aux sorcières. De 1950 à 1954, Joseph McCarthy dirigea la toute-puissante Commission des affaires anti-américaines. Enquêtes arbitraires, dénonciations et condamnations installèrent un climat de suspicion dans tout le pays.

En 1953, un pilote de l'armée, Milo Radulovich, fut renvoyé au prétexte qu'il représentait un risque pour la sécurité de la nation. Déclaré coupable sans procès, on lui demanda en plus de dénoncer son père et sa sœur comme sympathisants communistes, ce qu'il refusa. Ce fut ce cas qui révolta Edward R. Murrow, alors présentateur d'une émission d'actualités sur CBS, " See It Now ", et le décida à réagir.

Le maccarthysme provoquera de nombreuses évictions et mises à l'écart, souvent infamantes, dont celles de Philip Jessup, ambassadeur à l'ONU, du général Marshall, de Robert Oppenheimer, renvoyé de la Commission de l'énergie atomique, mais aussi de plus de 200 personnalités de Hollywood dont Charlie Chaplin, qui s'exilera en Europe en 1952. Au total, ce seront plus de 11 500 révocations ou renvois qui seront pratiqués, auxquels on doit ajouter plus de 12 000 démissions.

L'affrontement télévisé entre Murrow et McCarthy marquera un sévère coup à sa politique, et il sera finalement censuré et blâmé par le sénat le 2 décembre 1954 par 67 voix contre 22. Il mourra trois ans plus tard d'une cirrhose.

Un duel pour la vérité

George Clooney explique : " Il n'était pas question pour moi de faire un film à la gloire de Murrow. Faire cela aurait tout simplement diminué la portée de ce qu'il a accompli. Pour rendre justice à ce qu'il avait osé, il suffisait de traduire la réalité le plus fidèlement possible. Je voulais restituer le contexte et montrer l'importance de son action, contre le pouvoir et même contre sa hiérarchie. Son action a aussi prouvé de façon spectaculaire que la télévision peut faire basculer les opinions, et c'est là un point essentiel à mes yeux. La manipulation des masses est possible par ce média, on s'en rend compte tous les jours mais cette fois-là, elle a été un vecteur de vérité. C'est l'un des rares cas, sûrement le plus emblématique, où la télévision a réussi à renverser l'opinion des gens face à une politique de manipulation. "

Offrant un remarquable écho aux propos de Clooney, Dan Rather, présentateur légendaire qui, comme Murrow, officiait sur CBS, a déclaré au mois de juin qu'il fallait prendre garde à l'indépendance des médias, que les politiques cherchaient de plus en plus à contrôler...

George Clooney reprend : " Edward R. Murrow n'était pas un idéaliste. C'était un homme honnête qui faisait son travail d'information sans compromis. Il croyait à sa fonction, à sa mission. Les agissements de McCarthy l'ont poussé à réagir et il n'a pas lâché le morceau. Alors que la direction de CBS a fait pression pour qu'il ne s'attaque pas à McCarthy, Murrow, soutenu par ses proches et par son producteur, a tenu bon.

Il était tellement convaincu de la nécessité de révéler les pratiques douteuses du sénateur qu'il a lui-même pris en charge la baisse des recettes publicitaires que ce sujet dangereux engendrait autour de son émission. Au final, il aura tout assumé avec son équipe. Après son fameux duel avec McCarthy, même si les opinions ont changé et que l'histoire lui a finalement donné raison, Murrow a quand même vu son émission reléguée à une heure de moins grande écoute. Il a payé le prix fort pour son engagement. Aujourd'hui, seuls quelques journalistes se souviennent encore de son nom, et je trouve cela injuste parce que sans lui, nous aurions tous certainement subi McCarthy beaucoup plus longtemps. Par les temps qui courent, c'est plus que jamais le moment de s'en souvenir... "

Informer, désinformer...

George Clooney confie : " Aujourd'hui, malgré la multiplication des médias et des moyens d'information, nous sommes beaucoup moins bien informés qu'il y a seulement quinze ans. Trop souvent, l'information est devenue un business, il n'est plus question de faire savoir, mais de vendre. Et puis les gens ne lisent plus, ils n'écoutent plus. On les noie avec une telle masse d'informations qu'il est devenu impossible de faire le tri. Comment faire la différence entre la pub, la propagande, la manipulation et l'information ? Il y a tellement de canaux différents que chacun choisit celui qui lui ressemble, sans aller écouter ailleurs d'autres avis qui pourraient le faire réfléchir et peut-être évoluer. On ne cherche plus le moyen de s'informer dans les médias, mais le moyen de conforter ce que nous croyons déjà. C'est une situation critique."

George Clooney se souvient : " Il est impossible de nier l'héritage journalistique de Murrow. Mon père s'en est inspiré, et il nous l'a transmis à ma sœur et à moi. Avec ce genre d'individu, il était possible d'apprendre, de découvrir, y compris ce qui n'était pas facile à entendre. Murrow constituait une vraie source d'information. Mon père aussi, à sa façon. J'ai grandi dans le sud des Etats-Unis et nous étions souvent à des dîners où les gens ne savaient rien ni de la condition des Noirs ni de celle des Mexicains. Mon père ne se privait jamais de les éclairer. Avec ma sœur, nous avions pris l'habitude de manger le plus vite possible parce qu'en général, mon père disait ce qu'il avait à dire, se levait et nous partions ! Nous n'avons pu finir notre repas normalement qu'une seule fois ! J'étais fier que mon père soit celui qui l'ouvrait quand tout le monde voulait qu'on la ferme. C'est assez sain ! "

Incarner pour raconter

Lors des premiers développements du projet, George Clooney songea naturellement à incarner lui-même Edward R. Murrow, mais ses fonctions de scénariste et de réalisateur sur un film au budget limité lui demandaient déjà beaucoup d'énergie... La rencontre avec David Strathairn acheva de le convaincre. George Clooney explique : " Nous savions que David était un grand comédien, mais il nous a quand même surpris. A la seconde où il était dans la peau de Murrow, il se transformait littéralement, il devenait comme habité par son esprit. Mon expérience de comédien m'a conduit à en côtoyer beaucoup, et je peux vous dire que je n'ai jamais vu quelqu'un donner une telle intensité à son rôle."

Clooney poursuit : " Murrow avait souvent l'allure de quelqu'un qui porte tout le poids du monde sur ses épaules, et David Strathairn incarne cela à la perfection. Il a saisi l'essence du personnage." David Strathairn commente : " Pouvoir jouer quelqu'un comme Murrow est une opportunité extraordinaire. Ce qu'il y a de plus frappant en étudiant sa personnalité, c'est qu'il n'a jamais eu la volonté ou l'impression d'agir de façon héroïque ou même très courageuse. Il s'est contenté de faire ce qu'il croyait en son âme et conscience, sans jamais renoncer.

"Avec son producteur, Fred Friendly, Murrow formait un tandem très soudé et très complémentaire. Je trouve que George Clooney et Grant Heslov sont un peu comme eux ! Rien ne les arrête et ils savent motiver leur équipe. Par moments, sur le film, nous étions un peu comme dans la salle de rédaction de CBS ! " Le parallèle va d'ailleurs encore plus loin, puisque pour faire le film, George Clooney a lui-même été obligé de gager une partie de sa fortune afin de boucler le financement ...

La fièvre de l'instant où tout se joue

Afin de restituer le climat et de respecter les protagonistes de cette aventure, Clooney et Heslov ont décidé d'utiliser les textes écrits par les gens de l'époque. En allant plus loin dans ce souci de réalisme et en innovant par rapport à ce qui se fait habituellement, Clooney décida même d'incorporer de vraies images de McCarthy. Des images d'époque ont ainsi été incluses dans le film, ne laissant à personne d'autre le soin de jouer le redoutable sénateur du Wisconsin.

Heslov commente : " D'une certaine façon, c'était une solution obligée parce que si un acteur, aussi bon soit-il, avait joué les textes, les discours et les interventions avec la même hargne que le vrai, tout le monde aurait jugé qu'il surjouait et en faisait trop ! En utilisant les vraies images de ses interventions, nous respections son éloquence et ses propos sans rien manipuler."

David Strathairn se souvient : " Le fait de jouer des personnages ayant existé vous met déjà une sacrée pression mais là, en plus, certains des protagonistes de l'affaire étaient sur le plateau. Mila Radulovich était présente, les deux fils de Fred Friendly et l'une de ses femmes également, et nous avions aussi Joe et Shirley Wershba. Ce genre de présence vous galvanise et vous donne envie de faire votre travail à la perfection ! "

George Clooney intervient : " Puisque nous avions tellement de gens qui avaient connu les faits, nous leur avons toujours demandé leur avis sur ce que nous faisions. Eux seuls pouvaient nous garantir que nous étions rigoureux. Nous n'arrêtions pas de leur poser des questions et de leur soumettre des éléments. C'est une chance extraordinaire de les avoir eus. " Afin de respecter l'époque et le type d'images réalisées à ce moment-là, l'équipe a décidé de tourner en noir et blanc. L'esthétique du film y gagne aussi, et cela a permis d'être cohérent avec les images diffusées dans les années cinquante.

George Clooney raconte : " Le fait de réaliser en noir et blanc nous a aussi facilité la tâche sur un point essentiel. Dans le film, Joe Wershba est joué par Robert Downey Jr. Dans toutes les images d'actualité authentiques, nous avons effacé le vrai Joe et nous l'avons remplacé par une incrustation de Robert." Robert Downey Jr. intervient : " C'était vraiment passionnant à jouer. J'ai eu la chance de pouvoir discuter avec le vrai Joe Wershba. Il m'a dit une chose essentielle pour me guider : " N'oublie pas, mon garçon : nous étions des passionnés, nous adorions ce que nous faisions et nous n'hésitions pas à rentrer dans le tas !"

Recréer l'époque

Pour les besoins du film, c'est toute la salle de rédaction et le plateau de l'émission " See It Now " qui ont été reconstitués. George Clooney explique : " Nous voulions que tout sonne vrai. James Bissell, le chef décorateur, a fait un travail remarquable. En franchissant les portes du plateau, c'était comme si nous faisions un véritable bond dans le temps. Des feuilles de service aux caméras, des meubles aux projecteurs, tout était d'époque.

Nous voulions donner l'impression d'un endroit grouillant de monde où il y avait toujours quelque chose en train de se faire, et dans l'urgence. D'un point de vue pratique, nous n'avions pas un très gros budget sur ce film et James a eu l'excellente idée de placer de grands miroirs derrière les décors, ce qui multipliait la profondeur et les mouvements. Du coup, notre studio avait l'air immense !"

George Clooney poursuit : " L'un des éléments d'ambiance que nous voulions à tout prix restituer était l'effervescence du plateau et la pression qui naissait du direct. Les émissions n'étaient pas aussi policées qu'actuellement et les gens étaient passionnés. Ils n'hésitaient pas à parler en même temps, en se coupant la parole. Il y avait quelque chose du combat. Nous avons voulu rendre cela. J'aime l'énergie qui naît de ces dialogues, filmés à plusieurs caméras, où chacun essaie coûte que coûte de défendre son point de vue. Pour aider les comédiens à préparer cela, nous leur donnions tous les éléments possibles, journaux, notes, rapports, et ils avaient une demi-heure pour préparer leurs arguments, exactement comme l'auraient fait des orateurs de l'époque. Il en résulte une énergie, un allant fantastique ! Ça ressemble vraiment à une émission en direct où il se passe quelque chose d'important, là, sur l'instant."

Comédiens engagés

Autour de David Strathairn, les producteurs ont réuni un groupe impressionnant de comédiens dont Frank Langella, Jeff Daniels, Patricia Clarkson, Tate Donovan, Ray Wise et George Clooney lui-même.

Grant Heslov commente : " C'est un casting haute couture ! Tous ont été motivés par l'envie de raconter cette histoire. Ils ont investi leur personnage et s'y sont donnés à fond. Ils avaient une double pression : celle d'incarner des gens ayant existé en jouant un rôle majeur pour la démocratie, et celle d'interpréter des personnages extrêmement forts. Tous ont réussi l'exploit de traiter un sujet sérieux avec une légèreté remarquable. Ce film n'est ni didactique, ni donneur de leçon, il se regarde comme un excellent thriller, un affrontement entre deux hommes qui aura des répercussions sur tout un pays. C'est aux acteurs que nous devons cette réussite."

George Clooney conclut : " Il fallait que ce film soit fait, et je suis très heureux d'avoir pu le réaliser moi-même. Même si Edward R. Murrow n'a pas été retenu par l'histoire à sa juste place, ce qu'il a accompli était essentiel. Il l'a fait par conviction, sans en tirer le moindre bénéfice personnel. Je trouve bien de rappeler qu'il faut des hommes intègres pour informer, et je crois qu'il faut dire que la télévision est une arme à double tranchant. Elle peut aussi bien révéler que manipuler, elle peut informer ou mentir. De nos jours, étant donné l'importance qu'a prise ce média, il n'est pas inutile d'insister sur ces points..."

Source : http://www.lci.fr

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Dans les années cinquante, deux événements majeurs apparemment sans lien entre eux vont se donner un rendez-vous historique, pour nous offrir un spectaculaire exemple de courage. D'un côté: le journalisme télévisé, une discipline toute jeune dont Edward R. Murrow est un modèle d'inventivité et d'intégrité. De l'autre: Joseph McCarthy, un politicien extrémiste qui, pour accaparer toujours plus de pouvoir, n'hésite pas à jouer sur les peurs de ses concitoyens en lançant une chasse aux sorcières. Face aux excès, il faudra tout l'engagement de Murrow pour affronter le pouvoir et révéler au grand public son véritable visage.

Informer quel qu'en soit le prix

Pour George Clooney, coscénariste et réalisateur de GOOD NIGHT, AND GOOD LUCK., l'histoire de Murrow est emblématique et méritait d'être racontée. Clooney a toujours été proche de ce personnage, d'abord parce que dans sa propre famille - son père a été présentateur de télévision pendant plus de trente ans - Murrow a toujours été présenté comme un modèle de ce que doit être un journaliste d'investigation. Depuis des années, George Clooney cherchait à raconter cette histoire d'une manière ou d'une autre. Il a d'abord envisagé un téléfilm, puis une émission commémorative, mais rien ne put aboutir, ce qui fut rétrospectivement une chance.

En fin de compte, Clooney et Grant Heslov - coscénariste, producteur et interprète de Don Hewitt - décidèrent que le sujet serait mieux valorisé dans un film. Pour eux, le cœur du sujet reposait sur la période des années cinquante, la chasse aux sorcières, et les affrontements entre Murrow et McCarthy. Le courage d'un journaliste face à un intouchable du pouvoir était en soi un fantastique sujet, surtout si l'histoire était rigoureusement authentique.

La politique du pire

Dans les années cinquante, la guerre froide battait son plein. Pour l'Amérique, l'ennemi désigné était l'URSS et ses alliés. Le communisme était pointé comme une doctrine dangereuse, par opposition au libéralisme prôné par les États-Unis. Dans ce climat, le sénateur du Wisconsin, Joseph McCarthy, développa une théorie selon laquelle tous ceux qui, aux États-Unis, avaient des liens ou même seulement des sympathies pour le parti communiste devenaient suspects d'être antiaméricains. Àce titre, ils devenaient dangereux et devaient être écartés de tous les postes stratégiques ou sensibles. McCarthy décréta sa propre liste de postes stratégiques, qui entre autres, englobait les préparatrices de repas dans les crèches, susceptibles d'empoisonner les petits Américains ...

Obsédé par les " infiltrations" communistes au sein des instances officielles américaines, McCarthy lança une véritable chasse aux sorcières. De 1950 à 1954, Joseph McCarthy dirigea la toute-puissante Commission des affaires anti-américaines. Enquêtes arbitraires, dénonciations et condamnations installèrent un climat de suspicion dans tout le pays. En 1953, un pilote de l'armée, Milo Radulovich, fut renvoyé au prétexte qu'il représentait un risque pour la sécurité de la nation. Déclaré coupable sans procès, on lui demanda en plus de dénoncer son père et sa sœur comme sympathisants communistes, ce qu'il refusa. Ce fut ce cas qui révolta Edward R. Murrow, alors présentateur d'une émission d'actualités sur CBS, "See It Now", et le décida à réagir.

Le maccarthysme provoquera de nombreuses évictions et mises à l'écart, souvent infamantes, dont celles de Philip Jessup, ambassadeur à l'ONU, du général Marshall, de Robert Oppenheimer, renvoyé de la Commission de l'énergie atomique, mais aussi de plus de 200 personnalités de Hollywood dont Charlie Chaplin, qui s'exilera en Europe en 1952. Au total, ce seront plus de 11 500 révocations ou renvois qui seront pratiqués, auxquels on doit ajouter plus de 12000 démissions. L'affrontement télévisé entre Murrow et McCarthy marquera un sévère coup à sa politique, et il sera finalement censuré et blâmé par le sénat le 2 décembre 1954 par 67 voix contre 22. Il mourra trois ans plus tard d'une cirrhose.

Un duel pour la vérité

George Clooney explique : " Il n'était pas question pour moi de faire un film à la gloire de Murrow. Faire cela aurait tout simplement diminué la portée de ce qu'il a accompli. Pour rendre justice à ce qu'il avait osé, il suffisait de traduire la réalité le plus fidèlement possible. Je voulais restituer le contexte et montrer l'importance de son action, contre le pouvoir et même contre sa hiérarchie. Son action a aussi prouvé de façon spectaculaire que la télévision peut faire basculer les opinions, et c'est là un point essentiel à mes yeux. La manipulation des masses est possible par ce média, on s'en rend compte tous les jours mais cette fois-là, elle a été un vecteur de vérité. C'est l'un des rares cas, sûrement le plus emblématique, où la télévision a réussi à renverser l'opinion des gens face à une politique de manipulation."

Offrant un remarquable écho aux propos de Clooney, Dan Rather, présentateur légendaire qui, comme Murrow, officiait sur CBS, a déclaré au mois de juin qu'il fallait prendre garde à l'indépendance des médias, que les politiques cherchaient de plus en plus à contrôler... George Clooney reprend : " Edward R. Murrow n'était pas un idéaliste. C'était un homme honnête qui faisait son travail d'information sans compromis. Il croyait à sa fonction, à sa mission. Les agissements de McCarthy l'ont poussé à réagir et il n'a pas lâché le morceau.

Alors que la direction de CBS a fait pression pour qu'il ne s'attaque pas à McCarthy, Murrow, soutenu par ses proches et par son producteur, a tenu bon. Il était tellement convaincu de la nécessité de révéler les pratiques douteuses du sénateur qu'il a lui-même pris en charge la baisse des recettes publicitaires que ce sujet dangereux engendrait autour de son émission. Au final, il aura tout assumé avec son équipe.

Après son fameux duel avec McCarthy, même si les opinions ont changé et que l'histoire lui a finalement donné raison, Murrow a quand même vu son émission reléguée à une heure de moins grande écoute. Il a payé le prix fort pour son engagement. Aujourd'hui, seuls quelques journalistes se souviennent encore de son nom, et je trouve cela injuste parce que sans lui, nous aurions tous certainement subi McCarthy beaucoup plus longtemps. Par les temps qui courent, c'est plus que jamais le moment de s'en souvenir..."

Informer désinformer

George Clooney confie : "Aujourd'hui, malgré la multiplication des médias et des moyens d'information, nous sommes beaucoup moins bien informés qu'il y a seulement quinze ans. Trop souvent, l'information est devenue un business, il n'est plus question de faire savoir, mais de vendre. Et puis les gens ne lisent plus, ils n'écoutent plus. On les noie avec une telle masse d'informations qu'il est devenu impossible de faire le tri. Comment faire la différence entre la pub, la propagande, la manipulation et l'information? Il y a tellement de canaux différents que chacun choisit celui qui lui ressemble, sans aller écouter ailleurs d'autres avis qui pourraient le faire réfléchir et peut-être évoluer. On ne cherche plus le moyen de s'informer dans les médias, mais le moyen de conforter ce que nous croyons déjà. C'est une situation critique."

George Clooney se souvient : "Il est impossible de nier l'héritage journalistique de Murrow. Mon père s'en est inspiré, et il nous l'a transmis à ma sœur et à moi. Avec ce genre d'individu, il était possible d'apprendre, de découvrir, y compris ce qui n'était pas facile à entendre. Murrow constituait une vraie source d'information. Mon père aussi, à sa façon. J'ai grandi dans le sud des États-Unis et nous étions souvent à des dîners où les gens ne savaient rien ni de la condition des Noirs ni de celle des Mexicains. Mon père ne se privait jamais de les éclairer. Avec ma sœur, nous avions pris l'habitude de manger le plus vite possible parce qu'en général, mon père disait ce qu'il avait à dire, se levait et nous partions ! Nous n'avons pu finir notre repas normalement qu'une seule fois ! J'étais fier que mon père soit celui qui l'ouvrait quand tout le monde voulait qu'on la ferme. C'est assez sain!"

Incarner pour raconter

Lors des premiers développements du projet, George Clooney songea naturellement à incarner lui-même Edward R. Murrow, mais ses fonctions de scénariste et de réalisateur sur un film au budget limité lui demandaient déjà beaucoup d'énergie... La rencontre avec David Strathairn acheva de le convaincre.
George Clooney : "Nous savions que David était un grand comédien, mais il nous a quand même surpris. Àla seconde où il était dans la peau de Murrow, il se transformait littéralement, il devenait comme habité par son esprit. Mon expérience de comédien m'a conduit à en côtoyer beaucoup, et je peux vous dire que je n'ai jamais vu quelqu'un donner une telle intensité à son rôle." (...) "Murrow avait souvent l'allure de quelqu'un qui porte tout le poids du monde sur ses épaules, et David Strathairn incarne cela à la perfection. Il a saisi l'essence du personnage."

David Strathairn : "Pouvoir jouer quelqu'un comme Murrow est une opportunité extraordinaire. Ce qu'il y a de plus frappant en étudiant sa personnalité, c'est qu'il n'a jamais eu la volonté ou l'impression d'agir de façon héroïque ou même très courageuse. Il s'est contenté de faire ce qu'il croyait en son âme et conscience, sans jamais renoncer. Avec son producteur, Fred Friendly, Murrow formait un tandem très soudé et très complémentaire. Je trouve que George Clooney et Grant Heslov sont un peu comme eux ! Rien ne les arrête et ils savent motiver leur équipe. Par moments, sur le film, nous étions un peu comme dans la salle de rédaction de CBS !"

Le parallèle va d'ailleurs encore plus loin, puisque pour faire le film, George Clooney a lui-même été obligé de gager une partie de sa fortune afin de boucler le financement...

Source : http://www.commeaucinema.com/europe2/

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