Ciné-club éducatif & culturel de Mons (CCEC)
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Babel  réalisé par Alejandro González (Sortie Nationale)
   
Titre original Babel
Réalisation Alejandro González
Scénario Guillermo Arriaga & Alejandro González Iñárritu
Interprétation Brad Pitt, Cate Blanchett, Peter Wight, Harriet Walter, Trevor Martin, Matyelok Gibbs, Claudine Acs, André Oumansky, Michael Maloney, Dermot Crowley, ...
Musique Gustavo Santaolalla
Photographie Rodrigo Prieto
Pays U.S.A.
Année 2006
Durée 2h 15min.
Genre Drame
Production Steve Golin, Alejandro González Iñárritu & Jon Kilik
Scoops  
 
 
 
La projection aura lieu à IMAGIX - Mons - Plan d'accès
Le jeudi 16 novembre 2006
Le film est projeté en version originale anglaise sous-titrée en français
Le film est projeté sans entracte ni publicité
Les séances :
 
  • 17h00 et 20h00 avec présentation et feuillet sur les films à chaque séance
  • 14h30 et 22h30 sans présentation et feuillet sur les films à chaque séance
 
 
Armés d'une carabine Winchester, deux jeunes Marocains surveillent le troupeau de chèvres familial. Dans le calme de l'immensité désertique, ils décident de tester l'arme. Mais la balle va bien plus loin qu'ils ne l'imaginaient. En un instant, les vies de plusieurs groupes d'étrangers, sur trois continents différents s'entrechoquent: un couple d'Américains, un adolescent rebelle japonais et son père, une nurse mexicaine qui, sans permission, fait traverser la frontière à deux enfants ...
 
 
Festival de Cannes 2006
 
  • Récompense du meilleur réalisateur décernée à Alejandro González Iñárritu
  • Prix du jury Oeucuménique décernée à Alejandro González Iñárritu
  • Grand prix technique pour le montage déderné à Stephen Mirrione
  • Nominé pour la palme d'Or
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cinefemme
  Tourné en anglais, arabe, espagnol et japonais, film-événement du dernier Festival de Cannes, "Babel" vous happe dès les premières images et ne vous lâche plus. Un chef-d’oeuvre.
  Source : http://www.cinefemme.be/cms/coupcoeur.php
   
cinemovies - Sophie Hay
 

Inarritu, pour moi, c'est l'art de combiner une histoire, une musique et la réalisation. C'est un habitué du film chorale. Ces oeuvres précédentes ont même lancé toute une panoplie de films chorales. Cela dit, il reste le maître, à une exception près : Crash, de Paul Haggis.

Bref, cette fois-ci, avec Babel, il s'en sort mieux qu'avec 21 grammes, où personnellement il avait été au plus loin dans le genre avec un montage très prononcé. La musique de Babel est encore signée par le même compositeur que d'habitude, à savoir Gustavo Santaolalla, dont les morceaux de guitare sèche sont bien encrés et nous aident à tomber dans l'émotion. Arriaga fait toujours un sans faute. Il est indéniable qu'on pensait qu'il était la pièce maîtresse du jeu. A se demander ce que donnerait un film de Inarritu, sans ce scénariste…

Cela dit, on se laisse gifler par la réalisation extraordinairement belle, surtout pour les scènes qui ont lieu au Japon et particulièrement la scène en boîte de nuit qui est absolument géniale. C'est explosif. On vit dans la peau de la japonaise réellement ! Il mérite la Palme d'Or aussi pour ça. Oui, oui, je n'ai pas peur de le dire. Inarritu, c'est ma Palme d'Or. Il la mérite depuis Amours chiennes, que personnellement je préfère à 21 grammes, certainement grâce à l'effet de la première découverte hasardeuse du réalisateur. Il dresse subtilement dans Babel un portrait de l'Amérique décapant : le touriste en surpoids, pollueur et égoïste.

Les journalistes qui courent après l'information pour être les premiers à la diffuser, peu importe que ces informations soient vraies ou fausses. Puis, le fait que les riches américains abusent de la main d'oeuvre mexicaine à travers la nourrice, qui travaille aux USA depuis plus de 16 ans et qui n'a toujours pas de papiers américains ! Qui plus est, la méfiance et la paranoïa sont aussi relevés par le fait que les autorités américaines ne font pas confiance au système de secours marocains en préférant envoyer un hélicoptère qu'envoyer une ambulance marocaine venir chercher la femme blessée.

Il y aurait tant de choses à écrire encore sur ce film qui relève tellement de belles choses justes, en toute simplicité, au plus proche de la vérité. Les acteurs et actrices sont très forts dans ce film également. Adriana Barraza jouant le rôle de la nourrice, Amelia, y est très touchante tout comme les enfants d'ailleurs. Certains osent dire qu'elle pourrait recevoir le prix d'interprétation féminine… Pour le moment, je donnerais tous mes prix à ce film…

  Source : http://www.cinemovies.fr/fiche_critique.php?IDfilm=8060
   
pathefilms
  Grâce à des acteurs inspirés, un scénario de Guillermo Arriaga et une conviction qui abat les clichés, ‘Babel’ trouve sans cesse ses assises, gratte le ciel en scrutant le cas individuel comme le dossier de société.
  Source : http://www.pathefilms.ch
   
Art & Fact
  "Babel" est un film intimiste présentant une épopée poignante. Le réalisateur y livre une vision contemporaine du mythe biblique décrit comme étant à l'origine de la diversité des langues. Le film traverses des cultures différentes au travers de trois continents et quatres langues.
  Source : http://art.e.fact.free.fr/?2006/10/13/19-babel-alejandro-gonzalez-inarritu
   
fluctuat.net - Anne-Laure
 

Babel est un film choral. Si on a vu avec Nicole Garcia que mêler les récits de manière à ce qu'ils s'entrechoquent n'était pas des plus évidents, on reconnaît aujourd'hui à Inarritu cet indéniable savoir-faire. Pourtant au regard de ses précédents films, on a un peu l'impression qu'il se borne à appliquer une recette, bonne certes, mais un peu systématique.

Babel c'est trois histoires : la première se passe au Maroc. Un couple d'américains voyage et se fait tirer dessus par deux enfants qui essaient un fusil. Ce couple habite du côté de San Diego et fait garder ses enfants par une nourrice qui doit se rendre au mariage de son fils et les y emmène. Ce fusil est arrivé au Maroc par l'intermédiaire d'un touriste japonais.

Aujourd'hui il habite à Tokyo avec sa fille, sourde. Ainsi liées par le hasard du destin, ces histoires traitent en substance de la difficulté d' être un enfant né quelque part. Touchant, notamment grâce à l'interprétation des jeunes acteurs, le film a bouleversé ici un public assez large. Parfois un peu larmoyant, il tient une belle réflexion sur les conséquences du voyage et de la confrontation au monde. S'il tombe parfois dans l'artefacts, Inarritu peut toutefois prétendre à la Palme tant son film pourra de manière non scandaleuse, créer le consensus.

  Source : http://cinema.fluctuat.net/blog/tag-alejandro-gonzalez-inarritu.html
   
dvdrama - Romain Le Vern
  Après Amours chiennes et 21 grammes, deux fictions remarquables qui charcutaient les codes du film choral pour enchâsser les points de vue et édifier des tragédies poignantes, Alejandro Gonzalez Iñárritu persiste dans ce registre avec Babel, prix de la mise en scène au dernier festival de Cannes. Une œuvre définitive et terrassante.
  Source : http://www.dvdrama.com/news.php?16949
   
comme au cinema - Aurélia Mounier
 

Une tour en or !

Babel ou l’histoire improbable de trois groupes de personnes dont les vies, malgré eux, vont s’entrecroiser à différents endroits du monde. Vous l’aurez compris, ce film est international et multiculturel à l’image de son impeccable casting où des stars telles que Brad Pitt, Cate Blanchett et Gael Garcia Bernal côtoient des acteurs inconnus dont certains sont mêmes des amateurs (Rinko Kikuchi, Boubker Ait El Caid et Said Tarchani). Grâce à une interprétation parfaite de l’ensemble du casting, vous serez pris dès le début dans la tourmente de ces âmes esseulées.

Si les thèmes abordés, (la différence culturelle, l’amour, le manque de communication) donnent l’impression d’un film fourre-tout, le réalisateur mexicain Alejandro González Inárritu, auteur de 21 Grammes, relève le défi de nous faire entrer dans ces tranches de vie où tout va basculer en quelques minutes, en quelques heures. La vie est faite de choix, petits ou grands, qui auront forcément une importance un jour ou l’autre. Comment un haut cadre japonais parti au Maroc chasser il y a plusieurs années, va transformer la vie d’une famille autochtone ?

Par ailleurs, Inárritu, grâce à de subtils changements de plan et de musique, parvient à nous faire passer du Japon au Mexique en passant par le Maroc, entremêlant les histoires comme si elles n’en faisaient qu’une. Même si lors des premières minutes le spectateur a un peu de mal à s’y retrouver, très vite le fil conducteur du film nous apparaît et nous entraîne corps et âme au cœur du destin de ces familles et malgré les 2h24 de film, vous passerez un excellent moment de cinéma, ce qui est très rare ces derniers temps.

Le prix de la mise en scène reçu à Cannes est plus que mérité pour Alejandro González Inárritu. Les acteurs auraient également mérité un petit quelque chose également.

  Source : http://www.commeaucinema.com/critiques-46393.html
   
voir - Manon Dumais
 

Tissé de récits se répondant brillamment les uns aux autres, Babel nous transporte au Maroc, où un couple (Brad Pitt et Cate Blanchett) est victime d'une balle perdue, au Japon, où un veuf survit difficilement au suicide de sa femme alors que sa fille sourde-muette découvre sa sexualité (Koji Yakusho et Rinko Kikuchi), et au Mexique, où un jeune homme a conduit sa tante, qui n'a pu se faire remplacer comme gardienne auprès de deux jeunes enfants américains, au mariage de son fils (Gael Garcia Bernal et Adriana Barazza).

Dans chaque histoire, c'est la vente de la même arme à feu qui changera le destin de plusieurs des personnages: "Je pense qu'il y a beaucoup de préjugés dans la société, nous nous jugeons facilement les uns et les autres, confiait Alejandro González Iñárritu, lauréat de la mise en scène au Festival de Cannes. L'incommunicabilité n'existe pas qu'entre les nations, mais dans les familles, les couples. Dans chaque couche de la société, on n'arrive pas à écouter l'autre, on parle beaucoup sans écouter. Avec Babel, je voulais exprimer, au-delà des barrières linguistiques, notre inhabilité à exprimer l'amour ou à être touché par l'amour."

Fruit de la collaboration entre l'excellent réalisateur mexicain et le génial scénariste Guillermo Arriaga (Amores Perros, 21 Grams, tous deux d'Iñarritu , et The Three Burials of Melquiades Estrada de Tommy Lee Jones), ce film choral magnifique, lyrique et envoûtant démontre comment l'étroitesse d'esprit de l'homme peut être fatale. Sortie prévue pour novembre.

  Source : http://www.voir.ca/cinema/cinema.aspx?iIDArticle=43462
   
le monde - Jean-Luc Douin
 

Dès son premier film, Amours chiennes (2000), le Mexicain Alejandro Gonzales Inarritu a inventé un type de récit. A partir d'un accident de la circulation, d'une bêtise, qui provoque une série d'effets en chaîne conduisant des personnages étrangers les uns aux autres à se retrouver étroitement associés, ou entraînés dans une tragédie qui bouleverse leur cellule familiale, il mène de pair plusieurs récits en nous faisant comprendre au fur et à mesure quelles connexions les relient.

Le défi est ici plus ambitieux que d'habitude. Babel implique des personnages qui vivent sur trois continents différents. Au Maroc, un éleveur de chèvres acquiert un fusil, qu'il confie à ses deux fils avec mission de tuer tout chacal menaçant son troupeau. Les gamins s'amusent à tirer à tort et à travers, visent un autocar qui passe au loin, chargé de touristes, dont un couple de jeunes Américains. La balle atteint l'épouse, qui s'effondre. Ainsi s'assemble un puzzle.

Tout en dépeignant l'enquête de la police marocaine et l'effondrement moral du sniper inconscient, Inarritu suit les démarches de la police japonaise, qui, à Tokyo, entend retrouver le propriétaire du fusil, ainsi que l'angoisse de l'époux américain cherchant à faire soigner sa femme perdant son sang en plein désert, et celle de la nourrice à laquelle il a confié ses deux enfants en Californie, une Mexicaine qui a pris le risque d'emmener les deux mômes à un mariage de l'autre côté de la frontière et les a perdus. Outre la description des imprévisibles conséquences du coup de feu initial, Babel orchestre de concert une cascade de drames.

Le couple est en quête de renaissance depuis la mort de leur troisième enfant, la nourrice travaille illégalement sur le sol américain, et le Japonais, veuf, a des difficultés avec sa fille, une adolescente sourde-muette qui projette de compenser son déficit d'affection en cherchant un partenaire sexuel. Cette quadruple intrigue permet à Inarritu de mettre en valeur sa virtuosité narrative, sa dextérité à mêler réalisme et onirisme, sa maîtrise de la direction d'acteurs, son talent à générer de très belles scènes d'émotion. Il est à l'aise dans l'évocation des désarrois les plus poignants, des intimités en détresse, comme dans celle des euphories innocentes ou artificielles (son cocktail d'images et de sons, lors du retour des Mexicains sur leur sol natal pour assister à un mariage, est splendide).

Transposer les ratés de la communication dans les blessures du corps est une belle idée, que l'auteur exploite néanmoins avec un rien d'insistance, et le message généreux sur l'urgence d'abolir les barrières de langues, de cultures et de suspicions politiques entre les hommes clignote de façon subliminale.

  Source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-766360,36-775473,0.html
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rtl
 

L'incommunicabilité (entre peuples, parents et enfants, gouvernements ou dans un couple) est au centre de cette production américaine basée sur l'interdépendance des actions des personnages et leurs conséquences sur la vie des autres, un mécanisme cher à Inarritu.

"Le titre Babel synthétisait bien tous les problèmes de communication", a commenté Inarritu en faisait référence au mythe biblique expliquant comment Dieu a créé les différentes langues pour désunir les Hommes et les empêcher de construire une tour jusqu'au Paradis. "Mais pour moi, ce n'est pas le langage le problème, ce sont les préjugés et les idées préconçues, a-t-il ajouté. Ce film traite non pas de ce qui nous sépare mais de ce qui nous réunit, quel que soit l'endroit où l'on habite".

  Source : http://www.rtl.be/page/rtlinfo/articles/international/209.aspx?articleid=60061
fluctuat.net
 

Alejandro González Iñárritu est un homme aux multiples casquettes. Il commence sa carrière professionnelle à 21 ans comme animateur sur une des radios les plus populaires de Mexico, avant d’en devenir le directeur. Parallèlement, il étudie le cinéma et le théâtre, il compose des musiques de films, et devient en 1990 le directeur artistique du plus important groupe télévisuel mexicain, Televisa. Il y fait ses premières armes de réalisateur en tournant des publicités.

Il monte une société de production, Zeta Films, et part aux Etats-Unis parfaire sa formation de cinéaste. En 2000, il réalise Amours chiennes, son premier long métrage, et fait une rentrée remarquée dans le monde du cinéma. Fruit de deux ans d’écriture avec Guillermo Arriaga, il raconte les destins croisés de plusieurs personnages à Mexico, et sera primé dans plusieurs festivals. Il participe ensuite à un projet collectif sur le 11 septembre, aux côtés notamment de Sean Penn, Ken Loach, Wim Wenders.

Ce qui lui ouvre les portes de Hollywood. Son deuxième long métrage, 21 grammes, est produit aux Etats-Unis et rassemble un casting international. Son dernier film, Babel - qui forme, avec les deux premiers une trilogie - a obtenu le prix de la mise en scène au festival de Cannes 2006. Iñárritu est reconnu pour son inventivité et son talent de metteur en scène, maniant particulièrement bien l'enchevêtrement de différents récits.

  Source : http://cinema.fluctuat.net/alejandro-gonzalez-inarritu.html
   
avoir a lire - Thomas Delord
 

Adepte des destins croisés, le Mexicain prodigieux a fait son trou en deux longs métrages très remarqués.

Alejandro González Iñárritu est né en 1963 à Mexico City. Il débute sa carrière à 21 ans pour la radio en produisant et animant une émission consacrée au rock. L’émission devient une de plus populaire de Mexico et Iñárritu est rapidement nommé directeur de WFM.

Il décide ensuite de se lancer dans des études de cinéma puis entame, en 1990, une carrière de directeur artistique chez Televisa, le plus grand réseau de télévision du Mexique. Un poste qui lui permet de débuter dans la réalisation de nombreux films publicitaires. Par ailleurs, il fonde en 1991 l’agence Zeta Films, spécialisée dans la production de programmes audiovisuels.

Après s’être formé à la direction d’acteurs aux Etats-Unis, Iñárritu réalise un premier moyen métrage pour la télévision en 1995, un thriller avec notamment Miguel Bosé. Puis il commence à écrire le script de son premier film pour le cinéma en collaboration avec Guillermo Arriaga. Après deux ans d’écriture et trente-six versions différentes, les deux hommes se lancent dans la réalisation du projet pour lequel ils réunissent un budget modique de 3,5 millions de dollars. Amores perros (Amours chiennes) dépeint les destins croisés d’une dizaine de personnages réunis autour d’un accident de voiture.

Projeté en première mondiale au Festival de Cannes en 2000, le film reçoit le grand prix de la Semaine de la critique puis fait le tour des festivals internationaux et remporte de nombreux lauriers (Bogota, Chicago, Cuba...) Enfin Amores perros est nominé à un Oscar ainsi qu’à un Golden Globe. Un tel succès ouvre à Alejandro González Iñárritu les portes d’Hollywood. En 2001, il produit et réalise Powder keg, un court métrage pour la société BMW. Ce film remporte trois Clio Awards. Iñárritu devient vite le cinéaste mexicain le plus sollicité. Il réalise un nouveau court métrage dans le cadre du projet consacré aux attentats du World Trade Center, 11’09’01 September 11, aux côtés de Wim Wenders ou encore Ken Loach.

En 2002, deuxième long métrage, 21 grammes, une œuvre poignante et lyrique produite par un studio américain et qui réunit une distribution internationale. Sean Penn reçoit en 2003 un prix d’interprétation à Venise pour sa performance de malade en attente d’une greffe du cœur. Pour Babel, encore une distribution prestigieuse (Cate Blanchette, Brad Pitt) et une sélection à Cannes en 2006.

  Source : http://www.avoir-alire.com/article.php3?id_article=4082
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comme au cinema - Amélie Chauvet
 

Interview d'Alejandro González SUR bABEL

La tour de Babel

"Je n’ai pas de leçon particulièrement au sujet de la tour de Babel. Je ne fais pas des films pour donner des leçons ni pour prêcher quelque chose. J’ai trouvé ce titre deux mois avant le début du tournage. Babel résume les problèmes de construction autour de cette tour, notamment ceux de l’incommunicabilité ou des idées préconçues. Le film traite non pas de ce qui nous sépare mais de ce qui nous réunit. Nos problèmes étant les mêmes où que nous vivions."

Le Maroc et le Japon

"Pour le Maroc, en fait, dans script nous avions prévu la Tunisie mais je connais le Maroc depuis longtemps, j’adore ce pays et ses habitants. J’ai donc voulu tourner là-bas pour des raisons personnelles. Quant au Japon, je l’ai découvert pour la première fois en 2000 au festival de Tokyo. J’en ai gardé un très bon souvenir et y suis retourné plusieurs fois. J’adore la culture japonaise, ce contraste entre futurisme et traditionnel."

L’objectif du film

"Je souhaitais faire une sorte de radiographie ou de photographie par rayon x du monde. Montrer ce qui se passe en nous. Voir que l’on considère toujours l’autre comme une menace. On n’arrive plus à écouter, à comprendre l’autre. Mon objectif était de faire un film sur les préjugés sans les préjugés."

La chronologie

"Après 21 Grammes qui était une sortie d’exercice, d’expérimentation où une scène n’avait rien à voir avec une autre, je ne voulais pas jouer de nouveau sur la fragmentation. Babel est donc plus linéaire, plus chronologique. Ainsi, le spectateur n’est pas distrait par la chronologie.

Les liens entre personnages

"Les liens que je voulais créer entre mes personnages ne sont pas des liens physiques. En tant qu’être humain, ce qui vous rend heureux est très différent d’une personne à l’autre, pas ce qui vous rend triste. Ce sont plutôt les malheurs que nous partageons. D’où l’impossibilité d’être touché par amour, d’exprimer son amour. Et cela peut rendre n’importe lequel d’entre nous fou et arriver à tout le monde. Les liens entre les personnages du film tournent donc autour de cela, quelques soient leurs origines ou leur langue, ils ont tous une incapacité à s’exprimer. Babel est un film sur des être humains, pas sur des Américains ou des Marocains mais sur des êtres humains."

Pour finir, il semblerait comme je le disais que nous ne sommes pas les seuls à décerner notre Palme d’or à Babel, un journaliste ayant même demandé au réalisateur ce qu’il dirait quand on lui remettrait la Palme d’Or ...

  Source : http://www.commeaucinema.com/interviews-46393.html
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Peau neuve - Stéphane Mas
 

Tex-mex bible fiction ogre monster

Coup d’arrêt d’une trilogie entre vie et mort, Babel parachève le discours et la forme d’un cinéaste qui trouve sa mue dans la répétition. Une balle percute un trio d’histoires et de vies sur le fil de la mort. Des personnages en mal de parole, réduits à l’abandon chez un cinéaste jouant la corde par la caricature afin d’ouvrir sa langue aux foules d’Hollywood. La bible bien en bouche, Inarritu s’offre un portrait-monde du contemporain par l’Amérique du dehors, sous coutures post 9/11.

Au départ était le verbe. Juste après le négoce, les armes, et peut-être un truc trouble qui ressemble à de l’amour. Cinq cent dirhams plus une chèvre pour décimer quelques chacals. Une poignée de corps à la poussière, au milieu d’un désert en plein vent. Deux frères bergers jouent avec un fusil que leur père vient d’acheter. Une balle sur un bout de rocher pour se défier à l’adresse, rendre manifeste leur rivalité. Ils pourraient être Abel et Caïn. Ils se nomment Ahmed et Youssef. Et leur sœur n’est pas rousse, Zohra, qui sait dévoiler sa beauté ingénue.

L’innocence toujours coupable

Inarritu s’attache aux racines. En quelques plans, c’est la bible aujourd’hui coupée d’un fantasme, un air d’accident. Des jeux d’enfants, en toute innocence. A la cible trop facile des rochers, quart de tour sur une cible vivante. Un bus blanc qui serpente sur une route en plongée. La chute, l’angle, l’incidence de l’innocence sur une vie qui bascule.

Inarritu et Arriaga, cinéaste et scénariste, pourrait-on dire comme s’il s’agissait d’un seul homme, conservent au centre de leur collaboration un noyau dur, une marque commune sur leur peau - l’innocence est toujours coupable. Seule change l’inclinaison du plan. A la nuit noire horizontale de 21 Grams correspond désormais le zénith sur les pierres marocaines. Qui n’a jamais dit que Babel cherchait à joindre Pise ?

What the boss says, you must do

Amelia est une Mexicaine dévouée au bonheur de deux anges. Ils sont beaux, blonds et blancs. Elle est ronde, brune, hispanique. Une nourrice trop parfaite dans une grande maison sans parents près d’une ville frontière des Etats-Unis. Au téléphone, son patron impose des heures sup’ pour s’occuper des enfants. Plus longtemps que prévu. Rien d’inhabituel en somme, si ce n’était le mariage de son fils ce jour-là. Elle cherche à parer l’obstacle, argumente, rien n’y fait. Amelia gardera donc les enfants durant le mariage.

Inarritu sert d’abord la couleur. Des bruns sombres et ocres pour les frères du désert contre la transparence blanche des touristes. Le bus, la chemise, le visage de Cate Blanchett à travers la vitre. Tout est blanc immaculé chez ceux qui, en haut du bus, regardent les ombres noires courir à terre. Une bipolarité là-bas que l’on retrouve ailleurs pour mieux joindre les deux bouts d’un corps identique. Ainsi, à l’inverse du Maroc segmenté, organisé dans l’échelle des espaces, des langues et du social, le Mexique se fait passerelle et point de rencontre entre deux univers.

Bicolor Mexico : paradise of coke

L’un bordé de sang, animal, presque indien, l’autre blanc couleur peau, purifié d’idéologie. Un territoire à la croisée de deux Amériques qu’Inarritu célèbre dans une mise en scène magnifique. Métissage de lumières, de décors surtout, d’un Mexique habité par l’Amérique jusqu’à se lover dans son coke. Les banderoles du mariage rappellent ainsi d’autant mieux les lianes blanches du cola coke que le couple Blanchett / Pitt apparaît pour la première fois à l’écran en pleine crise autour du breuvage à bulles bien connu.

Un couple à la déchirure blanche qui se teintera de rouge. Susan et Richard sont en voyage de deuil, voyage organisé auquel Inarritu prépare un coup fatal. Une balle en l’occurrence, et qu’importe si l’angle d’incidence semble par trop irréaliste, il n’empêche pas de toucher l’épaule dans un grand bruit d’éclat.

Raccord et des raccords. King of continuity

Inarritu passe en maître au raccord. La preuve par trois pour trois raccords en un, le tout orchestré d’un magistral delayed effect. La balle, projectile au désert, devient ballon de volley chez les amis nippons. La détonation de l’arme, reprise par le smash en service de la jeune Chieko, claque le son pour un mouvement du ballon vers le haut s’opposant à la plongée de la balle vers la vitre. Grand art et dépendance, qu’on peut pousser plus loin lorsqu’on voit ces lignes blanches du terrain reprendre en plus subtil le rectangle blanc du bus. Qu’on peut pousser toujours, lorsqu’au cri d’une femme touchée par une balle correspond le silence d’une jeune fille sourde-muette qui la frappe, elle, la balle.

Montage et castration : empêcher/ajourner la jouissance

Maroc, Mexique Japon. Un troisième lieu par le bruit, le mouvement, la stridence des sifflets d’un gymnase raccordant cut à la panique du bus. Le spectateur propulsé au japon bascule d’abord sans comprendre. Ce n’est qu’après le point, le choc analysé, que l’on trouve les échos. D’un côté comme de l’autre, touristes comme volleyeuses, tout le monde crie et personne n’entend.

L’émotion n’advient pas. Coupée dans son élan par un autre événement, un autre lieu, une autre séquence. Le principe même du film choral, exerçant ses coupes de montage avant l’événement, est ici décuplé par une coupe en plein centre, au plus haut du climax. L’événement comme éclat, suivi d’une coupe bien sèche empêchant l’empathie, l’identification, le sentiment d’advenir. Ou plutôt, leur ajournement. Car cette disparition tient en latence pour mieux reparaître plus tard, deux fois plus fort puisque l’on sait déjà et qu’on est en demande. L’effet créé, aussi simple qu’efficace, amène un vrai-faux désordre où chaque fin de séquence devient à son tour climax d’une autre séquence jumelle.

Motifs et caricatures - Du cinéma hollywoodien

Jumelle d’un vaste monde où l’ironie pullule. Sévère contraste entre les photos de footballeur extraites d’un journal et placardées aux murs de la chambre d’Ahmed et Youssef contre la galerie d’écrans géants du bar branché où batifole Chieko. Sévère contraste encore, l’extrême pauvreté face à l’extrême richesse, une pauvre cabane en terre contre un balcon vitré d’une tour, de vilains policiers contre de gentils tex-mexs. Alors quoi ? Symbolisme appuyé, tiers-mondisme bobo, manichéisme bêta ? S’il tend lourd le bâton pour se faire battre fort, Inarritu fait pourtant bien place nette.

Niet, donc. Tous ces jeux-là d’échos, de contrastes, de rappels, sont là pour faire le jeu. D’une toile de caricatures, de traits forcés, grossiers, qui servent une fonction bien précise - l’identification la plus simple, la plus rapide possible avec le personnages. Les stéréotypes de chacun, donnés comme traits d’esquisse, vont s’affiner à mesure, subir la torsion du scénario. Des faits pour des raccords, la pointe aux lèvres en plus. Inarritu n’a pas besoin de 25 millions de dollars pour dire que riches comme pauvres font l’expérience du deuil. L’intention est ailleurs. A l’instar de Gaghan et Clooney, le cinéaste cherche plutôt à mettre en bouche d’Hollywood une chienne et solide petite mâchoire d’altérité.

L’adolescence en désarroi - Portrait d’une nippone en jeune nymphe

Déjà dans Amores Perros, puis 21 Grams, Inarritu affichait sa science alerte en raccords. De même qu’il traitait le paradigme de l’innocence et de la culpabilité au cœur de la culture américaine. Ou plus précisément, l’impossible pardon face à la culpabilité d’un paradis mis au saccage avant d’être perdu. Il en reste les corps, la bascule permanente entre la vie et la mort, pour un regard qui cette fois se déporte de la marge vers le centre. Exit la mère toxico et le taulard converti. Ne reste face caméra que de gentilles têtes blondes, une nourrice trop parfaite, une gamine pré-pubère.

La jeunesse nippone, fidèle à son iconographie, s’affiche technologique, digitale et branchée, avec une ombre en sus - elle est sourde et muette. Du moins Chieko, personnage principal dont le défaut de langue n’empêche pas le corps d’être surchargé de signes. Caricature bienveillante d’une ado portant la mini-jupe avec ou sans culotte, chaussettes blanches jusqu’aux genoux et hystérique à ses heures.

Une gamine ne cherchant ni plus ni moins que l’amour des garçons. Une presque jeune fille en quête de nourriture pour son monstre poilu. Ils sont trois qui frôleront son ardeur : un ado à mèches d’Elephant, un dentiste offusqué de pareille audace et un flic trop parfait. Inarritu saisit avec grâce l’adolescence au désarroi : une pulsion de vie dans un chaos très tendre, cette sensation aiguë d’être au mauvais endroit, hors du monde et des autres - la soif de vivre en toute candeur.

Babel de signes intérieurs/extérieurs - La survie

De soi aux autres. Quand même dépêtrée du premier empêchement, celui de la langue, le contact ne prend pas. L’inadéquation est d’abord celle des signes. Chieko interprète mal la visite des policiers. Elle lit mal si les lèvres vont trop vite, et lorsqu’elle se dévoile entière, tout s’effondre et ne laisse dans la nuit qu’un corps vide, une chair verticale, pâle doublure en suspend d’une multitude d’immeubles. Toute la partie japonaise met ainsi en scène le gouffre entre un monde extérieur du trop plein (urbanité, technologie, communication) et une vie intérieure dévastée (de désir, de silence, de séparation).

Un conflit de l’individu face au collectif avec la survie pour seul objet. Problématique universelle qu’Inarritu transmue d’un raccord sec à l’autre bout du monde. Richard et Susan sont les doubles de Chieko. Des corps touchés au plus profond, sans aide, des corps qui battent le rouge, le blanc, le noir, dépourvus d’assistance pour extirper le mal. Si Chieko trouve la bienveillance, quand bien même impuissante, de ses amies et de son père, le couple Pitt / Blanchet se heurte à l’hostilité du groupe de touristes avec lesquels ils sont partis. Que reste t-il alors, si ce n’est Job maugréant l’abandon dans un coin de cette tour ?

Al otro lado, Babel de part et d’autre - Trilogie des frontières

Le groupe est aveugle. Inarritu film du point de vue des victimes. Une femme blanche allongée sur une natte perd son sang près d’une vieille à la peau d’océan. Extirper la balle, recoudre à vif avec une aiguille brûlée à la flamme, sentir les regards, les mains, supplier que tout s’arrête. La femme est couchée dans l’unique pièce d’une maison de terre. A chaque angle de la pièce, un homme se tient là comme en veille. Des plans composés dans une épure de l’ombre qui rappèlent presque Pedro Costa. Bien plus tôt, Richard inaugurait une piéta contemporaine composée par l’envers. Cadré de dos, il portait Susan vers sa case, le bras tombant par terre.

Qu’est-ce donc là sinon un cinéma populaire à l’exigence démesurée ? Une exigence ramenant l’idée/le débat/la bible au centre du mainstream. Et s’il est peu question du peuple dans ce film des origines, sans doute est-ce parce qu’il n’en existe qu’un pour le cinéaste - le sien. Amores perros montrait le Mexique de l’intérieur. 21 grams s’attachait de même à l’intérieur de l’Amérique. Babel navigue de part et d’autre d’une frontera bordant Mexique et USA, des frontières au sens large, par ses thèmes, ses genres, ses rythmes.

Japan vs. Mexico - La caricature comme outil narratif

La frontera d’Inarritu, mobile au zénith, s’étire le long de routes, de voitures, de musiques aux lourdes basses et de postes frontières. Un espace de chair et de sang où les corps s’embrassent, se serrent et se parlent sous poussière et lampions, dans un contraste total à la plastique lisse, géométrique du Japon. Ici l’on arrache la tête des poulets d’un tour de poignet dans les airs, les corps s’aiment et boivent tard pour une liesse collective aux fins de nuit difficiles.

Refusant de manquer le mariage de son fils pour garder ses têtes blondes, Amelia brave donc l’interdit du patron en confiant les bambins ricains à son mexicain de neveu. Le miroir s’inverse mais la méthode demeure. Inarritu love d’abord son spectateur dans un univers rassurant parce que reconnaissable (l’adolescence made in japan, le mariage sauce mexicaine) avant de précipiter l’ensemble au calvaire d’une émotion d’autant plus bouleversante que l’archaïsme qu’elle réveille en nous est extrêmement profond.

L’archaïque émotif - Double désert par deux fois

Susan, Chieko et Amelia sont ainsi toutes trois confrontées à la plus archaïque des terreurs infantiles - l’abandon. Abandon physique et symbolique pour Susan au vu du passif de Richard en la matière, dédoublé au masculin chez Chieko qui a déjà perdu sa mère, total pour Amelia chargée de ses deux petits yankees. Un ressort émotif puissant parce que radical : pour chacune, comme un petit enfant, être abandonné revient simplement à mourir.

Le brio du tandem Inarritu/Arriaga consiste à déplier l’ensemble au décor. Parfait équivalent du ressenti émotif des personnages, le désert (intime pour Chieko, bien réel pour Amelia et Susan) résonne par ses échos bibliques - la fuite (Santiago), le crime (Ahmed et Youssef), l’errance surtout d’Amelia dans un espace invisible où Job semble partout présent. Un no man’s land horizontal brûlé de soleil, de mort lente (on pense au très beau Senorita Extraviata de Lourdes Portillo), trouvant son très beau double vertical et nocturne dans le désert urbain de Chieko.

Rythme & scénario sous clé de voûte hollywoodienne

Babel déploie toute sa puissance dans le lien organique unissant écriture et mise en scène. Personnages, décors, évènements se mêlent ainsi par l’envers du contraste dans un rythme en bascule entre arrêt et mouvement, une ossature de scénario au fond très classique. Lente exposition, accélération brutale d’un événement-rupture, quête d’un retour à normal avant dénouement final, le tout multiplié par trois intrigues jumelles de corps et de propos.

Chacun finit rattrapé par son passé, le fer rouge de la culpabilité bien à vif sur la peau. Et le rythme de doubler le scénario dans sa forme de clé de voûte. Ainsi, aux plans fixes du début, puis à la légèreté, la vivacité de la deuxième partie, succèdent des plans de plus en plus longs, où l’émotion s’enfonce et s’étale à l’envie. En cela aussi, Inarritu tire ses recettes du classicisme hollywoodien - le face à face d’Amelia devant l’officier d’immigration, la dernière scène de Chieko avec le policier remplissent toutes deux parfaitement leur office de tire-larme.

Shooting pain through family

La boucle d’origine reste sans doute la plus belle : deux gamins bergers prennent un bus pour ball-trap et deviennent des terroristes traqués par la police du monde. Inarritu s’enfile au passage une charge épaisse sur l’Amérique des pouvoirs intermédiaires. Une presse vorace d’info spectacle sans la moindre trace d’éthique, une police pavlovienne transpirant la violence, le soupçon et la paranoïa, toujours prompte à provoquer le passage à l’acte d’un individu d’abord et toujours présumé coupable.

Inarritu s’enfile aussi sur le mode des contraires la famille par le corps. Un couple tourne ses rides en tendresse (Amelia-Santiago) tandis qu’un autre renaît dans l’épreuve (Richard-Susan). Une mère redevient petite fille (Susan) alors qu’une ado peine à vivre sans la sienne (Chieko). Deux fils passent aux armes quand les pères sont soupçonnés du pire (le père de Chieko, celui d’Ahmed), et du côté des femmes, la farandole défile. Une reine mariée en blanc vole haut tandis qu’une autre en rouge erre en plein désert. Enfin Chieko, fragile reine noire, ne trouve à s’envoyer en l’air que d’une simple balançoire.

Le talion par l’ironie - presumed guilty - Homo americanus est

Croisements d’épreuves poussées dans la survie, tous les fils de Babel salivent à la souffrance. Certains dénonceront donc ficelles à gros cordages, chantage émotif, parti-pris de bon ton. Inarritu les aura tous bien pris. Car si Babel agite les langues en spirale, il n’en est qu’une en contrefort - l’ironie mexicaine. Celle d’une balle en poitrine pour une femme en rupture, celle d’une jeune muette faisant parler sa bouche secrète, ou d’un Pitt en yankee n’ayant en gage d’amitié à offrir qu’une petite planche à billets.

Son destinataire sera le seul personnage dont le film taira le nom. Un guide faisant office de traducteur. Le seul donc à pouvoir communiquer dans Babel, capable d’opérer le passage d’une langue à une autre, quand bien même par le biais du mensonge. Un double du cinéaste donc, s’occupant à recoudre des fragments de langues et de peau comme Inarritu et consorts le font de leurs bouts d’histoires.

Cinéaste d’hollywood, bible sous coude à la frontière

Babel s’avère donc tout sauf l’illustration chorale d’une mésentente des peuples. Ou plutôt, ce one-line-pitch pour producteurs sert justement de prétexte à montrer tout l’inverse - combien l’universel se retrouve non dans le nombre mais à l’intime de la souffrance et de l’abandon. Inarritu, plus que jamais, s’affirme donc cinéaste moral, obsédé d’une invisible articulation entre innocence et culpabilité.

S’il ausculte l’Amérique, c’est d’une lame entre coutures - intérieures dans 21 Grams, extérieures dans Babel. L’ensemble à la mâchoire d’un homo americanus peu à la fête puisque sa condition existentielle le réduit ici par ironie à n’être que flic ou touriste. Un prêté pour un rendu sans doute. Œil pour œil, dent pour dent. Cerise de provoc sur un gâteau plein de sable, où l’émotion, quand bien même manipulée, finit toujours par advenir, et plutôt trois fois qu’une.

Inarritu signe donc avec Babel un film aussi accessible qu’ambitieux - populaire par ses veines dramatique et sensible, ambitieux moins par son abîme du biblique et du contemporain que par sa manière. Une mise en scène stupéfiante de précision, de fluidité, coupée d’un montage au grand art. Un film où l’innocence s’abîme par la bible au réel, chez un cinéaste mexicain en perpétuelle crise d’hainamoration vis à vis de l’Amérique. S’il y a bien deux frères, avec un œil au centre, la balle est en plein jeu.

Une balle traversant une vitre comme un avion percute une tour. Allégorie de l’Amérique post 9/11 par le désert, l’enfance et le couple, Babel assume son statut de grand film roublard et magnifique, rencontre d’Hollywood version Sirk sous le rire ogre du Mexique, avec de bout en bout, le cinéma pour seule langue.

Analyse de Stéphane Mas

  Source : http://www.peauneuve.net/article.php3?id_article=161
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