Ciné-club éducatif & culturel de Mons (CCEC)
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Vers le Sud de Laurent Cantet
   
Titre original Vers le Sud
Réalisation Laurent Cantet
Scénario Robin Campillo & Laurent Cantet
D'après l'oeuvre de D'après trois nouvelles de Dany Laferrière & le roman de Dany Laferrière "Vers le sud"
Interprétation Charlotte Rampling, Karen Young, Louise Portal, Ménothy Cesar, Lys Ambroise, Jackenson Pierre Olmo Diaz, Wilfried Paul, Anotte Saint Ford, Marie-Laurence Hérard ...
Photographie Pierre Milon
Pays France/Canada
Année 2005
Durée 107 min
Genre Comédie dramatique
Producteur(s) Caroline Benjo, Simon Arnal, John Hamilton, David Reckziegel, Carole Scotta
Site officiel  
Scoops  
 
 
 
La projection aura lieu à IMAGIX - Mons - Salle 12 - Plan d'accès
Le jeudi 08 juin 2006
Le film est projeté en version originale Française
Le film est projeté sans entracte ni publicité
Les séances :
 
  • 17h00 et 20h00 avec présentation et feuillet sur les films à chaque séance
  • 14h30 et 22h30 sans présentation et feuillet sur les films à chaque séance
 
 
ébut des années 80. Haïti vit sous la coupe du dictateur Baby Doc. Malgré tout, le pays reste une destination touristique très prisée. L'hôtel La Petite Anse, installé sur une plage de la banlieue de Port-au-Prince, est un véritable éden tropical autour duquel gravite une bande de jeunes garçons qui échangent leurs charmes et leur tendresse contre quelques faveurs, un bon repas, parfois quelques dollars... et surtout un peu d'affection et de calme. Deux clientes américaines d'une cinquantaine d'années, en mal de tendresse et de sexe, voient leur vie bouleversée par la véritable passion amoureuse qu'elles éprouvent l'une et l'autre pour Legba, dix-huit ans tout au plus et beau comme un dieu, qu'elles viennent retrouver là chaque année.

Vers le Sud décrit leur désir, leur rivalité, mais aussi leur difficulté à prendre en compte la réalité sociale extrêmement dure qui entoure ce petit coin de paradis dans lequel elles sont confinées. Jusqu'à la fin, Legba leur restera inaccessible. Leur désir n'y suffira pas, elles seront toujours des touristes.

 
 
Venice Film Festival 2005
 
  • Cinema for Peace Award décerné à Laurent Cantet
  • Marcello Mastroianni Award décerné à Laurent Cantet
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arte tv - Olivier Bombarda
  Après " Ressources Humaines " et " L’emploi du temps ", Laurent Cantet change de cap : loin de la grisaille de Paris ou celle de Genève, le réalisateur français s’est décidé en effet pour les décors lumineux de Haïti, le cadre principal de son nouveau film " Vers le Sud ". Inspiré par plusieurs nouvelles de l’écrivain Dany Laferrière, il propose le portrait de trois femmes différentes toutes attirées par l’attrait sexuel que propose une bande de jeunes haïtiens. Ellen (Charlotte Rampling) est une britannique de 55 ans qui inspire le respect par sa beauté, son exigence et sa liberté d’esprit. Sue " la grosse " (Louise Portal) est canadienne, la plus tendre et la plus à l’écoute des autres. Enfin, Brenda est américaine, enclin à la dépression et aussi la plus jeune des trois. Concentré sur le désir de ces trois femmes, Cantet en dresse le portrait au sein du groupe original qu’elles constituent et, en guise d’introduction, les isole dans trois scènes où elles exposent les raisons premières de leur présence dans cet Hôtel perdu au bout du monde. [ Suite ]
   
L'express - Marta Dolecki
  Trois femmes nord-américaines, en mal de tendresse, se rendent dans une île paradisiaque. Dans cet Eden lumineux balayé par une brise légère, caressé par le va-et-vient des vagues et entouré de cocotiers, elles paient des jeunes hommes pour les aimer. L'illusion dure un temps. En arrière-plan, un pays, Haïti, ravagé par des années de dictature, terrorisé par les tontons macoutes du régime Duvalier, dévoile au regard l'étendue de sa pauvreté.

Avec son troisième long-métrage intitulé Vers le sud, le réalisateur français Laurent Cantet signe une œuvre forte, sensible et réfléchie, qui aborde avec beaucoup de pudeur le tourisme sexuel, décliné au féminin.

Dans Vers le Sud, on parle plus volontiers de tourisme amoureux, dynamique mêlée de fascination, d'attraction et de méfiance entre deux groupes: de jeunes Haïtiens à la peau d'ébène et les Occidentales qui achètent leur affection. Le longmétrage, une production franco-canadienne, a été adapté de trois nouvelles de l'auteur haïtien Dany Laferrière.

Vers le Sud sonde avec justesse la profondeur et la complexité du désir féminin. Ce que la société interdit à une femme de 50 ans - le désir, l'amour, l'appétit sexuel - elle vient le chercher ailleurs, dans une relation décomplexée, sur une plage déserte où toutes les barrières liées à l'âge, à la profession et au statut social, sont abolies.

De beaux portraits de femmes

Au services de ces rôles de femmes, complexes et troublants, trois actrices: Charlotte Rampling, Louise Portal, et Karen Young. Ces dernières livrent des performances subtiles qui viennent brosser tout en nuances le portrait de trois femmes, très différentes les unes des autres. Charlotte Rampling incarne Ellen, une Britannique de 55 ans, admirée de tous pour sa beauté, son esprit, et l'apparente aisance avec laquelle elle vit cette situation d'échange. En réalité, les choses sont plus compliquées. Derrière ce masque d'insouciance et de liberté, Ellen cache une autre réalité, beaucoup plus violente. Fragile, profondément meurtrie par la vie, elle retrouve dans la relation qu'elle vit avec Legba, un des jeunes Haïtiens de l'île, une échappatoire temporaire lui ouvrant les portes d'une vie rêvée.

Après avoir campé une romancière esseulée dans La Piscine de François Ozon, Charlotte Rampling se retrouve de nouveau dans un rôle de femme livrée à elle-même. L'actrice avoue avoir été attirée par ce personnage, à la fois fort et vulnérable, même si "Ellen n'est pas forcément quelqu'un de très facile à vivre avec", confesse-t-elle en entrevue. "Le personnage d'Ellen m'a interpellé dans ses contrastes. C'est un beau rôle de femme, raconte cette grande dame du cinéma français. Elle se rend sur cette île paradisiaque pour y rechercher une forme d'utopie et de paradis, pour se protéger de ce qu'il y a de laid dans le monde. En ce sens, Legba incarne une métaphore pour tout ce qui est doux, beau et inaccessible. Il représente l'incarnation d'un rêve", fait valoir l'actrice.

Éviter les clichés reliés au tourisme sexuel

"Attention, ne présente pas d'un côté de sales Américaines, et de l'autre, ces pauvres garçons qui sont exploités par elles." Le cinéaste Laurent Cantet se rappelle de cette lettre que l'écrivain Dany Lafferière lui avait envoyée au moment de l'écriture du scénario. Le réalisateur a suivi son conseil, restant fidèle à l'esprit des écrits de l'auteur haïtien. Tourner le film avec des femmes a permis de couper court à tous stéréotypes et idées reçues. "Cela m'a évité d'aller vers tous ces clichés un peu sordides, tous ces reportages qu'on a pu voir sur les chaînes de télévision à propos du tourisme sexuel, affirme Laurent Cantet. Ce qui m'intéressait, c'était de mettre face à face deux groupes d'opprimés et de voir comment ils pouvaient construire de véritables relations."

Ainsi, dans l'œuvre de Cantet, si les jeunes hommes essuient de plein fouet les conséquences d'un quotidien misérable à Haïti, les femmes, elles aussi, ont leur propre fardeau à porter. Au quotidien, elles vivent une misère sexuelle qu'elles essaient de tuer le temps de vacances dans les Caraïbes. "La dynamique entre ces deux groupes oppressés pouvait alors donner lieu à de vraies histoires", commente le réalisateur à ce propos.

Au centre de l'œuvre, toujours prégnante, s'inscrit en filigrane une réflexion sur la place du touriste dans une société qu'il ne comprend pas. Pour Laurent Cantet, le point de départ du film aura été sa rencontre avec Haïti. Il y a effectué un premier voyage d'une dizaine de jours, en simple touriste. Ce séjour lui aura permis de découvrir des choses merveilleuses, une culture très riche, mais aussi, la réalité d'un pays accablé par une violence et une pauvreté extrêmes. "Même si on est pas très riche, on le devient forcément en arrivant à Haïti, constate le réalisateur. On se demande alors quelle peut être la place du touriste dans un pays aussi pauvre que celui-ci. Il y aura toujours une distance [entre les touristes et les locaux.] La position du touriste n'est pas facile à vivre. On est à la fois fasciné et embarrassé par la pauvreté qui s'affiche sous nos yeux. C'est une chose que l'on ressent très fort lorsqu'on arrive à Haïti actuellement", conclut le cinéaste français.

  Source : http://www.lexpress.to
   
critikat - Clément Graminiès
 

Près de cinq ans après l’admirable Emploi du temps qui revenait sur l’affaire Romand, Laurent Cantet aborde un sujet tout aussi ambitieux : le tourisme sexuel. Né d’un désir de rapprocher une nouvelle fois l’intime du politique, Vers le Sud est un film bien trop sage et ampoulé pour provoquer une réelle réflexion sur cette nouvelle expression du néocolonialisme.

Au début des années 1980, Brenda (Karen Young), américaine blonde et claire de peau, débarque en Haïti pour y passer des vacances ensoleillées. Seule et silencieuse, elle arpente les rues pauvres de Port-au-Prince dans un vieux taxi qui la conduit dans un petit hôtel de bord de mer. Là-bas, elle y retrouve deux autres femmes de son âge (environ la cinquantaine) mais surtout Legba (Ménothy César), un jeune éphèbe noir de 18 ans avec lequel elle vécut son premier orgasme... trois ans plus tôt. Mais entre temps, l’adolescent est devenu le " favori " d’Ellen (Charlotte Rampling), une quinquagénaire professeur d’université à Boston, qui n’hésite pas à lui donner de l’argent et à le couvrir de cadeaux en échange de nuits d’amour fiévreuses. [ Suite ]

   
voir - Manon Dumais
 

Paradis artificiel

Dans Vers le sud, de Laurent Cantet, des femmes mûres assouvissent leurs désirs dans les bras d'éphèbes d'ébène à l'époque des tontons macoutes. Rencontre avec le réalisateur et les actrices Louise Portal et Karen Young. Bien qu'il épouse parfaitement le rythme nonchalant des vacances, Vers le sud, adaptation de trois nouvelles du recueil La Chair du maître de Dany Laferrière, fout le cafard tant par le miroir désolant qu'il renvoie aux femmes de plus de 40 ans que par l'injustice sociale toujours actuelle en Haïti qu'il dénonce. On voudrait bien se laisser emporter par la sensualité et la langueur qui émanent avec pudeur du film, mais à tout moment, la mélancolie et l'amertume prennent le dessus.

Ce sentiment ambivalent trouve son écho dans l'impression qu'a eue Laurent Cantet (L'Emploi du temps) lors de son premier voyage en Haïti, en 2002: "En arrivant à Port-au-Prince, on est tout de suite happé par quelque chose de très fort; d'abord un sentiment de révolte face à cet univers, à cette violence, face aussi à ce côté désorganisé, anarchique du pays. En même temps, il y a tout de suite une espèce de jubilation face à une culture incroyable, à la générosité des gens qu'on rencontre, et puis le sentiment d'être dans une sorte de paradis perdu, où la sensualité est là, à la surface des choses. Par ailleurs, c'est plutôt une culture où l'intimité est très respectée et où le rapport au corps est à deux facettes: le corps dans ce qu'il a de vivant, où les tabous apparaissent peu; et l'enjeu sexuel, où tout devient très privé."

Ayant vécu un véritable coup de foudre pour l'écriture de Dany Laferrière lors de ce voyage, Laurent Cantet surprend avec ce film qui s'éloigne
des univers auxquels il nous a habitués: "C'est la première fois que j'ai des rôles principaux féminins, explique le réalisateur rencontré lors du Festival du Nouveau Cinéma, et je voulais exploiter un thème trop rarement évoqué au cinéma, celui du désir chez les femmes de plus de 40 ans. Je ne me suis jamais posé la question à savoir si c'était très différent des hommes. J'ai l'impression qu'on touche quand même des questions existentielles que l'on peut partager entre hommes et femmes. Il y a certainement une sensibilité différente que j'ai tenté de dépeindre, et pour ça, l'œuvre de Dany, grand amoureux des femmes et grand séducteur, m'a beaucoup aidé, ainsi que mon expérience de vie."

Sur ce point, Louise Portal, brièvement croisée au Festival de Toronto, renchérit: "C'est un regard amoureux; Dany est un amoureux des femmes et des jeunes filles. C'est quelqu'un qui a beaucoup de charme et de sensualité. J'adore l'écriture de Laferrière et j'étais très fière de pouvoir jouer dans un film s'inspirant de ses récits, d'autant plus que je trouvais courageux de la part de Cantet de tourner un film sur le désir féminin." Le réalisateur poursuit: "J'y vois beaucoup de points communs avec mes autres films, je traite du masque que chacun porte, de la place que chacun essaie de trouver dans le monde. Je ne cherche jamais à juger mes personnages. Je cherche à les observer et à être empathique envers eux. Et je crois que le film réussit assez bien sur ce plan. C'est un film qui jette aussi un regard très politique."

À des lieues du ludique et léger Goût des jeunes filles de John L'Écuyer, Vers le sud possède une certaine rigueur et une approche documentaire qui ne sont pas sans rappeler Ressources humaines. C'est d'ailleurs lorsqu'il fait intervenir ses personnages face caméra - clin d'œil avoué à Persona de Bergman - que l'émotion est au rendez-vous et que les enjeux éclatent au grand jour avec une cruelle simplicité. Cependant, lorsque l'on retourne sur la plage, un certain malaise envahit le spectateur face à cette pathétique rivalité entre Ellen (Charlotte Rampling, venimeuse) et Brenda (Karen Young, émouvante), qui ont jeté leur dévolu sur le jeune Legba (Ménothy César, beau comme un dieu), duel que Sue (Louise Portal, rayon de soleil du film) et Albert (Lys Ambroise, impassible) observent avec empathie pour la première et indignité pour le second.

À propos de la perception du film, Cantet avance: "On parle beaucoup du tourisme sexuel quand on parle du film, mais je trouve que ce serait réducteur. J'ai le sentiment que le film parle plutôt du tourisme amoureux. Je pense qu'il y a un véritable échange: les femmes ont besoin, le temps des vacances, de renouer avec elles-mêmes, leur pouvoir de séduction, leur désir et leur corps; les garçons viennent à l'hôtel un peu pour ces mêmes raisons. C'est le seul endroit où ils sont respectés et peuvent avoir un peu de tendresse, quelque chose qu'ils obtiennent dans un rapport très simple. Je pense qu'il y a un vrai aller-retour du désir entre les deux groupes."

De fait, la dimension commerciale se trouve en partie évacuée dans ce bout de paradis perdu, l'argent circule discrètement et l'on parle de romance plus que de sexe, misère affective et misère sociale trouvant ainsi réconfort l'une chez l'autre: "Pour mon personnage, il ne s'agit pas de prostitution mais d'amour, conclut Karen Young, aussi rencontrée à Toronto. C'est une Américaine puritaine qui croit que les hommes peuvent payer pour avoir du sexe, mais qui n'accepte pas que les femmes aient à payer pour obtenir de l'amour. En fait, c'est une romantique qui perd son innocence. J'espère que ce film ouvrira les yeux sur la triste réalité d'Haïti et aussi sur le fait que les femmes n'ont pas à vivre une vie sans amour passé un certain âge."

  Source : http://www.voir.ca
   
la voix du nord - Gi.D
 

"Un touriste ne meurt jamais": la sentence par laquelle le nouveau film de Laurent Cantet se clôt symboliquement, résume plutôt bien le malaise latent qui parcourt cette chronique de vacances singulière. Nous sommes à Haïti, dans les années 70, à l’époque où l’île, engluée dans un régime dictatorial, était une destination touristique fort prisée.

Propriétaire d’un hôtel au bord de la plage, Albert est venu chercher Brenda à l’aéroport. A l’aube de ses 50 ans, cette Américaine revient visiblement dans cet endroit paradisiaque pour y retrouver Legba, un Apollon local. Brenda doit affronter la rivalité de sa compatriote Ellen qui a, depuis longtemps, jeté son dévolu sur le même Legba.

Inspiré par une nouvelle de Dany Laferrière, Laurent Cantet s’attaque donc au sujet délicat du tourisme sexuel et sentimental. Ses "Bronzées" à lui sont des femmes pour qui la vie n’a guère laissé de place à la comédie. Il est plutôt question de jeu de séduction, de désirs difficilement avouables et de contexte social explosif.

Fidèle à ses bonnes habitudes, le cinéaste français abandonne sa caméra aux comédiens pour qu’ils livrent sobrement leur intimité. Cette fois, il n’hésite pas à briser certaines règles de narration en glissant quatre monologues face caméra. Tour à tour, Brenda, Ellen, la touriste canadienne Sue et Albert se livrent à d’intimes confidences: poésie éphémère qui éclaire la sombre et triste réalité de l’arrière-cour.

Dans ce cheminement sentimental où la place de l’autre est à chaque fois questionnée, Charlotte Rampling et Karen Young, dans des registres radicalement différents, imposent leur présence. Interprétations poignantes qui révèlent une tendre conscience entrelacée entre rapports intimes et enjeux sociaux.

  Source : http://www.lavoixdunord.fr/vdn/journal/magazine/cinema/0106/254.shtml

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tribune de geneve - edmée Cuttat
 

Interview de Charlotte Rampling

Charlotte Rampling sans tabou, ou les confessions d’une amoureuse blessée sous les Tropiques. "J’ai un côté résistante qui m’a permis de survivre". Future présidente du jury du Festival de Berlin, choisie parce qu'elle incarne "un cinéma anticonventionnel", Charlotte Rampling ne pouvait qu'être attirée par le rôle d'Ellen, une Américaine à la belle cinquantaine, se retrouvant avec d'autres femmes mûres en quête de plaisir dans les bras de jeunes Haïtiens. "J'étais à la fois intriguée et troublée. Mais je savais qu'avec Laurent Cantet, nous allions amener cette histoire politiquement incorrecte à un niveau possible."

Le tourisme sexuel reste tabou au cinéma.

Cela dépend de la manière. Là, on élève la conscience des gens sur le sujet. Si on voit le film, c'est qu'on veut apprendre, mieux comprendre la vie. Le cinéma de Cantet ne demande pas à être aimé, caressé. C'est celui que je préfère.

Pas facile d'incarner un tel personnage

Non. Sans compter le temps épouvantable qui a pourri le tournage, c'était un rôle inconfortable à tous points de vue.

Casse-gueule aussi ?

Je le trouve surtout magnifique. Très excitant. En plus, comme le film ne pouvait pas durer trois heures, il fallait faire comprendre beaucoup de choses très rapidement.

Ellen est une femme dominante et jalouse. Et vous ?

C'est probablement le personnage auquel je ressemble le moins. Je ne suis pas spécialement dominante. Jalouse? Oui, sans doute. Mais pas comme ça.

Vous semblez n'avoir jamais peur de mettre votre image en danger

J'ai en effet joué toutes sortes de barges, mais il y a deux choses auxquelles je ne toucherai jamais. L'inceste et la perversité.

On parle souvent d'étrangeté à votre égard

Je sais. C'est pourtant un côté que je ne travaille pas. Il est en moi. L'acteur est un container. On ne sait pas toujours ce qu'il y a dans la boîte à outils.

Actuellement vous vivez une période euphorique

Il y a constamment des hauts et des bas. L'important, c'est de pouvoir les gérer. Je ne maîtrise pas ma carrière. Je n'attends rien de personne. J'ai un côté résistante. C'est ce qui a forgé ma personnalité et m'a permis de survivre.

Vous jouez dans Basic Instinct 2. Bizarre, non ?

Dingue, vous voulez dire! Michael Caton-Jones m'appelle. J'éclate de rire. Voyons quand même, me dis-je. Je lis le scénario et je le trouve bon. Pas dans une sexualité glauque. Je rencontre le réalisateur et je fais comme d'habitude avec mes metteurs en scène. Nous parlons longuement. Et j'ai accepté.

Avez-vous jamais regretté d'avoir refusé un rôle ?

Un seule fois. Dans L'innocent, de Visconti.

Vous n'aimez pas vous voir au cinéma

C'est trop violent. Je suis trop impliquée. Avec un grand recul, j'y arrive parfois. Je me regarde alors comme ma fille ...

Interview de Laurent Cantet

"Vers le Sud est né d'un voyage à Port-au-Prince", explique Laurent Cantet. "J'ai découvert un pays en état de survie permanente mais très riche culturellement, où règnent une sensualité et une sorte de grâce dans la manière d'aborder l'existence. Puis j'ai rencontré Dany Laferrière et j'ai plongé dans son univers. Nous avons un peu le même fonctionnement, qui consiste à partir d'une intimité très forte." C'est en rentrant à Paris que Laurent Cantet se sent gêné aux entournures. "J'ai éprouvé le sentiment de ne pas être à ma place en tant que touriste.

Quelle légitimité donnent les dollars ?

J'ai alors commencé à réfléchir sur ce thème qui touche au corps, au rapport aux autres. Mais cela ne pouvait être abordé que sous un angle politique. En même temps, je ne souhaitais pas une métaphore Nord-Sud ou une exploitation crue du tourisme sexuel."

Pour des raisons morales ?

"Non, j'aborde toujours mes personnages et mes histoires hors de toute morale. J'essaie de ne pas juger. J'avais simplement des problèmes d'écriture, dans la mesure où, en tant qu'homme, je voulais surtout sonder le désir féminin. Mais j'ai découvert qu'il n'y avait pas beaucoup de distance entre moi et elles."

Pour le réalisateur, les relations qu'il aborde se révèlent presque plus amoureuses que sexuelles. "Il y a ambivalence entre commerce et désir. Les éphèbes ont autant à gagner que leurs "prédatrices." Dans leur quotidien, ils sont niés. Sur cette plage, ils comptent. Ils trouvent non seulement un espace de liberté et de luxe, mais aussi de la tendresse, voire de la passion."

Charlotte Rampling a-t-elle été difficile à convaincre ?"

Je l'avais vue avant d'écrire le scénario et on a passé une journée à parler. On allait dans la même direction. Mais elle a eu besoin de lire deux fois le personnage pour l'assumer."

Le tournage a été cauchemardesque, paraît-il

"Effectivement. Il fallait constamment prendre en compte la violence de la ville. On a également dû jongler avec la météo, les tempêtes et la mer démontée n'étant pas exactement compatibles avec le côté très ensoleillé que je souhaitais donner ...

Mais l'ambiance chaotique du tournage fait aussi le film.

  Source : http://www.tdg.ch/tghome/loisirs/cinemas/vers_le_sud__02_02.html

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