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Romanzo criminale réalisé par Michele Placido
   
Titre original Romanzo criminale
Réalisation Michele Placido
Scénario Giancarlo De Cataldo, Sandro Petraglia, Michele Placido & Stefano Rulli, ...
D'après l'oeuvre de Giancarlo De Cataldo
Interprétation Kim Rossi Stuart, Anna Mouglalis, Pierfrancesco Favino, Claudio Santamaria, Stefano Accorsi, Riccardo Scamarcio ...
Musique Paolo Buonvino
Photographie Luca Bigazzi
Pays Italie
Année 2006
Durée 2h 28min.
Genre Drame policier
Production Riccardo Tozzi, Giovanni Stabilini, Marco Chimenz & Fabio Conversi
Scoops  
 
 
 
La projection aura lieu à IMAGIX - Mons - Plan d'accès
Le Jeudi 14 septembre 2006
Le film est projeté en version originale italienne sous-titrée en français
Le film est projeté sans entracte ni publicité
Les séances :
 
  • 17h00 et 20h00 avec présentation et feuillet sur les films à chaque séance
  • 14h30 et 22h30 sans présentation et feuillet sur les films à chaque séance
 
 

Rome, années 70. Une bande de jeunes délinquants des faubourgs rêve de conquérir la capitale italienne. Ils sont trois: le Libanais, Freddo et Dandy. La première action de la bande est l'enlèvement et le meurtre du Baron Rosellini, un riche nanti. Ils achètent de l'héroïne avec l'argent de la rançon et réussissent en peu de temps à prendre le contrôle absolu du trafic de la drogue.

Très vite ils élargissent leur champ d'action à la prostitution et aux jeux de hasard. Ils font alliance avec la mafia et obtiennent la protection de membres influents et corrompus de l'Etat. Le commissaire Scialoja est la seule personne à prendre conscience de l'énorme pouvoir qu'ont ces criminels et à essayer de les faire tomber. Il entretient avec Patricia, prostituée et femme de Dandy, une relation ambiguë mêlant intérêt et sentiments. La soif de pouvoir du Libanais pousse la bande à commettres des actes criminels de plus en plus violents qui mettront la ville à feu et à sang.

 
 
David di Donatello Awards 2006
 
Italian National Syndicate of Film Journalists (Nastri D’argento) 2006
 
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Le Figaroscope - EMMANUÈLE FROIS
 

En adaptant le roman fleuve du juge Giancarlo De Cataldo, Michele Placido a réalisé une grande saga politico-romantico-criminelle. Il nous plonge de façon captivante au coeur des années de plomb qui ont tragiquement marqué l’Italie renouant ainsi avec brio avec le cinéma engagé, politique de son aîné Francesco Rosi. A travers l’évocation de cette authentique bande de la Madigliana alliée à la Mafia, il démontre comment elle fut manipulée de façon occulte par l’Etat et comment elle croisa les trajectoires des Brigades rouges, des groupes néofascistes, des services secrets, des politiciens corrompus.

Michele Placido a l’intelligence de ne pas styliser la violence. Elle est ici sèche, brutale. Il ne néglige pas non plus la force, la puissance du romanesque avec deux histoires d’amour, tragiques. Il a fait appel, enfin, à un groupe d’acteurs excellents, génération montante du cinéma italien. Michele Placido, qui n’a pas oublié qu’il est lui-même acteur, les dirige avec une grande justesse.

  Source : http://www.figaroscope.fr/cinema/2006032200020167.html
   
Cafe du Web - niki vanespen
 

Dans les années 70 à rome sévissait une bande de jeunes délinquants des bas-fonds, qui rêvaient de devenir les "rois du crime" dans la capitale italienne. Les trois chefs de la bande répondent aux surnoms du "Libanais", du "Freddo" et du "Dandy". Afin d’asseoir leur suprématie, les malfrats enlèvent, séquestrent et finalement tuent un baron italien ; l’argent de la rançon va leur servir à acheter le contrôle absolu de la drogue et la prostitution. Ils vont faire alliance avec la mafia afin d’encore plus élargir le champ d’action vers le jeu notamment.

Non seulement ont-ils des alliés puissants dans l’organisation du crime, mais ils reçoivent aussi la protection de membres corrompus de l’état, soucieux de conserver la démocratie (chrétienne bien sûr !). Ceux ci vont même manipuler les malfrats afin d’infiltrer les Brigades Rouges. Le Libanais rêve réellement de devenir une sorte d’empereur, de dictateur, tous lui obéiraient et lui les protègerait ; il ne va reculer devant aucun acte criminel, devenant de plus en plus violent ! Freddo, lui, tue sans jamais rien ressentir, d’où son surnom, jusqu’au jour où une étudiante en histoire de l’art entre dans sa vie. Quant au Dandy, il est tombé amoureux d’une prostituée indépendante qui le méprise profondément mais accepte d’être avec lui en raison de l’argent qu’il lui donne.

Le commissaire Scialogia prend conscience de l’emprise de la bande sur Rome. Basé sur l’histoire vraie de la "Banda della Magliana", le film de Michele Placido, excellent acteur italien s’étant tourné vers la réalisation depuis quelques années, n’est pas exempt de multiples clichés, à savoir : la prostituée repentie, l’assassin froid qui tombe amoureux d’une jeune femme cultivée représentant pour lui la Vierge Marie, le flic courageux mais aux mains liées, qui éprouve des sentiments ambigus pour la prostituée qu’il utilise pour coincer son gangster de petit ami, les avocats marrons, les flics véreux, bref toute la panoplie y est.

Cependant, malgré des longueurs et quelques faiblesses, le film est une intéressante analyse de la situation pourrie en Italie et sur la vie d’un gang. On y prouve, si besoin était, que le soi-disant code d’honneur des gangsters est plutôt un leurre pseudo-romantique ; en réalité ils n’ont soif que d’une chose ou plutôt de deux : de pouvoir et d’argent, de beaucoup d’argent, et ils sont prêts à tout, surtout à s’entretuer, pour cela.

C’est le romancier Giancarlo De Cataldo qui a lui-même écrit le scénario du film basé sur son livre. Il semblerait, selon ceux qui ont à la fois lu le livre et vu le film, que le livre lui soit supérieur ; on parle d’Ellroy et Pasolini ! Ce qui semble évident c’est que le roman soit plus analytique, moins mélo que le film. Parmi les acteurs, on retrouve Jasmine Trinca, l’excellente actrice qui fut Giorgia dans la "Meglio gioventù" et vue aussi dans le récent "Caimano" de Nanni Moretti.

Kim Rossi Stuart avec ses très beaux yeux d’aigue-marine est un "Freddo" des plus réalistes, au visage imperturbable lorsqu’il tue. Dans le rôle du commissaire qui veut absolument mettre la bande sous les verrous, on retrouve Stefano Accorsi vu récemment dans "Les Brigades du Tigre". Les autres acteurs principaux et secondaires jouent tous très juste.

"Romanzo Criminale" est un film intéressant, mais pas un chef d’œuvre, l'intérêt principal à mon sens est qu'il s'agit d'une page d'histoire qui ravive la mémoire.

  Source : http://www.cafeduweb.com/modules.php?name=Reviews&rop=showcontent&id=512
   
Cineuropa - Camillo de Marco
 

La séduction du mal

Placido raconte à sa manière l'histoire vraie de la bande de la Magliana, qui, entre 1977 et 1992, a mis en oeuvre l'opération criminelle la plus ambitieuse que Rome ait jamais connue.

Avec ses ambitions, sa belle palette d'acteurs, ses scènes d'actions, ses aspects historico-politiques, sa longue durée et ses origines littéraires, Romanzo criminale détonne dans le paysage cinématographique italien. C'est une opération inédite, les choses ayant été faites en grand pour créer l'événement — notamment grâce à une campagne publicitaire bien agencée de la part de Warner.

Dans ce film adapté du roman éponyme de Giancarlo De Cataldo — qui, d'abord magistrat écrivain à ses heures, est devenu écrivain magistrat à ses heures — par l'auteur lui-même ainsi que par Stefano Rulli et Sandro Petraglia (Nos meilleures années), Michele Placido raconte à sa manière l'histoire vraie de la bande de la Magliana, qui, entre 1977 et 1992, a mis en oeuvre l'opération criminelle la plus ambitieuse que la Ville Éternelle ait jamais connue : elle a dominé Rome en contrôlant tous les trafics de drogues, ainsi que les extorsions, la prostitution et le commerce des armes — s'organisant sur le modèle des familles mafieuses.

Ses contacts avec la mafia et la politique ont fait de cette bande une sorte d'agence du crime au service du plus offrant compromise, à l'occasion des épisodes les plus dramatiques qu'ont connu ces années-là (de l'enlèvement d'Aldo Moro au massacre de la gare de Bologne), avec les services secrets et l'extrême droite.

À travers la splendide photographie de Luca Bigazzi, le metteur en scène, qui n'en est pas à son premier film "engagé", conjugue ces faits réels et publics avec la vie privée des personnages, faisant de son film une sorte d'Il était une fois dans l'Ouest situé à Rome, une saga épique faite de blessures encore à vif, de sang versé et de trahisons. Placido montre pour l'occasion un sens du spectacle surprenant ; il déploie un style nerveux et prenant illuminé d'éclairs visionnaires tout en mettant en valeur l'hyper-réalisme des scènes d'action et en enrichissant le film d'éléments techniques très à propos (écran noir, cadrages obliques ou superposés).

Pendant deux heures et demie, le film renvoie au cinéma de Leone, Scorsese et Coppola ; il rejoue la même tension entre le dégoût et l'attirance pour le mal en l'appliquant aux actes de ces jeunes criminels. Le modéle (peut-être inconscient) de Romanzo criminale est avant tout Goodfellas de Scorsese en ce qu'il dépeint cette "jeunesse viciée" sans foi ni loi, ce microcosme de ténèbres où se multiplient les collusions secrètes.

Placido a obtenu des acteurs une sorte d'identification anthropologique: Kim Rossi Stuart et Pierfrancesco Favino sont excellents dans les rôles de Freddo et du Libanais, Claudio Santamaria joue un Dandi tourmenté à souhait et Riccardo Scamarcio un Nero sinistre, tandis qu'Anna Mouglalis interprète une Patrizia séduisante et malsaine. Seul Stefano Accorsi ne parvient pas tout-à-fait à rendre toute la complexité d'un personnage comme le commissaire Scialoja.

Grâce à la présence et au travail de tous ces jeunes acteurs de pointe, le film est particulièrement efficace dans ses aspects psychologiques : l'amitié très forte qui unit ces assassins entre eux les rend "humains" et fascinants. Placido met en relief la séduction du mal dont le cinéma a toujours joué, nous offrant de beaux méchants, des ganster stories merveilleuses et des séquences romantiques — ainsi le prologue de Romanzo criminale, où les trois personnages, des amis d'enfance, fuient la police en courant vers la mer comme Antoine Doinel dans Les 400 coups.

  Source : http://www.cineuropa.org/ffocusarticle.aspx?lang=fr&treeID=1207&documentID=62992
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Cinempire
 

Le contexte historique

C’est dans un contexte politique et social très chargé que la bande de la Magliana opère à partir du milieu des années soix-ante-dix. À ses débuts, ce groupe de criminels n’a aucun lien avec le monde politique ni avec celui du terrorisme. Princi-palement impliqués dans des opérations de grand banditisme "classique", ses membres parviennent, grâce à des actions audacieuses, à s’emparer du business de la drogue et de la prostitution à Rome. Bien qu’apolitique, la bande de la Magliana a eu, à son heure de gloire, des contacts, dont la nature n’a toujours pas été élucidée, avec le pouvoir. Néanmoins, cette organisation ne s’est jamais réclamée d’aucune idéologie. Même si elle a prospéré à l’un des moments les plus politisés de l’histoire de l’Italie.

L’Italie des années soixante-dix est marquée par une déferlante de deux vagues terroristes opposées : d’un côté, à l’extrême gauche, les Brigades Rouges, de l’autre, à l’extrême droite, le terrorisme d’obédience fasciste. Ces deux tendances vont se croiser pendant l’une des décennies les plus sanglantes de l’histoire italienne de l’après-guerre.

Également connue sous le nom de "stratégie de la tension", la période du terrorisme s’ouvre en décembre 1969 avec l’attentat de Piazza Fontana, à Milan. Un attentat commis par les terroristes "noirs" même si le gouvernement suspecte d’abord des groupes d’étudiants d’extrême gauche. Cette accusation est fondée puisqu’à la fi n des années soixante, le danger semble surtout venir de l’acti-visme de gauche, qui fait tâche d’huile dans les universités. Néanmoins, l’approfondissement de l’enquête dirige la police vers les groupes d’extrême droite et fait émerger une inquiétante collusion entre le terrorisme "noir" et les milieux les plus conservateurs de l’échiquier politique, voire les États-Unis et la CIA. L’enquête est d’ailleurs toujours en cours, les "vrais" coupables n’ayant jamais été clairement identifi és.

Le terrorisme "noir" continue à faire des ravages lors de toute la première moitié des années soixante-dix, notamment avec l’assassinat de sept manifestants de gauche à Brescia, en juillet 1974, et l’attentat contre le train "Italicus", au mois d’août de la même année. Il faut ensuite attendre 1980 et l’attentat à la gare de Bologne (qui est représenté dans le film) pour voir ressurgir les terroristes d’extrême droite. Il s’agit là d’un des attentats les plus meurtriers de l’histoire italienne et, comme dans le cas de Piazza Fontana, toute la lumière n’a pas encore été faite sur cette affaire.

Le terrorisme "rouge" prend le relais dans la deuxième moitié des années soixante-dix. Jusqu’à l’enlèvement d’Aldo Moro, les Brigades Rouges ne constituent que l’un des très nombreux groupes d’extrême gauche issus des manifestations étudiantes des années 1968/69. Vers 1976, on compte plus de 140 organisations terroristes, dont les "GAP" (Gruppi di azione partigiana) du riche éditeur Gian Giacomo Feltrinelli.

À leurs débuts, les terroristes "rouges" sont plutôt spécialisés dans des enlèvements assez anodins, qui ne durent que quelques heures. Ce n’est qu’après l’incarcération du leader des BR, Renato Curcio, en 1974, que leur attitude se durcit. On assiste alors à un crescendo terrifiant des actes criminels.

Vers la fin des années soixante-dix, le terrorisme de gauche est devenu quotidien : la police recense plus de 200 actes terroristes par an. Les Brigades Rouges deviennent célèbres avec l’enlèvement et l’assassinat du dirigeant catholique Aldo Moro, en mars 1978. Il s’agit d’un des moments les plus tragiques de l’histoire italienne. Le refus de la classe politique de négocier avec les terroristes et la grande désinvolture de ceux-ci face à l’Etat met en évidence la faiblesse du système à combattre les Brigades Rouges. La preuve en est le coup de fil passé au fils d’Aldo Moro, le lendemain de son assassinat, pour indiquer où se trouve le corps de l’homme politique (la conversation qu’on entend dans le film est le "vrai" coup de fil passé par les Brigades Rouges).

Les circonstances de l’affaire Moro restent vagues : si les responsables du meurtre seront arrêtés par la suite, le soupçon d’une manipulation des BR par les milieux ultraconservateurs reste fort. Une thèse maintes fois développée affirme qu’ils auraient organisé l’enlèvement et le meurtre de Moro pour conjurer la mise en place du "compromis historique" entre les démocrates-chrétiens et les communistes, compromis qui sera tout de même réalisé en 1979.

Prise en tenaille entre ces deux "terrorismes", l’Italie des années soixantedix est considérée à juste titre comme l’Italie des "mystères", car l’implication probable, dans plusieurs affaires, des services secrets ou d’hommes politiques empêche encore, à ce jour, leur élucidation.

  Source : http://www.cinempire.com/films/Romanzo-Criminale/fiche.html
   
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Le Matin
 

Entretien avec le réalisateur Michele Placido

Né en 1946, Michele Placido mène une double carrière d'acteur et de réalisateur depuis plus de trente ans. Il débute au théâtre en 1969 dans " l'Orlando furioso", mis en scène par Luca Ronconi. Après quelques années sur les planches, il fait ses premiers pas au cinéma, en 1974, dans "romances et confidences", un film de Mario Monicelli. Depuis, il a joué avec les plus grands cinéastes italiens. Il est à l'affiche du prochain film de Nanni Moretti, "Le caïman". Michele Placido est passé à la réalisation en 1989 avec "Pummaro". "Romanzo criminale" est son septième long-métrage.

"Romanzo criminale" est adapté d'un roman de Giancarlo De Cataldo. Qu'est-ce qui vous avait attiré dans ce livre ?

J'ai aimé sa façon de raconter l'Italie des années de plomb du point de vue d'une bande de criminels. Et puis sa lecture a remué beaucoup de souvenirs en moi. C'est à cette époque que je suis arrivé à Rome pour devenir acteur. J'ai vécu tous ces événements : l'enlèvement d'Aldo Moro, l'attentat de la gare de Bologne… J'ai d'ailleurs ajouté des choses qui ne figuraient pas dans le roman, comme les passages sur l'enfance des personnages, au début, ou l'histoire du coup de téléphone des Brigades rouges indiquant que le corps du leader politique pourrait être retrouvé dans une voiture, près du siège du PC, à Rome.

La bande que vous mettez en scène s'inspire d'une bande qui a vraiment existé.

Oui, elle s'appelait la bande de la Magliana. C'était un gang de Romains qui a fait régner sa loi sur la capitale italienne pendant les années 70. Ces garçons étaient des petites frappes. Je trouvais intéressant que le public découvre enfin leur histoire. Celle des Brigades rouges et du terrorisme politique a longtemps retenu toute l'attention des Italiens. Mais le temps a passé, on a plus de recul, aujourd'hui, par rapport aux événements des années de plomb. Il me semblait donc possible de revenir sur une organisation comme celle-ci.

Ce sont Stefano Rulli et Sandro Petraglia qui ont écrit le scénario. Vous aviez déjà travaillé ensemble à plusieurs reprises.

Oui, j'avais déjà réalisé des œuvres importantes de ma carrière avec eux, à la fois comme acteur et comme réalisateur, de " Mery pour toujours" à un volet de " La Piovra", de "Lamerica" à "Pummaro". Ils ont également écrit le scénario de "Nos meilleures années". Ils connaissaient donc bien, eux aussi, cette période de l'histoire de l'Italie.

"Romanzo criminale" pourrait d'ailleurs être la face sombre de "Nos meilleures années".

C'est vrai. En Italie, le film a même été rebaptisé "Nos pires années".

L'Italie que montre ce " gangster movie" est une Italie sanglante et violente, loin des clichés de la dolce vita.

Oui, "Romanzo criminale" est un film assez dur, assez noir. Le cinéma italien a longtemps été un cinéma politique. Il suffit de se rappeler les longs métrages de cinéastes comme Francesco Rosi ou Elio Petri. Avec "Romanzo criminale", j'ai voulu renouer avec cette tradition et lui rendre hommage. Francesco Rosi m'a d'ailleurs remercié d'être revenu à ce genre.

Les attentats terroristes, qui constituent la toile de fond du récit, finissent par relativiser la gravité des actes criminels du Libanais et de ses hommes.

Oui, et c'est cette mise en perspective qui m'intéressait. Je voulais notamment montrer l'Italie à travers les yeux d'un gars comme Freddo. Quand il assiste à l'attentat de la gare de Bologne, il se rend compte qu'il se produit des actes encore plus criminels que les leurs, et il réalise que le désordre, dans son pays, dépasse tout ce qu'il avait imaginé.

Cette découverte l'ébranle profondément.

Oui, car à partir de là, Freddo comprend que ses copains et lui sont contrôlés et manipulés par la partie occulte de l'Etat, qui se sert d'eux pour ses basses œuvres. Les membres de la bande pensaient avoir conquis Rome par eux-mêmes, mais Freddo réalise alors que sans l'aide de ce pouvoir occulte, ils n'y seraient jamais parvenus. Ils ne sont que des marionnettes et cette découverte marque le début de sa prise de conscience, de son désir de changer de vie et des déboires de la bande, qui est désorientée.

Quels souvenirs gardez-vous des années de plomb?

Des souvenirs de guerre. Le monde était en guerre : le Viêt-Nam, le Chili… À Rome aussi, l'atmosphère était à la guerre, au combat. Comme dans le Paris de mai 68, on occupait les écoles, la jeunesse était très politisée.

Moi-même, qui étais à droite à mon arrivée à Rome, je suis passé à gauche en 1968, après mon inscription à l'Académie nationale d'art dramatique. Pour autant, je ne suis pas allé aussi loin que certains de mes amis. J'en connais qui ont rejoint les Brigades rouges pour devenir des terroristes. Ils ont ensuite trouvé refuge en France. Dans ce contexte, on comprend qu'une organisation comme la bande de la Magliana ait longtemps pu agir en toute impunité.

Le film mélange fiction et images d'archives. Celles-ci véhiculent beaucoup d'émotion.

Je tenais à utiliser ces images d'époque, surtout pour l'attentat de la gare de Bologne. En Italie, ces passages ont beaucoup ému le public. J'ai vu des gens pleurer. Des jeunes, notamment, qui ne connaissaient pas forcément bien cette période. Je m'en suis rendu compte quand un étudiant a voulu savoir, après une projection, qui avait posé les bombes à Bologne. Je lui ai demandé : "D'après vous ?" Il m'a répondu : "Des terroristes." Je lui ai dit : "Oui, mais quels terroristes ?" et lui m'a répondu : "Des terroristes arabes." Jamais il n'aurait pu imaginer que des Italiens s'étaient parfois comportés, dans les années 70, comme les terroristes arabes aujourd'hui. À l'heure actuelle, nous vivons dans la peur des attentats, mais ce n'est pas nouveau : nous avons déjà vécu avec cette appréhension.

Ces résonances avec l'actualité peuvent expliquer le succès du film en Italie. Sans doute. "Romanzo criminale" a quelque chose de contemporain. Les événements de cette époque restent signifiants aujourd'hui.

Justement, comment avez-vous pu tourner dans la Rome d'aujourd'hui un film dont l'intrigue est censée se dérouler il y a trente ans ?

Avec Luca Bigazzi, le directeur de la photo, nous nous sommes posé de nombreuses questions sur le style, le langage et les techniques cinématographiques qui nous permettraient de raconter cette histoire.

Aujourd'hui, à Rome, tout a changé par rapport à l'époque du film : les bus, les voitures, les enseignes de magasins, les panneaux de signalisation… Luca Bigazzi m'a suggéré de réduire le champ, de resserrer les cadrages et d'utiliser beaucoup de gros plans, qui font ressortir l'émotivité des personnages.

Au final, la réalisation est très nerveuse.

Question dramaturgie, j'ai pensé à " Il était une fois en Amérique" de Sergio Leone, mais du point de vue du style, j'ai davantage songé à Martin Scorsese. En même temps, je n'ai pas voulu me laisser trop influencer par le cinéma américain, car des cinéastes comme Scorsese, justement, ou comme Quentin Tarantino, ont reconnu à plusieurs reprises s'être eux-mêmes inspirés du cinéma italien des années 70, de films d'action de série B, assez violents et durs, avec Tomas Milian ou Maurizio Merli…

Vous êtes également acteur. Comment avez-vous dirigé vos comédiens ?

Il n'y a pas vraiment de rôle principal dans "Romanzo criminale". Alors on a beaucoup travaillé, tous ensemble, sur le scénario. Il y avait un vrai esprit de groupe et beaucoup de cohésion entre les acteurs. Ils se sont documentés, ils ont consulté des articles de journaux de l'époque. Chacun a essayé de se surpasser.

  Source : http://www.lematin.ma/Journal/Article.asp?id=artcu&ida=64245
   
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