|
|
|
|
|
| |
|
 |
Titre
original |
Indigènes |
 |
Réalisation |
Rachid Bouchareb |
 |
Scénario |
Rachid Bouchareb & Olivier Lorelle |
 |
Interprétation |
Jamel Debbouze, Samy Naceri, Roschdy Zem, Sami Bouajila, Bernard Blancan, Mathieu Simonet, Benoît Giros, Mélanie Laurent, ... |
 |
Musique |
|
 |
Photographie |
Patrick Blossier |
 |
Pays |
France |
 |
Année |
2006 |
 |
Durée |
2h 8min. |
 |
Genre |
Drame de guerre |
 |
Production |
Jean Bréhat |
 |
Scoops |
|
|
|
 |
La projection aura lieu à IMAGIX
- Mons - Plan
d'accès |
 |
Le Jeudi 05 octobre 2006 |
 |
Le film est projeté en version originale française |
 |
Le film est projeté sans entracte ni publicité |
 |
Les séances : |
| |
- 17h00 et 20h00
avec présentation et feuillet sur les films à
chaque séance
- 14h30 et 22h30
sans présentation et feuillet sur les films à
chaque séance
|
|
| 1943. Ils n'avaient encore jamais foulé le sol français, mais parce que c'est la guerre, Saïd, Abdelkader, Messaoud et Yassir vont s'engager comme 130 000 autres "Indigènes" dans l'armée française pour libérer "la mère patrie" de l'ennemi nazi. Ces héros que l'histoire a oubliés vaincront en Italie, en Provence, et dans les Vosges, avant de se retrouver seuls à défendre un village alsacien contre un bataillon allemand. |
 |
 |
RFI - Sophie Torlotin |
| |
De notre envoyée spéciale à Cannes
Saïd, Messaoud, Abdelkader et Yassir sont des héros de l’armée française, mais ce sont aussi des oubliés de l’Histoire. Rachid Bouchareb leur redonne une identité, une dignité, une postérité. L’humoriste Djamel Debbouze, d’origine marocaine, incarne un Algérien, Saïd, un pauvre hère qui recherche dans l’armée française une deuxième famille, et s’attachera à son sergent, un Pied-noir sensible et juste. Sami Naceri campe Yassir, un mercenaire qui s’engage surtout pour l’argent. Messaoud, alias Roshdy Zem, c’est un peu le "joli cœur", amoureux d’une Française. Et puis il y a Abdelkader, joué par Sami Bouajila : c’est l’intellectuel de la troupe, un patriote aussi, mais qui se bat pour la liberté, indigné par la différence de traitement entre les soldats français de souche, racistes et méprisants, et ceux qu’ils appellent des «Indigènes».
C’est cette insupportable injustice qui, on le devine, nourrira à la fin de la Seconde Guerre mondiale les désirs d’indépendance et de liberté des colonies françaises. Ce même désir de liberté pour sa patrie, incarnée en France par le général de Gaulle. C’est d’ailleurs en le citant que le capitaine Abdelkader, alias Sami Bouajila, galvanise ces soldats de l’armée d’Afrique maltraités par leurs frères d’arme "français de souche".
Ils ont 80 ans aujourd’hui, dans 5 ans il n’en restera aucun !
Le film, très applaudi lors des projections, vaut surtout par son sujet et le symbole : ces acteurs français d’origine magrébine rendent également hommage à leurs ancêtres morts pour la France. Jamel Debbouze ou Sami Bouajila avouent avoir découvert des tombes portant leur nom de famille dans ce cimetière d’Alsace où reposent tant de soldats ayant participé à la libération de la France. Pour préparer le film, les acteurs ont rencontré des survivants. "J’vous assure, je les ai rencontrés, ils sont dans des foyers Sonacotra, ils collectionnent des paquets de pâtes, ils ont 80 ans aujourd’hui, se souvient Jamel Debbouze avec émotion. Dans 5 ans il n’y en a plus aucun ! Il en reste 70 000, ça m’a arraché le cœur, c’est sûr".
Pour autant, il ne faudrait pas les plaindre ou les traiter comme des victimes. L’humoriste raconte que, dans ses discussions avec ces vétérans, il avait souvent à la bouche le mot "moushkin", qui signifie "le pauvre" en arabe. Mais il se faisait reprendre par ces anciens soldats, fiers de leur combat, enrôlés volontaires pour libérer une "mère patrie" qu’ils ne connaissaient même pas.
Trait d’union entre le passé et le présent, trois anciens soldats, algérien, marocain et tunisien, ont monté les marches du palais des Festivals jeudi soir pour la présentation officielle. Et leur combat pour la justice, leur amour pour le drapeau résonnent avec d’autant plus de vigueur et de douleur aujourd’hui, quelques mois après les émeutes dans les banlieues françaises. |
| |
Source : http://www.rfi.fr/actufr/articles/077/article_43986.asp |
| |
|
 |
Festival Cannes - Jacky Bornet |
| |
Le malaise français avec ses anciennes colonies refait régulièrement surface. Récemment encore, la fameuse loi retirée sur la mention d'aspects "positifs" de la colonisation française, dans les manuels d’Histoire, était d'actualité. La non reconnaissance des troupes françaises d’Afrique du Nord et des pays subsahariens, s’était, elle, invitée lors d’un meeting du PS, quand un de ses éminents membres avait traité des Harkis qui l’interpellaient de "sous-hommes". Malaise.
Il était grand temps qu’un film visualise le rôle et le fonctionnement de l’Armée d’Afrique, qui évolua depuis sa naissance en 1830, pour devenir membre à part entière de la Défense française, impliquée dans les deux conflits mondiaux et d’autres sur la planète.
Depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, le problème des pensions des vétérans de ce corps d’armée, moins bien rémunérés, n’est toujours pas réglé, malgré une loi votée au Parlement. Le débat risque d’être relancé avec le film de Bouchareb qui se clôt sur ce rappel. Au lieu de battre la coulpe de sa mauvaise conscience, la France devrait faire preuve d’un peu plus d’honnêteté envers ceux qui l’on servie. Mais on n’enlève pas les ersatz de plus d’un siècle de colonisation si facilement.
Bouchareb ne fait pas pour autant un film procès. Il décrit une situation où l’inégalité de traitement est souvent mise en avant, tout comme la sollicitation constante des soldats au combat. Sa tentation d’être unilatérale est réfrénée par sa préférence pour des situations sans outrances, des anecdotes, comme la distribution de tomates, refusée à un soldat Noir. Ou quand le sergent Martinez, Pied Noir, après avoir exprimé toute son amitié au second de classe Saîd, lui renvoie le fiel de son mépris, après un incident mineur, mais révélateur.
D’une belle facture visuelle, sans ostentation, juste et réaliste, notamment lors des combats, on aurait aimé que le film concoure sous bannière française. En fait non. Il est plus juste et préférable que l’Algérie, aidée par des capitaux de ce côté-ci de la Méditérranée, l’assume avec des créateurs Indigènes. |
| |
Source : http://festival-cannes.france2.fr/filmsencompetitionofficielle/20638380-fr.php |
| |
|
 |
africultures - Olivier Barlet |
| |
Film de reconstitution historique avec une production de près de 15 millions d'euros, un an et demi de tournage et un an de postproduction, des violons enveloppants et de grands acteurs : Indigènes fait nettement le choix de toucher un large public. Il n'y a pas de quoi le mépriser pour autant : d'une part parce que ce qu'il veut dire, ce film le dit de façon profondément juste, et d'autre part parce qu'il n'a rien d'une production huilée et n'existe que grâce à beaucoup d'engagement des deux côtés de la Méditerranée.
Ambition hollywoodienne, certes, à la façon Spielberg style Il faut sauver le soldat Ryan, mais ici, pas de happy end. Indigènes ne peut que déranger : à l'heure où la question de la mémoire coloniale fait enfin l'objet de débats exacerbés, le film tombe à pic pour rappeler avec quel mépris ont été traités les combattants africains qui sont morts pour sauver "la mère-patrie".
Les photos d'époque qui défilent au générique montrent des gens ordinaires. Ce sont eux que l'on voit en 1943 s'enrôler dans l'armée française aux quatre coins du Maghreb (le film laisse de côté l'Afrique noire), un peu par idéal, surtout pour voir du pays, ou bien pour l'argent et quitter l'éternelle pauvreté. Ils seront 130 000 à le faire dans toute l'Afrique, ceux que la hiérarchie militaire voudra différencier des "hommes" en les appelant "indigènes". Par un bel effet de déroulement, le noir et blanc fait place à la couleur : c'est par la fiction et l'émotion que Rachid Bouchareb tient à nous conter leur histoire. Il fallait pour cela de grands acteurs et leur prix collectif d'interprétation à Cannes est amplement mérité : Jamel Debbouze (Saïd), Sami Bouajila (Abdelkader), Roschdy Zem (Messaoud) et Samy Nacéri (Yassir), sans oublier Bernard Blancan qui campe un sergent Martinez ambigu et troublant, portent véritablement le film.
Après avoir situé les différents personnages, Bouchareb les regroupe pour traverser la mer et débarquer en Italie. Les premiers combats sont épiques et dramatiques, mais c'est sur nos cinq héros qu'il se concentre pour rester sur l'humain. Bien que chair à canon dirigés par des planqués, ils s'en tirent et sont ovationnés et aimés à Marseille. On comprendra vite que tout est fait pour éviter que des couples ne durent ou que les tirailleurs prennent du galon.
L'intégrité de la "mère-patrie" ne souffre pas le métissage et on ne désire pas voir des Africains encore colonisés libérer l'Alsace pour ensuite triompher des Nazis en Allemagne. Pourtant, nos héros y contribueront, isolés mais jusqu'au-boutistes. Leur rêve de reconnaissance se perdra dans le guet-apens de leur sacrifice. Soixante ans plus tard, la mémoire française est toujours défaillante, les pensions incomplètement dégelées et l'immigré survivant seul dans sa chambre.
Tout cela est bien sûr construit pour bien signifier la trahison permise par les chimères coloniales et sa perpétuation dans le rapport aux immigrés. Mais si cette volonté pédagogique qui structure le scénario en tranches se sent un peu fortement, elle ne dérange pas outre mesure tant l'ignorance des faits la justifie. L'histoire de ces gens simples est si méconnue que nos quatre héros sont des révélateurs. La qualité du cinéma de Bouchareb fait le reste : taillées au scalpel, les situations sont toutes signifiantes et bourrées d'épaisseur humaine.
Quelques belles répliques posent aussi bien la résistance anticoloniale déjà à l'œuvre que la solidarité des combattants. Les trois valeurs cardinales de la République sont sans cesse mises à l'épreuve, et c'est le cœur qui est convoqué pour comprendre ce que peuvent ressentir aujourd'hui les descendants de ces soldats finalement remisés dans l'oubli.
C'est l'histoire de leurs parents que réalisateur et acteurs nous racontent avec une impressionnante énergie et cette proximité, cet engagement se sentent à chaque image. La mobilisation pour la mémoire dépasse le cadre français : le Royaume du Maroc a fourni la logistique militaire tandis que le film était largement tourné à Ouarzazate avec 500 figurants eux-mêmes largement concernés. "Certains venaient avec le portrait de leur père", indique le réalisateur. Mais jamais ne domine le ressentiment : "S'ils avaient été pleins de violence ou de rancœur, je l'aurais mis dans le film. Mais ce n'est pas le cas."
Là est sans doute aussi la force de ce film qui ne s'oublie pas : ces hommes remarquables étaient des résistants. Ils avaient la conviction de libérer leur pays face à la barbarie nazie et l'injustice qui leur a été faite n'a pu gommer ce sentiment. C'est là qu'Indigènes trouve tout son souffle : notre histoire commune comporte les bases d'un devenir possible, encore faudrait-il le reconnaître aujourd'hui avant qu'il ne soit trop tard. Ce film qui réussit ses choix peut y contribuer. |
| |
Source : http://www.africultures.com/index.asp?menu=affiche_article&no=4433 |
| |
|
 |
le monde - Jean-Luc Douin |
| |
"Indigènes" : une page oubliée de l'histoire de France
C'est une page occultée de l'histoire de France qu'entend retracer Rachid Bouchareb : 130 000 tirailleurs maghrébins et africains s'engagèrent en 1943 dans l'armée française pour libérer la "mère patrie" de l'ennemi nazi, que la hiérarchie militaire coloniale appela "indigènes". Parmi ces soldats morts au champ d'honneur, on retrouve, sur le site Internet du ministère de la défense, les noms de Debbouze, Bouajila, Zem et Naceri. C'est dire l'investissement des quatre acteurs principaux de cette épopée qui, au-delà du défi artistique, rendent hommage à leurs ancêtres.
Gardien de chèvre, Saïd (très bon Jamel Debbouze) est déterminé à "laver le drapeau français" avec son sang : voltigeur effaré par la violence, il devient complice d'un sergent pied-noir et, après avoir été charrié par ses camarades ou fait le fanfaron, finit en héros. Yassir (Samy Naceri) est un goumier, un mercenaire qui s'est enrôlé pour gagner de l'argent et qui fait du petit commerce en détroussant les cadavres ; il apprend à oublier son égoïsme. Le complexé Messaoud (Roschdy Zem) est habité par un idéal : s'installer en France ; tireur d'élite, il tombe amoureux d'une Marseillaise avec laquelle il ne parvient pas à garder le contact, la censure militaire détournant son courrier.
Abdelkader (Sami Bouajila) est le seul qui sache lire et écrire ; obsédé par la promotion et la reconnaissance sociales autant que par l'injustice, il incarne le contestataire, reflet d'un Ben Bella qui, déçu par le peu de reconnaissance de la métropole à l'égard de ses chairs à canon durant la seconde guerre mondiale, devint nationaliste.
La reconstitution historique de Rachid Bouchareb retrace à la fois les faits d'armes de cette généreuse piétaille arabe qui vénère autant son dieu que sa nation, et le racisme dont elle est l'objet de la part des officiers. Le meneur Abdelkader s'emporte contre le traitement qui est réservé aux "bougnoules", tant au niveau des grades que de la nourriture ; une négation de la devise républicaine ("Liberté-Egalité-Fraternité") sur un champ de bataille où "les balles allemandes ne font pas de différence".
Autant que l'évocation de la prise d'un piton rocheux en Italie, l'embuscade dans une forêt des Vosges qui décime la hiérarchie "blanche" et met Abdelkader face à ses responsabilités, la description du mépris de l'état-major comme des troufions à l'égard d'hommes qui portent le même uniforme nourrissent ce film populaire de qualité qui peine peut-être à se sublimer mais reflète la complexité des à priori raciaux. Ainsi le sergent pied-noir Martinez (impeccable Bernard Blancan) est-il doté d'un caractère ambigu, reniant des origines qu'il cherche à cacher et dévoilant des limites à la fraternité qui le lie à ses hommes de troupe.
Examen de conscience
Le morceau de bravoure d'Indigènes est le combat que mènent les tirailleurs contre les Allemands dans un petit village d'Alsace. Rachid Bouchareb s'y glisse dans l'ombre du Spielberg d'Il faut sauver le soldat Ryan, ce qui l'amène à enchaîner sur une séquence symbolique, dont le cinéaste américain est friand : la visite d'Abdelkader, seul survivant, soixante ans plus tard, au cimetière militaire. Mais Bouchareb renverse le pathos en suivant le vieil ancien combattant chez lui... un foyer Sonacotra.
On aurait mauvaise grâce à lui reprocher ses arrière-pensées politiques. Indigènes n'entend pas seulement inviter la France à reconnaître le mérite de ces hommes considérés comme des sous-patriotes, ni rappeler qu'au début des années 1960 leurs retraites et pensions d'invalidité furent gelées. Il induit un examen de conscience sur la manière dont, aujourd'hui, notre pays regarde et traite ces citoyens beurs blancs rouges. |
| |
Source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-766360,36-776486@51-727429,0.html |
| |
|
 |
algeriades |
| |
Le Prix d’interprétation masculine du 59è Festival de Cannes est allé à Jamel Debbouze, Samy Naceri, Sami Bouajila, Roschdy Zem et Bernard Blancan pour leur prestation dans Indigènes de Rachid Bouchareb. Ni didactique, ni manichéen, de l’avis général, ce sixième long métrage du cinéaste franco-algérien, en compétition pour la Palme d’Or, rend à sa façon hommage aux combattants d’Afrique qui ont participé à la libération de la France et affirme l’identité française des enfants de l’immigration.
A travers l’histoire de Saïd (Jamel Debbouze), Yassir (Samy Nacéri), Messaoud (Roschdy Zem) et Abdelkader (Sami Bouajila), Rachid Bouchareb vient rappeler qu’ils furent quelque 130.000 soldats dits "indigènes", dont environ 110.000 Maghrébins et 20.000 Africains, engagés dans les offensives alliées d’Italie, de Provence, des Alpes, de la vallée du Rhône, des Vosges et d’Alsace en 1944-1945. Du groupe, qui compte également un "pied-noir", le sergent-chef Martinez (Bernard Blancan), et réussit à défendre un hameau alsacien pour stopper la contre-offensive d’un bataillon allemand, seul survivra Abdelkader.
Longuement applaudi lors de sa projection à Cannes, film français mais curieusement absent de la sélection française et présenté sous pavillon algérien, coproduit par le Maroc, l’Algérie et la Belgique, Indigènes a nécessité un budget de quelque quinze millions d’euros. Pour Jamel Debbouze, également co-producteur du film, faire Indigènes, "c’est aussi expliquer aux jeunes beurs qu’ils ne sont pas nés en France par hasard". |
| |
Source : http://www.algeriades.com/news/previews/article1597.htm |
|
 |
 |
A voix autre - Heike Hurst |
| |
Indigènes n’est pas revenchard ni animé par la haine. Il dit les faits. Un hommage aux 130.000 "indigènes", volontaires dans la Deuxième Guerre mondiale. Critique de Heike Hurst, qui est de retour du 59e Festival de Cannes.
Quand on voit, dans le Chagrin et la Pitié, des tirailleurs sénégalais de l’armée française danser lors de la Libération, on se souvient que cette donnée, cette information sur les différents corps constituant l’armée française, était utilisée par Allemands à des fins de propagande et de diffamation. Les nazis disaient en somme : regardez ces sous-hommes se dandiner, sous-hommes, avec lesquels la Grande Nation veut gagner la guerre ! Cette information que ces soldats "indigènes " combattaient pour la France nous parvenait de façon tronquée.
C’est, comme le disait Rachid Bouchareb, un oubli majeur dans l’histoire de France qui n’a jamais été enseignée. Une page d’histoire jamais écrite que ce film restitue. A la télévision algérienne existaient quelques images qui figurent sur le générique d’Indigènes. Ainsi le noir et le blanc est de mise alors que la couleur souligne les hauts faits de ces hommes. Rachid Bouchareb, Français d’origine algérienne, devait, dit-il, réparer cet oubli, rendre la dignité à ces hommes partis volontairement pour défendre la France contre l’envahisseur et la barbarie nazie.
Pour ne pas faire la confusion dont certains critiques étaient victimes : il s’agit bien de la Seconde Guerre mondiale et non pas de la guerre d’Algérie. Ces hommes-là n’étaient pas des harkis. Quoique, d’une façon assez similaire, ils ont été sacrifiés et oubliés. Pour incarner ces hommes dont beaucoup ne sont jamais revenus, Rachid Bouchareb a choisi des acteurs (beurs) qui pouvaient être leurs petits ou arrière-petits-fils. La notoriété de certains a permis le montage financier du film...
Rachid Bouchareb (Cheb, Little Senegal) tenait à réaliser ce film tant qu’il pouvait encore trouver des témoins vivants de cette aventure humaine. Et c’est avec eux qu’ils ont monté les marches, témoins et survivants des combats pour la libération de Marseille, du Monte Cassino et d’un petit village alsacien où l’état-major les envoie au massacre. Les faits que le film raconte sont authentiques et authentifiés. Le courrier censuré, les brimades et les vexations, les injustices (des tomates pour les soldats français, mais pas pour les indigènes, les coloniaux, etc.), comme si ce Code de l’indigénat, promulgué en 1876, était aussi un code l’infamie comme on le dit toujours en Algérie à propos du Code de la famille ...
On les appelait les indigènes, les autochtones et les bougnouls quand on les insultait. Mais, en fait, on les appelait pas, on leur donnait des noms génériques : toutes les femmes s’appelaient Fatma ou Aïcha, tous les hommes avaient pour prénom Mohamed ou Ali (voir aussi Tous les autres s’appellent Ali de Rainer Werner Fassbinder).
C’est aux 130.000 indigènes, engagés volontaires dans cette guerre que le film rend hommage. Indigènes n’est pas revenchard ni animé par la haine. On dit les faits et l’on s’en tient là.
Ce qui est beaucoup plus fort. |
| |
Source : http://www.avoixautre.be/article.php3?id_article=607 |
| |
|
 |
cinema-education |
| |
N’étaient que son ambition artistique et industrielle (un vrai "film de guerre", avec le budget correspondant) et son casting emblématique (Sami Bouajila, Jamel Debbouze, Samy Nacéri et Roschdy Zem, soit les quatre comédiens "beurs" les plus connus et reconnus du cinéma français) Indigènes de Rachid Bouchareb s’annoncerait déjà comme l’un des événements cinématographiques de l’année 2006.
Mais les enjeux de ce film semblent devoir échapper au périmètre des salles obscures, conformément d’ailleurs à l’ambition de Rachid Bouchareb : redonner une place dans la mémoire collective aux tirailleurs africains (en montrant leur participation héroïque aux combats de la Libération), c’est aussi réconcilier une partie de la jeunesse française avec l’histoire, la sienne et celle de son pays.
Comme le résume très bien le comédien Jamel Debbouze, qui a fait de ce film et de son sujet un enjeu personnel il ne s’agit de rien de moins que d’expliquer aux jeunes issus de l’immigration "qu’ils ne sont pas là par hasard".
Loin de la polémique ou de la victimisation, Rachid Bouchareb a voulu un film grand public, jouant la carte de l’épopée et de l’héroïsme à la manière des films de guerre américains (on pense au Soldat Ryan de Spielberg) : "1944-1945... Libération de l'Italie, de la Provence, des Alpes, de la vallée du Rhône, des Vosges, de l'Alsace (…) Cette remontée victorieuse et meurtrière vers l'Allemagne a été le fait de la 1ère Armée française (…) : 200 000 hommes, parmi eux 130 000 "indigènes" dont environ 110 000 Maghrébins et 20 000 Africains... (…) Le film raconte l'histoire oubliée des soldats dits "indigènes" à travers l'épopée de quatre d'entre eux. Abdelkader, Saïd, Messaoud et Yassir (le goumier) sont des voltigeurs. Réputés pour leur endurance, leur sens du terrain, leur courage dans le corps à corps, on les envoie en première ligne..."
Mais il n’est pas sûr que la sortie du film s’inscrive dans un contexte aussi consensuel, tant tout ce qui touche à l’histoire et à l’enseignement du fait colonial (dont l’enrôlement de troupes indigènes dans l’armée française est un des aspects) est devenu sensible (voir cet article de l'Express intitulé La mémoire à vif et le récent dossier du Café pédagogique, Enseigner le fait colonial). Le titre même du film a pris une connotation polémique que n’imaginaient sans doute pas ses auteurs, depuis la publication au printemps dernier du Manifeste des Indigènes de la République qui fait du terme l’étendard d’une révolte contre la perpétuation des discriminations racistes et le "colonialisme post-colonial".
C’est dire si ce film, qui devrait susciter une très forte demande chez les élèves, est attendu avec intérêt et curiosité par les enseignants d’histoire - géographie. En attendant les premières images (dans un entretien à Libération du 21 septembre, Rachid Bouchareb parlait d’une sortie à la date - doublement - symbolique du 8 mai, mais le distributeur annonce plutôt septembre 2006), on pourra patienter avec L’ami Yabon, projet d’une toute autre ampleur mais au sujet parallèle. |
| |
Source : http://cinema-education.fluctuat.net |
|
 |
 |
Interview du réalisateur Rachid Bouchareb |
| |
Son film "Indigènes" a été récompensé à Cannes et montré au Festival de Locarno jeudi. Pour swissinfo, Rachid Bouchareb évoque la guerre et le Liban. De parents Algériens, le cinéaste né en 1953 jette un regard douloureux sur l'impuissance du cinéma à changer l'homme. Grand film de guerre, à la fois classique et bouleversant, «Indigènes» a été chaleureusement applaudi sur la Piazza Grande, où il était présenté en première internationale.
Il a valu à ses acteurs (Jamel, Samy Naceri, Roschdy Zem, Sami Bouajila, Bernard Blancan) un prix d'interprétation masculine collectif à Cannes.
A travers quatre soldats maghrébins, le film évoque les cent trente mille «indigènes» engagés dans l'armée française pour libérer la France en 1944-45. Son réalisateur Rachid Bouchareb s'explique.
Comment vous est venu ce projet de film et qu'avez-vous voulu montrer ou dire à travers lui ?
Rachid Bouchareb: J'avais envie de faire ce film depuis une dizaine d'années. A l'époque, je me suis très vite dit que l'envie n'était pas suffisante. Qu'il fallait que j'attende un peu. Je me suis réellement mis au travail il y a quatre ans. J'ai commencé à écrire le scénario et à faire des recherches. J'y voyais un sujet important pour la société française. Faire connaître ce moment d'histoire était important pour moi.
S'agit-il pour vous d'un film purement historique ou est-ce une manière aussi de parler d'aujourd'hui ?
Ce film historique doit servir à voir le présent et à réfléchir sur l'avenir. Sur la relation de la France avec son ancien empire colonial. Les relations existent aujourd'hui encore. Elles ont des hauts et des bas. Réfléchir donc pour leur donner une bonne direction. Il y aussi toute l'immigration en France, qui représente 10% de la population. Entre 5 et 6 millions de personnes sont issues des anciennes colonies françaises. Ces personnes doivent savoir que leurs grands-parents sont morts pour que la France soit un pays libre. C'est important pour aujourd'hui et demain.
Y a-t-il un lien à tirer entre votre film qui évoque une période historique bien précise et le Liban d'aujourd'hui, à feu et à sang ?
On peut seulement dire qu'il y a soixante ans, des centaines de milliers de soldats musulmans se sont battus pour que l'Europe soit libre. Ces soldats musulmans allaient en première ligne au nom de «Allah est grand!» faire reculer le nazisme et libérer l'Europe de l'occupation allemande.
En tant que cinéaste d'origine maghrébine, quel est votre regard sur le conflit au Liban ?
J'ai un ami là-bas nommé Ziad (Doueri). Il me dit au téléphone que les bombes sont en train de casser le quart du pays. Tous les ponts, les immeubles. Pourquoi ? Cette solution - raser à nouveau le Liban - est complètement stupide. Je suis contre cette méthode de destruction totale. La guerre est toujours un truc horrible. Il faut combattre pour trouver d'autres voies de discussion et de compromis que celle des armes. Toutes les guerres sont horribles. Au Moyen-Orient, au Liban, en Afrique ou n'importe où dans le monde, dans le passé, le présent ou l'avenir, je suis opposé à cette forme de règlement des situations.
Ce conflit au Liban vous donne-t-il l'envie de prendre la caméra ?
Oui, bien sûr! J'ai déjà produit le premier film de Ziad. Il s'appelle «West Beyrouth». Ziad a un autre projet qui va raconter toute la diplomatie du Moyen-Orient et tout le conflit israélo-palestinien par le biais de personnages pacifistes. Ce prochain film va s'appeler «Men on the middle». C'est à travers ce film là par exemple – étant aussi producteur – que je vais apporter mon adhésion et m'associer au regard du cinéaste.
Face au déchaînement de l'horreur, le cinéma n'est-il pas désarmé ?
Oui, c'est vrai. Qu'est-ce qu'un film à côté d'une vie humaine ... rien. Savoir qu'on est inefficaces devant ce type de situations est douloureux. Il est douloureux de constater la récurrence des guerres. Faut-il avoir de l'espoir en l'homme? C'est lui qui choisit son destin... L'homme étant responsable, il faut lui faire une guerre mentale. Mais le cinéma l'a faite déjà tellement de fois. Alors... je ne sais pas. C'est désespérant, oui.
Propos receuillis par Pierre-François Besson à Locarno |
| |
Source : http://www.swissinfo.org/fre/swissinfo.html?siteSect=104&sid=6948734&cKey=1154963847000 |
|
 |
|