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Titre
original |
La raison du plus faible |
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Réalisation |
Lucas Belvaux |
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Scénario |
Lucas Belvaux |
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Interprétation |
Eric Caravaca, Lucas Belvaux, Claude Semal, Patrick Descamps, Natacha Régnier, Elie Belvaux, Gilbert Melki, ... |
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Musique |
Riccardo Del Fra |
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Photographie |
Pierre Milon |
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Pays |
France - Belgique |
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Année |
2006 |
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Durée |
1h 56min. |
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Genre |
Thriller, Drame |
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Production |
Patrick Sobelman |
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Scoops |
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La projection aura lieu à IMAGIX
- Mons - Plan
d'accès |
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Le Jeudi 14 décembre 2006 |
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Le film est projeté en version originale française |
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Le film est projeté sans entracte ni publicité |
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Les séances : |
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- 17h00 et 20h00
avec présentation et feuillet sur les films à
chaque séance
- 14h30 et 22h30
sans présentation et feuillet sur les films à
chaque séance
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| L'histoire se passe à Liège, Belgique, aujourd'hui. C'est l'histoire de quatre hommes, d'une femme et d'un enfant que le destin va réunir. C'est une histoire qui commence dans la chaleur. La chaleur de l'été, la chaleur d'un café où les hommes se retrouvent pour jouer aux cartes. C'est une histoire de pudeur où on ne dit son mal que quand il est trop tard. C'est une histoire où l'argent manque ici, est trop visible là. C'est l'histoire de gens qui n'en peuvent plus, usés, brisés, vidés par leur travail. C'est l'histoire d'hommes qui vont prendre des armes pour aller chercher l'argent là où il est, dans la poche d'autres car ils pensent qu'ils en ont le droit ... |
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politis - Christophe Kantcheff |
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Peut-être Lucas Belvaux a-t-il choisi ce titre pour faire écho à la Raison du plus fort, documentaire de Patrick Jan, Belge lui aussi, sur la criminalisation de la pauvreté : les thèmes de leurs films sont voisins, les personnages qui y figurent appartiennent à la même classe sociale.
La Raison du plus faible commence comme un film des frères Dardenne - il se déroule à Liège, ville industrieuse et largement touchée par la déliquescence sociale - pour peu à peu se transformer en vrai thriller, entre Deray et Melville. Tout tourne autour d’une mobylette, que Patrick (Éric Caravacca), au chômage, n’a pas les moyens d’acheter à sa femme (Natacha Regnier), qui travaille dans une laverie loin de chez eux.
Aux yeux des amis de Patrick - des ouvriers vieillissants (Patrick Descamps et Claude Semal, acteurs remarquables) qui ont été un jour remerciés par l’usine où ils travaillaient -, cette situation doit pouvoir trouver une solution. D’autant qu’ils ont le sentiment amer d’avoir usé leur vie au boulot, d’y avoir été exploités, tout en ayant contribué à l’édification de la fortune de quelques-uns. Or, il font la connaissance d’un ex-taulard, tombé pour cambriolages (Lucas Belvaux lui-même).
Si celui-ci a décidé de rentrer définitivement dans le rang - il a trouvé un emploi chez Jupiler -, il donne malgré lui de dangereuses idées aux vieux amis de Patrick. La Raison du plus faible décrit comment des humbles, des dominés, parce qu’ils n’ont plus que ce moyen-là à leur disposition pour réagir au sort qui leur est fait, entrent dans l’engrenage de la (grande) délinquance. Le coup qu’ils préparent est leur horizon d’espoir : il sera aussi le piège qui se refermera sur eux.
un des mérites de ce film est de décrire ce processus sans jugement moral, mais sans en faire non plus un acte d’héroïsme. Dans une des séquences les plus marquantes, le personnage de Lucas Belvaux demande à l’un des deux vieux amis de Patrick d’imaginer la manière dont se déroule un casse, pour mettre à l’épreuve sa détermination : il lui fait le récit de l’action avec précision, et l’autre doit tout visualiser les yeux fermés, jusqu’à le vivre presque réellement. Or, dans son récit, le coup dérape dans le sang.
La violence à venir est déjà là, perceptible. Lucas Belvaux signe un film de race superbement photographié, un film noir d’un grand classicisme qui joue avec l’ironie du sort et le fatum social. Si le jury veut distinguer un film grand public et digne, la Raison du plus faible est à sa disposition. |
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Source : http://www.politis.fr/article1704.html |
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cinergie - Matthieu Reynaert |
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Lucas Belvaux braque le cinéma belge
Devenu un réalisateur incontournable avec sa trilogie Un Couple épatant Cavale et Après la vie, Lucas Belvaux, qui a débuté comme acteur, notamment chez Chabrol, n’avait encore jamais filmé son pays natal. Son retour en Belgique lui a ouvert les portes du Festival de Cannes qui, s’il ne lui a pas décerné de prix, lui offre une rampe de lancement en or sur laquelle parient les distributeurs français du film, qui le sortent en ce début d’été.
Mercredi 24 mai, vingt-deux heures, grand théâtre Lumière, au cœur du célèbre Palais des Festivals. Le réalisateur-auteur-interprète Lucas Belvaux achève de gravir les marches et pénètre dans la salle comble, suivi, entre autres, par ses comédiens, les belges Natacha Régnier, Claude Semal et Patrick Descamps, et les français Eric Cavaca et Gilbert Melki. Une heure cinquante plus tard, la même salle est debout. Ovation pendant tout le générique et longtemps après. L'émotion est palpable, Belvaux semble sonné. Ce soir-là, les Belges de Cannes se prennent à rêver d’une nouvelle présence au palmarès pour la patrie des frères Dardenne et de Jaco Van Dormael.
Las, le jury fera la fine bouche, mais le passage d’un film à Cannes, surtout aussi bien accueilli, reste toujours une belle aventure. Un mois plus tard, c’est au public français de découvrir La Raison du plus faible, la Belgique devant attendre la rentrée. Ce qu’ils pourront découvrir, s’étalant sur grand écran avec le panache du cinémascope, ce sont des paysages romanesques et insoupçonnés. Ceux des quartiers " durs " de Liège, la cité de Droixhe et ses tours. Car, autant les Dardenne ont su nous faire sentir la rugosité, la grisaille, l’écrasement des cités ouvrières, autant Belvaux les transforme, les sublime en paysages de western, en théâtre baroque, jusqu’au final aérien à couper le souffle. Grâce aux cadres soignés du réalisateur, même l’usine Jupiler devient une vision dantesque.
Cependant, le constat qu’il dresse n’en est pas moins alarmant. Comme l’explique Belvaux lui-même lors de la conférence de presse, c’est là l’artifice de base du film noir, catégorie dans laquelle se range aisément cet opus. " C'est un peu un cinéma de contrebande : on fait semblant de tourner un film policier, mais derrière cet aspect, on raconte des choses sur le monde dans lequel on vit. " Le film nous offre tout cela : la tension et le suspens d’un casse et de sa préparation, des personnages sur le fil du rasoir, du trafic d’armes dans des parkings isolés, mais aussi la détresse d’une mère qui ne peut même pas s’acheter une mobylette pour se rendre au travail, le temps tué dans les bistrots, l’indignation inutile d’un handicapé moteur forcé de vivre au sommet d’une tour dont l’ascenseur tombe sans cesse en panne…
Alors, un énième " film social " belge ? " C'est un film qui pose des questions de manière frontale, mais je ne pense pas que ce soit un film militant, dans le sens où il ne propose pas de solution. C'est un constat qui reflète mes angoisses, mes frayeurs, c'est une réaction face au monde dans lequel on vit. Je souhaitais faire entendre la voix des plus faibles. C'est une démarche de cinéaste. " explique le réalisateur dont la mise en scène soignée reflète cet important travail de fond.
Jamais sentencieux, exposant sans détour ses paradoxes, le film nous pousse à réfléchir en rendant à l’acte criminel son vertige originel, en montrant que la pauvreté, même relative, est autant une prison que ces tours noires autour desquelles le film s’articule. L’expérience spectatorielle, dans sa primalité, s’en trouve renforcée d’autant. L’adrénaline et les émotions sont rendues percutantes par tout ce que le scénario traîne de désillusions et d’alarmes.
C’est que, pour film noir qu’il soit, La Raison du plus faible n’en reste pas moins un film contemporain, quasi-générationnel à en croire Belvaux lorsqu’il explicite sa démarche : " En écrivant, j'ai beaucoup pensé à mes grands-parents. (…) Ils ont gagné des choses en luttant, et ce qui les a fait tenir, c'est la conviction que ce qu'ils faisaient permettrait à leurs enfants d'avoir une vie meilleure. Le problème aujourd'hui, c'est qu'on a l'impression que la situation sera pire pour nos enfants, on a un sentiment de panne, de régression. "
C’est cette panne qui fait naître dans l’esprit d’une bande de potes, un sidérurgiste au chômage, un handicapé moteur et un universitaire sous-employé, l’idée libératrice et pas si folle de passer de l’autre côté de la barrière. Ils voudraient suivre les traces de Marc, ancien braqueur qui rêve de se réhabiliter mais qui reste toujours un braqueur aux yeux des autres, si bien que…
Dans ce rôle, Lucas Belvaux livre une prestation saisissante. Dévoilant une facette plus brutale de son jeu, jusqu’alors peu exploitée, il donne à son personnage le charisme indispensable à la crédibilité de l’entreprise. Il semble jouer presque à côté, comme Jean-Pierre Léaud, qu’il dirigea dans Pour Rire!, ce qui lui confère un certain pouvoir d’attraction. Utilisé dans la bande-annonce, le monologue sur le déroulement d’un braquage qu’il livre à Claude Semal est saisissant.
Son pendant, quelques minutes plus tard, ne l’est pas moins, car Belvaux a su convoquer une troupe d’acteurs qui, si elle laissait des doutes sur le papier, fonctionne très bien à l’écran. L’authenticité du parler liégeois utilisé dans certaines séquences n’y est pas pour rien. On peut aussi être fier de voir ainsi fixé sur pellicule un mode de vie et une actualité bien de chez nous - digne d’initier une mythologie cinématographique, on s’en rend compte en voyant ce film. A ce titre, la longue séquence d’ouverture montrant le démantèlement d’une usine sidérurgique renoue presque, elle, avec la tradition, plutôt documentaire, du cinéma belge.
Libéré de bien des contraintes inhérentes au genre du film noir, comme du cinéma à contenu social - dont une légende pugnace voudrait qu’il doive être lent et moralisateur -, La Raison du plus faible, de loin le film le plus abouti de Lucas Belvaux, c’est du cinéma avec des tripes et de la cervelle. C’est bon. |
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Source : http://www.cinergie.be |
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cinebel - Fernand Denis |
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Trois pieds nickelés cavalent après leur vie. Quand des laissés-pour-compte imaginent un braquage comme remède à leur(s) ennui(s)
Mobylette. Voilà un objet désormais mythique dans le cinéma belge en général, l'imaginaire liégeois en particulier. Omniprésente chez les frères Dardenne, la revoici en deus ex machina chez Belvaux. C'est en effet une vieille mobylette ayant rendu son dernier souffle, qui va sceller le destin des protagonistes de "La raison du plus faible". Carole pourrait prendre le bus, c'est se lever une heure plus tôt encore et puis le Tec ...
Coup de kick
Toutefois, acheter une mobylette, même d'occase, c'est pas possible pour le moment. Malgré ses diplômes, Patrick, son homme, n'a pas trouvé de boulot. Il s'occupe du gamin, fait le jardin, un peu de ménage et tape la carte au bistrot avec les copains, un pensionné, deux métallos préretraités et un ex-détenu travaillant chez Jupiler.
Ces trois derniers aimeraient faire quelque chose pour Patrick, mais après avoir essayé le Lotto, que reste-t-il?Librement inspiré d'un fait divers qui a tenu, autrefois, la Belgique en haleine et tourné sur les lieux mêmes de l'action, Lucas Belvaux met en scène un thriller dont la tension est tour à tour sociale, humoristique et dramatique. Il fait flotter dans l'air un parfum de Robin des Bois, de redistribution, plutôt symbolique d'ailleurs, comme si en reprenant cet argent aux patrons de l'acier, ils récupéraient un peu de leur vie.
Certes, nos métallos ne sont pas riches, mais ils ne manquent de rien, sauf de l'essentiel: un projet, un but, un remède à leur ennui, leur solitude, leur sentiment d'inutilité. Ainsi, ayant rassemblé l'argent pour acheter des armes, l'un observe qu'il y en a assez pour acheter la fameuse mobylette. Elle n'est donc que l'étincelle qui a mis le feu à leur imaginaire, le coup de kick qui a relancé le moteur de leur existence.
"La raison du plus faible", c'est dès lors deux films en un, le portrait tout en chaleur, tout en saveur, d'un groupe de laissés-pour-compte. Ce n'est pas le luxe, mais ce n'est jamais glauque, la lumière est chaude, les contacts savoureux, les petits jardins sympathiques. Et de l'autre, c'est un hold up par des amateurs, ce qui fait grimper l'adrénaline d'autant.
On pourrait logiquement le qualifier de polar social, dans la veine de Ken Loach, mais Lucas Belvaux se veut moins manichéen, moins politique. Il cerne le malaise personnel avec humour, aborde le social avec subtilité, comme dans la formidable scène de l'ascenseur en panne. Même s'il se déroule sur le terrain des Dardenne, le film de Belvaux ne leur ressemble jamais, le cadre est radicalement différent, plus large, plus distant. Un superbe plan nocturne de Liège fait même penser à Spielberg filmant L.A. depuis Mullholland Drive dans "E.T.".
Toutefois, malgré ses évidentes qualités, "La raison du plus faible" apparaît au regard de la comédie décalée "Pour rire" ou de la trilogie "Un couple épatant Cavale Après la vie" comme une oeuvre moins originale. Parfois moins maîtrisée aussi. Il y a par moments un peu de mou dans la direction d'acteurs, dans le wallon aussi. Il est cependant un collaborateur qui marque le cinéma de Lucas Belvaux, c'est son compositeur Riccardo Del Fra. La fusion des images de l'un et des compositions de l'autre donne une épaisseur, un style, une patte, une tension unique. |
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Source : http://www.cinebel.be/fr/film/critique/15521-La-Raison-du-plus-faible.htm?criticId=345 |
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cinenews - David Morelli |
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Difficile de concevoir sereinement l'avenir lorsque celui-ci semble aussi verrouillé que les barrières d'accès des usines du bassin sidérurgique liégeois. Quatre copains, deux métallos à la retraite ultra anticipée, un philosophe au chômage et un ex-braqueur sous contrôle judiciaire, sont tellement dans la dèche que même l'achat d'un nouveau vélo pour le fils de l'un d'eux semble inenvisageable. Sauf à faire un casse.
Avec cette 'Raison du plus faible', l'acteur réalisateur belge Lucas Belvaux ('Un couple épatant', 'Cavale', 'Après la vie') signe un film révolté, un thriller humaniste en scope – et quel scope!- qui s'indigne de l'injustice sociale et que la résignation insupporte. En se mettant à la hauteur des aspirations légitimes de ces laissés pour compte de la société capitaliste, Belvaux montre les inéluctables conséquences de leurs actes guidés par l'espoir de jours meilleurs. A l'image de son final, tragique et haletant, ce film, noir comme la houille, est un appel à vivre debout. Ici et maintenant. |
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Source : http://www.cinenews.be/Critics.Detail.cfm?ContentsID=5272&lang=fr |
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ptb - Vinciane Convens |
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La raison du plus faible: La vie de ceux qui ne s'expriment pas beaucoup
C'est pas tous les jours qu'on a l'occasion de voir un film qui ressemble à ce qu'on connaît. La raison du plus faible présente de manière réaliste un monde sans pitié pour les petites gens.
La première image du film donne le ton: la grille de l'usine se referme sur une poignée d'ouvriers. Ils devront dorénavant se démerder pour survivre. Sans boulot, les trois personnages principaux se retrouvent quotidiennement au café. Jupiler, jeu de cartes, rêves "J'avais envie de montrer la vie de ceux qui ne s'expriment pas beaucoup" explique Lucas Belvaux, réalisateur. C'est pour cette raison que La raison du plus faible est un film nécessaire. Et un film réussi: l'image est soignée, le récit bien construit.
Les rues de Liège et les bus de la TEC deviennent petit à petit le décor d'un thriller qui tient la route. Les personnages décident d'aller chercher l'argent dans le coffre de l'usine qui les a licenciés, ils pourront ainsi offrir à Carole (Natacha Reignier) la mobylette dont elle a besoin pour aller travailler à la laverie. "Un acte légitime, mais stupide" pour Lucas Belvaux. "Leur violence n'est pas révolutionnaire, elle ne mène à rien". Le cinéaste s'est bel et bien immergé dans l'univers qu'il décrit.
Le moindre détail est soigné, jusqu'aux informations à la radio qu'on entend en bruit de fond: elles évoquent les réductions de personnel à La Poste de Herstal. A propos de son souci de dépeindre ce milieu avec honnêteté, le cinéaste note: "A aucun moment, on est au-dessus de ce que peuvent avoir les gens dont on parle. Leur dignité est aussi dans leur intérieur. Même si ce n'est pas riche, c'est propre et bien tenu. Le film se passe à Liège et les gens qui vivent dans les quartiers où on a tourné sont sociologiquement ce que sont les personnages.
Donc, pas de trucs minables ou kitsch." Il ajoute: "On a tourné dans une usine d'embouteillage de bière, dans une laverie et les chaînes n'ont pas été arrêtées parce qu'il y avait un tournage. Rien n'a été bloqué, c'est nous qui sommes rentrés dans la chaîne et on en était tributaire. Si tout à coup, il y avait une panne, on ne tournait pas pendant une demi-heure. Il y a des gens dans des hôtels en Belgique qui ont dormi dans des draps repassés par Natacha Régnier !"
C'est pas pour rire, gamin: Rémy Belvaux est mort
Frère du réalisateur Lucas Belvaux et du metteur en scène Bruno Belvaux, Rémy Belvaux est décédé ce 5 septembre. Réalisateur du film culte C'est arrivé près de chez vous, qui a inspiré jusqu'au titre de notre rubrique de la page 18. Tourné en 1992 sous la forme d'un faux documentaire, ce film en noir et blanc a lancé la carrière de Benoît Poelvoorde.
Rémy Belvaux y incarne Rémy, journaliste de télévision accompagnant Ben (Poelvoorde), tueur en série mégalo. On se souviendra de répliques célèbres, comme "Reviens gamins... c'est pour rire, gamin", que Ben lance au gosse dont il vient de tuer les parents. Ou encore quand Ben explique qu'il faut éviter de tuer et voler les riches: "Tu tues une baleine, t'auras les écolos, t'auras Greenpeace, t'auras le commandant Cousteau sur le dos !
Mais décime un banc de sardines, j'aime autant te dire qu'on t'aidera à les mettre en boîte !" Après ce passage éclair au cinéma et l'entartage de Bill Gates, le 4 février 1998 Rémy Belvaux est devenu réalisateur de films publicitaires. |
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Source : http://www.ptb.be/scripts/article.phtml?lang=1&obid=32423 |
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cinopsis - Benjamin d'Aoust |
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Pour pouvoir offrir une mobylette à la femme de leur copain Patrick, trois hommes vont prendre les armes pour aller chercher l’argent là où il est. Rêvant que quelque chose est encore possible pour sortir de leur détresse, ils vont tenter un très gros hold-up… Ça a l'amertume d'une bière spéciale servie dans le verre adéquat.
La fermeté et l'intransigeance des choses simples et bien faites. Dans LA RAISON DU PLUS FAIBLE le film noir devient thriller social. Et la revendication claire d'un point de vue cinématographique émerge au même titre que l'engagement politique qu'il sous-tend. Avec style et épuration. Certes, dans cette volonté de simplifier les ressorts narratifs et dramatiques pour créer cette épure du genre noir, certains traits vous apparaîtront peut-être grossiers. Certaines marques, chargées. On pense par exemple à l'insistance sur le scooter, déséquilibre central et pivot, qui amène la crise par effet de conséquence.
Le symbole est appuyé. Sans doute trop parce qu'on comprend rapidement ce qu'il cache: la relation matérielle et psychologique à l'argent et au travail, la lutte contre la dévalorisation morale de gens déjà rejetés économiquement et socialement par le système. Mais cet excès s'incorpore à la structure que le réalisateur est en train de réinventer. Et son propos en sort plus droit et tranchant. Car Lucas Belvaux sait en permanence où il va, où il mène ses personnages.
Et leurs actions de finir par former cette remarquable course vers l'inéluctable dessein. Le seul possible. L'unique conséquence réaliste et envisageable. Après son impressionnante trilogie Lucas Belvaux est en passe de devenir un incontournable. LA RAISON DU PLUS FAIBLE est un beau film, un film noble, sans chichi. Un film dont l'extraordinairement pertinent plan séquence final rend l'impact exact et mesuré. Un regard sur un monde perdu, désolé, dans lequel les hommes souffrent pour tenter de garder leur dignité, quelqu'en soit le prix. |
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Source : http://www.cinopsis.be/rev_main.cfm?lang=fr&ID=5223&rr=1 |
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cinefemme - m.c.a |
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Une des raisons d’aimer ce film est qu’il ne soit pas du côté des vainqueurs.
Comme dans le très récent Lion d’Or de la Mostra de Venise 2006, "Still Life" de Jia Zhang-Ke, Lucas Belvaux a fait choix de s’intéresser "aux problèmes des classes sociales affaiblies", celles qui essayent, malgré les embûches de la modernité, d’encore tenir debout.
Les petits, les obscurs n’ont pas toujours été les personnages de prédilection du cinéaste.
Dans son premier long métrage "Pour rire", c’est avec malice qu’il contrevenait aux lois du vaudeville bourgeois. Dès la trilogie qui a fait sa renommée son regard devient plus incisif. Il arrive à rendre sensibles les silences et les mal dits qui circulent dans les espaces conjugaux et amicaux. Dans "La Raison du Plus Faible", autour de la préparation d’un braquage par trois chômeurs, il se fait l’écho d’une parole, celle de ceux qui, dans le monde ultra libéral du travail, n’arrivent pas à trouver leur place.
Ses personnages, deux ouvriers métallurgistes licenciés pour restructuration économique et un jeune universitaire sans emploi passent leurs après-midis à jouer aux cartes ou à bêcher leur jardin. L’amélioration de leur sort, ils la remettent au bon vouloir d’un billet de loterie acheté en pot commun.
Ils rencontrent un ancien détenu Marc - joué par le réalisateur lui-même dans un tempo mêlant pragmatisme et élan élégiaque à l’égal de la partition jazzy de Riccardo Del Fra - qui va les cornaquer dans leur apprentissage de mauvais garçons.
Cette initiation est à la fois pathétique en raison de la maladresse des candidats malfrats et absurde parce que Marc, en même temps qu’il les initie au maniement des armes, tente de freiner leur intention délictueuse.
Inspiré d’un fait-divers belge vieux de trente ans et au cours duquel le braquage d’une usine de ferraille s’est terminé par une distribution mi-hasardeuse mi-volontaire du butin à partir du toit
d’un HLM, "La Raison du Plus Faible" est un film militant. A la fois appel et mise en garde
dans l’esprit des films italiens des années septante ("La classe ouvrière ira au paradis" d’Elio Petri) et des films anglais des années Thatcher ("Raining Stones" de Ken Loach).
Appel pour que restent debout, sans tomber dans le désespoir ou la délinquance, ceux que la vie économique lamine et mise en garde parce que, si la société continue à sacrifier une partie de ses travailleurs à la loi du marché, elle doit s’attendre à des réactions de violence. Sous la caméra frontale et pourtant légère de Lucas Belvaux, les relations entre les personnages ont quelque chose de cette tendresse magnifiée par les vers de François Villon récités par Patrick Descamps : "Frères humains qui après nous vivez, n'ayez les cœurs contre nous endurcis". |
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Source : http://www.cinefemme.be/cms/filmfiche.php?film=453 |
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lemonde - Jacques Mandelbaum |
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"La Raison du plus faible" : un polar social, lyrique, révolté
Au menu du jour, un territoire de cinéma petit par la taille mais grand par sa contribution à la cause : la Belgique. D'Henri Stork à Chantal Akerman, d'André Delvaux aux frères Dardenne, de Boris Lehman à Benoît Poelvoorde, une ligne brisée aux arêtes vives, partagée entre la chronique sociale et le surréalisme, la farce délirante et la radicalité esthétique, la fibre poétique et l'aspiration libertaire. Le cinéaste Lucas Belvaux en est une figure majeure depuis la réalisation de sa comédie haut de gamme Pour rire (1996), essai confirmé en 2001 par une des entreprises les plus ambitieuses de ces dernières années : la réalisation puis la sortie concomitante d'une passionnante et virtuose trilogie dont chacun des volets évoquait la même histoire selon un point de vue et un genre cinématographique différents (Un couple épatant, Cavale, Après la vie).
Son nouveau film, La Raison du plus faible, est l'un des plus aimables et des plus discrètement audacieux de cette compétition cannoise. Son titre vaut programme, mais laisse dans son inachèvement le soin à chaque spectateur de le compléter pour démentir ou non monsieur de La Fontaine. Sa formule, d'une plaisante impureté, croise les aventures des Pieds Nickelés et Le Voleur de bicyclette, met en oeuvre à la fois le comique d'un improbable fait divers, le suspense d'un polar, le lyrisme de la révolte, le tragique de l'injustice sociale.
Autant dire que le risque du parasitage et de l'annulation des contraires est grand, qui plane tout au long du film. Cette mise en péril délibérée, qui fait à la fois toute la force et la fragilité du film, fournit amplement de quoi se casser la figure en beauté. Il fallait donc oser, Belvaux l'a fait.
Pour aller à l'essentiel, on dira qu'il s'agit d'un film de braquage et, comme souvent dans ce cas, du braquage de la dernière chance. La seule petite différence, qui est en fait énorme, est que les acteurs de ce casse ne sont pas vraiment des pros. Ce sont des personnages ordinaires qui se rencontrent un peu par hasard aujourd'hui à Liège, accessoirement au bistro, essentiellement sur le territoire d'un désastre social et politique sans précédent. Celui des friches industrielles, celui des victimes des licenciements massifs et de la délocalisation, celui des amers naufragés de l'action syndicale, celui de la paupérisation et de la mise à l'écart définitive des plus pauvres, celui de la destruction programmée de la solidarité collective.
Panne et déraillement
Il y a là Patrick et Carole, un jeune couple qui ne s'en sort plus (Eric Caravaca et Natacha Régnier), Jean-Pierre et Robert, deux anciens métallos au chômage, dont un paralytique (Patrick Descamps et Claude Semal), et Marc, un petit délinquant repris de justice qui voudrait bien se ranger des voitures (Lucas Belvaux). L'étincelle qui va allumer le moteur de l'action et mettre le feu aux poudres du film est précisément la panne d'un moteur, celui de la mobylette de Carole, sans laquelle elle ne peut se rendre à la blanchisserie industrielle où elle gagne péniblement la paie du ménage.
Patrick, sans emploi, n'a pas de quoi lui en acheter une nouvelle, et refuse par fierté l'aide d'un beau-père qui lui fait sentir son mépris.
Le couple, au bord de la rupture, éveille l'amicale solidarité de Jean-Pierre et Robert, auxquels finit par se joindre le taciturne Marc, entre deux pointages de liberté surveillée. L'idée qui va germer dans le cerveau de ces trois hommes est aussi simple qu'est délirant son projet : se procurer l'argent nécessaire à l'achat d'une nouvelle mobylette en exécutant un casse, assorti d'une prise d'otages, chez des ferrailleurs qui démantèlent les usines et dans les mains desquels transitent de très grosses sommes en liquide.
La préparation de ce hold-up, dirigée en récidiviste par Marc, va donner lieu à une effervescence d'autant plus joyeuse et grotesque que ses deux acolytes, a priori peu taillés pour l'action violente, n'en réalisent pas les dangers, le considérant avant tout comme un geste presque ludique de révolte et de réappropriation d'une dignité bafouée.
Mais le drame pointe son nez à mesure que l'exécution se rapproche, avec l'entrée en jeu du doux Patrick, qui veut absolument en être, et le retrait in extremis de Marc, qui prend conscience que cette équipe de bras cassés est en train de courir droit au désastre.
Le film tout à fait noir qui s'ouvre alors frontalement à la tragédie clôt en toute logique une oeuvre qui n'aura cessé de puiser dans le déraillement sa principale raison d'avancer. Comédie métallo tournée polar, Belle Equipe à la Duvivier retournée façon Doulos de Melville, utopie gentillette virant drame sanglant, La Raison du plus faible est une fable bancale montée sur chaise roulante à l'assaut des forteresses de l'ordre nouveau, un film éclopé chantant à tue-tête la gloire des parias et des perdants, une invitation à se remémorer la devise démonétisée selon laquelle l'homme qu'on écrase peut encore choisir entre la liberté et la mort. |
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Source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-766360,36-775953@51-766759,0.html |
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cinergie - Pierre Duculot |
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Cointe, les liégeois connaissent. C’est ce qu’on appelle un beau quartier : des allées verdoyantes, bordées de grands arbres, peu troublées par la circulation automobile. Et des villas luxueuses, assez disparates, qui témoignent des différentes tendances de l’architecture des maisons individuelles du siècle passé.
Le temps d’un doux soir de juillet (si, si, il y en a eu quelques-uns !), la quiétude des lieux a été légèrement troublée par l’acteur et réalisateur Lucas Belvaux, qui y tournait quelques scènes de son prochain film, La raison du plus faible, dont l’action est située en région liégeoise. Etrange parcours que celui de Lucas Belvaux. Après avoir grandi à Philippeville, il est parti à Paris alors qu’il n’avait pas 18 ans pour tourner Allons z’enfants, un réquisitoire contre les enfants de troupe, sous la direction d’Yves Boisset. La suite est connue.
Il enchaîne les rôles avec des metteurs en scène tels que Rivette, Chabrol, Assayas, Goretta. Ensuite, rapidement, il s’oriente vers la réalisation. En 1992, il rassemble un budget dérisoire pour tourner avec des copains un premier long, Parfois trop d’amour, un road-movie aux tonalités "cassavetiennes", qui sort dans l’indifférence générale mais qui lui vaut la sympathie de la critique.
Trois ans plus tard, il signe une comédie sur l’adultère, Pour rire, reposant sur l’improbable duo Ornella Mutti-Jean-Pierre Léaud. Cette fois, le public suit. Il faudra ensuite pourtant cinq ans au jeune réalisateur pour monter la désormais fameuse trilogie Un couple épatant, Cavale, Après la vie. Les trois films mettent en scène les trois mêmes couples.
Chaque film est centré sur ce que vit un des couples, et raconté sur un mode différent : comédie, thriller, mélo. Le projet a nécessité plus de six mois de tournage et près d’un an de post-production. Il a été couronné par une kyrielle de prix : Prix Delluc, Prix du Syndicat français de la Critique, Prix de l’APPCB.
De films en films, Lucas Belvaux se rapproche de son pays d’origine. La trilogie était une coproduction entre la France (Agat Film) et la Belgique (Entre Chien et Loup). Des comédiens (Lucas Belvaux himself, Patrick Descamps, Olivier Darimont) et des techniciens belges (Pierre Mertens au son, Ludo Troch au montage) y ont participé. Il fut même question qu’elle se tourne en tout ou partie à Namur. Par la suite, toujours avec Agat Film et Entre Chien et Loup, mais aussi la RTBF, Lucas a signé un téléfilm malicieux, Nature contre nature, dont l’action se passe en Creuse mais qui impliquait à nouveau des acteurs et techniciens belges.
Avec la Raison du plus faible, un cap nouveau est franchi, puisque l’histoire se tourne intégralement en Belgique. "On retrouve les mêmes partenaires que pour la trilogie (Agat Films, Entre Chien et Loup), plus Wallimage, via les Ateliers De Baere. Le budget avoisine les 5 millions d’Euros, et, pour une fois, je n’ai pas eu de grosses difficultés pour le rassembler", explique Lucas Belvaux.
L’action se déroule donc dans la région liégeoise. "Ça fait longtemps que j’avais envie d’un film "belge", précise le comédien-réalisateur. "J’avais repéré dans la région des paysages postindustriels qui m’intéressent, qui racontent vraiment quelque chose. J’ai voulu m’en servir pour raconter une histoire noire, sans bons ni méchants, qui puiserait ses racines dans le passé récent de la région : la fin de la sidérurgie, la montée en force du chômage, l’impossibilité pour les gens de trouver de l’emploi. Ce soir, on est à Cointe, dans les beaux quartiers, mais l’action se passe essentiellement dans des zones moins favorisées", ajoute-t-il.
La Raison du plus faible c’est en effet l’histoire de trois oubliés de la reconversion industrielle (Eric Caravaca, Claude Semal, Patrick Descamps) : deux sont d’anciens sidérurgistes, l’un n’a jamais vraiment travaillé. Ils sont aux abords de la quarantaine. Comme les fins de mois sont difficiles, ils rêvent du gros coup. D’autant que l’un d’entre eux voudrait pouvoir gâter sa jeune épouse (Natacha Régnier). La rencontre avec un vrai mauvais garçon (Lucas Belvaux) va les inciter à passer à l’acte. Il va leur apprendre les rudiments du métier, mais il n’en fera pas de grands professionnels. Et les choses vont mal tourner. "En fait", explique Lucas Belvaux.
"je me suis inspiré d’un fait divers qui s’est déroulé dans la région en 1989. Une bande de malfaiteurs, beaucoup plus proches du grand banditisme que mes personnages, avaient pris un banquier et sa famille en otage durant un week-end pour le forcer à leur ouvrir le coffre, le lundi matin, à l'ouverture de la banque. Mais l'affaire s'est enlisée, le banquier a réussi à s'enfuir, et, finalement, après plusieurs journées de tractations, la police a laissé partir les gangsters avec une rançon. Mais elle les a filés et, finalement, elle les a contraints à se réfugier dans un immeuble de trente étages d’un quartier populaire de Liège, Droixhe.
Acculé par les flics, le chef de la bande a fini par monter sur le toit et jeter les billets de banque dans la rue, avant de se suicider. Des années plus tard, je suis venu dans un cinéma du quartier, Le Parc, pour animer une rencontre avec Jacques Audiard. Les responsables de la salle m’ont raconté l’histoire. J’ai trouvé que c’était un bon départ pour un film noir, ancré dans le passé social récent de la région. Au fur et à mesure de l’écriture, j’ai évidemment pris pas mal de distance avec l’histoire de départ".
Il en a conservé néanmoins une partie des lieux, puisqu’une grosse partie du tournage s’est déjà déroulée dans le quartier de Droixhe, qui n’a pas toujours bonne réputation.
Ce lundi 4 juillet cependant, le tournage se déroule dans une large allée du parc résidentiel de Cointe, en fin de journée et en début de nuit. Les camions qui permettent généralement à l’¦il exercé de repérer au loin un plateau, sont cachés un peu plus loin aux abords du terrain de foot local et il faut vraiment s’approcher tout près d’un petit groupe discutant auprès d’une voiture pour s’assurer qu’il y a bien là un tournage de long métrage.
Il y a Lucas Belvaux, son chef opérateur Pierre Milon, la scripte Marika Piedboeuf (qui a travaillé sur L’Enfant des Dardenne ou Le Couperet de Costa Gavras), l’équipe son. Comme souvent, sur les tournages de Lucas Belvaux, il règne une atmosphère de grande sérénité. Le plan à mettre en boîte est assez simple. Un des apprentis-truands sort d’un bon pas d’une maison bourgeoise avec un sac d’armes sur l’épaule. Il traverse la route, jette le sac dans le coffre d’une voiture et démarre en trombe. Pendant que l’équipe technique règle le mouvement, Lucas Belvaux donne ses indications au comédien, pour l’heure, affublé d’une moumoute blonde et de grosses lunettes de soleil.
Derrière ce déguisement qui le rend méconnaissable, se cache Claude Semal, artiste aux talents multiples, surtout connu pour ses spectacles et ses chansons, mais qui a déjà fait quelques apparitions au cinéma (chez Jan Bucquoy notamment) et à la télévision.
"Lorsqu’on a préparé la trilogie, comme il y avait une coproduction belge, j’avais cherché des comédiens en Belgique. J’en ai vu beaucoup qui m’ont donné envie de travailler avec eux. Claude en fait partie", explique Lucas Belvaux.
Le soir commence à tomber sur Liège. Le temps d’une pause casse-croûte, on va pouvoir tourner les scènes clés du jour, celles de la prise d’otage. Cette fois la grosse machinerie est de sortie : grue pour surhausser les sources d’éclairage, imposantes batteries de projecteurs devant lesquels ont été disposées des découpes souples qui créent un effet d’ombre de frondaisons des plus réussis ! Une escouade d’électros et de machinistes s’appliquent à tout régler. Attirés par l’agitation, les riverains sont venus jeter un ¦il. Certains ont reconnu Gilbert Melki, propulsé au rang de star depuis La vérité si je mens. Il avait fait partie de l’aventure de la trilogie, qui lui avait permis de révéler une face plus sombre de son indéniable talent. Par amitié pour Lucas Belvaux, il a accepté de participer au film, dans le rôle du père de la famille prise en otage.
Nous sommes maintenant dans la cour intérieure d’une villa cossue, celle où sont sensés résider les futurs otages. Le père de famille va rentrer avec son imposant 4X4. Tapis dans l’ombre, deux truands cagoulés, armés de fusils à canons sciés, l’attendent. Il y a d’une part Claude Semal, et d’autre part le comédien français Eric Caravaca, vu récemment dans Son frère de Patrice Chéreau ou Elle est des nôtres, de Sigrid Alnoy. Pour l’heure, il se familiarise avec son nouveau véhicule. Benoît Dervaux, documentariste expérimenté et cadreur des films des frères Dardenne, arpente le plateau caméra à l’épaule ; il est venu glaner quelques images pour le making of du film. Tout se passe toujours dans le plus grand calme. Prêt pour la première prise. Le puissant véhicule s’avance, il s’immobilise.
Les deux malfaisants sortent de l’ombre et braquent le chauffeur, dont le visage prend une drôle d’expression mi angoissée, mi goguenarde. Mais le frein à main de l’auto est insuffisamment serré. Le véhicule bouge. "Coupez", on la recommence ! Le temps de remettre tout en place, Lucas Belvaux rejoint d’un pas tranquille les comédiens pour préciser certaines intentions. La nuit s’annonce longue mais cela ne semble pas stresser le comédien réalisateur dont le calme apparent impressionne un peu plus à chaque film. |
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Source : http://www.cinergie.be/ |
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