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Nue propriété réalisé par Joachim Lafosse
   
Titre original Nue propriété
Réalisation Joachim Lafosse
Scénario Joachim Lafosse & François Pirot.
Interprétation Isabelle Huppert, Jérémie Renier, Yannick Renier, Kris Cuppens, Patrick Descamps, Raphaëlle Lubansu, Sabine Riche, Dirk Tuypens, Philippe Constant, Catherine Salée, ...
Photographie Hichame Alaouïe
Pays France - Belgique
Année 2007
Durée 1h 30min.
Genre Drame
Production Joseph Rouschop
Site officiel  
Scoops  
 
 
 
La projection aura lieu à IMAGIX - Mons - Plan d'accès
Le Jeudi 10 mai 2007
Le film est projeté en version originale française
Le film est projeté sans entracte ni publicité
Les séances :
 
  • 17h00 et 20h00 avec présentation et feuillet sur les films à chaque séance
  • 14h30 et 22h30 sans présentation et feuillet sur les films à chaque séance
 
 
Quand leur mère décide de vendre la maison familiale, Thierry et François réalisent qu'ils vont devoir vivre leur vie d'adulte. Leur relation fusionnelle va alors se transformer en guerre fratricide sous les yeux impuissants de leur mère. Le belge Joachim Lafosse confirme, avec ce troisième film en deux ans, l’originalité de sa voie et sa maîtrise à travers une mise en scène rigoureusement épurée.
 
 
 Festival de Venise 2006
 
  • SIGNIS Award avec mention spéciale édécerné à Joachim Lafosse
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comme au cinema - Bartholomé Girard
 

Violence des échanges en milieu glacé

Pascale, mère des grands dadais Thierry et François, veut changer de vie. Le hic, c'est que les petiots en question s’opposent farouchement à ce que leurs petites habitudes soient chamboulées. Toute la question alors, pour Pascale, est de savoir si elle doit continuer à se sacrifier pour ses enfants (et se laisser dicter sa vie), ou s'il est bel et bien temps qu'elle prenne les choses en main. Le tohu-bohu familial prend alors des proportions que personne n'avait prévu.

Derrière la complexité des caractères et des rapports que les personnages tiennent entre eux s'esquisse le portrait d'une famille qui va, au travers des conflits et des affrontements, apprendre à grandir. Nue propriété affirme une maîtrise cinématographique et une densité dramatique assez rares pour une première réalisation (de long). Les plans-séquences fixes donnent un aspect quasi-documentaire au film de Lafosse, captant le quotidien - repas, séances télé…- de Pascale et ses deux fils dans sa simplicité apparente. Que ce soit par sa mise en scène sèche, ses montées crescendo de l'hystérie des personnages ou simplement l’extrême justesse des rapports humains ici observés (mais jamais jugés), Joachim Lafosse signe un premier film cathartique qui remue les tripes.

C’est - au-delà des dialogues ficelés et du travail sur la lumière - le talent des acteurs qui alimente avant tout le caractère fascinant de Nue Propriété. Les frères Rénier brillent par leur rage et leur conviction, et Isabelle Huppert illumine la pellicule par son vacillement permanent entre la fragilité et la force de son rôle de mère au bord de la crise de nerfs. Dans les regards et la violence qui s'échappent de la relation entre cette mère et ses fils, il faut voir le portrait au vitriol d'une famille qui affirme une vérité difficile à admettre pour chacun : grandir signifie, avant tout, faire le deuil de ce que l’on a vécu.

  Source : http://www.commeaucinema.com/film=63367.html
   
liberation - Edouard WAINTROP
 

Un saisissant huis clos familial par le Belge Joachim Lafosse

Grand prix du festival Premiers plans d'Angers en janvier avec Ça rend heureux, son premier long métrage, pas encore sorti, le Bruxellois Joachim Lafosse livre déjà son deuxième film, Nue Propriété . Après la comédie nourrie d'autodérision réjouissante, il signe ici un drame impressionnant.

Grain de sable

Les protagonistes de ce presque huis clos sont trois. Deux fils, Thierry et François (les frères Jérémie et Yannick Rénier), âgés d'un peu plus de 20 ans, et leur mère, Pascale (Isabelle Huppert). Trois tempéraments qui semblent fonctionner en fusion. Ils vivent dans une belle maison isolée dans la campagne belge. Les garçons n'en fichent pas une, passent leur temps devant la télé et les jeux vidéo. Thierry, censé aller en fac, François qui ne cherche pas de boulot, Pascale qui se traîne au travail à contre-coeur. Le soir, ils se retrouvent à table, discutent, se dissipent.

Un grain de sable se glisse vite dans cette petite machine familiale trop parfaite. Pascale rêve de partir loin avec son voisin et amant, Jan , un cuisinier flamand. Du coup, elle veut vendre la maison. Cette nouvelle apparaît comme une catastrophe à ses fils. Les repas vont désormais se transformer en affrontements.

Troupe

Joachim Lafosse a réussi à planter son drame et à le rendre incertain. Maîtrisés, fixes, proches des acteurs, les plans sont souvent superbes. Les personnages y entrent, les traversent en occultant parfois les autres. La mise en scène construit une distance que le jeu intense des acteurs conteste. Isabelle Huppert par exemple, nappe son personnage de ce mélange de ténacité et de fragilité qui est sa marque. Jérémie Rénier est superbe, buté, emporté et malheureux et son frère Yannick est bouleversant. Le rôle de Jan est interprété par le Flamand Kris Cuppens, un complice de Lafosse qui joue l'un des deux rôles principaux de son autre long métrage. Comme lui, la plupart des seconds rôles viennent de la «troupe» d'amis proches du cinéaste. Ils donnent un caractère authentique à ce conte cruel qui dit, entre autres, que les parents ne devraient pas jouer à se haïr devant leurs enfants. Si le malheur frappe, c'est parfois la faute de personne. Ou de tout le monde.

  Source : http://www.liberation.fr/culture/cinema/236442.FR.php
   
le monde - Jean-Luc Douin
 

Un huis clos diabolique entre une femme et ses deux fils

Film belge, vue imprenable sur huis clos familial, réalisé par un jeune cinéaste remarqué dans les festivals, interprété par une exceptionnelle Isabelle Huppert et par deux comédiens, frères dans la vie, frères à l'écran. "Occasion à saisir" : on ne saurait que trop vous conseiller de faire usage de votre "droit de jouissance" en vous précipitant sur Nue propriété, le temps que vous en soit offert l'"usufruit."

Le film se passe dans une maison wallonne. A qui appartient-elle ? C'est tout le problème. Une mère et ses deux fils y habitent. Quoique encore propriétaire, le père des enfants y est interdit de séjour. Ses visites sont considérées comme des intrusions. Il a refait sa vie ailleurs, il n'a pas le droit d'entrer. Les fils estiment que ces murs sont leur héritage. Pourquoi un agent immobilier vient-il y estimer la superficie ? Parce que la mère a décidé de la vendre. Conflits.

Le logis n'est qu'un révélateur. Nue propriété donne un sens littéral à l'expression "cellule familiale". On ne badine pas chez ces gens-là, mais savez-vous qui est en prison ? La mère. Ses fils l'empêchent de mener sa vie. En âge de se prendre en main, ils se prélassent dans la bâtisse, en pachas. Avachis sur le canapé du salon, réfugiés dans la salle de ping-pong aux heures de ménage. Les pieds sous la table, ils attendent que maman vienne leur remplir leur assiette. Plâtrées de pâtes au menu.

L'un des fils (Jérémie Renier, aussi percutant ici que dans les films des frères Dardenne) s'est autoproclamé gardien du temple. Répressif et colérique, il a pris la place du père. Il entraîne son frère (Yannick Renier, révélation) dans une spirale d'ingratitude, de machisme et d'humiliation. Ces pique-assiette jugent leur mère avec un oeil impitoyable. Brocardent sa nouvelle coiffure, ridiculisent sa sexualité. Tour à tour enjouée et soumise, effrontée et résignée, indifférente, masochiste, indocile (Isabelle Huppert, donc, est formidable), celle-ci doit presque s'excuser de fréquenter un voisin, demander une permission de sortir. Les rôles sont inversés.

La cascade de scènes à laquelle nous convie Joachim Lafosse trahit évidemment une régression malsaine, une confusion des rapports autoritaires, une trouble promiscuité. Les deux frères se comportent avec leur mère comme s'ils étaient ses parents. La mère a sa part de responsabilité, qui entretient avec ses fistons des relations fusionnelles. Elle autorise l'aîné à la rudoyer, le cadet à l'enlacer. Son ex-époux mis au ban, elle a redistribué les cartes : elle est fille de l'un, mère poule de l'autre. Ou est l'amant ?

Ils se dévorent

Il n'a pas droit de cité. L'une des occupations favorites des deux grands gamins est de tirer au fusil sur les rats qui ont creusé des galeries autour de l'étang. L'autarcie induite par ce trio infernal nie tout droit d'existence au moindre intrus, toute possibilité à chacun des membres d'avoir une vie intime. La copine du fils aîné pose des questions embarrassantes, l'ami de la mère (qui voudrait bien déménager en France pour installer une maison d'hôtes) a l'outrecuidance de vouloir remettre les jeunes à leur place. Ils dérangent. Rigueur du cinéaste : tout se passe, se cadre, en fonction de cette maison qui préserve l'union, que les personnages n'arrivent pas à quitter. Joachim Lafosse filme en plans fixes. Chacun s'y niche, les traverse, y a sa place. Toute arrivée d'un tiers sème la zizanie. Et hors du cadre-cocon, point de salut. La métaphore culinaire mijote elle aussi, tout du long. La nourriture, c'est la libido. L'amant de la mère est cuisinier. "Les deux frères n'arrêtent pas de manger et la mère n'arrête pas de les nourrir. C'est une image significative de ce qui se passe au sein de cette famille : ils se dévorent", dit Lafosse. Au cours des repas, il y a donc des sous-entendus graveleux, ou des engueulades. Jusqu'où le fils tyrannique ira-t-il pour préserver sa nue-propriété ? Jusqu'au pugilat, au drame qui, le temps d'une illusion, d'une complicité forcément provisoire, reformera le couple des parents séparés.

  Source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3476,36-869501,0.html?xtor=RSS-3476
   
cinema you vox - Arnaud HALLET
 

Nue Propriété est le premier long métrage du réalisateur belge Joachim Lafosse. Les premiers films sont toujours intéressants ne serait-ce que pour la découverte d’un genre (en espérant qu’il soit nouveau), et surtout pour pouvoir suivre l’évolution depuis sa base du chemin que parcourra le réalisateur et les orientations qu’il suivra. N’oublions jamais les premiers films tels qu’A bout de souffle, Les 400 coups ou encore Citizen Kane, et même s’il est certainement présomptueux de faire un parallèle avec Nue Propriété, ce dernier marque une ouverture tonitruante de la filmographie de Joachim Lafosse.

Nue Propriété traite du cocon familial et de la certaine inconstance des relations qui fleurissent et fanent au sein de celui-ci. La maison dans laquelle la famille vit est le point central incontestable de cette histoire, comme un personnage à part entière, et c’est d’ailleurs presque le seul lieu où les acteurs évoluent. Ce quasi huis clos présente une mise en scène originale constituée en grande partie de plans fixes et de plans séquences. Ceci à pour particularité d’instaurer une ambiance pesante et amène le spectateur dans un état d’attente, anxieux de savoir ce qu’il va arriver. Cette tension palpable et continuelle apparaît dès la première séquence où Isabelle Huppert essaye un nouveau vêtement. Cette scène s’inscrit au début du film comme elle aurait pu apparaître à un autre moment. Il n’y a ni début ni fin, c’est une partie de la vie, un segment, un bout, un morceau.

La relation que la mère entretient avec ses fils est presque incestueuse, chacun perd ses repères et la maison est cause d’une certaine promiscuité. Il n’y a plus d’isolement personnel, tout est partagé, les frontières s’effacent, et on le ressent presque inconsciemment car les portes et fenêtres sont toujours ouvertes. La maison est devenu lieu commun où chacun parle ouvertement, agit sans retenu. Il existe effectivement un continuum dans cette famille, un perpétuel rapport de causalité. Chaque événement en provoque un autre, s’exacerbant jusqu’au point de rupture.

Les plans fixent permettent aussi une récurrence dans les hors champs. Les personnages apparaissent dans le cadre puis ressortent, et nous assistons à la situation, d’un seul point de vue. On se demande fréquemment qui est l’intrus, qui est en trop et c’est précisément là où Lafosse fait intervenir le spectateur et où il le rend acteur et penseur face à ce drame familial. Nue Propriété est la propriété d’un bien dont un autre à la jouissance. Mais c’est aussi une propriété nue, c’est-à-dire, ce dont on a la jouissance et qui est mise à nue, révélée de tous et par tous. Or, les sentiments propres à chacun ne le sont plus et s’étalent terriblement. Voilà pourquoi le film touche au plus profond et témoigne d’un mal-être qui sommeille en nous. Et ce sont les deux frères jumeaux interprétés par Jérémie Rénier et Yannick Rénier qui avec deux remarquables prestations fusionnelles et paradoxalement opposées transmettent ce message fort. Un contraste que l’on retrouve entre le dévoilement des sentiments et le malaise intérieur qui ne peut être partager.

Le film contient un seul morceau de musique, qui se situe à la toute fin. Le réalisateur explique dans une interview que dans un film la musique est superflue lorsque les émotions passent sans cet élément. Ce n’est juste qu’un ajout pour combler les trous, où alors il faut la penser avant le tournage. Et on se rend rapidement compte que le résultat est incroyable car en effet pas une note ne viendra perturber la narration, ni même l’accompagner, excepté à la fin donc là où les violons tirent de manière excessive pour traduire l’absence d’harmonie qu’il règne dans cette famille.

  Source : http://www.cinema.youvox.fr/Nue-Propriete-de-Joachim-Lafosse,0035
   
 benzinemag - Patrick Braganti
 

Joachim Lafosse se démarque du cinéma habituel belge en n’ancrant pas Nue propriété dans un environnement social déterminé, comme se situe généralement le cinéma belge en général, celui des frères Dardenne en particulier. Ici en fait le décor se limite pour l’essentiel à la maison, à l’intérieur et dans ses abords immédiats, qui devient donc un personnage à part entière de l’histoire et constitue le lien qui relie les membres de la famille entre eux. L’importance du lieu est si significative que le cinéaste opte pour de longs plans fixes, aux cadres serrés qui symbolisent celui de la maison, coercitif et protecteur.

Pour s’en éloigner, les personnages abandonnent de fait leur présence à l’image. Nue propriété ne se limite pas au seul portrait de deux « Tanguy » belges mais se livre aussi à une déconstruction en règle de la cellule familiale, mettant à vif les cicatrices mal refermées d’une séparation sans doute mal vécue par Thierry. Par sa dureté, voire sa méchanceté, envers sa mère, on est enclin à le voir pencher pour son père, alors que François, conciliant et suiviste, montrerait une préférence pour sa mère. La famille est ici vue comme le territoire où s’exerce l’apprentissage de la démocratie et de la mixité, le plus souvent dans le conflit et l’affrontement.

Dans un style qui fait souvent penser à Pialat, Nue propriété séduit aussi par son interprétation dont l’originalité majeure réside dans le fait que Thierry et François soient joués par deux frères authentiques : Jérémie et Yannick Rénier. Si l’on connaît bien le premier, le second, comédien de théâtre, ne démérite pas. Dans le film, leur relation fusionnelle, très électrique et physique, les unit comme un bloc érigé face à une mère manifestement débordée, ayant peine à canaliser l’agressivité de ses fils et à accepter l’inversion des rôles. Comme chez Pialat, on l’aura compris, il est ici question de douleurs et de souffrances qui s’expriment dans la colère, les cris et les coups. Une histoire somme toute banale que Joachim Lafosse parvient à renouveler dans un film très prometteur à la sauvagerie débridée et imprévisible, prête à jaillir à tout instant.

  Source : http://www.benzinemag.net/cinema/Nue_propriete.htm
   
 film de culte - Guillaume Massart
 

A travers champ

Grand prix du jury au Festival d'Angers, Ça rend heureux, deuxième long métrage de Joachim Lafosse, révélait ce qu'on supposait être un cinéaste du dialogue. Ode au cinéma désargenté et au bricolage, le film était porté par un humour mordant et sans pitié, dont l'acerbe pertinence parvenait à faire oublier les carences de mise en scène. L'image numérique y agitait en effet un cadre jamais stable et privilégiait les plans-séquences en gros plan, au détriment, parfois, de la lisibilité de l'action. Si la finesse d'écriture et l'énergie des acteurs emportaient le morceau, on n'eût pas juré qu'on tenait en Lafosse un formaliste acharné, dont on eût plutôt souhaité qu'il se décidât parfois à autoriser sa caméra à se reposer sur son pied.

Réjouissante surprise, donc, lorsqu'on découvre la nouvelle configuration filmique: on aurait pu craindre qu'en s'enfermant dans les limites du cadre, dont il avait pris pour habitude de déborder, et dans les contraintes "de luxe" d'un tournage en pellicule, Lafosse se trouve gêné aux entournures, intimidé – il n'en est rien. Nue propriété, au contraire, sonne comme un premier aboutissement dans la jeune filmographie du réalisateur de Folie privée.

La précision maligne de l'écriture, ici redoutable, est en effet accentuée par une mise en scène au cordeau, confrontant les corps à leur gravité et à leur poids, suscitant par la verticalité générale la crainte d'un effondrement horizontal, et par le hors-champ la peur d'un surgissement ou d'une dissimulation. Ainsi spatialisé et temporalisé par un scrupuleux sens de la coupe (chaque séquence a son tempo et chaque longueur de plan ses palettes d'émotion), le scénario de Lafosse s'en trouve paradoxalement libéré. La rigueur formelle autorise en effet les situations dramatiques à détourner les attentes et à brouiller les pistes, jonglant entre férocité satirique et malaise familial.

C'est que Lafosse préfère dire les choses que laisser la symbolique en simplifier l'appréhension. Un fils (Jérémie Rénier, diabolique) peut se laver les dents tandis que sa mère (Isabelle Huppert, impériale) prend sa douche, ou partager le bain avec son frère, sans qu'automatiquement les voyants de l'inceste clignotent. Le malaise est plus terre-à-terre: comme déjà dans Ça rend heureux, l'argent, grand tabou du cinéma d'auteur, dans Nue propriété, régit les rapports humains. Tout y est effectivement affaire de possession, de legs, d'investissement. Dessous affriolants versus argent de poche, bonne conscience friquée du père remarié versus charge quotidienne de la mère célibataire, héritage versus émancipation ...

Le nerf de la guerre n'est ici pas qu'une périphrase: le matériel mérite, lorsqu'on ne souhaite plus le partager, qu'on se batte pour lui (notamment lorsqu'il est – moto, console ou voiture – moyen d'évasion) et peut même se faire arme. Les corps, malmenés par lui (pour le plaisir – escapade boueuse en motocross – ou pour blesser), souffrent de s'y heurter. Nulle échappatoire, hélas: le cadre, on y revient, les y enserre, les y étouffe (voyez justement la virée motorisée dans la boue, cet arc de cercle que décrit l'engin et qui ne parvient jamais à sortir du champ). Il faudrait le déplacer pour fuir. Cruauté du dernier plan: trop tard, c'est le cadre qui déguerpit.

  Source : http://www.filmdeculte.com/film/film.php?id=1736
   
 le site du cinephile - Anne Ségolène
 

L'un change, l'autre pasL'un change, l'autre pas

Si d'aucuns l'appréhendent comme tel avant de le découvrir, Nue propriété n'a rien d'un premier film, il ne l'est d'ailleurs pas puisqu'il s'agit du troisième long métrage de Joachim Lafosse. Après un court remarqué (Tribu en 2001) auquel succédèrent deux longs, Folie privée et Ça rend heureux, Joachim Lafosse étend son casting (impeccable sur toute la ligne, avec mention très bien pour Kris Cuppens et Patrick Descamps) sur des figures "bankable", Isabelle Huppert en tête.

Armé d'une équipe fidèle dont Kris Cuppens est indéniablement le fer de lance, Joachim Lafosse se démarque du cinéma qui pouvait lui faire de l'ombre, sur le papier, celui des frères Dardenne (remerciement au générique). Nue propriété n'a pourtant pas pour projet d'avancer à la rencontre de l'humanité fragilisée par le monde. On touche d'ailleurs plutôt ici au contraire. L'expression du titre, terme juridique désignant le statut dans lequel le titulaire d'un droit de propriété se retrouve perclus, ne pouvant jouir ou percevoir le fruit d'une vente immobilière, montre combien l'aberrante machine administrative intéresse autant le scénariste réalisateur que l'impasse humaine. Nue propriété balance entre la liberté que confère le droit et le blocage auquel il peut conduire.

Reliés malgré eux par le gémellité, François et Thierry, la vingtaine largement consommée, vivent encore chez et au crochet de leur mère, divorcée convaincue d'un mari auquel elle reproche le pire. Cinématographiquement, cette triade fait corps. Le parti pris du plan séquence tourné en plan large et caméra pivotant régulièrement sur son axe lorsque cela est nécessaire ne cache cependant pas quelques tensions verbales. Face à ses deux fils, Pascale ne fait pas le poids. Moqueries, chamailleries, toutes les excuses sont bonnes pour masquer l'exercice du pouvoir masculin dont semblent avoir hérité les jumeaux.

La rupture du plan unique et séquence surgit lorsque le désaccord, celui de vendre la maison familiale, explose. Pascale aspire à changer de vie et, désormais suffisamment âgés pour voler de leur propres ailes, Thierry, le fort en tête du duo s'y oppose envers et contre tout. Prétexte d'héritage, camouflage derrière l'idée de patrimoine familiale. De fait, les éléments invoqués marquent la peur, celle d'une liberté offerte à Pascale. Mère elle est, mère elle devrait rester. Du naturel (le 2 contre 1... bataille perdue d'avance), l'on bascule alors au pourrissement de la triade. Mais ne l'était-elle pas déjà de l'intérieur ? Les faux jumeaux en deviennent de vrais ennemis, l'un est agacé par le bruit de l'autre, son regard, ses remarques. L'autre ne supporte plus la respiration de l'un, ses faits et gestes. La notion de don ou d'échange n'existe plus, si tant est qu'elle ait existé un jour. Les rapports fraternels implosent.

Malgré l'espace des lieux, la maison familiale est entourée de nature, Joachim Lafosse traite son sujet comme un huis clos mental. Dès le plan séquence d'ouverture, tout est dit. Pascale veut s'émanciper, plaire avec sa nuisette et, du haut de sa cinquantaine qui amuse ses deux progénitures cyniques, espérer un avenir face à elle alors qu'on ne lui propose qu'un passé immobile et inutile. Thierry et François passeront de la moquerie à un rôle plus mythique, celui d'Abel et Caïn. Fait-on l'expérience de soi à travers l'autre ? Si c'est le cas, le visage des deux frères cachait depuis le départ une laideur inconsidérée par leur mère. Finit toujours par arriver le moment où Caïn cherche Abel pour le plomber. Le ver était dans le fruit dès le départ. La pomme est consommée. Film d'un réalisateur talentueux, Nue propriété laisse des traces sur le spectateur, tant par l'exécution radieuse de ses acteurs que par ses partis pris de mise en scène, précis et d'une grande subtilité.

  Source : http://www.lesiteducinephile.net/cinema/nue_proprite.htm
   
 telerama - Louis Guichard
 

Chronique d’un désamour entre une mère et ses fils. Venu de Belgique, un premier film qui électrise

Une famille. Le père n’est plus là, le divorce est consommé depuis longtemps. Reste la mère, pas assez âgée pour renoncer à une nouvelle vie, pas assez jeune pour y croire tout à fait. Et les deux fils dans leur vingtaine, entre études et chômage. Cela se passe en Belgique (l’auteur-réalisateur Joachim Lafosse, 28 ans, est né à Bruxelles), mais sans que soit convoqué l’habituel champ de ruines économique. Tout juste sent-on un vague désespoir social, qui conforte la frilosité des personnages. François et Thierry, faux jumeaux joués par les deux frères Renier (Jérémie, le blond, déjà connu, et Yannick, le brun, remarquablement vrais), n’envisagent pas vraiment de voler de leurs propres ailes.

Pourtant, le film est aussi implacable que la vie : la dislocation familiale est en marche. Personne ne semble en être totalement conscient, pas même la mère, qui affirme vouloir vendre la maison, à la grande colère de ses fils. La subtilité de l’auteur est de savoir capter cette inertie dérivante, au ras du quotidien en caleçon et chaussettes. Les rituels toujours répétés du repas dans la cuisine, de la salle de bains partagée, du canapé face à la télé donnent l’impression d’un présent perpétuel. La mère et les fils se charrient et s’engueulent comme ils l’ont toujours fait, comme s’ils devaient le faire éternellement. Mais la séparation se précise, et les chamailleries tournent à l’insulte et la haine. L’un des deux fils se révèle en mini ayatollah, prêt à tout pour empêcher l’émancipation de sa mère.

En plans fixes chargés d’une électricité de plus en plus explosive, le film tire un très beau parti de l’hétérogénéité de son casting. Logée à la même enseigne que les autres, Isabelle Huppert parvient à la fois à faire du Isabelle Huppert, avec ce que cela comporte de jubilatoire, et à se fondre dans la trivialité épidermique de la situation. Tout concourt ainsi à un film plus que prometteur, déclinaison familiale et assez bouleversante d’un thème pour le moins universel : nous ne vieillirons pas ensemble.

  Source : http://www.telerama.fr/cine/film.php?id=290270
   
 les culturelles - Marianne Schönwasser
 

Avec un argument de départ relativement simple (la difficulté de couper le cordon), Joachim Lafosse dépeint à merveille la complexité des relations mère-fils en ce qu’elle a de dévorant, voire de cannibale. Parce que c’est vrai, les fistons, ils mériteraient sacrément que Le Grand Frère de TF1 déboule chez eux ! Pascale collectionne les noms d’oiseaux comme d’autres les timbres exotiques, elle se voit contrainte de répondre de ses faits et gestes comme une gamine de quinze ans et cache ses amours comme une ado aux parents trop stricts. On pourrait se contenter de plaindre cette mère martyre, toute dévouée à la chère chair de sa chair… Ce serait trop simple. Parce que si Thierry et François sont odieux, Joachim Lafosse distille par petites touches l’idée selon laquelle Pascale n’est pas très claire non plus. Normal. Pour qu’une relation névrotique s’installe, il faut au moins être deux.

Dès lors, ce n’est pas un hasard si de nombreuses scènes du film se passent à table. Pascale aimerait bien que ses fils prennent un peu le large, et, en même temps, elle leur sert des plats roboratifs (mention spéciale aux spaghettis bolognaise) prompts à leur plomber le ventre et à empêcher leur envol. D’ailleurs Thierry et François mangent comme deux petits garçons, avec moult bruits de fourchette et de déglutition sous le regard de Pascale qui hésite entre consternation et admiration maternelle.

Le film de Joachim Lafosse évolue sur ce fil très étroit : celui qui balance entre l’amour et l’agacement, entre la petite névrose et la pure folie, entre l’attachement et la possessivité. On a presque le sentiment de regarder un documentaire animalier sur la relation filiale chez les mammifères. Le dispositif scénique participe à cette impression. En effet, Lafosse filme tout en plan séquence fixe. L’œil du spectateur a ainsi le temps de s’égayer dans le cadre, de capter chaque mouvement, chaque expression, sans se laisser distraire par le changement de position de la caméra.

Nue Propriété se compose ainsi comme une suite de tableaux, qui joue énormément sur le rapport intérieur/ extérieur de la maison familiale. On peut bien sûr y voir une métaphore de l’utérus maternel, ce tout premier intérieur, si chaud et si douillet qu’au bout de neuf mois, certains ont bien du mal à quitter. Peut-être peut-on également se souvenir que Joachim Lafosse est belge et que ces jeux entre le dedans et le dehors, ne sont pas sans rappeler le fondement même de la peinture flamande. A l’extérieur, lieu de représentation, donc, de contrôle, répond l’intérieur, lieu de l’intime, où la violence et l’excès peuvent se déchaîner en toute impunité.

  Source : http://www.lesculturelles.net/cinema.md/68_nue-propriete
   
 ouest-france
 

Le très prolifique Joachim Lafosse. Ce jeune cinéaste belge vient d'être couronné au festival Premiers Plans d'Angers pour son premier film, Ca rend heureux, toujours inédit en France. Mais c'est son second long-métrage qui est à l'affiche dans l'Hexagone cette semaine. A l'évidence il a beaucoup regardé et apprécié le cinéma des frères Dardenne ses compatriotes. Un cinéma âpre et tendu, toujours sur le fil du rasoir, dans un environnement social et relationnel très marqué.

Mais il parvient à imprimer sa marque dans une mise en scène rigoureuse, qui se libère des contraintes financières d'un budget étroit, on le devine, pour afficher la cohérence de ses partis pris. Une approche très naturaliste, dans des plans-séquences insistants, pour raconter l'enchaînement des rituels d'un quotidien sans envergure ni relief. Les repas, la télévision, le ping-pong et des dialogues réduits à l'essentiel dans les pulsions de comportements et de vécus presque animaliers. Avec une tension et une violence retenues, un temps seulement. Un vécu écorché et bouillant, restitué avec fièvre par les frères Jérémie et Yannick Renier, qui semblent comme transportés la composition inspirée d'Isabelle Huppert.

  Source : http://www.ouest-france.fr/ofcinema.asp?mode=filmcomplet&id=6020431
   
 MCinéma - Hugo de Saint Phalle
 

Joachim Lafosse n’a pas besoin d’en faire des tonnes pour retenir l’attention tout au long de NUE PROPRIETE, drame singulier qui frappe par son intensité. Pas de musique, en tout cas jusqu’à la séquence finale, pas de fantaisies inutiles dans la mise en scène. « Rien » qu’un scénario malin, des personnages subtilement croqués, et une épatante troupe d’acteurs, qui campe avec une sobriété à toute épreuve une galerie de personnages complexes, égarés sur les chaotiques chemins de la vie familiale.

Jérémie et Yannick Rénier donnent dans l’insondable relation gémellaire avec un tel naturel qu’on les imagine volontiers comme ça dans leur vraie vie. Le premier, explosif, sanguin et imprévisible comme dans L’ENFANT, éclipse un peu le second, plus sur la réserve. Mais cela vient aussi du caractère de leurs personnages. Isabelle Huppert, est-ce vraiment utile de le préciser, endosse à merveille ce rôle de mère au bord de la rupture, bouffée par ses deux grands garçons paumés et capricieux. Quant à Patrick Descamps, déjà épatant dans LA RAISON DU PLUS FAIBLE, il attire à lui toute l’attention dans les quelques scènes qu’il a à jouer, notamment vers la fin dans un touchant moment d’intimité.

  Source : http://cinema.aliceadsl.fr/film/default.aspx?filmid=FI017182
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Le tournage s’est déroulé en Belgique avec la participation de nombreux techniciens luxembourgeois dont Jacques Raybaut (chef opérateur image), Régine Constant (chef décorateur) et Aurelie Elich (chef maquilleuse).

De même, le département décoration était entièrement entre les mains d’artistes luxembourgeois. Parmi les comédiens principaux apparaissent l’actrice Isabelle Huppert et les jeunes comédiens Jérémie Renier et Yannick Renier. La postproduction son du film a été réalisée au Luxembourg dans les studios de Philippe Kohn.

  Source : http://www.gouvernement.lu/salle_presse/communiques/2006/07/31cinema/index.html
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Entretien avec Joachim Lafosse

Qu’est-ce qui vous a donné l’idée de faire de film ?

Ce film s’inspire d’une histoire familiale. A une époque, j’ai éprouvé ce sentiment d’avoir un pouvoir qui n’était pas le mien. Comme une logique de vie qui n’était pas respectée ; j’avais le pouvoir d’empêcher ma mère de vivre la vie qu’elle avait envie de vivre. C’est ce qui m’a donné l’idée d’écrire l’histoire de ces deux frères qui se comportent avec leur mère comme s’ils étaient eux-mêmes ses parents. Elle se retrouve alors dans la situation étrange de devoir demander l’autorisation de s’émanciper.

Avoir deux authentiques frères pour interpréter les personnages de Thierry et François, est-ce un choix délibéré ?

Quand avez-vous pensé aux frères Renier ? C’est plus qu’un choix délibéré, c’est intrinsèque au projet. Dès le début, je les ai associés à l’écriture du scénario. Dans la vie, comme à l’écran, ce lien de fraternité existe réellement. Je cherchais une émotion authentique, et dans le dispositif mis en place, il était plus juste de regarder que d’essayer de fabriquer.

La mère est-elle le personnage principal ?

Ce fut une des grandes questions du scénario. Jusqu’au montage, nous n’avons cessé de nous poser la question. Ce film est la description d’un système familial et dans ce système, il n’y a personne plus importante qu’une autre. Il suffirait de s’éloigner du système pour que le conflit cesse. Mais à l’intérieur de la cellule, il y a dysfonctionnement. Les fils prennent la place de la mère et la mère prend la place des enfants. C’est pourquoi je devais me pencher avec la même attention sur chacune des entités de cette cellule. À mes yeux, elles sont toutes les trois aussi importantes.

Et le travail avec Isabelle Huppert ?

Le plus impressionnant, c’est qu’elle est une intuitive qui réfléchit. Pour moi, c’est la plus grande qualité d’un acteur. Finalement, on a peu parlé du personnage de Pascale, juste quelques questions et elle, comme els deux frères, ont mis leurs secrets dans le film.

Parlez-nous du cadre, plan-séquence fixe, dans Nue Propriété ...

Je voulais que chacun des personnages soit obligé, s’il veut s’éloigner, de quitter le cadre. Le cadre est comme une maison que les personnages n’arrivent pas à quitter. Et lorsque deux personnages sont dans le cadre et qu’apparaît un troisième, il traverse presque systématiquement le champ en l’occultant. Je voulais montrer à travers ces plans fixes que lorsqu’il n’y a que deux personnages, ça fonctionne bien mais que l’arrivée d’un tiers engendre du conflit. Un plan fixe, c’est donner aux acteurs et à leur travail une véritable place, mais c’est aussi permettre au spectateur de regarder ce qu’il veut.

Il est frappant de constater que chaque fois que vous tournez une scène de repas, c’est un moment de tension

Manger, c’est un des choses qu’on fait le plus dans sa vie. La nourriture, c’est la libido, c’est la pulsion de vie. Et quand je vois les deux frères qui n’arrêtent pas de manger et la mère qui n’arrête pas de les nourrir, c’est aussi une image significative de ce qui se passe au sein de cette famille. Ils se dévorent.

C’est aussi pour ça que Jan, l’amant, est un cuisinier ?

Cela ne s’est pas fait consciemment. C’est Kris Cuppens (Jan) qui en a eu l’idée. Un cuisinier, ce n’est pas quelqu’un qui mange, c’est quelqu’un qui fait. Les fils sont des consommateurs. Ils ne sont pas encore dans la fabrication. Nue Propriété c’est l’histoire de deux jeunes gens qui sont à un âge où ils devraient partir vivre leur vie et qui finalement oublient ça. Et en étant dans cette logique-là, ils empêchent leur mère de s’émanciper.

Tous vos films ont un ancrage belge particulier, qui ne relève ni de la carte postale ni du réalisme social : la présence de personnages flamands

Quand j’ai commencé à travailler avec Kris Cuppens (Jan) sur Tribu, c’était d’abord dû à l’envie de travailler avec cet acteur qui est aussi un ami. Et puis, je me suis rendu compte qu’en le faisant travailler en français, il y avait une qualité de jeu qui arrivait, parce qu’il ne faisait plus attention à ce qu’il jouait mais à ce qu’il avait à dire. De par son origine flamande et les rapports entre francophones et flamands, en a aussi découlé involontairement une symbolique supplémentaire sur la question de la difficulté à vivre ensemble. Vouloir vivre chacun de son côté, derrière sa frontière, c’est un fantasme pas seulement de la Flandre, amis d’une certaine Wallonie qui vit coincée dans ses préjugés. Si on reste entre nous, il arrive ce qui arrive à cette famille : si on ne laisse pas entrer le tiers, c’est le chaos.

  Source : http://www.commeaucinema.com/notes-de-prod=63367-note-33117.html
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