| |
Filmé à Londres et aux studios d’Elstree durant l’été 2005, Par Effraction est le premier scénario original d’Anthony Minghella à être produit depuis son premier film, Truly, Madly, Deeply, en 1991. Le réalisateur oscarisé signe ici un drame à la fois intimiste et universel, qui s’attache à la vie de personnages très différents. Jeunes professionnels d’excellente réputation, immigrés portant le fardeau de la guerre et des rigueurs économiques… Dans un quartier de Londres en pleine rénovation, les classes aisées empiètent sur les lieux où vivent les plus démunis, et les frontières de classe et de culture sont brouillées. Suite à une série de vols, réels ou métaphoriques, les protagonistes sont amenés à se rencontrer, à se lier, à se séparer et à se rapprocher à nouveau ...
Anthony Minghella confie : "Il y a longtemps, j’ai essayé d’écrire une pièce intitulée "Breaking and Entering". Un couple rentre chez lui après une fête et découvre que sa maison a été cambriolée. En faisant l’inventaire de ce qui a été volé, ils se rendent compte que certaines choses ont été apportées, et ces objets révèlent qu’ils ont des problèmes au sein de leur mariage. J’aimais beaucoup cette idée, mais je n’ai jamais pu la développer de façon satisfaisante. Et puis, il y a deux ou trois ans, nous avons racheté une vieille chapelle dans le nord de Londres pour en faire notre studio. Je me souviens que mon fils Max a dit à l’époque de façon assez inquiétante que c’était "un très mauvais endroit pour un bureau" - on retrouve d’ailleurs cette phrase dans le film.
Il allait à l’école dans le quartier et le connaissait bien. Mais j’aimais l’endroit et sa situation. Au cours de la rénovation très coûteuse, je me trouvais en Roumanie pour les repérages de Retour à Cold Mountain, et j’ai reçu des appels du bureau : "Il y a eu une effraction." ; "Il y a encore eu une effraction." Je suppose que le bureau était devenu une sorte de centre d’intérêt pour les cités du coin et que c’était amusant de pénétrer dans nos locaux.
Nous avons été cambriolés treize fois en huit semaines. "Cette espèce de "baptême du cambriolage" m’a rappelé l’idée que j’avais eue quinze ans plus tôt, et j’ai commencé à y penser d’une manière différente : un crime peut réparer quelque chose. Selon moi, quand un tort est commis, sa réparation rend tout le monde plus fort. Il y a aussi cette idée des différentes manières dont on peut voler les gens. Il existe toutes sortes de vols…"
Jude Law, qui joue Will Francis, le personnage clé de l’histoire, commente : "Ce film est une histoire sur les mondes dans lesquels nous vivons, des mondes qui se frôlent, se heurtent, qui interfèrent les uns avec les autres. Il parle des mondes que nous tenons pour acquis et auxquels nous ne faisons pas attention, ou que nous jugeons parfois avec condescendance – ce qui est à mon avis encore pire.
On donne de l’argent à une œuvre caritative, on donne ses vieux vêtements à la Croix Rouge, on se dit qu’on fait sa part alors qu’en fait, on ne fait rien pour aider vraiment les autres, au-delà de notre petit confort moral. On ne se demande presque jamais qui est vraiment la personne qui fait le ménage, qui vide nos poubelles, on ne cherche pas à savoir si ces gens sont plus instruits que nous…"
Juliette Binoche, qui incarne Amira, la réfugiée bosniaque, ajoute : "Le sujet des immigrés peut ne pas sembler porteur. En général, on met ce genre de chose dans un coin pour ne plus y penser, on ne veut surtout pas en parler. J’ai aimé qu’Anthony Minghella s’intéresse à la nature des immigrés, à la façon dont la vie peut être bouleversée à cause d’une guerre, ou de décisions d’autres gens. Comment survivre si dans votre pays, vous avez été pianiste, ou scientifique, ou enseignant, et que vous vous retrouvez d’un seul coup dans un autre pays en étant femme de ménage ?"
Martin Freeman, l’interprète de Sandy Hoffman, l’associé de Will, commente : "Il est si facile de juger quand on ne connaît pas les gens ni les situations… Nous le faisons tous. Je le fais tout le temps. On oublie souvent que tout le monde a une histoire, que tout le monde a une vie. Il est bien plus difficile de voir les choses en noir et blanc une fois qu’on connaît les éléments complexes en jeu dans la vie des autres…"
Anthony Minghella reprend : "J’avais très envie de faire un film sur ma ville, Londres. L’une des choses que j’aime dans cette ville, et qui fait la fierté de la plupart des Londoniens, c’est le fait qu’il y ait tellement de gens de pays si différents. C’est une ville très diversifiée au plan culturel, très cosmopolite. Mais ça, c’est l’analyse séduisante. Sous un autre angle moins valorisant, on se rend compte que les différences de classes ont évolué et que les frontières se sont brouillées, que tout le monde évolue à présent dans une sorte de classe moyenne globale qui a plus ou moins éliminé les ouvriers anglais. Une classe invisible a émergé, une sorte de sous-classe en fait, où la plupart des gens ne sont pas anglais mais originaires d’autres pays. Bien que nous soyons extrêmement pointilleux sur la question de l’immigration, et que nous l’utilisions souvent comme un argument politique en période électorale, force est de constater que nous dépendons des immigrés."
Juliette Binoche ajoute : "Ma grand-mère était une immigrée polonaise, elle avait un accent et elle était couturière. Quand j’ai lu le scénario, j’ai été bouleversée parce que je ne m’attendais pas à ce qu’il me touche d’aussi près. En fait, c’était à la fois très loin et très proche de moi. C’est en partie en raison de mes racines que j’ai eu envie de faire ce film. J’ai pensé que c’était une manière formidable de remercier ces générations qui traversent encore aujourd’hui d’énormes difficultés pour que leurs descendants aient une vie meilleure que la leur, qu’ils aient davantage le choix. J’ai trouvé formidable de pouvoir parler de ces gens-là."
Le réalisateur précise : "A Londres, aujourd’hui, nous dépendons d’un groupe invisible de Kosovars, de Slovènes, de Bosniaques, de Brésiliens, de Mexicains, de Nigérians, de Ghanéens, de gens qui viennent ici et font le travail que nous répugnons à faire. Ils sont invisibles aux yeux des nantis, ils sont invisibles culturellement, mais ils constituent un pourcentage élevé de cette grande ville.
Et je me suis dit que si je faisais un film sur Londres, je devais en faire un qui se penche au moins sur cette question, qui examine les différences de privilèges qui caractérisent Londres aujourd’hui. Je voulais faire un film qui puisse parler de cela sans pour autant passer pour un donneur de leçons." |