Ciné-club éducatif & culturel de Mons (CCEC)
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La môme réalisé par Olivier Dahan
   
Titre original La Môme
Réalisation Olivier Dahan
Scénario Olivier Dahan & Isabelle Sobelman
Interprétation Marion Cotillard, Sylvie Testud, Clotilde Courau, Jean-Paul Rouve, Emmanuelle Seigner, Catherine Allégret, Gérard Depardieu, ...
Musique Christopher Gunning
Photographie Tetsuo Nagata
Pays France
Année 2007
Durée 2h 20min.
Genre Musical, Drame, Biopic
Production Alain Goldman
Scoops  
 
 
 
La projection aura lieu à IMAGIX - Mons - Plan d'accès
Le jeudi 15 février 2007
Le film est projeté en version originale française
Le film est projeté sans entracte ni publicité
Les séances :
 
  • 17h00 et 20h00 avec présentation et feuillet sur les films à chaque séance
  • 14h30 et 22h30 sans présentation et feuillet sur les films à chaque séance
 
 
De son enfance à la gloire, de ses victoires à ses blessures, de Belleville à New York, l'exceptionnel parcours d'Edith Piaf. A travers un destin plus incroyable qu'un roman, découvrez l'âme d'une artiste et le cœur d'une femme. Intime, intense, fragile et indestructible, dévouée à son art jusqu'au sacrifice, voici la plus immortelle des chanteuses ...
 
 
Nominé pour l'ours d'Or au festival de Berlin 2007
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comme au cinema - Florence Rochat
 

On part quand même avec quelques inquiétudes, Comme c’est original, encore un biopic musical !. En effet ces dernières années, les biographies de chanteur made in America fleurissent sur nos écrans. Ray Charles, Johnny Cash en passant par 50 cent et bientôt Duke Ellington, Marvin Gaye et Iggy Pop, chacun d’entre eux à son petit film, plus ou moins réussi. Cette fois la tentative émane de France et touche l’un de ses visages de légende, Edith Piaf la femme dont aujourd’hui encore on fredonne les chansons de Padam à La Vie en rose. Ce nom nous est tous familier, pourtant sa vie reste plus méconnue. Tout dans la palpitante existence de Piaf a de quoi faire pâlir le moindre scénario fictif, son histoire est tout simplement fascinante.

On se laisse totalement transporter par cet univers, symbiose entre un Paris rêvé et une réalité brute. On y croit, on aime fouler les pavés et c’est déjà une très belle victoire ! La réussite d’Olivier Dahan c’est de ne pas avoir essayé à tout prix de coller avec le Paris d’antan, il reconstruit des lieux en se laissant guider par sa propre sensibilité. Il propose un regard plus qu’une reconstitution. On entre avec plaisir dans ce monde animé par les rues crades de Belleville, les bordels où la sueur imprègne les murs et les salles de concerts chics des années 50. Le territoire de cette Môme, on s’y sent bien. Dahan articule son scénario autour de différents évènements dramatiques où heureux de la vie de Piaf, plutôt que de se centrer sur un moment dit déterminant. Il y gagne en tension et contourne ainsi – avec classe – le drame mélo arracheur de larmes qui mise tout sur un pic émotionnel.

Nous voyons très tôt dans le film une Piaf décadente, rongée par la maladie, et c’est au fur et à mesure que nous comprenons le pourquoi du comment. Le choix de cette temporalité déconstruite est un très beau moyen de présenter et d’accoler certains moments clés. Beaucoup de films se placent dans cette utilisation temporelle, avec plus ou moins d’efficacité et de sens. Ici cela fonctionne si bien, qu’on ne peut concevoir une narration autre : Mise en scène efficace d’un destin paradoxale.

L’interprétation livrée par Marion Cotillard nous laisse au départ un peu perplexe…Edith Piaf était-elle vraiment ainsi ? Elle en fait certainement un peu trop parfois, accentuant la démarche et les mimiques de la chanteuse de manière clownesque. La transition entre l’enfant Edith au visage angélique et la jeune femme Piaf, un peu forcenée, ne s’opère pas vraiment en douceur. Pourtant, au fil du film Cotillard transcende son personnage. A certains moments, elle est Piaf. Elle pleure son mal, elle donne ses tripes et elle partage les mêmes fantômes. Alors malgré le choc premier, on ne peut pas dire que Marion Cotillard n’est pas Piaf. Elle propose autre chose plutôt que de se limiter à singer, et donne naissance à une nouvelle Môme Piaf. Savoir créer, c’est cela être une actrice de talent.

Olivier Dahan avec La Môme reconstruit l’univers de la grande Edith Piaf et y insuffle son regard et sa sensibilité. La tension habite ce film de bout en bout et l’émotion est très bien gérée, évitant – à l’exception d’une scène – de tomber dans le sentimentalisme facile et sans force. Un beau moment !

  Source : http://www.commeaucinema.com/critiques=52339.html
   
avoir a lire - Frédéric Mignard
 

Une rencontre. Avec un mythe, une icône, une étoile sidérante à la gouaille vacharde et à la voix poignante marquée par le seau de la tragédie dès sa jeune enfance, qui la vit grandir dans un bordel, au bord de la cécité, jusqu’aux routes boueuses de France qu’elle a sillonnées avec son acrobate de père. La Môme Piaf, Edith, est dévoilée avec pudeur et admiration, laissant bouche bée et yeux embués le spectateur forcément subjugué par le magnétisme de cette femme, malmenée par le destin et inévitablement vouée à l’autodestruction, en particulier après la mort de Marcel Cerdan, l’amour de sa vie (en noir).

Une rencontre. Avec une actrice, prometteuse et pourtant toujours méconnue du grand public, malgré son rôle dans la trilogie des Taxi. Marion Cotillard, miss César 2008 (inévitablement), qui explose ici. Au pire elle est exceptionnelle, au mieux elle est fabuleuse. Elle irradie l’écran de sa présence décharnée en offrant son corps, son âme et sa voix au fantôme de Piaf. Cotillard ne se contente pas de jouer Piaf, elle l’incarne, dans ses mots, ses gestes et ses traits. Ses premiers pas d’adulte dans la vie parisienne et le cabaret dévoilent la personnalité forte de la souillon de la rue que Cotillard parvient à retranscrire sans sombrer dans le ridicule qui menaçait pourtant.

De même, au seuil du trépas, elle nous transporte avec douleur au plus près des regrets et de la folie qui accompagnent ce moment de solitude absolue. A travers son jeu d’incarnation, le spectateur vit la mort de la chanteuse la gorge nouée, sans pouvoir se détacher de l’infini désespoir de l’instant, jusqu’à l’ultime et terrible révélation de la dame. Admirable. Une rencontre. Avec un cinéaste, souvent maltraité à tort par la critique (quoique raillé à raison pour ses Rivières pourpres 2). Olivier Dahan connaît ici sa rédemption en révélant une force créative de visionnaire que l’on ne lui soupçonnait pas. Par son montage complexe et tout en finesse, et son incroyable sens de la mise en scène, il nous fait assister à la renaissance d’un cinéma populaire que l’on croyait perdu.

Recourant au classicisme, notamment durant les scènes américaines qui renvoient à l’âge d’or d’Hollywood, il se détache de l’académisme de rigueur pour épouser par moments les voies modernes de l’onirisme. Le cinéaste peaufine chacun de ses plans pour qu’ils gagnent en réalisme d’époque ce qu’ils perdent en artificialité de studio, se refusant ainsi à la reconstitution léchée et désincarnée. A l’image de son actrice, il se réapproprie l’esprit des décennies parcourues et authentifie ainsi son œuvre, personnelle et intimiste. Tragique et romanesque. Populaire et universelle. En un mot magnifique !

  Source : http://www.avoir-alire.com/article.php3?id_article=9186
   
le quotidien du cinema - Magali Contrafatto
 

Une évocation de la vie de la chanteuse Edith Piaf : son enfance, son adolescence et son ascension vers la gloire

Un petit oiseau tombé du nid

Après Ray et Walk the Line, les deux biopics américaines sur deux stars fabuleuses et mythiques de la chanson, le cinéma français s’attaque lui aussi au genre par la plus célèbre de ses chanteuses : Edith Piaf. Mais Olivier Dahan (Déjà mort, Les rivières pourpres 2) n’aimant pas les biographies classiques, a fait des choix tant dans le récit et que dans la manière de le raconter. Le réalisateur procède par une narration non linéaire. Fonctionnant sur des allés retours entre diverses périodes, le film nous conduit de la petite enfance de Piaf à sa mort. Le processus est intéressant, mais parfois un peu déroutant pour le spectateur. Nous ne savons plus toujours, en effet, où nous en sommes vraiment, quel est l’âge de Piaf, où est-elle ...

Ce va et vient presque constant peut désorienter voire agacer, puisqu’il complexifie la compréhension. Dahan en a perçu la difficulté puisqu’il précise souvent les années ou fait dire à Piaf son âge. Le scénario s’attache, quant à lui, à nous décrire une femme-artiste. Il y a donc certaines ellipses un peu rapides, des choix de coupe ou des silences dans la vie de Piaf qui pourraient aboutir à des contre vérités, heureusement fort peu, ou des méconnaissances. Certains auront un sentiment de frustration, les puristes celui de trous béants, malgré les 2h20 du film. Il était important pour le réalisateur de démarrer à l’enfance, fondement de chacun.

Néanmoins, si ce passage est loin d’être inintéressant, bien au contraire, on s’interroge s’il n’aurait pas mieux valu développer davantage d’autres aspects de la vie de Piaf : son côté Pygmalion, son don aussi pour l’écriture entre autres (c’est elle qui a écrit la vie en rose et l’hymne à l’amour notamment). Certains personnes, qui ont traversé sa vie, sont totalement occultés (Yves Montand, Charles Aznavour, par exemple). Ces choix sont évidemment discutables et seront sans doute discutés.

Nonobstant cela, Dahan a su rendre l’essentiel : ce qu’était Piaf, à retranscrire la femme et l’artiste, son exigence, sa passion. S’attaquant à un mythe français mais aussi international, le pari était courageux et difficile. Comme le pitch l’expose : Un film d’amour, musical, populaire, tragique et romanesque. Un sujet français, un film international. Il aurait pu passer au travers de son sujet. Il l’a conquis. La Môme est loin d’être parfait, mais c’est beau film. Dahan réussit parce qu’il a trouvé Sa Piaf, magistrale, en la personne de Marion Cotillard. L’actrice est, tout d’abord, d’une ressemblance physique troublante, qui l’a rend crédible. Ensuite, elle est tout simplement sublime : forte, fragile, vieille, enthousiaste, malade, droguée, magique. Marion Cotillard a donné vie à Piaf, elle l'incarne, elle est Piaf. Sa performance est à saluer.

Oublier, balayer les quelques travers, on se laissera emporter par l’émotion omniprésente. La Môme Piaf était à fleur de peau, tyrannique et à protéger tout à la fois. Le film transpire de cette sensibilité. Et nous avec. Le reste du casting est aussi plus qu’enthousiasmant. Mais, aucun des seconds rôles, pourtant intéressants, n’arrivent vraiment à se faire une place à côté de l’omniprésence de Piaf. Marion Cotillard porte le film de bout en bout. Quelques personnages et acteurs se démarquent toutefois : Emmanuelle Seigner/Titine, prostituée et mère de substitution de Piaf enfant, est très touchante; Marc Barbe/Raymond Asso et Jean-Pierre Martins/Cerdan sont superbement charismatiques, chacun à sa manière.

Pas une seconde d’ennui, une image soignée, réaliste, voir La Môme pour découvrir pourquoi Piaf est une légende, se laisser enthousiasmer par sa musique et par sa voix, et pour comme elle, tomber amoureuse de Cerdan. Fan, admirateurs ou juste curieux, chacun y trouvera son compte. Il n’est pas besoin d’aimer Piaf ou sa musique pour être touché par le film ou par la chanteuse. Edith Piaf, où une femme comme les autres ou presque, puisqu’elle avait un don extraordinaire, dont le pendant fut aussi une vie terrifiante, mais qui a eu aussi sa part de bonheur. Nous n’aurons pas envie de la plaindre. Les artistes ont des vies bien trop audacieuses. Mais, nous saurons l’aimer. La Môme est à voir pour trois femmes : la Musique, Piaf et Marion Cotillard.

  Source : http://www.lequotidienducinema.com/article.php?sid=1497
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Impressions de Marion Cotillard
 

"Lorsque j'avais une vingtaine d'années, je me suis prise de passion pour la chanson réaliste. J'ai énormément écouté Fréhel, Yvette Guilbert, Aristide Bruant et bien sûr, Edith Piaf. Plus que les autres, ses chansons me bouleversaient parce qu'elles parlaient de sentiments absolus, purs et vrais et qu'elle les chantait avec une voix qui vous prenait aux tripes. Je ne savais alors presque rien d'elle, mais je connaissais déjà par coeur des chansons comme “Les amants d'un jour”, “L'hymne à l'amour” ou “La foule”. Plus tard, sur plusieurs films, il m'est arrivé d'écouter ses chansons juste avant de jouer pour parvenir à un état de fragilité et d'émotion. Elle m'a aidée dans mon travail de comédienne bien avant que j'aie la chance de l'incarner."

"Très tôt, mon agent m'a dit qu'Olivier Dahan écrivait un film sur Piaf et qu'il pensait à moi, mais l'expérience m'a appris à ne pas donner trop d'importance à ce genre d'information tant que le scénario n'est pas là, devant vous. Dans les mois qui ont suivi, j'ai eu l'occasion d'entendre d'autres choses et même de ne plus y penser, et puis un jour, Olivier a souhaité me rencontrer. Notre contact a tout de suite été bon, nos relations étaient naturelles, évidentes, comme s'il était logique que nos routes se croisent un jour."

"Avant l'entretien, j'avais simplement regardé quelques photos de Piaf. Je ne voulais surtout pas mettre la charrue avant les boeufs et m'investir trop sur le personnage avant d'être certaine d'être choisie, mais je ne pouvais m'empêcher d'aller à la découverte de cette femme. Quand j'ai compris qu'Olivier avait vraiment envie de faire le film avec moi, j'ai tout de suite désiré m'investir à fond. Il m'a donné le livre de Jean Noli sur les trois dernières années de Piaf. J'avais déjà de l'admiration pour elle, mais j'en ai eu encore plus lorsque j'ai découvert ce qu'avait été sa vie."

"A l'époque, le scénario était plus long et l'histoire déjà sublime. Olivier avait choisi de dessiner un portrait de Piaf intime, humain, équilibré. Son script était rempli de moments puissants, de rencontres essentielles, de ruptures, d'abandons, d'espoirs, d'amours. D'ordinaire, dans un film, une seule de ces scènes suffit à en faire le temps fort. Là, il y en avait tout le temps. C'est d'ailleurs, je crois, cette intensité aussi bien dans le bonheur que dans la souffrance qui explique qu'elle n'ait vécu que jusqu'à quarante-sept ans. C'était un rôle extraordinaire mais je me suis aussi rendue compte de tout ce que cela allait exiger, parce que je devais interpréter Piaf de sa jeunesse à sa mort ! Je n'avais jamais eu un tel rôle à jouer. Jamais on ne m'avait demandé d'incarner une telle femme, une telle histoire. Tout cela était nouveau pour moi. J'ai eu peur et pourtant, je n'ai jamais douté. Je crois que cela tient d'abord au fait que je n'ai jamais senti le moindre doute chez Olivier. Lui avait confiance en moi et je n'avais pas besoin d'autre chose. L'autre point qui m'a évité de trop paniquer, c'est que, bien qu'ayant prévu que ce serait difficile, je n'avais sûrement pas imaginé à quel point !"

"En octobre 2005, tout de suite après avoir terminé le film de Ridley Scott, UNE GRANDE ANNÉE, j'ai vraiment travaillé chaque jour. J'ouvrais le scénario, je lisais ces scènes si fortes et je le refermais immédiatement, en osant à peine penser à ce qui m'attendait. Une petite voix m'intimait l'ordre de lire quand même le scénario parce qu'un jour prochain, j'allais me retrouver à la Brasserie Julien, obligée de jouer cette scène ; parce que j'allais me retrouver boulevard Lannes, découvrant “Non, je ne regrette rien” et que je devrais jouer cette scène ; parce qu'un jour prochain, je me retrouverais sur son lit de mort et que je devrais le faire ! Je reprenais donc le scénario, en proie à de véritables angoisses. Sur beaucoup de films, il m'est arrivé d'avoir envie de téléphoner au réalisateur pour lui conseiller de prendre une autre comédienne. Mais sur ce film-là, même quand j'étais terrifiée, jamais !"

"Dès le départ, j'ai dit que j'aurais besoin de travailler avec un coach. L'enjeu n'était ni l'approche physique, ni le besoin d'être rassurée mais j'avais envie d'être épaulée pour partir à la rencontre de cette femme. J'avais déjà travaillé avec Pascal Luneau et il m'a permis de prendre conscience d'une chose essentielle. J'avais tellement d'admiration pour Piaf que certaines facettes d'elle restaient incompréhensibles à mes yeux, en particulier son côté tyrannique. Pascal m'a fait comprendre que mon admiration m'empêchait d'aller au fond des choses. Abandonner cette admiration ne signifiait pas ne plus aimer, mais passer à un autre niveau. J'ai arrêté de me réduire à quelque chose de tout petit par rapport à elle, et c'est là que j'ai compris tout ce que je n'aimais pas dans sa personnalité. J'ai fini par l'aimer vraiment parce que j'ai découvert que la seule chose qu'elle ne supportait pas, c'était d'être seule. Pour ne pas en arriver là, elle était prête à tout, même à se montrer tyrannique avec ceux qu'elle aimait pourtant."

"Nous n'avons travaillé aucune posture, aucune démarche, aucune gestuelle, je n'ai jamais expérimenté la voix. La première fois que je me suis retrouvée sur le plateau et que j'ai entendu “Action !”, cette voix que je ne connaissais pas est sortie de moi. En fait, tout mon travail d'approche du personnage a consisté à m'imprégner, à observer Edith Piaf. J'ai regardé d'innombrables documents, écouté ses entretiens et tous ces éléments ont nourri un processus intérieur. Dès le départ, je savais que je ne voulais pas l'imiter. Mon but était de créer une place suffisante en moi pour que Piaf veuille bien s'y poser, sans que je disparaisse complètement. Je devais l'inviter chez moi afin que nous puissions faire toutes deux quelque chose ensemble."

"L'un des métiers de l'acteur, c'est d'inviter des personnages en lui, de convoquer des personnalités avec qui il partage ce qu'il est. Lorsque l'on joue Phèdre, on fait appel à elle. Evidemment, lorsque vous jouez quelqu'un d'aussi puissant, d'aussi présent que Piaf, l'expérience est encore plus forte. Certains pourront trouver cela mystique et c'est peut-être une façon de voir les choses mais pour ma part, ce que je peux dire, c'est qu'à force de l'avoir regardée, écoutée et aimée, j'ai souvent eu l'impression qu'elle était là. J'avais tellement intégré sa façon d'être, ses mots, jusqu'à ses inflexions de voix, que c'était comme si elle existait en moi. Chaque fois que je devais tourner, j'avais rendez-vous avec elle ! Je ne mets rien de mystique ou d'ésotérique derrière cela, c'était juste une rencontre, et elle a été extraordinaire. Quelque chose d'elle s'est recréé à l'intérieur de moi. Cela n'a duré que l'espace de ce film. A certains moments, on sentait sa présence. J'ai souvent eu l'impression que nous travaillions à deux. Il n'est alors plus question d'ego, il faut se lancer. C'est effrayant mais c'est fabuleux. La première scène que j'ai eu à jouer ainsi se déroulait dans les décors du boulevard Lannes, où Charles Dumont vient lui proposer “Non, Je ne regrette rien”. Je me suis découvert cette voix, ces gestes, comme si Piaf était en moi. Même si on a dû la refaire, même si c'était dur, j'ai alors pris conscience que j'allais avoir beaucoup de plaisir à la jouer."

"Les essais de maquillage ont été un enfer, et beaucoup de maquilleurs et de maquilleuses s'y sont cassés les dents ! A chaque fois, il fallait recommencer avec des gens différents. Cette phase-là m'a beaucoup angoissée parce que les résultats n'étaient vraiment pas convaincants et que je savais que, quel que soit mon niveau de jeu, si le maquillage était raté, le public serait gêné et n'y croirait pas. Didier Lavergne a fait un travail remarquable, et il a pourtant eu moins de temps que ce que ce genre de défi demandait. Le maquillage n'a pas été mis au point tout de suite et nous avons dû tourner certaines scènes plusieurs fois."

"Jouer Piaf jeune me posait moins de problèmes parce que je n'avais pas de maquillage. Sur le plateau, Olivier donne très peu d'indications, mais toutes d'une très grande justesse. Il aborde la direction par le visuel, il décrit. Même si cela peut paraître mécanique, c'est complètement intuitif chez lui et cela m'allait parfaitement. Il nous a offert quelques magnifiques moments comme le plan-séquence où Piaf apprend la mort de Cerdan. Je connaissais par coeur les dimensions du décor, de ce couloir tellement long que je devais arpenter et arpenter encore. Nous avions tous répété ce plan-séquence. Chacun devait être à sa place. Il y avait une excitation, une tension positive exceptionnelle. Nous ne devions rien rater parce qu'au moindre incident, tout était à refaire. En me réveillant le matin du tournage, j'ai pensé à Roberto, le steadicamer, et Chris le pointeur et je me suis dit que nous allions valser ensemble. Quand la scène a été dans la boîte, nous avons tous ressenti quelque chose de fabuleux."

"Les membres de l'équipe ont été les premiers spectateurs de la transformation et, franchement, j'avais le trac parce que je les admire tous. J'appréhendais surtout les moments où je jouais Piaf âgée. Je n'oublierai pas la première scène face à Pascal Greggory, Marie-Armelle Deguy, Elisabeth Commelin et Jean-Paul Muel. Ils ont été fantastiques, nous étions tous habités par la même envie."

"J'aime chanter, mais le travail technique sur les play-back a été le plus dur pour moi parce que j'avais envie qu'ils soient parfaits. J'ai travaillé avec un prof. Je voulais comprendre comment chantait Piaf, comment elle plaçait son corps, sa langue, la moindre de ses respirations. Je devenais dingue tellement c'était complexe. Si j'avais des vidéos d'elle sur ces chansons, je décortiquais tout. Je me suis aperçue qu'il ne suffit pas d'être en rythme pour faire un bon play-back. La respiration est essentielle. Je notais les moments où elle prenait ses respirations sur des feuilles. Après, je mettais la musique, je me filmais avec une caméra. J'ai passé des nuits entières à prendre des notes sur ce qui n'allait pas ! Je voulais que ce soit Piaf."

"Il s'est passé beaucoup de choses extrêmement fortes sur ce film, comme lorsque nous nous sommes retrouvés à l'Olympia pour tourner le grand retour de Piaf sur scène avec cette chanson : “Non, je ne regrette rien”. Ginou Richer, qui a bien connu Piaf, était dans la salle. J'ai vécu des choses extraordinaires avec elle sur le plateau. J'imagine que la situation devait être bizarre pour elle. Quand j'ai débarqué sur la scène pour chanter cette chanson, en présence de Ginou, quelque chose s'est vraiment passé."

"Je n'aborderai plus jamais un rôle de la même façon. Piaf m'a appris beaucoup de choses. Par rapport au travail, je pense que je prendrai encore plus de plaisir qu'auparavant parce que je sais maintenant que les personnages existent à part entière. J'aurai une manière de les faire vivre encore plus intense."

  Source : http://www.cinemovies.fr/fiche_info-9750-prod.html
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