Ciné-club éducatif & culturel de Mons (CCEC)
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Bobby réalisé par Emilio Estevez
   
Titre original Bobby
Réalisation Emilio Estevez
Scénario Emilio Estevez
Interprétation Harry Belafonte, Nick Cannon, Emilio Estevez, Laurence Fishburne, Heather Graham, Anthony Hopkins, Helen Hunt, Joshua Jackson, Demi Moore, Martin Sheen, Christian Slater, Sharon Stone, Elijah Wood, ...
Musique Mark Isham
Photographie Michael Barrett
Pays U.S.A.
Année 2006
Durée 1h 52min.
Genre Drame
Production Edward Bass, Michel Litvak & Holly Wiersma
Scoops  
 
 
 
La projection aura lieu à IMAGIX - Mons - Plan d'accès
Le Jeudi 18 janvier 2007
Le film est projeté en version originale
Le film est projeté sans entracte ni publicité
Les séances :
 
  • 17h00 et 20h00 avec présentation et feuillet sur les films à chaque séance
  • 14h30 et 22h30 sans présentation et feuillet sur les films à chaque séance
 
 
Le 5 juin 1968, à minuit, le sénateur démocrate Robert F. Kennedy, ancien Ministre de la Justice, candidat démocrate à la Maison Blanche et probable successeur de son frère JFK, était assassiné dans les couloirs de l'Hôtel Ambassador de Los Angeles. Bobby fait un retour rapide sur cette tragédie, ses circonstances et ses protagonistes avec, en arrière-plan, les problèmes sociaux et politiques de l'Amérique de la fin des sixties : racisme, sexisme, inégalités ...
 
 
Best Ensemble Cast décerné à Lindsay Lohan, Harry Belafonte, Joy Bryant, Nick Cannon, Emilio Estevez, Laurence Fishburne, Brian Geraghty, Heather Graham, Anthony Hopkins, Helen Hunt, Joshua Jackson, David Krumholtz, Ashton Kutcher, Shia LaBeouf, William H. Macy, Svetlana Metkina, Demi Moore, Freddy Rodríguez, Martin Sheen, Christian Slater, Sharon Stone, Jacob Vargas, Mary Elizabeth Winstead & Elijah Wood au Hollywood Film Festival 2006
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cinemovies - Egil Bain
 

Dans le flot des avant-premières alléchantes distillées au cours de la semaine à Deauville, Bobby était l'une de celles à ne manquer sous aucun prétexte. En attendant sa sortie dans plusieurs mois et notre interview de Christian Slater, voici ce que nous en avons pensé ...

"Pourquoi ?", me direz-vous

Tout d'abord parce que c'est le grand retour sur le devant de la scène d'Emilio Estevez qui s'était fait plus que rare sur nos écrans ces dernières années, au point que nous l'avions presque oublié. Mieux, il revient ici en tant que réalisateur (et comédien, bien sûr) et scénariste, et réussit le tour de force d'impliquer autour de lui un casting flamboyant : Harry Belafonte, Laurence Fishburne, Heather Graham, Anthony Hopkins, Helen Hunt, Joshua Jackson, Shia Labeouf, Lindsay Lohan, William H. Macy, Demi Moore, Freddy Rodriguez, Martin Sheen, Christian Slater, Sharon Stone, et Elijah Wood. Ouf ! Enfin, et surtout, parce qu'il aborde une heure sombre, et quelque peu méconnue des Européens, de l'histoire américaine : le jour de l'assassinat, en 1968 (annus horribilis à l'échelle mondiale), de Robert ‘Bobby' Kennedy, le jeune frère de John Fitzgerald Kennedy (JFK), lui-même mortellement blessé un jour de 1963.

Emilio Estevez, marqué depuis son enfance par ce drame (il avait six ans, et a découvert l'événement devant son poste de télévision avec son père, incarné par Martin Sheen, fervent supporter de Kennedy), ne s'empêtre pas dans un film fleuve mais relate ce jour avec minutie. Point de militantisme ici, mais un hommage à un homme qui aurait pu changer la destinée d'une Amérique meurtrie par la politique de Lyndon Johnson, une Guerre du Viêt-nam interminable et des conflits raciaux exacerbés (Martin Luther King était assassiné deux mois plus tôt).

C'est ainsi que Bobby entremêle l'histoire de 22 personnages, 22 journées différentes, 22 drames. Plutôt que de partir à la recherche des véritables personnes ayant vécu ce jour funeste, Emilio Estevez a pris le parti d'imaginer 22 histoires, presque toutes empreintes de l'émotion qui fut la sienne ; une émotion ressentie par des millions de compatriotes : l'anéantissement soudain de leur dernier espoir… On comprend ainsi mieux l'effroi de l'Amérique à l'annonce de la mort de John John Kennedy (le fils de JFK mort il y a quelques années dans un accident d'avion), celui par qui le mythe continuait de vivre.

Certains pourront reprocher au film d'être très américain. Peut-être dans la forme, mais certainement pas dans le fond. En choisissant un angle personnel, Estevez se dédouane, à mon avis, d'une telle critique. Il livre un simple témoignage, entrecoupé par les discours historiques de Robert Kennedy ; discours qui trouvent toujours écho aujourd'hui. Estevez n'en rajoute pas des tonnes, ne dramatise pas son sujet (bien qu'un peu plan plan) et fait montre d'une incroyable direction d'acteurs. Un tel casting aurait pu s'avérer casse-gueule. Au contraire, l'ensemble forme un bloc parfaitement dosé au service de son sujet.

Certains y verront peut-être un culte de la personnalité outrancier, une Amérique ayant besoin de reposer sa foi dans les mains d'une seul homme, l'incarnation d'un espoir jamais assouvi. Ce n'est peut-être pas un hasard si Estevez a donné la touche finale à son scénario une semaine avant le 11 septembre 2001

  Source : http://www.cinemovies.fr/fiche_critique.php?IDfilm=9807
   
actuacine - Thibault Giquel
 

Voilà un petit moment que l’on n’avait pas entendu parler de Emilio Estevez au cinéma. Hormis, l’inégale "War at Home" et le franchement loupé "Classé X", l’acteur s’était consacré depuis quelques temps à la réalisation de séries. De "Cold Case" à "Juste Cause"en passant par "Les experts : Manhattan", l’acteur cinéaste ne semblait plus avoir les faveurs du cinéma et se consacrait principalement à la petite lucarne.

A l’annonce de son retour sur grand écran avec le projet "Bobby", rien ne laissait présager une grande réussite. Entre un titre qui suggérait un énième biopic et un réalisateur à la filmographie disparate, "Bobby" ne séduisait que par son casting quatre étoiles. Acteur et cinéaste engagé de la première heure, Estevez prend son sujet à bras le corps et signe, contre toute attente, sa meilleure réalisation. "Bobby" est une œuvre profonde et militante sur l’Amérique et ses blessures.

A l’hôtel Ambassador de Los Angeles, tout le monde se prépare à accueillir Robert Fitzgerald Kennedy. En attendant son arrivée, une vingtaine de personnages se croisent dans les couloirs de l’hôtel. Un microcosme comme le reflet d’une Amérique aux multiples facettes qui doute, qui espère et qui cristallise ses aspirations dans la personne de R.F.K.

D’une incroyable densité, le script du film illustre l’étonnante qualité d’écriture de son réalisateur, un talent que l’on ne lui connaissait pas jusque là. Avec un scénario et des dialogues d’une qualité rare, Estevez brasse les enjeux de la nation de l’oncle Sam qui se veut renaître de la guerre du Vietnam. Loin de se cantonner à un simple biopic, le cinéaste réalise un film choral entre "Collision" et "Short Cuts" doté d’une dimension politique et sociale en filigrane.

Pendant près de deux heures, Emilio Estevez matérialise les peurs et les conflits internes de l’Amérique derrière chacun de ses protagonistes : l’évolution des mœurs, la drogue, la guerre, l’immigration, la dépression, la lutte des classes, la politique et, dans une plus large mesure, l’écologie sont autant de sujets que le film aborde. Si "Bobby" reflète parfaitement les tourments d’une époque révolue, il se veut également un écho des interrogations contemporaines, montrant que ses personnages sont dans la même attente que les américains d’aujourd’hui. L’Irak a remplacé le Vietnam mais les questions sociales et écologiques sont toujours au premier plan.

La mise en scène et le montage de "Bobby" sont à l’unisson démontrant le sérieux de l’entreprise et l’intérêt de son réalisateur pour le sujet. La B.O. du film, constituée de grands succès des sixties, n’est pas en reste et assurent à "Bobby" un capital sympathie indéniable. Comme évoqué précédemment, la distribution est impressionnante : de Sharon Stone à Demi Moore, en passant par Anthony Hopkins et Laurence Fishburne, la liste donne le vertige.

Chaque personnage semble bénéficier d’un soin tout particulier, exception faite de deux ou trois protagonistes plus anodins. Même si le film est un peu trop démonstratif par moment et utilise quelques ressorts comiques inutiles (le tableau de Warhol dénigré par Martin Sheen donne un aspect "Forrest Gump" à la limite du hors sujet), "Bobby" est une véritable performance pour son auteur réalisateur.

Jouant d’un aspect théâtral réussi, le film se révèle être une longue tragédie qui dévoile tout son aspect émotionnel et politique dans un climax magnifique. Pour "Bobby", Emilio Estevez cumule les casquettes mais aussi les louanges, son film est maîtrisé de bout en bout et c’est bluffant.

  Source : http://www.actuacine.net/2006/fiches/bobby.htm
   
showbizz - Marc Gadoury
 

À une époque où l’Amérique ne semble plus espérer, où les hommes politiques n’éveillent plus les passions, "Bobby", un film écrit et réalisé par Emilio Estevez, a une résonance bien particulière. Appuyé par des images d’archives, le film d’Emilio Estevez n’est pas à proprement parlé un film politique. C’est plutôt une création fictive d’un moment, une esquisse de ce que des personnes auraient pu vivre à l’Hotel Ambassador dans les heures qui ont précédé la mort de Robert Francis Kennedy.

Estevez catapulte le spectateur dans le passé, plus précisément à l’intérieur de l’Hotel Ambassador, quelques heures avant l’assassinat de Robert Francis Kennedy par Sirhan Sirhan, le soir de son élection aux primaires de Californie. Une journée qui aurait pu changer l’histoire si Robert Kennedy alias Bobby avait survécu. Partisan du retrait progressif des troupes américaines du Viêt-Nam et de la lutte en faveur des droits civiques, Robert Francis Kennedy avait notamment le soutien des jeunes, de la population noire et des minorités dans une Amérique en pleine effervescence.

Ce qui le plus surprenant, c’est que le réalisateur, fils de l’acteur Martin Sheen, n’a pas vraiment connu l’époque de Robert Francis Kennedy, il n’avait que six ans le jour de son assassinat, mais il se fait tout de même le témoin d’un moment de l’histoire qui a été vécu par ses pères. À travers ces personnages, "Bobby" propose des histoires tantôt teintées des principaux enjeux de l’époque, tantôt juste une évocation des petits drames personnels que vivent tous et chacun. Chaque vignette du film nous présente des protagonistes différents dont les histoires s’entrecroisent.

Avec une distribution digne du regretté Robert Altman, Estevez nous fait pénétrer dans l’univers d’une vingtaine d’individus qui constituent chacun une parcelle de l’Amérique en soi. Bobby" offre une performance d’ensemble de haut calibre où les acteurs semblent évoluer avec aisance et conviction donnant crédibilité au contexte dans lequel ils sont sensés baigner.

Si certains personnages sont trop caricaturés pour être plausibles comme dans le cas d’Ashton Kutcher dans la peau d’un hippie, on saluera les prestations de Freddy Rodriguez (aide-cuisinier), d’Anthony Hopkins (concierge d’hôtel), Laurence Fishburne (chef de la cuisine), William H. Macy (gérant de l’hôtel), Elijah Wood (futur marié qui veut éviter l’enrôlement au Viêt-Nam) et sa fiancée jouée par Lindsay Lohan, Demi Moore (chanteuse alcoolique) accompagné de son mari incarné Emilio Estevez, Martin Sheen (homme d’affaires) accompagné de sa femme (Helen Hunt), Nick Cannon (supporter de Kennedy) et Sharon Stone (esthéticienne et femme trompée).

Avec "Bobby", Emilio Estevez parvient véritablement à nous faire goûter un moment de l’histoire américaine sans s’enfoncer dans la rhétorique politique abusive. C’est l’une des réussites du film. L’autre reste la performance solide de sa distribution qui donne toute l’envergure au film.

  Source : http://www.showbizz.net/section_critiques_cinema.php?Id=2035
   
cyberpresse - Marc-André Lussier
 

Bobby : portrait anecdotique

S'attaquant au projet le plus ambitieux de sa carrière, Emilio Estevez propose ici un film choral "à la Altman" dans lequel convergent les destins de 22 personnages fictifs, le jour où Robert F. Kennedy est assassiné. Ces individus - organisateurs politiques, artistes, employés - se retrouvent tous à l'hôtel Ambassador de Los Angeles en ce 5 juin 1968, jour où le Sénateur s'apprête à remporter l'élection primaire de l'État de la Californie pour le parti démocrate, consolidant ainsi sa position en vue de décrocher la candidature pour la prochaine élection présidentielle.

Ce qui surprend d'abord, c'est de constater à quel point Bobby n'est pas un film biographique à proprement parler. Les questions politiques sont plutôt évoquées à travers les conversations à bâtons rompus que tiennent les différents personnages entre eux, évoquant au passage les préoccupations de l'époque : la guerre au Vietnam, l'équité sociale, le racisme, la naissance du féminisme, etc.

C'est d'ailleurs dans la reconstitution des années 60 qu'Estevez marque ses meilleurs points. Le bouillonnement social est fort bien traduit, sans que l'auteur cinéaste n'ait jamais rien à souligner à gros traits pour établir les liens évidents entre les préoccupations de l'époque et celles d'aujourd'hui.

Cela dit, on ne pourra faire autrement que de trouver ce récit beaucoup trop anecdotique par moments. L'auteur cinéaste semble avoir eu du mal à trouver l'équilibre entre les (trop) nombreux personnages auxquels il s'attarde. Il en résulte une impression de trop grande superficialité, d'autant plus évidente qu'Estevez accorde aussi beaucoup d'importance à certaines histoires, uniquement dans le but d'offrir des moments de divertissement. Le trip de LSD de deux jeunes partisans de Kennedy est assez révélateur à cet égard.

Le dernier acte est aussi un peu précipité, Estevez ayant probablement eu le sentiment qu'il fallait alors entrer enfin dans le vif du sujet. Son choix de terminer son film avec le long discours qu'a prononcé Kennedy peu de temps après la mort de Martin Luther King est aussi discutable. Bien que très inspirée, cette (très) longue allocution apparaîtra trop appuyée dans les circonstances, donnant au récit un aspect prêchi-prêcha qu'il n'avait pas jusque-là.

On saluera quand même l'habileté avec laquelle Estevez insère le réel (les scènes d'archives sont judicieusement choisies) dans son récit fictif. On prendra aussi un plaisir certain à regarder les excellents acteurs se transporter à une autre époque. Si tous les personnages sont dans l'ensemble défendus avec beaucoup de conviction, retenons quand même les prestations formidables de Sharon Stone (presque méconnaissable dans le rôle d'une coiffeuse) et de Demi Moore.

Cette dernière, convaincante dans le rôle d'une chanteuse sur le retour aux prises avec un grave problème d'alcoolisme, n'avait pas eu l'occasion de se démarquer de la sorte depuis un bon moment. On pourrait en dire autant de Christian Slater, solide dans le rôle du gérant de l'hôtel dont les paroles et les actions sentent le racisme à plein nez.

Estevez pourra se vanter d'avoir transporté le spectateur à une époque où l'on se posait aussi beaucoup de questions existentielles à propos de l'Amérique. La manière adoptée ici est divertissante, certes, mais il n'est pas dit qu'elle ait l'impact voulu.

  Source : http://www.cyberpresse.ca/article/20061125/CPARTS01/611250832/5316/CPARTS01
   
 clap - S.B.-H.
 

Après l´assassinat de JFK, mort sous les balles de Lee Harvey Oswald, en 1963, Bobby se retire de l´arène politique, amputé d´une part de lui-même. Premier supporter de son frère aîné dès que ce dernier s´est présenté comme sénateur, Bobby remet sa démission à Lyndon Johnson.

L´ancien ministre de la Justice que John Edgar Hoover, directeur du FBI, considérait comme un roquet jappeur, milite alors contre la pauvreté. La politique étant inscrite dans les gènes du clan Kennedy, Bobby reprend le flambeau, en 1964, alors qu´il convoite le poste de sénateur de New York qu´il obtient.

Quatre ans plus tard, il franchit l´étape ultime avant l´élection à la présidence: il remporte les primaires en Californie. Le soir de sa mort, il touchait presque le but. Enfant à la mort de Robert Kennedy, Emilio Estevez, fils de l´acteur Martin Sheen qui incarne le président des États-Unis dans la télésérie West Wing, démontre bien à quel point les assassinats des deux frères ont marqué l´imaginaire populaire et continue de fasciner l´Amérique.

Après la thèse d´Oliver Stone sur l´assassinat de Dallas (JFK), voilà que l´acteur-réalisateur prend plutôt le parti, non pas de disséquer le mobile du ou des meurtriers, mais de décrire la chronologie d´une journée ordinaire qui bascule vers le drame collectif après un bain de foule insuffisamment sécurisé. Estevez a fait appel à un aréopage de pointures hollywoodiennes dont Anthony Hopkins qui a déjà interprété le président Nixon, William H. Macy (Magnolia), Sharon Stone (Basic Instinct), Laurence Fishburne (The Matrix), tous témoins, à différents degrés, des dernières heures de celui qui incarnait les valeurs de tolérance et de pacifisme chères aux Américains encore sous le choc du Vietnam. De Venise où le film a été présenté à la Mostra, des critiques invoquaient Robert Altman et Paul Thomas Anderson ...

Que peut-on ajouter après toutes ces fleurs ?

  Source : http://www.clap.qc.ca/nc/programmation/film/?tx_claplistefilms_pi1%5Bfilm%5D=2198
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cyberpresse - Marc-André Lussier
 

L'amérique dans les câbles

Bobby met l'accent sur des gens ordinaires qui ont été bouleversés par l'assassinat de Robert Kennedy. Le scénario suit l'évolution de 22 personnages incarnés par des acteurs de renom.

Bobby n'est pas un film biographique classique relatant à la façon d'un reportage l'assassinat de Robert F. Kennedy, le 5 juin 1968. Il serait plutôt le résultat d'une série de conversations qu'Emilio Estevez a eues avec lui-même depuis 20 ans. "J'avoue que tous les éléments de ce projet se sont mis en place de façon très étrange", disait d'ailleurs l'auteur-cinéaste-interprète au cours d'une récente entrevue accordée à La Presse au Festival de Toronto.

La gestation fut longue, et la structure du film n'était pas évidente à gérer. Le scénario suit en effet l'évolution de 22 personnages, incarnés par des acteurs de renom qui, tous, ont prêté leur talent afin de commémorer cette époque charnière de l'histoire récente américaine. Harry Belafonte, Laurence Fishburne, Heather Graham, Anthony Hopkins, Joshua Jackson, Lindsay Lohan, William H. Macy, Demi Moore, Martin Sheen, Christian Slater, Sharon Stone et Elijah Wood font notamment partie de la distribution de Bobby. L'effort, estime Estevez, en a valu la peine. L'acteur cinéaste a en effet l'impression de renaître artistiquement à travers ce film.

Fils de Martin Sheen, ardent supporteur de Kennedy, Emilio Estevez avait à peine 6 ans au moment du drame. Mais le choc collectif ressenti alors a quand même résonné dans sa tête d'enfant. Il n'a toutefois pu en saisir toute la mesure que beaucoup plus tard.

Bobby est aussi né d'une période plus difficile qu'a traversée Estevez sur le plan créatif et personnel. "Je suis venu bien près de tout lâcher, confie-t-il même. J'ai passé quatre ans de ma vie à élaborer The War at Home, un film que pratiquement personne n'a vu lors de sa sortie en 1996. Six ans plus tard, Rated X a été formidablement bien accueilli au Festival de Sundance, se faufilant même parmi les productions les plus en vues cette année-là, et puis, plus rien. C'est dur à prendre, c'est déprimant. Un jour, je me suis recroquevillé sur moi-même dans la douche et je n'avais plus envie de me défaire de cette position. C'est là que je me suis rendu compte qu'il fallait prendre une décision : ou tu abandonnes, ou tu te bats et tu continues. J'ai décidé de me battre."

Des idéaux

L'idée de Bobby a germé dans la tête du cinéaste en 2000, à la faveur d'un photoreportage qu'il a réalisé à l'hôtel Ambassador de Los Angeles, l'endroit même où le sénateur démocrate, pressenti pour être candidat à la présidence, fut tué.

"Du coup, tous les souvenirs liés à cette époque ont resurgi, entraînant avec eux une réflexion sur les idéaux américains. L'idée d'un film choral, où l'accent serait mis sur des gens ordinaires qui ont été profondément affectés par le drame, est ainsi née progressivement. Je ne voyais pas l'intérêt de recréer les événements comme tel puisque ceux-ci sont déjà bien connus, et très documentés. J'ai plutôt voulu réfléchir aux conséquences qu'a eu le drame dans l'imaginaire collectif américain."

Six ans se sont écoulés depuis le jour où Estevez a eu l'idée du film et sa réalisation. Autant dire une éternité. Le monde a même eu le temps de subir de profondes transformations et de ramener à la surface des débats pour lesquels l'Amérique s'était déjà déchirée. Hier, la guerre au Vietnam ; aujourd'hui, le bourbier irakien.

"En 2006, le discours de Robert Kennedy reste d'une incroyable pertinence, affirme Estevez. Et c'est bien cela qui rend si tragique la perte de cet homme. Nous avions déjà du mal à nous remettre des assassinats de John F. Kennedy et de Martin Luther King, et voilà que nous recevions un autre coup qui nous envoyait au tapis. Quand Robert Kennedy a été tué, l'Amérique a été mise K.-O. À mes yeux, 1968 reste l'année où notre innocence a été perdue à jamais. Depuis le jour fatidique de cet assassinat, nous sommes devenus politiquement cyniques, résignés, arrogants, sans noblesse. Nous ne savons plus vraiment ce qu'être Américain veut dire."

Aussi Estevez a-t-il tenté, en évoquant à l'écran une époque où l'on entretenait encore de grands idéaux, d'éviter l'aspect pamphlétaire pour épouser plutôt une approche humaniste.

"Nous sommes présentement anesthésiés par la culture de la peur. C'est pourtant à nous de nous sortir nous-mêmes du trou noir dans lequel nous ont plongés ceux qui gouvernent. Nous en sommes aujourd'hui à un tournant critique de l'évolution du monde et tous les peuples sont concernés, pas seulement les Américains. Nous aurions en tout cas bien besoin d'un Robert Kennedy aujourd'hui.

- Voyez-vous un prochain leader politique prendre le relais ?
- Très franchement, non. Je ne vois pas."

  Source : http://www.cyberpresse.ca/article/20061118/CPARTS01/611180813/1049/CPARTS01
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