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L'interview de Dito Montiel, le réalisateur
Avec la claque que nous avons reçu en assistant à la projection de A Guide to Recognizing Your Saints, nous devions rencontrer le réalisateur, Dito Montiel. C'est chose faite et nous n'avons pas été déçus !!!
D'où vient votre envie de faire du cinéma ?
Avec l'un de mes amis, également grand fan de cinéma depuis longtemps, nous avons très tôt dans notre jeunesse eu envie faire un petit court métrage de 6 minutes pour le fun.
Etait-il difficile de faire un film basé sur votre propre vie ?
La partie la plus difficile était justement de ne pas rester trop proche de mon histoire et de ne pas raconter une simple autobiographie. Ca aurait été ennuyeux et très long. En même temps, je voulais être sûr de ne pas créer des personnages caricaturaux. Au final, le fait que cela me soit arrivé à moi ou à un autre n'a pas d'importance. Le roman n'a ni début ni milieu ni fin. C'est juste un ensemble de petites histoires concernant plusieurs personnes, dont moi. On a pris certaines caractéristiques propres à différents personnages et on les a rassemblées dans l'identité de quatre adolescents. C'est ce qui était beaucoup plus intéressant et difficile. Par exemple, Mike O'Shea se fait tuer dans le film, mais dans la réalité il vit toujours. Dans l'Essex, en Angleterre. Il m'a d'ailleurs appelé après avoir vu le film et m'a dit : "J'ai vu que tu m'as tué dans le film. Pourquoi tu as fait ça ?" En fait, j'ai attribué à Mike, dans le film, ce qui est réellement arrivé à mon ami Angelo.
A-t-il été difficile de trouver de l'argent, puisque c'est votre premier long métrage ?
Oui. Mais, vous savez, avec mon monteur, on vient d'un milieu punk rock, on s'en foutait, on voulait le faire quoi qu'il arrive, même sans argent. Je me foutais de l'argent. Je savais que j'allais le faire. On était prêts à le tourner en DV, comme notre premier court métrage. A Hollywood, ils disent qu'ils font des films indépendants pour rien, mais en fait, ce rien représente des millions de dollars. Lorsque Robert Downey Jr. est arrivé sur le projet, ça a été à la fois une bénédiction et une malédiction. En premier lieu, ça nous est apparu comme quelque chose de génial, mais ensuite on s'est dit qu'on allait avoir besoin d'argent. Et qu'il allait demander de l'investissement, tout simplement parce que le film devenait tout à coup une réalité. Au final, on a quand même fait le film pour rien. Robert m'a présenté Trudy Stiller (la femme de Sting) et Sting, ce qui est un truc complètement fou. Ce sont vraiment des types bien. Des artistes qui ont des privilèges, qui peuvent monter des projets indépendants et qui, en plus, sont capables de vous vendre, alors que la plupart des gens ont peur d'investir de l'argent sur vous, ce que je peux comprendre parce que ça a coûté 4,5 millions de dollars, croire en quelqu'un qui ne sait pas réellement comment faire un film : c'est mon premier long, je suis inconnu. Mais au final, ça a fonctionné pour moi.
Vous connaissiez déjà Robert Downey Jr. ?
En effet, je l'ai croisé, comme toute personne qui traîne un petit peu à New York et Los Angeles. Et on s'est rencontrés un jour, c'était inévitable. On a aussi un ami commun qui a fait la bande originale du film et avec qui Robert a fait de la musique, et ça nous a aussi rapprochés.
A-t-il été difficile de trouver les autres comédiens ?
Vous savez, j'adore les films comme La Cité de Dieu, où il n'y a aucun acteur professionnel. Donc je n'arrêtais pas d'arpenter les rues de New York et d'aborder les ados dans le métro, dans le train, dans la rue, comme un pervers, en leur demandant de me donner leur numéro de téléphone ou de dire à leur mère de m'appeler ! Heureusement, certains ont rappelé. Par exemple, l'une des deux filles, Julia, qui n'avait jamais joué auparavant, ressemblait à une jeune Tatum O'Neal lorsque je l'ai croisée dans le train de banlieue. Là, je lui ai dit : "Ecoute, voilà un numéro de téléphone. Donne-le à ta mère et demande-lui de m'appeler !" Ce qu'elle fit. Maintenant, elle est en train de tourner avec Jodie Foster et Terence Howard dans une grosse production, et elle est comme une véritable star de cinéma. Mais vous savez, certaines stars d'Hollywood ont montré le bout de leur nez, mais j'étais persuadé que ce n'était pas une bonne idée. On a eu la chance de tomber sur les bons, et les rassembler était vraiment l'idéal.
Pouvez-vous nous en dire plus sur Channing Tatum, qui est méconnaissable dans le film, alors qu'il a l'habitude de jouer dans les tean movies ?
C'est marrant, justement, parce que j'avais rencontré un garçon dans la rue pour ce rôle, j'adorais ce type, il ressemblait à un jeune Sean Penn d'apparence dégueulasse, un mec crade, et je m'étais dit qu'il me le fallait absolument dans le film. Mais on m'a dit de prendre Channing Tatum. A quoi j'ai répondu "Qui ? Vous vous foutez de ma gueule ?" Mais vous savez, lorsque l'argent arrive, les gens aussi, et j'ai donc pris rendez-vous avec Channing. Quand je l'ai vu arriver, il ressemblait à un mannequin et je me suis vraiment dit qu'il allait ruiner mon film, et que mon personnage ne pouvait absolument pas ressembler à ça, que c'était ridicule. Mais Channing est quelqu'un de cool. Nous avons commencé à parler du rôle et j'ai commencé à changer d'avis sur lui, à trouver qu'il ressemblait un peu à au personnage dans le film Des souris et des hommes, un type qui ne vous veut pas de mal mais qui est capable de vous briser la nuque. Et c'était vraiment génial de travailler avec lui. Il est à la fois fort et dangereux.
Avez-vous beaucoup improvisé sur le tournage ou avez-vous essayé d'être fidèle au roman ?
En fait, je jonglais entre les deux. Parce que je crois qu'il ne faut pas trop en dévoiler. Il est vrai qu'il y a les répliques du scénario, mais l'émotion compte beaucoup plus pour moi. On ne peut pas demander à un acteur comme Robert Downey Jr. d'en dire trop. Robert Downey est Robert Downey.
Est-il difficile, maintenant, de voir une part de votre vie sur l'écran ?
C'est totalement bizarre, et spécialement ici à Deauville. Bien sûr, il y a un peu de moi-même. J'ai d'ailleurs donné mon nom au personnage principal, et avec le recul je me rends compte à quel point c'est ridicule. C'est quelque chose que je ne referai jamais. Mais c'est vrai que c'est très étrange. Le film sort aux Etats-Unis le 29 septembre, et mes amis viendront à l'avant-première. Je pense vraiment qu'ils vont me détruire !
Vous avez tourné dans le quartier où vous avez grandi. Est ce que cela vous a permis de le redécouvrir ?
Ca aussi, c'était étrange. Pour tous. Par exemple, deux jours avant qu'on tourne la scène où Robert Downey et Nerf - d'ailleurs le vrai Nerf est à Deauville ! - sont dans la voiture, je me baladais dans la rue avec mon pote Lucio, avec qui j'ai grandi, un drogué fini. Lucio a commencé à se plaindre du fait que sa mère est obèse et qu'il ne sait pas comment gérer tout ça. Pendant qu'il me parlait, je me suis dit que c'était énorme, que ça sonnait vraiment très bon, et lorsque nous avons tourné la scène, j'ai demandé au comédien qui joue Nerf de dire ça et il m'a dit : "Mais c'est impossible, je ne peux pas parler de ma mère comme ça !" Bref, c'était vraiment étrange de tourner dans mon quartier, parce que tout m'influençait et m'inspirait au fur et à mesure.
Est-ce que vous avez voulu faire ce film pour votre père, vos amis, vos saints, ou est-ce que c'est une sorte de rédemption ?
Pour raconter une histoire, vous devez prendre un point de vue, choisir qui va la raconter. Pour moi, c'était Monty (le père) et Antonio. Donc ça devait être crédible à mes yeux, parce que j'ai ma propre vision des choses, mais ce n'est pas celle que je voulais retranscrire, parce qu'on s'en fout, de mon point de vue. Mon quartier est un endroit où personne ne devrait vivre, à mon avis. Mais du point de vue de Monty et Antonio, c'est différent, puisqu'ils ne comprennent pas pourquoi mon personnage veut en partir, pourquoi j'ai voulu m'en aller. C'était donc important pour moi d'avoir ce point de vue là, et de montrer le non-sens de leur attachement à cet endroit. Par exemple, lorsque Monty, à la fin du film, dit : "Je t'ai dit que je t'aimais la dernière fois que je t'ai vu", il le pense vraiment. Mais même vingt ans après, mon père n'a toujours pas compris pourquoi j'étais parti.
Que sont devenues les personnes qui ont inspiré vos personnages ?
Antonio est toujours en prison. Son histoire est beaucoup plus dramatique et violente que dans le film. On est encore en contact. Giuseppe est en vie, il habite Milan. Billy, qui n'est pas dans le film, est mort écrasé par le train, ce que j'ai transposé dans le film sur Giuseppe. D'ailleurs, Giuseppe devait venir à Venise, mais on s'est manqués. Mike, je vous l'ai dit au début, vit toujours et il est en Angleterre. Laurie est morte du sida il y a deux ans. |