|
|
|
|
|
| |
|
 |
Titre
original |
Le petit lieutenant |
 |
Réalisation |
Xavier Beauvois |
 |
Scénario |
Cédric Anger, Xavier Beauvois, Guillaume Bréaud,
Jean-Eric Troubat |
 |
Interprétation |
Nathalie Baye, Jalil Lespert, Roschdy Zem, Antoine Chappey,
Jacques Perrin, Bruce Myers, Patrick Chauvel, Jean Lespert,
Annick Le Goff, Bérangère Allaux ... |
 |
Pays |
France |
 |
Année |
2005 |
 |
Durée |
110 min |
 |
Genre |
Policier |
 |
Producteur(s) |
Pascal Caucheteux |
 |
Site
officiel |
|
 |
Scoops |
|
|
|
 |
La projection aura lieu à IMAGIX
- Mons - Salle 12 - Plan
d'accès |
 |
Le jeudi 15 juin 2006 |
 |
Le film est projeté en version
originale Française |
 |
Le film est projeté sans entracte ni publicité |
 |
Les séances : |
| |
- 17h00 et 20h00
avec présentation et feuillet sur les films à
chaque séance
- 14h30 et 22h30
sans présentation et feuillet sur les films à
chaque séance
|
|
| À sa sortie de l'École de Police, Antoine monte à
Paris pour intégrer la 2ème division de Police Judiciaire.
Caroline Vaudieu, de retour dans le service après avoir vaincu
son alcoolisme, choisit le petit lieutenant pour son groupe crim'.
Plein d'enthousiasme, Antoine fait son apprentissage du métier
aux côtés de ses hommes. Vaudieu s'attache rapidement
à ce jeune homme, de l'âge qu'aurait eu son fils disparu
... |
 |
 |
arte
- Olivier Bombarda |
| |
En amont pour son quatrième film, Xavier Beauvois
s’est imposé deux conditions : par goût, il voulait
explorer le genre du thriller mais sans avoir recours à l’adaptation
pour l’écran d’une œuvre littéraire
préexistante. Dès lors pour s’immerger, le jeune
réalisateur français s’est décidé
à suivre un capitaine de police de la Division criminelle
pendant plusieurs mois.
Ce dernier lui donna accès à certaines parties confidentielles
d’un dossier spécifique et le droit d’assister
à certaines autopsies. "Le Petit Lieutenant" est
ainsi le produit de cette expérience tout à fait personnelle
et, au travers du personnage fictif d’Antoine (Jalil Lespert),
un jeune "bleu" fraîchement sorti de ses classes
qui découvre le métier, Xavier Beauvois choisi de
filmer une enquête et son contexte sous l’angle le plus
réaliste possible. [ Suite
] |
| |
Source : http://www.arte-tv.com/fr/cinema-fiction/Toutes_20les_20vid_C3_A9os/964314.html |
| |
|
 |
sitaudis
- Catherine Weinzaepflen |
| |
Le petit lieutenant, c’est Jalil Lespert (souvenez-vous
: le fils dans Ressources humaines, formidable acteur ). C’est
par ses yeux, son "innocence" - son jeune âge
quoi qu’il en soit – que nous découvrons la PJ.
Alors que le polar ne subsiste qu’en succédanés
télévisuels, le film de Xavier Beauvois reprend le
flambeau et renouvelle le genre avec un film qui est pour moi aussi
fort qu’un livre dont je ne cesse de souligner certains passages
(je ne sais pas lire autrement qu’un crayon à la main).
Il faut dire tout de suite que l’image est de Caroline Champetier.
Ainsi ces deux panoramiques sur Paris – le petit lieutenant
qui débarque dans la ville et monte sur la Tour Eiffel, ou
Nathalie Baye, sa chef, dont le regard balaie une ville dense et
blanche au petit matin depuis son appartement impeccablement rangé,
pétrifié dans la solitude. Ces deux panoramiques,
légers ( aucune image jamais n’est appuyée,
aussi dramatique soit la scène), expriment la pensée
des personnages de manière aussi juste que l’image
d’une chambre un peu miteuse dans laquelle le petit lieutenant
installe ses rares objets personnels. [ Suite
] |
| |
Source : http://www.sitaudis.com/Excitations/le-petit-lieutenant-de-xavier-beauvais-france-2005.php |
| |
|
 |
benzinemag
- Patrick Braganti |
| |
" Tu ne vas pas devenir mystique parce que tu es dans
la police " reproche gentiment son père à Antoine,
venu rendre visite à sa femme et à sa famille au Havre
dont il est tenu éloigné par son affectation parisienne
à la police judiciaire. Mais pour Antoine fraîchement
sorti de l’école de police, sa montée à
Paris, c’est un choix, presque un sacerdoce . Quitte à
être flic, " pour faire comme dans les films ",
autant être au cœur de l’action et pas dans une
ville de province où a lieu un crime par an, et encore généralement
sans grand intérêt.
A travers l’histoire d’Antoine, surnommé affectueusement
le petit lieutenant par ses collègues, Xavier Beauvois, cinéaste
rare qui signe ici son quatrième long métrage, s’attache
à suivre la vie d’une équipe de police dans
son travail quotidien. Le réalisateur privilégie l’aspect
documentaire, résultat d’un long travail de préparation
et de relations tissées avec des policiers et s’emploie
du coup à démythifier un métier impopulaire
d’une part, attractif d’autre part pour des jeunes gens
désireux d’en découdre ou de montrer leur zèle
à la tâche. Le petit lieutenant, avec le lait qui perle
encore derrière les oreilles, se confronte vite à
une réalité moins exaltante. Xavier Beauvois montre
la quotidienneté et la routine d’un travail souvent
accompli derrière un bureau, plus rarement sur des théâtres
d’opérations. Sur une trame relativement étriquée
où il est question du meurtre d’un clochard polonais,
le film réussit à atteindre une dimension haletante
et même tragique grâce notamment au soin apporté
à la construction des personnages par petits fragments. [
Suite
]
|
| |
Source : |
| |
|
 |
comme
au cinema - Samya Yakoubaly |
| |
S'il y a bien un milieu qui véhicule une quantité
de clichés, c'est bien la police. Soit ce sont des pourris,
déglingués, racistes primaires et violents, soit ce
sont des super héros capables de poursuite sans bavure. Certains
films sortent de ce cadre, heureusement, et le dernier film de Xavier
Beauvois en fait partie. Il choisit de suivre la rencontre entre une
femme-flic sur le retour et un jeune policier fraîchement débarqué.
La première est désabusée, ex-alcoolique depuis
la mort de son fils, le second est naïf, avec une énergie
et un courage sans faille. Dans un style ultra-réaliste, on
suit le cheminement d'une enquête pas très originale
mais qui va révéler les forces et les faiblesses de
chacun. Le réalisateur évite toute surenchère
: pas une note de musique, pas un effet de trop, on est dans le vrai,
dans le vécu à l'état pur. [ Suite
] |
| |
Source : http://www.commeaucinema.com/news.php3?nominfos=44992&Rub=Critiques |
| |
|
 |
le
magazine - Romain Carlioz |
| |
Elle est seule sur la plage, mais l’apocalypse a déjà
eu lieu. Elle marche, lasse et vidée de ses forces. Elle
hésite, puis se tourne enfin vers la caméra et ses
yeux nous disent la solitude, l’incompréhension, et
le désarroi d’une humanité en perdition. Le
regard-caméra de Nathalie Baye à la fin du Petit Lieutenant
de Xavier Beauvois résonne étrangement dans la mémoire
du cinéphile averti. Il y a dans ce dernier plan une force
qui dépasse celle de la citation ou de la référence
érudite. Éloge d’un film policier d’une
rare intensité qui dépasse les clivages du genre pour
atteindre à une vérité du cinéma et
de l’humain ...
Une affaire de famille(s)
Le Petit Lieutenant est avant tout une affaire de famille : famille
de personnages, famille d’acteurs et famille cinématographique.
Depuis ses débuts, Beauvois aime tourner en bande, se retrouver
autour d’une troupe prête à se plonger dans l’univers
physique de son cinéma ; c’est ainsi que l’on
y retrouve souvent les mêmes corps, sur le fil du rasoir,
de Roschdy Zem à Antoine Chappey, en passant par Nathalie
Baye. Le cinéaste décrit ici une filiation impossible
entre un jeune diplômé de l’école de police
en quête d’action et une femme détruite par l’alcool
et la vie.
Si Le Petit Lieutenant s’inspire aussi explicitement de Police
de Maurice Pialat, ce n’est pas uniquement dans le souci de
s’inscrire dans la tradition française du « polar
», mais bien de mettre en scène une filiation esthétique
directe, celle qui l’unit au cinéaste français
le plus influent de ces vingt dernières années. Beauvois
n’a d’ailleurs jamais caché son admiration pour
le maître, lui offrant même un rôle (qu’il
refusera) dans son premier film, Nord. Les deux hommes partagent
le même goût pour la mise en spectacle de leur vécu
(ici, l’histoire d’Antoine, le petit lieutenant, nous
renvoie à celle du cinéaste, venu à Paris pour
échapper à la vie provinciale), mais aussi le même
engagement physique dans leur œuvre, quitte parfois à
se perdre au-delà des limites de la représentation.
Des corps à l’épreuve
du Temps
La réalisation de Beauvois est donc proche des corps, proches
des chairs, dans l’unique objectif de sentir vibrer l’humain
derrière l’apparat social qu’il peut prendre.
Provoquer des chocs d’images, de sons, de sentiments, voilà
sans doute le cœur d’une démarche qui consiste
à sculpter le temps, lui donner une forme et une consistance
rarement atteinte. Dans ce cadre, le récit policier est vite
noyé dans l’affect, la recherche d’une vérité
qui ne passe pas forcément par la représentation réaliste
du métier de « flic ». La poursuite dans le métro
est à ce titre exemplaire : focalisé sur un seul point
de vue (celui de Vaudieu, interprétée par Nathalie
Baye), elle est faite d’ellipses, de ruptures et de bruits
qui se concentrent sur la façon dont l’instant est
vécu par le personnage. Le suspect est perdu de vue, puis
retrouvé sans que le récit de l’arrestation
apparaisse clair ou efficace aux yeux du spectateur. Or, ce que
nous avons vu est plus précieux : le temps à l’œuvre
sur la pellicule et sur les hommes, son travail de sape sur la femme
abattue qu’est Vaudieu. L’inestimable beauté
du cinéma de Beauvois, digne héritier de son maître
à penser, réside sans doute ici : dans cette volonté
de mettre à nue l’humanité en s’accordant
la possibilité de filmer les temps faibles, les longueurs,
les creux de la fiction. C’est dans ces moments, alors que
rien ne semble bouger, que l’humanité se dévoile
et que Vaudieu peut enfin nous regarder, soulagée, perdue,
mais convaincue que seule la mort peut lui permettre de repartir.
|
| |
Source : http://www.lemagazine.info/article.php3?id_article=395 |
| |
|
 |
le
site du cinephile - Michel Marques |
| |
Un défaut patenté. Le critique français peu
inspiré dira à la première occasion que tel ou
tel autre film de fiction sont influencés par l'approche documentaire.
Le petit lieutenant en a abondamment fait les frais. Sorti en pleine
pseudo guérilla urbaine (le bon moment médiatique) qui
n'était pourtant qu'une simple récréation aux
yeux de la vraie révolution, le film a été accompagné
d'une batterie d'articles vantant le travail de terrain effectué
par Xavier Beauvois. Le critique qui ne s'est sans doute pas suffisamment
interrogé sur la question de la "représentation
du réel" en cinéma (sait-il seulement ce dont il
s'agit et pourrait-il croire que le sujet est au programme de l'option
audiovisuelle en classe de première ?) est donc appelé
à voir du documentaire à chaque coin de séquence.
Xavier Beauvois nous livre pourtant avec son quatrième film
où il retrouve une Nathalie Baye qui excelle (leur collaboration
dans Selon Mathieu augurait déjà du meilleur) une belle
leçon de cinéma à travers une immersion dans
le monde de la fiction (les décors du films ne cessent d'être
habités par des affiches de films) ; rien de documentaire ici.
[ Suite
] |
| |
Source : http://www.lesiteducinephile.net/cinema/le_petit_lieutenant.htm |
| |
|
 |
la
voix du nord - Ph.L. |
| |
Allez donc vendre aujourd’hui aux télévisions
– sans l’argent desquelles nulle production ne peut
se monter – un film qui parle de deuil, de solitude, d’alcoolisme,
de détresse !
Pour arriver à ses fins, Xavier Beauvois a dû avancer
couvert et masquer ses obsessions, noyer son sujet dans une bassine
de film de genre, de polar qui vu de loin pouvait entrer sans forcer
dans le cadre formaté des séries sentimentalo-policières
consensuelles. À l’arrivée rien de tout cela
bien sûr, des flics et des voyous d’accord mais surtout
des hommes et des femmes écorchés de partout, un voyage
relevant de l’autopsie dans le quotidien d’un métier
qu’il est de bon ton de mépriser dans certains cercles
dits politiquement corrects.
Sans la moindre concession au droit, à la morale, à
l’émotion, Beauvois traque l’humain là
où il se niche, dans les décors naturels, sur le zing
des bistrots, au coeur de vrais commissariats, lâchant ses
acteurs au milieu de vrais flics, de vrais clodos, dans la cour
des miracles de la soupe populaire et des bords de la Seine. Mieux
encore que le Police de Pialat, le L.627 de Tavernier, le Little
Odessa de James Gray, Le Petit lieutenant fixe de l’intérieur
la tragédie humaine, les coeurs brisés, les doutes
mais aussi les enthousiasmes, les vocations.
Et valse du public ou privé jusqu’à les tordre
et les confondre tout en respectant les codes trépidants
du film policier. Sa quatrième et magnifique mise en scène,
Xavier Beauvois – conservé intact dans son enveloppe
de jeune chien fou, celui-là même qui découvrait
adolescent M. le Maudit au ciné-club de Calais – la
construit et la démarre sur un personnage pour la terminer
sur un autre qui peu à peu prend le pouvoir sur le récit.
A commencer par un lieutenant tout feu tout flamme, fraîchement
sorti de l’école pour intégrer la Police judiciaire.
Pour embrayer sur «une patronne » revenant d’entre
les morts et d’une cure de désintoxication. Là-dessus
se greffent meurtres de SDF, enquête, cortège de douleurs.
Et des acteurs justes, Jalil Lespert, Roschdy Zem, Antoine Chappey,
Jacques Perrin. Et l’admirable Nathalie Baye! Droit dans les
yeux. Suffoquant dans d’infinis puits de silence. Tétanisante,
bouleversante, mais du genre qui bloque désespérément
les larmes à l’intérieur. Grand moment de septième
art.
Xavier Beauvois revient au réalisme sec et intransigeant
de Nord, son premier film, allant jusqu’à rejeter la
musique car avez-vous déjà vu un orchestre cavaler
dans la rue après un mec flippé? Bienvenue dans la
vraie vie !
|
| |
Source : http://www.lavoixdunord.fr/vdn/journal/magazine/cinema/1105/164.shtml |
| |
|
 |
 |
Entretien
avec Xavier Beauvois, le réalisateur |
| |
Pourquoi ce film-là
devait se passer dans le milieu de la police ?
C'était d'abord l'envie de me frotter à l'idée
du film de genre, comme le polar. Et le sujet sur l'alcool n'est
pas facile à caser, à produire : donc si on peut mettre
un sujet comme celui-là dans un polar, ça permet de
noyer l'histoire... Au début, je me suis intéressé
aux voyous. J'en ai vu quelques-uns, mais je les ai trouvés
trop paranos. La prison, ça les rend compliqués comme
garçons. Ensuite, des flics m'ont confirmé que les
beaux voyous n'existent plus vraiment. Il ne reste que quelques
braqueurs de fourgons et des proxénètes russes. La
grande délinquance est en col blanc. C'est fini l'époque
des Mémé Guerini, des Francis le Belge, des voyous
à l'ancienne. Maintenant, tout le monde balance tout le monde.
Donc je suis allé voir les flics et j'ai passé beaucoup
de temps avec eux au quotidien. Je n'avais pas prévu que
ce serait aussi intéressant comme métier : ça
me convient très bien, ça m'a beaucoup excité.
Mais je n'y connaissais rien, c'était une découverte
totale. Au début, les flics ne m'ont pas montré grand-chose
puis, plus ça allait, plus on est devenu potes, plus je suis
allé loin.
Qu'est-ce qui t'a surpris le plus chez
les flics ?
Le côté normal de ces gens-là, très
peu pervers comparés aux artistes, aux gens de cinéma
que je connais. Les flics sont des gens assez carrés, assez
simples, sans le côté cow-boys qu'on voit dans tous
les films. Des gens normaux, qui vont déposer leurs enfants
à l'école avant de prendre leur flingue et d'aller
au boulot... Mais comme ils voient des choses assez immondes, ils
font un peu les poubelles de la société. Du coup,
ils sont tous dotés d'un certain sens de l'humour, sans lequel
ils ne pourraient pas survivre - comme les médecins et les
reporters de guerre. Et ils ont toujours des trucs intéressants
à raconter. Au début, en écrivant le scénario,
je racontais à mes copains les expériences que je
vivais en débutant dans la police : je passais pour un lieutenant,
donc je découvrais avec les yeux d'un novice. Puis je me
suis demandé pourquoi je ne raconterais pas ce que je vois
; c'est là que j'ai eu l'idée de prendre comme héros
un type qui sort de l'école, qui choisit un bon poste, qui
arrive et qui découvre. On peut alors découvrir avec
lui.
Pourquoi, dans le cinéma ou à
la télévision, la police est-elle représentée
si différemment de ce qu'on voit dans ton film ?
La majorité des gens des séries télé
n'ont jamais foutu les pieds dans un vrai commissariat, donc s'imaginent
des trucs : c'est du grand n'importe quoi. L'autre jour, je voyais
une série : les flics sortaient du commissariat avec leur
brassard "police" comme des zombies ; mais le brassard
police, c'est quand tu arrêtes quelqu'un, tu le mets pour
qu'on ne te confonde pas avec un voyou. Alors qu'au quotidien, le
but est que tu sois en civil, qu'on ne te reconnaisse pas. Donc
par quel miracle peuvent-ils tous sortir d'un commissariat avec
leur brassard ?! Les gens s'inspirent des films qu'ils ont vus,
qui eux-mêmes se sont inspirés de bouquins, des bouquins
qui se sont inspirés de films - et comme tout le monde s'inspire
de tout le monde mais que personne ne retourne à la source,
on en arrive à des trucs abracadabrants. C'était un
luxe pour moi d'y aller toutes les semaines, de boire des coups,
manger, discuter, parler au téléphone avec les flics.
Tout ce temps passé avec eux permet de tout comprendre du
métier. Mais il faut pour ça que tu deviennes un flic
tout de suite - sinon, tu ne peux aller nulle part avec eux. Le
truc, c'est d'immédiatement s'habiller et parler comme un
flic, pour que tout le monde te prenne pour l'un d'eux, que tu puisses
assister à tout leur quotidien. Tu peux alors essayer de
saisir ce sentiment : qu'est-ce que c'est que d'être flic,
comment se comporter, comment vivre ?
Sur cette trame policière, ton
film se fiche ensuite des codes narratifs du "film policier"
Il n'y a pas de code pour le métier de cinéaste :
on fait ce qu'on veut. Mais j'ai respecté la logique de ce
que j'ai vu. C'est pour ça que j'ai pris une affaire anodine
: dans la réalité, il y a beaucoup d'affaires minables,
des crimes à 300 euros, pas du tout glamour comme dans les
autres films.
Un certain désenchantement traverse
tout le film ...
Je veux toujours que mes films reflètent l'état de
la société à ce moment-là. Les jeunes
sont désenchantés, ils ne savent plus pour quoi voter
- faut voter oui, faut voter non ? Tu ne comprends rien, il y a
la guerre, les attentats, la misère, techniquement on ne
voit pas vraiment ce qu'on pourrait encore nous inventer tellement
on a tout - la télé dans la poche, sur son portable,
tout le monde voyage... De plus en plus de jeunes fument ou boivent
de plus en plus tôt parce qu'ils ne croient en rien. Je veux
que le film ait la même odeur que la société.
Si elle change, dans 50 ans le film sera toujours un témoignage
de l'odeur de la société à cette époque-là.
Dans N'OUBLIE PAS QUE TU VAS MOURIR, j'avais insisté pour
mettre la date au générique. Et le SIDA est toujours
là.
LE PETIT LIEUTENANT est très explicite
sur la violence faite aux étrangers
Le racisme, ce n'est pas que Le Pen ou de Villiers, mais des gestes
de tous les jours qui font subir une violence réelle aux
étrangers. On m'a demandé si je n'avais pas peur qu'on
me trouve raciste : " dans le film, ce sont des étrangers,
de méchants Russes, pourquoi pas de méchants Français
? " D'abord parce que sur cent personnes en garde à
vue, 95% sont d'origine étrangère : ça, c'est
la réalité. Ce sont des gens qui sont plus dans le
besoin, qui font plus de conneries, c'est logique. Comment peut-on
me reprocher d'être raciste alors que le film montre à
voir le racisme ?
Les seuls moments qui échappent
à la violence sont des moments d'amour ou d'amitié,
très courts. Ou de picole
Le bar est pour moi un endroit très important, c'est là
que tu vois toutes sortes de gens : un passage obligé pour
un cinéaste. Dans la vie, beaucoup de choses se font dans
les bars : on y rencontre des acteurs, on se donne des rendez-vous,
on s'y retrouve après un enterrement, on y fête de
nombreux moments de la vie. Au Moyen-Âge, les gens se rencontraient
dans les cathédrales : ils y faisaient du business, y draguaient,
y réglaient leurs problèmes. Les débuts du
théâtre ont eu lieu dans les cathédrales. Maintenant,
c'est le bistrot. La grande différence, c'est qu'on peut
picoler.
Deux fois, le film passe par la visite
de Vaudieu aux Alcooliques Anonymes
Quand tu veux arrêter de boire, comme elle, le fait de ne
pas boire t'obsède. Mais on ne peut pas filmer l'intérieur
du cerveau des gens, on ne peut montrer des pensées obsédantes
en permanence, donc deux fois ces scènes rappellent le problème
de l'alcool.
Ton regard sur l'alcool est froid, sans
indulgence mais sans condamnation
On peut condamner un vice, pas une maladie.
Avec cette idée que pour supporter
la vie, on ne peut finalement se passer de drogue, celle-ci ou une
autre ?
Toutes les sociétés de l'Histoire, pour supporter
la vie, ont eu besoin d'une béquille. Au fin fond de la forêt
amazonienne, les mecs abattent des arbres, font un alcool avec leur
comprendre qu'il y a des flics très sympas, drôles,
s'intéressant à beaucoup de choses. Pas du tout le
cliché du gros con moustachu en uniforme. La plupart des
personnages secondaires sont assez hauts en couleur. Le petit lieutenant,
lui, est un peu en retrait, sans aspérités en apparence.
|
| |
Source : http://www.commeaucinema.com/news.php3?nominfos=44992&Rub=Notes |
| |
|
 |
|