Ciné-club éducatif & culturel de Mons (CCEC)
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 Angel
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Angel réalisé par François Ozon
   
Titre original Angel
Titre anglais The Real Life of Angel Deverell
Réalisation François Ozon
Scénario François Ozon & Martin Crimp
D'après l'oeuvre d'Elizabeth Taylor
Interprétation Romola Garai, Charlotte Rampling, Lucy Russell, Michael Fassbender, Sam Neill, ...
Musique Philippe Rombi
Photographie Denis Lenoir
Pays Belgique, France, Grande Bretagne
Année 2007
Durée 2h 14min
Genre Drame
Production Olivier Delbosc & Marc Missonnier
Site officiel  
Site officiel de François Ozon
 Scoops  
 
 
 
La projection aura lieu à IMAGIX - Mons - Plan d'accès
Le Jeudi 07 juin 2007
Le film est projeté en version originale anglaise sous-titrée en français
Le film est projeté sans entracte ni publicité
Les séances :
 
  • 17h00 et 20h00 avec présentation et feuillet sur les films à chaque séance
  • 14h30 et 22h30 sans présentation et feuillet sur les films à chaque séance
 
 
Angleterre, 1905. Angel Deverell, jeune écrivain prodige, connaît une ascension fulgurante et réalise ainsi le rêve de toute jeune fille : succès, gloire et amour. Mais n'est-ce pas trop pour une seule femme ? Grosse production, tournage en anglais, film de genre : François Ozon entame un nouveau chapitre de sa carrière, mais reste fidèle à son audace et à certains de ses thèmes, comme celui de la création. Il creuse aussi celui du succès en compagnie d'une nouvelle venue pleine de talent, Romola Garai. Une féerie romanesque.
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La Libre - Fernand Denis
 

Autant en emporte le succès. La reconnaissance, ici et maintenant, ou plus tard et longtemps ?

Dans un coin un peu glauque d'Angleterre, une jeune fille rêvait d'une autre vie. En rêvait tout éveillée certes, mais en rêvait vraiment. D'ailleurs, elle ne quittait plus la chambre, noircissant page sur page à décrire un monde plein de couleurs, d'admirateurs, de serviteurs autour d'un grand amour incandescent.

La foi d'Angel dans son rêve est telle qu'il se réalise. Ayant envoyé son manuscrit à un éditeur, celui-ci le publie. Et c'est aussitôt le succès, la gloire, la fortune et la sublime propriété, symbole de son extraordinaire réussite.

Angel n'a plus qu'un projet à concrétiser : le grand amour. Là encore, elle veut l'homme de ses rêves. Esnée, un peintre assez torturé, est aux antipodes de son univers. Mais rien ne semble inaccessible à cette jeune femme qui a mis Londres à ses pieds alors qu'elle a grandi au-dessus d'une petite épicerie d'un village reculé. C'est un bulldozer : quand elle a un objectif, rien ne peut la distraire, la détourner. Ni les convenances, ni les bonnes manières, ni la critique, elle ne s'embarrasse de rien; toutes ses forces sont mobilisées par la cible, pas la moindre trace de déperdition d'énergie.

Aussi arrogante qu'ignorante, aussi égoïste qu'orgueilleuse, François Ozon ne fait rien pour mettre le spectateur en empathie avec son personnage de roman à la Barbara Cartland. Pas besoin de s'en moquer, Angel s'en charge elle-même. Tout au plus, Ozon pratique-t-il au début un peu d'ironie visuelle au moyen d'une "pelure", ce procédé visuel des films des années 40 où l'on voit le paysage défiler derrière des personnages installés dans un véhicule. Toutefois, il laisse tomber cette voie, fasciné et médusé à la fois par cette créature dont le rêve est devenu la réalité. Une réalité qui n'existe donc qu'à l'intérieur du monde kitchissime qu'Angel s'est créé. Mais, à l'extérieur, un courant d'air attend son heure pour s'engouffrer.

Nouveau chapitre pour Ozon ?

Le bon artiste est l'artiste maudit, celui dont la gloire est posthume ? Vaut-il mieux être Syd Barrett qu'Elton John ? Ozon, comme d'habitude, retourne le cliché pour s'intéresser à ceux qui vivent pleinement leur succès. Partant de l'ironie générale, il perce la carapace jusqu'à l'émotion, jusqu'à se demander s'il est des gens qui passent à côté de leur rêve, comme d'autres passent à côté de leur vie. Angel s'est-elle trompée de rêve ? A première vue, François Ozon semble avoir entamé avec "Angel" un nouveau chapitre de sa filmographie : grosse production internationale filmée en anglais, pas de plage, homosexualité reléguée à la périphérie, figure du père présente mais renversée. Mais, à bien y regarder, on y retrouve son thème de la création ("Swimming Pool"), sa mascotte Charlotte Rampling et surtout son audace mise, cette fois, au service d'une recherche qui semble vaine chez un personnage superficiel, voire grotesque. Son atout, comme l'était Ludivine Sagnier dans "Swimming Pool", est une toute jeune comédienne anglaise, Romola Garai, à l'abattage impressionnant, au jeu sans faille. Il en faut du talent pour tenir le premier degré sans sombrer avec un personnage aussi excentrique pour faire corps à chaque instant avec cette créature excessive. Sa prestation brute de décoffrage est évidemment relevée par les interprétations subtiles, classieuses, britishissimes de Sam Neil et Charlotte Rampling.

  Source : http://www.lalibre.be/index.phtml?id=5&subid=105
   
paris match - Alain Spira
 

Sûre d’elle, la jeune fille poste son manuscrit à un éditeur londonien. Et, miracle, son roman est retenu. Comme dans un conte de fées, la petite provinciale devient vite une star. Seules les affres de l’amour mettront un peu de plomb dans l’aile de cette Angel excentrique et égocentrique... Le moins que l’on puisse dire est que François Ozon sait sauter du train-train de la réalisation, au risque de se faire broyer par les roues du box-office. Car il n’est pas évident pour un réalisateur français de tourner en anglais un grand mélodrame romantique. Mais, tel l’ébéniste façonnant un meuble d’époque, Ozon nous livre avec cette adaptation du roman d’Elizabeth Taylor (éd. Rivages) une copie aussi brillante que personnelle de ces grandes fresques romanesques qui, de « Autant en emporte le vent » aux « Hauts de Hurlevent », font pleurer les midinettes et flancher les plus endurcis. Décors et costumes de rêve, couleurs choisies avec un soin maniaque, on peut parler ici de marqueterie cinématographique. Mais le chef-d’œuvre de l’artisan Ozon est, sans conteste, son actrice principale, Romola Garai, qui apporte un beau brin de folie et de fureur juvénile à cette « Traviata ». Son ascension nous donne le vertige, sa passion pour un peintre maudit (Michael Fassbender) nous enivre et sa chute nous serre le cœur. Bref, on marche à fond comme à l’opéra, et on marcherait même sur les genoux si Angel nous le demandait.

  Source : http://www.parismatch.com/rubriques/lire_article.php?article_id=1684
   
film de culte - Nicolas Bardot
 

La vie rêvée d'Angel

Sarah Morton, au bord de sa Swimming Pool azurée, méditait en polar, lecture estivale et un rien vulgaire où s’entrelaçaient dangereuse séduction, énigme dans le placard et fatal transfert. Angel Everett, écrivaine elle aussi, semble sans cesse hésiter entre "la vie vécue et la vie rêvée", glissement identique des réalités qui fait de son quotidien un embellissement permanent, de la récitation au collège faisant un palais d’une épicerie, aux morts embarrassantes maquillées en flamboyants trépas. Angel est d’abord raconté comme son héroïne conçoit la littérature: une succession d’envolées transies, une boursouflure Harlequin gorgée de plumes de paon, de cartes postales Lilicub aux quatre coins de la Méditerranée, et ce dès l’apparition du titre du film dans une typographie rose Barbie Cartland. Des Gouttes d’eau ... à 8 femmes, on sait Ozon joueur impénitent. Angel est un nouveau terrain ouvert à toutes les libertés, où l’eau de rose pleinement assumée permet de tomber à la renverse lors d’un baiser en robe vermeille, suivi d’un pano ornant glorieusement le cadre d’un arc-en-ciel aussi exalté qu’effronté.

La fascination du pire

L’ange a pourtant deux visages. Refrain maussade dans l’œuvre d’Ozon: "il n’y a pas d’amour heureux". La réussite insolente d’Angel, qui conjugue sa gloire artistique, sa vie de château et sa passion amoureuse, se doit d’être giflée par les montagnes russes d’un rise and fall classique, où l’on goûte innocemment à l’ambroisie avant de mordre la poussière sans le moindre ménagement. Dans l’œil du cyclone, Angel rappelle un peu de Romain, héros pas si aimable du Temps qui reste, mais surtout Scarlett O’Hara, délicieux choléra en froufrous virevoltants, interprétée par la nouvelle venue Romola Garai, dont l’abattage s’avère tantôt charmant, tantôt fatigant face à une Lucy Russell irréprochable. Les amours chiennes d’Ozon s’expriment davantage au premier degré dans une seconde partie qui embrasse sans honte un romanesque de robes de poupée technicolor et de temps de guerre, donnant chair au jeu et attachement à la figure ambiguë d’Angel, princesse cristal ou épouvantail d’un autre temps impitoyablement dénudé après une existence de représentation constante. Malgré d’évidents problèmes d’huile et de tempo, l’ange d’Ozon emmène ailleurs le cinéaste et ses obsessions, dans les illusions d’un jardin anglais fait de roses et de mauvaises herbes.

  Source : http://www.filmdeculte.com/film/film.php?id=1744
   
aufeminin - AL Maire
 

Angelica Deverell (époustouflante Romola Garai) est une jeune fille d'origine modeste, qui rêve non pas de faire de l'écriture son métier-passion, mais de devenir écrivain à succès pour assouvir sa soif de reconnaissance et d'indépendance. Ambitieuse, obstinée, effrontée, elle parvient à ses fins quand un éditeur de Londres (Sam Neill) décide de la publier, décelant en elle une grande auteure populaire. Et là, l'ascension sociale éblouissante d'Angel devient ennivrante ... jusqu'à ce que la jeune héroïne rencontre Esmé, l'homme par qui le désordre arrive.

Esmé est le frère de Nora, la propre secrétaire privée et véritable bras droit d'Angel. Mais il incarne surtout l'artiste maudit, le rustre manipulateur, l'homme blessé. Adapté d'un roman éponyme d'Elisabeth Taylor (non, pas l'actrice, la romancière britannique voyons !), Angel a permis à François Ozon de réaliser son premier film en costumes, d'en faire une superbe fresque mélo, qu'il a délibérément voulue romanesque et grandiloquente.

Pendant deux heures et quart, il a multiplié les effets spéciaux dignes des plus grandes productions hollywoodiennes des années 40 : couleurs saturées, musique ultra lyrique, costumes à faire palir de jalousie Scarlet O'Hara notamment. Et le spectateur s'amuse de cet arc-en-ciel qui surgit lors de la scène du baiser au-dessus du couple, ou des images truquées du voyage de noces ...Car la lecture au premier degré n'est pas possible devant cette profusion de kitscherie, qui se mue en exercice de style de la part du réalisateur.

Et c'est une des raisons pour lesquelles le public s'identifiera particulièrement au personnage de Charlotte Rampling (l'épouse de l'éditeur), qui doute devant tant d'exubérance. Mais François Ozon a su faire d'Angel un personnage fascinant par son déterminisme, et attachant par sa fragilité, au destin cousu de fil blanc certes, mais certaines ficelles cinématographiques méritent bien de perdurer. Et une fois de plus, on ressort d'un film d'Ozon déroutés mais forcément agréablement surpris !

  Source : http://www.aufeminin.com/news/culture/cinema/n2087.html
   
 fluctuat - Manuel Merlet
 

Ozon se prend pour Douglas Sirk, ce génie hollywoodien du mélodrame. Après quelques titres décevants, et ce malgré le succès public (8 femmes, Swimming Pool, 5x2, Le temps qui reste), François le roublard nous revient en grande forme. Et cette fois, sans la pause prétentieuse du virtuose et avec une émotion qui n'oublie jamais d'être intelligente.

L'œuvre de François Ozon n'est pas des plus sympathiques. Et ce n'est pas la moindre de ses qualités. Inégale, elle peut tour à tour enthousiasmer ou déplaire. Cette versatilité résulte autant d'échecs incontrôlés que d'une volonté affichée. Volontiers porté à la manipulation, le cinéaste cherche à séduire, à déranger, à bousculer nos habitudes de spectateur blasé. Jeu dangereux et délicat, qui peut horripiler. Pour autant, quand cette oscillation entre le feu et la glace s'équilibre, quand le cinéaste ne regarde pas son public de haut, le résultat est passionnant. Angel est de ces réussites, avec une beauté d'autant plus aiguë qu'elle avance en permanence sur une corde raide.

Adaptée d'un roman datant de 1957 et signé Elizabeth Taylor (une romancière britannique décédée en 1975, homonyme de l'actrice américaine), cette coûteuse production en langue anglaise met en scène un personnage à la fois antipathique et attendrissant. Angel est une jeune femme vivant dans les faubourgs de Londres. Tout juste sortie de l'adolescence, sa vanité n'a d'égale que sa beauté. Sa fierté est telle qu'elle méprise son milieu d'origine, persuadée qu'elle est d'atteindre la célébrité et la richesse par la force de l'écriture. Car Angel se dit romancière. Elle qui ne connaît rien de la vie, qui ne lit jamais une ligne, et dont l'ignorance confine parfois à la bêtise, écrit depuis toujours ou presque. Et comme par miracle, en ce début de XXème siècle, elle verra son rêve se réaliser. Publiés, ses livres lui feront connaître la gloire, puis, les bouleversements de la guerre et des modes se succédant, la déchéance. Parcours classique de prime abord, de la grandeur à la décadence, mais qui prend ici une teinte inédite, à la fois lyrique et froide.

Fidèle à l'esprit des œuvres signées Ozon, la jeune Angel nous touche et nous effraie. Son histrionisme, sa capacité à s'enfermer dans un univers élaboré pour son simple plaisir, son égoïsme pourraient exaspérer, voire repousser. Pourtant on sent à quel point cette mise en scène lui est nécessaire, vitale. Par là, elle en devient pathétique et tragique. L'émotion qui suinte à chaque instant est à l'avenant. Intense, elle se renforce dans une mise à distance régulière qui vient la nuancer. Ozon organise son film de manière à nous faire adhérer aux mouvements intérieurs qui bouleversent Angel tout en nous en montrant la relativité, sinon l'aveuglement ou le ridicule. Nous baignons dans un univers mental ébloui par des passions vieillottes et les reflets chatoyants de la richesse. Nous y adhérons et nous y laissons bercer, mais des procédés de distanciation (transparences ostentatoires, musique aux violons trop appuyés, regards de témoins prenant conscience de la volatilité d'Angel) viennent ponctuellement nous réveiller. Douce amertume d'avoir suivi le fil du récit, d'avoir été emporté par lui, tout en étant bousculé par de nécessaires remous.

Cruel, le regard de François Ozon pourrait l'être parfois. Ce qui ne l'empêche pas d'aimer son personnage, cette Angel aux ailes de cire, et de nous le faire aimer. Car au fond, tout est ici question de croyance. Croyance en la puissance d'une volonté mais aussi dans la force de la fiction et, finalement, dans l'énergie du cinéma. Angel réussit parce qu'elle croit en son talent. Qu'il soit réel ou factice (ce qui est très probable) importe peu. Elle atteint la gloire car, au delà de toute ambition, elle croit en la fiction et que cette foi, ce besoin sont partagés par des milliers de lecteurs assoiffés d'histoires et d'émotions. Cette mystique de la création est si intense qu'elle sauve Angel. Vaniteuse, celle-ci porte en elle une naïveté et une force qui la rendent unique, rare. C'est par cette intensité qu'elle trouvera finalement grâce dans le regard d'Hermione, magnifiquement jouée par Charlotte Rampling. La femme de son éditeur est la seule qui, après un scepticisme tout à fait compréhensible, jette sur Angel un regard bienveillant. Hermione tend ainsi au spectateur une surface miroitante. Son visage, successivement révulsé, froid puis attristé et compréhensif, reflète l'ambivalence qui travaille notre regard.

Au delà du mélodrame, de ses émotions appuyés, Angel est donc un film complexe. S'il met en scène un personnage cliniquement hystérique, il ne s'enferme jamais dans la psychologie de bazar (ce qui n'a pas toujours été le cas dans la filmographie d'Ozon). Œuvre questionnant notre croyance en la fiction et la nécessité de la création, elle atteint l'abstraction sans jamais y sombrer. Car elle n'oublie pas que chacun est avant tout là pour être séduit, transporté, bouleversé.

  Source : http://www.fluctuat.net/3794-Angel-Francois-Ozon
 

 

 comme au cinema - Alain Martino
 

Féerie romanesque

Angleterre, début du 20ème siècle. Dans sa chambre froide et étroite qui surplombe l’épicerie familiale, Angel Deverell s’enferme pour écrire. La jeune fille n’a qu’une seule idée en tête : devenir une romancière à succès. Les lettres de refus se succèdent jusqu’au jour où Théo, éditeur londonien, accepte de la publier. Le conte de fée peut commencer. Derrière un talent et une imagination débordante, les traits angéliques d’Angel cachent un caractère explosif qui contraste avec le respect convenu dans la haute société de l’époque. Adulée pour ses œuvres, elle va découvrir le grand amour et l’épanouissement de la femme comblée. Seulement la vie n’a rien d’un rêve, et le temps va le lui rappeler ...

Pour son neuvième long-métrage, François Ozon signe une œuvre majestueuse. Loin des mélodrames classiques, le film nous montre l’ascension et la déchéance d’une femme hors du commun, sorte d’histoire d’amour à la sauce épicée Ozon. Dans Angel, la légèreté remplace la lourdeur du romantisme habituel des love-stories, grâce à l’humour et au second degré. Une véritable délectation pour le spectateur. Ozon nous présente ainsi son premier film d’époque, genre cinématographique qui ne doit négliger aucun aspect pour être efficace. A la vision d’Angel, on se dit que le réalisateur l’a bien compris.

D’abord le travail sur les costumes, magnifiques, et les décors, pharamineux, éblouit chaque seconde, notamment grâce à un esthétisme de l’image légèrement vieillot inspiré des films Technicolor des années 50. Tel un hommage aux grands films d’époque, le cinéaste propose aussi une pléiade de références cinématographiques dans sa réalisation (avis aux amateurs), une fois de plus parfaitement maîtrisée. La bande originale ensuite, signée Philippe Rombi (Joyeux Noël, Swimming Pool), accompagne le récit dans un ballet lyrique d’un peu plus de deux heures. On le savait déjà, François Ozon réussit à transmettre la beauté, le parfum et la douceur des femmes sur la pellicule comme personne. Côté casting c’est donc au tour de la voluptueuse Romala Garai d’être sublimée par sa caméra. La comédienne, incarne le personnage d’Angel. On ne voit pas qui d’autre aurait pu proposer ce mélange hautain de candeur et de séduction. Son pincement de lèvre, mimique récurrente dans le film, son regard naïf, innocent, intense et profond en même temps, charment le spectateur avec une facilité déconcertante. Enfin les autres acteurs, Sam Neill en tête, sont tout autant convaincants.

Tout ce perfectionnisme classe Angel dans les grandes satisfactions de ce début d’année, et risque fort de le placer dans les favoris pour les Césars 2008. François Ozon nous livre à nouveau une oeuvre magique, qui prend la forme d’un conte de fée comme on en voit rarement. Ici l’adage « ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfant » n’a pas lieu d’être, et c’est tant mieux.

  Source : http://www.commeaucinema.com/film=64322.html
   
 telerama
  Paré comme un mélo hollywoodien des années 50, ce portrait d’une femme écrivain, dans l’Angleterre des années 1900, est une fascinante traversée des apparences. Cachée dans ses robes froufroutantes, dans son château baptisé Paradise, dans ses romans à l’eau de rose où les battements de cœur résonnent à l’infini, qui est Angel Deverell ? Une jeune fille modèle faite pour le bonheur ou une femme forteresse bâtissant un enfer pour elle et pour les autres ? Son mystère habite ce film romanesque où tout est apparences trompeuses, jusqu’au vertige. Sous la séduction romantique, Ozon nous livre une belle réflexion sur la valeur de la création, et sur celle de la vie.
  Source : http://www.telerama.fr/cine/film.php?id=294597
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evene
 

L’autre Elizabeth Taylor

Le film est l'adaptation du roman éponyme de la romancière anglaise Elizabeth Taylor (à ne pas confondre avec l'actrice hollywoodienne). Le personnage d'Angel est inspiré de Marie Corelli, contemporaine d'Oscar Wilde, romancière préférée de la reine Victoria. Elle fût une des premières écrivain star, à avoir publié des best-sellers, et à être adulée par le public. Aujourd'hui, elle est complètement oubliée.

François Ozon l’angliciste

Avec 'Angel' , François Ozon tourne pour la première fois entièrement en anglais : 'en anglais, il y a souvent une possibilité d'être plus sec et pertinent, d'aller droit au but avec plus d'ambiguïté et d'ironie. J'avais envie de dialogues dans l'esprit de ceux d'Oscar Wilde'.

Michael Fassbender : d’une toile à l’autre

Pour incarner le rôle d'Esmé, Michael Fassbender a dû apprendre l'art délicat de la peinture, avec l'aide de Gilbert Pignol, qui a réalisé les tableaux pour 'Van Gogh', le film de Pialat sorti en 1991. Quant au portrait d'Angel, Ozon s'est inspiré des tableaux de Lucian Freud. Plusieurs essais ont été nécessaires pour rendre son portrait 'monstrueux' mais reconnaissable.

  Source : http://www.evene.fr/cinema/films/angel-5154.php
   
madame le figaro - Constance Chaillet
 

Son credo ?

Le désir. Inclassable et inspiré, il visite les genres en aventurier. Son film Angel est un mélo délicieux, en costumes et en anglais, avec une héroïne digne de Scarlett O’Hara. Impressions d’un réalisateur en état de grâce.

ll a un goût. On pourrait parler longtemps du goût de François Ozon. Les gens qui n’ont pas peur de leur goût sont peu. François Ozon fait un cinéma qui finit des livres et qui est assez certain de soi : ses films ont lu et savent. Par exemple, ils savent qu’Elizabeth Taylor (NDLR : l’auteur d’_Angel_, une romancière anglaise) n’est pas la même. Et il n’est pas très dangereux d’imaginer qu’ Angel, son nouveau film, sera une petite différence supplémentaire d’Ozon. Plus personne n’ose un film délicieux. À part Ozon. Angel est en costume, en anglais, et il est comme la phrase de Calet : plein de larmes. C’est un film qui fait se retourner sur un cinéma de View-Master, sur Douglas Sirk, sur "M’ame Scarlett" d’ Autant en emporte le vent. C’est daté et bourré de cellules fraîches. L’aimer complètement paraît normal.

"J’ai compris assez tôt dans ma vie que je ne ferais pas l’unanimité. On accueille mes films de manière partagée. Jamais aucun n’a connu le consensus. Je me souviens, une année, en classe, on remettait le prix de camaraderie, eh bien, la moitié des élèves n’étaient pas pour moi. J’avais une maîtresse qui notait âpre, elle a été remplacée par une autre, et subitement j’ai eu des dix en rédaction. Je ne crois pas à l’unanimité. Même avec Sous le sable, des gens n’étaient pas pour et se sont ralliés après. Heureusement, j’ai une distance, j’ai eu des succès qui rassurent et puis j’ai toujours fait des films viables économiquement."

Il a gardé ses producteurs, gardé sa costumière et il est resté capable. Avec Pascaline Chavanne, c’est la huitième fois qu’avec du fil et des aiguilles, ils écrivent ensemble ce que seront les personnages. Pour Angel, il a failli imaginer une quarantaine de robes inouïes : "Pascaline a mon âge (NDLR : Ozon est de 1967) et à un moment, on avait devant nous les quarante tenues d’ Angel, côte à côte, on s’est alors vraiment rendu compte qu’elles racontaient le film."

L'amour des visages

"Pascaline, un assistant m’avait parlé d’elle quand elle démarrait. Elle accepte que j’aille mettre mon nez dans les costumes. J’assiste aux essayages. J’ai toujours pensé que les costumes aidaient les acteurs et je veille à être présent aux essayages parce que ça crée une intimité avec les actrices. Elles s’habillent et se déshabillent. C’est une peau qu’elles enfilent. Il a fallu trouver qui mettre dans les robes. Ce fut Londres et pas Paris. Nicole Kidman avait fait circuler un oui de principe. Ozon cherchait quelqu’un qui n’était personne. "J’ai demandé à rencontrer tous les jeunes du moment, sans distinction." Et quand on lui dit qu’il a l’amour des visages, il enchaîne immédiatement sur ce qu’on pensait : "Le cinéma a à voir avec le désir. J’essaie de mettre en valeur les gens que je filme et de faire passer de l’attraction. J’ai choisi Romola Garai après l’avoir rencontrée six fois de suite. Les premiers rendez-vous, elle s’était présentée le cheveu en fin de course, pas vraiment bien habillée. J’ai fini par manifester le regret qu’elle ne soit pas glamour et la fois d’après elle est arrivée sur des talons. Elle sortait de chez le coiffeur, elle était Angel. Les actrices anglaises ont cette façon de faire très inversée des Françaises, elles ne viennent pas pomponnées, au contraire."

Le tournage s’est étendu sur onze semaines. "J’ai trouvé ça court." L’adapter n’a pris que trois mois. Ozon procède comme ça. Il écrit un premier jet qui lui sert de matière. La vie fait le reste. "J’avais lu le livre il y a six ans. Un ami m’avait dit “François, lis-le, c’est une histoire pour toi.” J’ai mis deux ans avant de le lire. Vous savez comment c’est quand on vous tend un livre, la peur de ne pas l’aimer autant que l’autre le voudrait. Évidemment, ça m’a plu."

A la Chateaubriand

"Entre-temps, j’ai fait Swimming Pool qui déjà était un mélange de réalité et de fantasme. J’ai écrit Angel vite parce que passer un an sur un scénario équivaut pour moi à une perte d’envie." Ozon se sert d’une robe, d’une mèche. Il fonce les cheveux de ses héroïnes quand il veut les montrer préoccupées par quelque chose. Et du ciel, beaucoup de ciel chez Ozon. Il peut se mettre à neiger, à pleuvoir d’une seconde sur l’autre. "C’est probablement mon côté littéraire, à la Chateaubriand." Ozon revient à ce qui l’a bercé. C’est pour ça que le cinéma démaquillé ne l’émeut pas plus que ça. "C’est faux, j’aime autant Sirk que Rosselini ou Pialat. À la fac, j’avais fait ma maîtrise sur Pialat. Simplement, je n’essaie pas de tout mettre dans un film." D’où le côté pratique du film par an. "Là, j’en ai un peu assez de ce rythme. Peut-être est-ce parce que celui-là est plus ambitieux. D’habitude, le film sort, je suis déjà parti sur une autre idée ou j’ai déjà tourné le suivant…"

Un jour, de façon très certaine, François Ozon connaîtra la librairie. "Je pense que si j’arrive à l’écriture, ce sera parce que j’étais empêché ou alors ce sera de l’ordre de la nécessité. Quand vous écrivez un film, ce qui est bien, c’est qu’il vous échappe et puis j’aime par-dessus tout quand l’histoire prend vie, quand elle est incarnée. Quand l’acteur est là, il y a quelque chose qui me rend heureux." Angel fait ça. Angel fait ce quelque chose.

  Source : http://madame.lefigaro.fr/celebrites/en-kiosque/302-francois-ozon-un-ange-passe
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cinemovies - Claire Vassé
 

ANGEL est l'adaptation d'un roman d'Elizabeth Taylor. Pourquoi ce livre ?

Après l'avoir lu d'une traite, il y a cinq ou six ans, j'ai tout de suite senti que l'adaptation de ce livre était l'occasion de me confronter à un univers romanesque et que cela pouvait donner lieu à une grande épopée, dans la tradition des mélodrames des années 30-40, racontant la destinée d'un personnage flamboyant sous forme de “rise and fall” (grandeur et décadence). Et puis je suis tombé amoureux du personnage d'Angel, qui m'amusait, me fascinait et finalement me touchait profondément. J'ai donc demandé à mes producteurs d'acheter les droits (que je pensais d'ailleurs pris aux États-Unis). Il me semblait évident que le livre était inadaptable si on le transposait en France. Cette histoire profondément anglaise s'inscrit dans la tradition des femmes écrivains en Angleterre. Le personnage d'Angel est d'ailleurs inspiré de Marie Corelli, contemporaine d'Oscar Wilde, romancière préférée de la reine Victoria. Elle fut une des premières écrivain-star, à avoir publié des best-sellers, et à être adulée par le public. Aujourd'hui, elle est complètement oubliée, même des Anglais. Elle n'a aucun équivalent en France à la même époque.

Entre-temps, vous avez mis en scène un autre portrait de femme écrivain dans SWIMMING POOL

C'était une première occasion de tourner autour d'ANGEL. À l'époque, je ne me sentais pas encore prêt à l'adapter. De là est né SWIMMING POOL, où j'ai commencé à explorer les rapports entre éditeur et écrivain, le réel et l'imaginaire, comment vient l'inspiration, la culture anglaise. Puis quelques années ont passé et je me suis enfin senti prêt à affronter la langue anglaise et le roman d'Elizabeth Taylor.

Comment avez-vous abordé le travail d'adaptation du livre ?

Pour moi, le grand enjeu d'adaptation était de rendre Angel attachante. Dans le roman d'Elizabeth Taylor, le personnage est souvent grotesque, le regard sur elle, ses livres et son comportement est très ironique. Taylor reconnaît sa capacité à écrire, à avoir du succès, mais se moque beaucoup d'elle et la décrit comme étrange et laide. Il ne me semblait pas possible d'accompagner un personnage aussi franchement négatif pendant deux heures, alors qu'à la lecture la cruauté passe beaucoup mieux. Il fallait que l'on soit aussi charmé par elle, que l'on puisse s'attacher à elle sans gommer pour autant son côté insupportable ou une certaine forme de méchanceté.

Scarlett O'Hara m'est tout de suite venue en tête, un personnage que, comme disent les Anglais : “you love and hate at the same time”. Je voulais qu'Angel soit consciente de sa séduction et qu'elle joue avec ce pouvoir, notamment avec l'éditeur et Nora. Mon Angel est certainement plus manipulatrice que celle d'Elizabeth Taylor. Mais elle l'est de manière joyeuse et amusante, pas du tout perverse. Tout le monde la critique au début : l'institutrice, sa mère, sa tante, la femme de l'éditeur, et on peut se dire qu'Angel est mal-aimée, que son travail n'est pas compris. Ce qui renforce, à mon avis, la curiosité et l'empathie du spectateur, surtout quand elle écrit. Il fallait emporter le spectateur avant d'apprendre, dans un second temps, que peut-être ce qu'elle écrit n'est pas de la grande littérature.

J'irais plus loin : on a juste envie de suivre son obstination, à écrire, sans se poser la question de la qualité de ses écrits ...

On comprend vraiment qu'Angel écrit des fadaises au bout de vingt minutes, quand on voit la représentation théâtrale de l'un de ses romans, une scène inventée pour révéler visuellement l'essence de ses livres. Mais dans cette scène, j'ai essayé que le ridicule et l'absence de qualité littéraire de sa pièce soient contrebalancés par l'émotion qu'Angel ressent à avoir du succès. Ce qui m'intéressait, c'était de montrer la force créatrice de quelqu'un capable d'inventer un monde imaginaire et d'éprouver un vrai plaisir à le faire. L'important n'est pas la qualité de l'écrivain de polars ou de romans sentimentaux mais son énergie, comment l'inspiration lui vient, la prend entièrement, au point de mélanger réel et imaginaire. Est-ce que l'art permet ou empêche de vivre ?

Quel engagement faut-il avoir dans son art ? Angel et Esmé sont totalement différents mais ils s'engagent tous les deux dans leur art. Et tous les deux ratent leur vie. Lui par faiblesse, par manque de foi en son travail. Mais au final, peut-être est-ce lui qui, en avance sur son temps et d'une grande intégrité, passera à la postérité, alors qu'Angel qui a eu la force de croire de son vivant en son art, portée par son absence de doute, sombrera dans l'oubli. Toutefois, on ne pourra pas lui enlever une chose : elle a touché les gens de son époque et les a fait rêver. Alors est-ce plus important pour un artiste de connaître la gloire, la fortune, et la reconnaissance de son vivant avant de sombrer dans l'oubli, ou bien de vivre son art dans l'ombre, la misère et de connaître, tel Van Gogh, la reconnaissance après sa mort ?

Vous sentez-vous plus proche d'Angel ou d'Esmé ?

Pour moi, l'important est de pouvoir créer ici et maintenant. Que mon oeuvre résiste ensuite au temps ? Je ne me pose pas la question, cela me paralyserait. L'art traverse les siècles, mais il est aussi fait pour être consommé de son vivant. Je me reconnais dans la frénésie d'Angel, sa volonté de faire. Son pragmatisme lui permet de sortir de sa condition sociale. Son art est au service de sa vie. Il lui permet d'acheter son château, d'avoir un train de vie luxueux, d'avoir l'homme qu'elle aime et de l'entretenir.

Au-delà de tous ses mensonges, Angel porte un amour sincère à Esmé

Dans le livre, l'histoire d'amour était clairement ironique : Angel tombait amoureuse de l'image du peintre, leur voyage de noces était catastrophique, Esmé profitait d'elle juste pour l'argent. Mais là encore, pour qu'on aime Angel, il me semblait qu'il fallait que l'on puisse croire à son histoire d'amour. Angel est avant tout amoureuse de l'idée qu'elle se fait de l'amour, mais en même temps, elle y croit, et elle veut sincèrement aider Esmé.

Et le désir de Nora pour Angel ?

Dans le livre, il y avait déjà une homosexualité latente, mais Nora était décrite comme très laide, avec de la moustache. J'avais envie de sortir le personnage de son côté frustré, fille dans l'ombre, soeur un peu ingrate et aigrie. J'avais envie qu'elle ait une part de séduction, qu'elle ne soit pas que passive et ne trimballe pas cette image d'esclave ou de bouc émissaire classique dévoué corps et âme à un créateur démiurge. Dans le film, Nora dit la vérité à Angel au sujet de la maîtresse de son frère. Alors que dans le livre, elle la protégeait de la vérité afin de la garder pour elle. Mais n'aurait-elle pas dû avouer plus tôt la vérité à Angel, après avoir surpris son frère avec sa maîtresse ? Tout d'un coup, Nora prend une dimension tragique. Elle devient la complice du drame d'Angel. Et elle est tiraillée entre son désir pour Angel et son lien fraternel.

Vous dites qu'il vous aurait été impossible de mettre en scène un personnage antipathique de bout en bout. Cette impossibilité traduit-elle un rapport plus frontal à l'émotion, que vous aviez commencé d'aborder dans SOUS LE SABLE ou LE TEMPS QUI RESTE ?

Si j'avais suivi le livre, on aurait été dans le registre du déjeuner avec l'éditeur, où Angel se révèle une sorte de monstre hystérique et manipulateur. J'aurais pu aller dans cette drôlerie un peu caricaturale, mais j'avais envie aussi de montrer la complexité et la fragilité d'Angel, derrière cette carapace de femme forte qui connaît une ascension sociale incroyable. Cette ascension est d'autant plus fulgurante qu'Angel est une femme. Elle réussit à vivre de façon libre, choisit son mari, sa maison, prend en main sa carrière et sort du carcan social de l'époque edwardienne. On est face à une féministe avant l'heure. Elle a un parcours auquel les femmes d'aujourd'hui peuvent s'identifier. En même temps, j'avais envie d'en montrer le revers, ses autres facettes. Angel s'est construite sur des mensonges, des émotions camouflées. Elle connaît beaucoup de moments où elle est en situation de parader, de jouer un personnage. Mais il fallait alterner ces scènes de représentation avec des scènes de vérité, où elle ne joue plus, où elle est elle-même, comme lorsqu'elle se fait humilier à l'école ou lors de la mort de sa mère, expédiée en une ligne dans le livre. Il me semblait évident que cet événement devait être un instant de vérité pour Angel : elle est bouleversée et se sent abandonnée. Ce qui ne n'empêche pas juste après de mettre en scène son émotion et son chagrin face à un journaliste. J'avais vraiment envie de montrer cette ambiguïté, d'osciller entre une distance et une identification à Angel. On retrouve la même imbrication de sentiments à l'enterrement d'Esmé. Quand elle lit son texte à l'Église, Angel réécrit l'histoire et l'on peut se dire que ses larmes sont de trop. Mais je pense qu'Angel est réellement très émue. Elle raconte la tentative de suicide de deux amants romantiques, situation délirante par rapport à la réalité de la mort d'Esmé, mais elle y croit. Au fond, Angel est une midinette qui rêve d'argent, de succès et du prince charmant, comme beaucoup d'adolescents d'aujourd'hui.

Dans LE TEMPS QUI RESTE, vous finissiez en vidant le plan. Avec ce film, vous allez au contraire vers la profusion

C'est vrai qu'ANGELm'a fait travailler le romanesque et une forme plus riche et baroque, alors que j'avais tendance à suivre une ligne narrative de plus en plus épurée dans mes derniers films. Je suis revenu vers davantage de profusion, de couleurs saturées, de personnages, de relations tissées et complexes, de sentiments très différents, voire contradictoires, dans la même scène. Mais finalement, le film se termine aussi dans une forme assez simple, on accompagne Angel dans sa pauvreté et sa misère affective. Mais ce qui m'a vraiment passionné dans la mise en scène, au delà de la confrontation au genre du mélodrame, c'est le travail sur le temps, sur les ellipses, sur le traitement visuel de moments charnières d'une vie et l'utilisation pour la première fois de fondus enchaînés.

Et la musique ? Comme au montage, il s'agissait de doser les émotions ?

J'avais en tête les musiques de Frank Skinner pour les mélodrames de Douglas Sirk chez Universal. Je les ai même utilisées au début du montage et je trouvais qu'elles fonctionnaient à merveille. Mais je me suis rendu compte que pour des spectateurs d'aujourd'hui, elles étaient ressenties de manière ironique et distanciée. J'ai alors demandé à Philippe Rombi de s'inspirer de cette musique mélodramatique, d'oser des moments très lyriques tout en permettant au spectateur de s'identifier à Angel, en créant un thème qui reflète ses aspirations secrètes.

Est-ce un hasard que cette confrontation à un matériau plus complexe, romanesque et classique se soit faite en Angleterre, avec des acteurs anglais ?

D'emblée, les acteurs anglais apportent aux scènes une profondeur, une complexité et une qualité de jeu que j'avais rarement vues. En amont, ils ont déjà fait tout un travail de composition, de compréhension et d'incarnation du personnage, à partir de mes indications et de nos conversations. Alors que les acteurs français ont tendance à travailler au jour le jour, les acteurs anglais travaillent sur la longueur. Romola me disait souvent qu'elle travaillait ses scènes une semaine à l'avance. C'était une très bonne surprise de voir des acteurs aussi investis, avec une telle force de travail. Romola avait chaque variées et elle a su tenir un rythme effréné, sans se plaindre ou faiblir, en jouant les différents âges, l'évolution de son accent, et tout cela sans suivre l'ordre chronologique de l'histoire.

Comment dirige-t-on des acteurs qui ne parlent pas votre langue maternelle ?

J'avais une appréhension, mais très vite, j'ai réussi à me faire comprendre. Je connaissais mes dialogues en français et j'avais suivi de très près l'adaptation en anglais avec Martin Crimp. On a beaucoup parlé, il m'a expliqué les nuances de la langue, et pourquoi il ne traduisait pas forcément littéralement mon texte français. En anglais, il y a souvent une possibilité de raccourcir des choses trop explicites et détaillées, d'être plus sec et pertinent, d'aller droit au but avec plus d'ambiguïté et d'ironie. J'avais envie de dialogues dans l'esprit de ceux d'Oscar Wilde, sur lesquels les acteurs peuvent s'appuyer mais sans que cela sonne comme des mots d'auteur. Il me semble que l'anglais permet davantage ce jeu que le français.

Comment s'est passé le casting ?

A priori, une telle histoire était un "véhicule pour une star" comme on dit aux États-Unis. Un studio américain était d'ailleurs intéressé, mais à condition que je retravaille avec un scénariste américain pendant un an et qu'il y ait un happy end. À partir de là, ils proposaient de nous trouver une star américaine ! J'ai préféré faire le film à ma guise, avec des acteurs moins connus, et dans une économie beaucoup plus restreinte. J'ai travaillé avec une excellente directrice de casting anglaise, à qui j'ai demandé de me faire rencontrer, sans préjugé, tous les jeunes acteurs anglais du moment. Je me suis vraiment basé sur les essais et j'ai choisi des comédiens enthousiastes et disponibles à qui personne n'avait encore vraiment donné leur chance en Angleterre.

Qu'est-ce qui vous a convaincu chez Romola Garai ?

Romola avait l'intelligence du rôle : elle n'avait pas peur de la dimension parfois grotesque d'Angel et savait apporter une séduction, une candeur, avec ses grands yeux d'enfant rêveuse. Et elle aimait beaucoup le personnage. Ce qui n'était pas le cas de toutes les actrices. Beaucoup la trouvaient monstrueuse et méchante : une anti-héroïne, un personnage qui ment, qui se trompe, qui rate sa vie, cela peut faire peur ! Romola, elle, jouait les choses au premier degré, elle n'avait aucune ironie par rapport à Angel et sa vie.

L'une des révélations du film est Michael Fassbender, qui joue Esmé

Pour que le spectateur d'aujourd'hui croit à cette histoire d'amour, il me semblait important qu'il y ait une attirance physique, chimique entre Angel et Esmé, et que ce jeune peintre soit très ancré dans le réel, qu'il ait un corps, une présence, une insolence. Michael Fassbender a cette ironie et cette lourdeur un peu paysanne. Il est Irlandais, cela s'entend à son accent et se voit dans sa manière d'être, un peu décalé et écorché par rapport aux Anglais. Quant à Sam Neill, il a lu très vite le scénario, et l'a adoré. Il était à la fois touché et amusé. Son enthousiasme m'a vraiment rassuré et porté pendant tout le tournage.

Et retravailler avec Charlotte Rampling ?

C'était important que Charlotte, avec qui j'ai déjà travaillé deux fois, soit là pour mon premier film en anglais. C'est vraiment par amitié qu'elle a accepté de jouer ce petit rôle, qui adopte le point de vue dubitatif du public. C'est un personnage un peu extérieur à l'action. Au début du film, elle juge négativement Angel qui la choque et l'agace, mais son regard change au cours de l'histoire et vers la fin, elle prend la défense d'Angel, soulignant qu'elle n'aime pas l'écrivain mais qu'elle comprend la femme et ressent pour elle et son parcours une forme d'admiration.

Et Lucy Russell ?

J'ai vu beaucoup de monde pour le rôle de Nora. Pendant les essais, je me suis rendu compte que beaucoup d'actrice savaient surtout envie d'être Angel. À peine avaient-elles fini leur essai, elles me disaient : “ Je peux aussi jouer Angel, je suis Angel ! “. Elles n'avaient aucune envie d'un rôle secondaire, contrairement à Lucy Russell. Quand elle est venue faire les essais, elle portait de grosses lunettes avec des verres double épaisseur, elle avait les cheveux tirés en chignon, elle était habillée comme une vieille fille. Elle venait vraiment pour le rôle ! Un rôle effectivement moins glamour et porteur que celui d'Angel, mais Lucy avait l'intelligence de savoir que souvent, ce sont ces personnages dans l'ombre que l'on finit par remarquer et qui peuvent être les plus gratifiants. Même si ce n'est pas elle qui porte les belles robes dont toutes les jeunes filles rêvent. Et puis comme Charlotte, Lucy parle couramment français. Elle était ma seconde béquille sur le tournage.

Qui a peint les tableaux faits par Esmé ?

KatiaWyszkop, la décoratrice de VAN GOGH, a fait appel à Gilbert Pignol, le peintre des tableaux du film de Pialat. Il était assez difficile d'envisager le style de peinture d'Esmé. Alors nous sommes partis des goûts d'Angel qui aime des tableaux pompiers ou d'apparat. Esmé est à l'opposé, il est davantage dans un expressionnisme sombre, torturé. Il aime peindre des cimetières, des petites maisons ouvrières, des choses qui ne sont pas de grands sujets a priori. Ce qui ne plaît pas du tout à Angel, pour qui l'art doit être un divertissement, quelque chose de coloré qui embellit la réalité. Nous nous sommes inspirés pour le portrait d'Angel des tableaux de Lucian Freud, ce qui est complètement anachronique ,mais nous permettait de marquer l'incompréhension du public face à l'oeuvre d'Esmé. De loin, on devine le visage d'Angel, un peu terne, mais en s'approchant, il est comme en décomposition, dans l'esprit de celui de Dorian Gray. Ça fourmille, il y a des reliefs, la peinture est épaisse et faite à gros coups de pinceau. On a fait beaucoup d'essais pour arriver à ce tableau. Il fallait que ce soit monstrueux mais qu'on puisse en même temps reconnaître Angel.

ANGEL est votre premier film d'époque en costumes. Dans quel esprit avez-vous abordé le travail de reconstitution ?

Il était important d'être dans le réalisme au début, de montrer ce réel dont la jeune femme veut s'extraire : lors des séquences d'enfance dans la ville de Norley, avec ses rues, ses briques rouges, l'épicerie de la mère ...Mais quand Angel s'installe à Paradise House, les références et le réalisme de la reconstitution disparaissent. Nous pouvions soudain tout nous permettre, avoir toute liberté, aussi bien pour le décor que pour les costumes, il fallait entrer dans le monde imaginaire d'Angel, l'accompagner et partager son mauvais goût de petite fille, un peu comme dans les châteaux de Louis II de Bavière. Quand on a cherché à financer le film en Angleterre, les Anglais ne comprenaient pas pourquoi un cinéaste français voulait faire un film anglais en costumes : ils ne voient que ça à la télévision ! Pour eux, les reconstitutions historiques ont un côté désuet et académique. J'avais envie de casser cette image, d'essayer quelque chose de moins guindé et j'ai d'ailleurs pris des libertés avec les recommandations de mes conseillers anglais. Par exemple, le cercueil ouvert à l'enterrement d'Esmé : c'est une tradition méditerranéenne impensable dans une église protestante anglaise. Je l'ai quand même filmé, car il s'agit là d'une mise en scène d'Angel, qui se moque des conventions sociales. Angel est au-delà des codes, elle construit en permanence sa propre mise en scène, c'est hélas sa seule manière de survivre.

  Source : http://www.cinemovies.fr/fiche_info-13078-prod.html
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Rencontre avec François Ozon

Réaliser le film en anglais était une nécessité ?

François Ozon : Cela me semblait obligatoire après avoir lu le bouquin d'Elizabeth Taylor. J'ai tout de suite eu le sentiment qu'il s'agissait d'une histoire typiquement anglaise, et qu'il n'y avait aucune raison de l'adapter en langue française. Quand j'ai décidé d'acquérir les droits du livre, j'ai d'ailleurs pris connaissance qu'un producteur français avait déjà tenté d'adapter le récit, en transposant l'intrigue en France dans les années 60. Ca ne fonctionnait pas du tout. L'histoire d'Angel entre tout à fait dans la grande tradition littéraire anglaise du début du 20e siècle. De plus, le livre est inspiré d'un authentique écrivain anglais dénommé Marie Connelly : une auteur de la même génération d'Oscar Wilde, la préférée - paraît-il - de la Reine Victoria, une artiste totalement oubliée depuis.

Diriger vos comédiens en langue anglaise ?

François Ozon : Mis à part Charlotte Rampling et Lucy Russell, tout le casting était constitué d'Anglophones. Je les ai dirigés en anglais - il fallait être dans le bain ! Au début, je trouvais ça un peu angoissant, pour la simple raison que je ne parle pas couramment la langue de Shakespeare - ce n'est pas ma langue maternelle. Mais on s'habitue très vite. Les acteurs anglais ont une grande tradition théâtrale pour la plupart d'entre eux ; ils travaillent beaucoup plus leur scène en amont. Quand ils arrivaient sur le plateau, ils avaient donc déjà une idée de ce qui allait se passer ; ils me proposaient même certaines choses. Après, je choisissais ou non d'en tenir compte. Mais par rapport aux acteurs français qui ne connaissent pas bien leur texte, qui improvisent, qui sont un peu plus bordeliques, au moins là, il existait une certaine discipline. Ca m'a beaucoup aidé. Dans un contexte de complexité des scènes, des décors, des costumes, avoir des acteurs très professionnel fut un véritable plaisir.

Pour incarner Angel, vous avez été cherché l'actrice principale de Dirty Dancing 2 ? C'était un peu culotté ?

François Ozon : Mais si Angel avait été cinéaste, n'aura-t-elle pas réalisé ce film ? Pour être honnête, je ne connaissais pas du tout Romola Garai. J'ai demandé à la directrice de casting anglaise de me faire rencontrer toutes les jeunes actrices du pays - âgées de 20 et 30 ans - qui pouvaient incarner Angel. J'ai ainsi rencontré Romola. Je l'ai trouvé incroyable. J'ai eu un coup de foudre. Je trouvais son jeu complexe, réunissant plein de facettes, de l'innocence et en même temps une certaine ironie qui collait tout à fait à l'idée que je me faisais du personnage. Elle savait être séduisante et banale à la fois, grotesque... Enfin, elle n'avait peur de rien. Je pense qu'elle s'est lâchée de cette manière car elle devait penser qu'elle n'aurait pas le rôle, que je choisirais une actrice plus populaire qu'elle. Elle s'est donc complètement lâchée durant les essais. Ce n'est que plus tard que j'ai découvert les films dans lesquels elle avait tournés. Elle m'avait d'ailleurs interdit de regarder Dirty Dancing 2. Ce que j'ai fait en cachette ceci dit en passant... Romola est une très grande actrice. Elle a participé à de nombreux projets théâtraux. Je pense que l'aventure de Dirty Dancing fut un accident dans son parcours. Elle est partie à Hollywood, m'a-t-elle raconté, parce que Tarantino devait produire le film. Et puis en définitive, il s'est barré au dernier moment. Romola raconte tout ceci comme un enfer. En tous cas, après cette expérience, elle est bien vite rentrée en Angleterre pour se consacrer beaucoup plus au cinéma d'auteur.

Angel, une réflexion sur l'art ?

François Ozon : Ca m'intéressait effectivement de discuter de la condition de l'artiste. Je l'avais plus ou moins fait auparavant, avec Swimming Pool, notamment sur le processus de la création. Avec Angel, je souhaitais accéder à une réflexion concernant la reconnaissance de l'artiste. En quoi est-ce important pour un artiste d'être reconnu ? De rencontrer le public ? De rencontrer les critiques ? Que son oeuvre rencontre un échos !?! J'ai ainsi raconté, en parallèle, deux histoires dans le film : celle d'Angel bien entendu, mais aussi celle d'Esmé, son mari. Angel rencontre le succès presque par hasard, parce que son art correspond à ce que les gens ont envie de lire. Ce n'est pas tant la qualité de son oeuvre qui fait son succès, mais plutôt sa capacité à toucher un public au moment où il a envie de lire ce genre de livre. Esmé ne correspond pas du tout à son époque, il est peut-être même en avance sur son temps. La noirceur, l'expressionnisme de ses tableaux, ne correspondent pas du tout aux goûts des gens. On dit souvent que la Grande Guerre a fait basculer l'Europe dans un nouveau siècle. Tout d'un coup, d'une manière ironique, après que les hommes aient vécu les horreurs du conflit, l'appréhension des oeuvres d'Ismé change, tandis que l'art d'Angel va complètement disparaître - parce que le public n'a plus du tout envie de lire ses ouvres bluettes... Ce qui m'intéressait, c'était donc de poser cette question : "Quel est le plus important pour un artiste, aujourd'hui : connaître la célébrité tout de suite, ou s'inscrire dans une certaine intemporalité ?"

Toute la beauté du monstre qu'est Angel est peut-être de croire en l'irréel ?

François Ozon : Absolument. Angel préfère rêver sa vie ; elle se construit son monde. J'avais envie de travailler cette ambiguïté. On dit souvent qu'il faut garder ses rêves d'enfant. Je pense que cette expression est fausse. Quand on est enfant, on fait de mauvais rêves, dans le sens où ils sont faux. Il faut bien sûr suivre ses passions. Mais en vieillissant, les temps changent. Adulte, les rêves se transforment. Les rêves d'Angel font ses succès. Elle s'y accroche. Mais ses rêves vont aussi faire sa perte. Et d'une certaine manière, ce dont elle a rêvé, Paradise - ce château de princesse -, va devenir son tombeau dans la seconde partie du film.

Ce fut un projet facile à financer ?

François Ozon : Les Anglais ne m'ont pas tellement aidé. Ils ne comprenaient pas pourquoi j'avais envie de faire un film comme ça. Angel est une co-production belge, anglaise et française. Je dirai même que la majeure partie des financements arrive de Belgique et de France. De manière très naïve, mes producteurs et moi avons crû que réaliser un film d'époque et en costume plairait aux Anglais. Pas du tout en réalité ! Chez eux, dès qu'ils allument la BBC, ils ont à l'écran une série d'époque édouardienne ou victorienne. Pour eux, c'est très académique. Donc moi, qui aie une réputation de réalisateur un peu marginal pour eux, ils ne comprenaient pas que je puisse m'attacher à un tel projet. Beaucoup de Français ont réalisé des films en anglais ; et à chaque fois, ce fut un bide. Les Anglais pensent que les Français ne sont pas capables de comprendre leur culture.

Vous aviez, dès le début, un postulat international ?

François Ozon : Non... sinon je serai allé chercher Hollywood. Mais j'avais des possibilités ! Certains producteurs américains étaient intéressés par le projet. Mais il aurait fallu faire un happy-end, prendre une actrice très connue. Il aurait fallu changer l'histoire... Non... Ce film a été réalisé un peu contre toutes les attentes. Les conditions de tournage ont été difficiles. A partir du moment où mon choix s'est porté sur des acteurs peu connus, les financiers se sont posés beaucoup de questions. En plus, ils trouvaient le personnage principal antipathique... On s'est lancés dans l'aventure avec beaucoup de boulets aux pieds.

Ce n'était pas pour vous déplaire ?

François Ozon : J'ai connu le même genre d'ambiance avec le film Sous le sable. On me reprochait de faire un film avec des personnes âgées, qui parle de la mort. On n'arrêtait pas de me dire que Charlotte Rampling était finie, que Bruno Cremer n'était plus bon que pour Mégret... Voilà ! Au début, tout le monde était contre nous. Et puis, quand le film est sorti, miracle ! Le public a soutenu le film. Ce film a quand même cumulé plus de 700 000 entrées, ce qui est pas mal pour un film traitant d'un sujet aussi triste... Pour Angel, j'espère que les choses se passeront de la même manière. On verra !

Quel regard portez-vous sur les financiers du cinéma français ?

François Ozon : Je pense qu'il existe en France un cinéma à deux vitesses. D'un côté des films qui sont produits pour la télé, avec des casting qui leur convient, avec une ligne scénaristique qui leur convient... et puis des petits films qui se font sans chaîne de télévision, dans des conditions très difficiles, qui sont réalisés par des auteurs passionnés. Il y aussi les films du milieu, dirai-je, qui existent de moins en moins. Personnellement, je suis peut-être un contre exemple. J'arrive encore à faire des films réunissant un certain budget, avec des ambitions, avec des éléments qui ne vont pas nécessairement dans le sens du poil du public, des films exigeants, mais qui arrivent quand même à avoir un certain succès. Je ne sais pas ce que donnera Angel, mais... Je pense qu'il faut, aujourd'hui, une espèce d'état des lieux du cinéma français, qu'il y ait une volonté politique de changer l'ordre des choses, de faire en sorte que ce cinéma de qualité - qui a toujours existé en France - puisse toujours vivre. Qu'on ne soit pas obligés de faire des films en DV avec trois francs six sous, ou la dernière comédie avec je ne sais quel casting à la mode ...

  Source : http://www.cinemovies.fr/fiche_interviews.php?IDfilm=13078&IDinterviewT=98
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