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Titre
original |
Les fragments d'Antonin |
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Réalisation |
Gabriel Le Bomin |
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Scénario |
Gabriel Le Bomin |
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Interprétation |
Gregori Derangère, Anouk Grinberg, Aurélien Recoing, Niels Arestrup, Yann Collette, Laure Duthilleul, Pascal Demolon, Jean-Baptiste Iera, Richard Sammel, David Assaraf, ... |
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Musique |
Fabian Römer |
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Photographie |
Pierre Cottereau |
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Pays |
France |
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Année |
2006 |
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Durée |
1h 30min. |
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Genre |
Drame, Guerre |
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Production |
Alexandra Lederman |
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Site officiel |
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Scoops |
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La projection aura lieu à IMAGIX
- Mons - Plan
d'accès |
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Le Jeudi 14 juin 2007 |
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Le film est projeté en version originale française |
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Le film est projeté sans entracte ni publicité |
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Les séances : |
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- 17h00 et 20h00
avec présentation et feuillet sur les films à
chaque séance
- 14h30 et 22h30
sans présentation et feuillet sur les films à
chaque séance
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| Cinq prénoms inlassablement répétés. Cinq gestes obsessionnels. Cinq moments de guerre. Antonin est revenu des combats sans blessure apparente. La sienne est intime, intérieure, enfouie... Nous sommes en 1919 et le professeur Labrousse, pionnier dans le traitement des chocs traumatiques de guerre se passionne pour son cas. Sa méthode, nouvelle et controversée, doit lui faire revivre les moments les plus intenses de sa guerre afin de l'en libérer. Une beauté humaine qui transcende le genre. |
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telerama - Cécile Mury |
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La guérison impossible d’un poilu traumatisé. Un regard original sur les débuts de la psychiatrie de guerre.
C’est le premier long métrage de Gabriel Le Bomin, réalisateur de plusieurs documentaires, notamment sur les traumatismes de guerre. Le thème, passionnant, est délicat à traiter. Mais, entre le risque de se banaliser dans une reconstitution classique, ou celui de se figer dans un "cas clinique " démonstratif, le film trouve un ton personnel. Il se nourrit de l’expertise du cinéaste, mais épouse, dans sa forme, le schéma mental d’Antonin. Chaque sursaut trouve sa raison d’être dans un flash-back. Là, pas d’effets spectaculaires : les tranchées, l’agonie et la mort sont filmées à hauteur d’homme, avec une sorte de réalisme modeste, résolument subjectif. Nous percevons ce qu’Antonin perçoit : des éclats de violence qui se plantent en lui, l’un après l’autre. La boue, la terreur, le corps-à-corps fugace avec un ennemi… La guerre est trop énorme pour le regard d’un homme. C’est une folie qui finit par entrer en lui et par le faire éclater.
Dans cette noirceur, Gabriel Le Bomin cisèle l’humanité de ses personnages, de Madeleine l’infirmière (Anouk Grinberg, formidable) au professeur Labrousse (Aurélien Recoing, toujours aussi impressionnant)… Et puis, surtout, Gregori Derangère compose avec tact un Antonin multiple, singulièrement proche, jusque dans sa folie. Une "gueule cassée " de l’intérieur, réponse poignante à la question qu’il se pose lui-même avant de craquer : "Combien de temps faut-il pour construire un homme, combien de temps faut-il pour le détruire ?" |
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Source : http://www.telerama.fr/cine/film.php?id=278194 |
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comme au cinema - Laetitia Heurteau |
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Une beauté humaine qui transcende le genre
Et pourquoi ne mettrait-on pas quatre étoiles à ce très beau et très puissant premier film ? Dans un pays où nous avons toujours eu tendance à vouloir tout classer, voici un film inclassable (et pourtant déjà un classique !) qui mériterait encore bien plus d’étoiles par la force de son propos et la beauté visuelle et humaine qui s’en dégage.
Force du propos d’abord. Car il s’agit ici de mettre en scène ce qui relève de l’intraduisible : les blessures psychiatriques que la première guerre mondiale a laissées. Gabriel Le Bomin, expert en documentaire et en particulier militaire, s’appuie ici sur des images d’archives particulièrement dérangeantes de soldats pris de tremblements continuels, répétant des gestes symboliques du conflit qu’ils ne cessent de revivre en permanence.
A l’aide de ces images présentes lors du générique du début, il va composer un personnage d’instituteur, habitué à "construire", à "éduquer" ses jeunes élèves, qui ici avec la guerre et ses atrocités va être amené à "déconstruire", "massacrer de l’innocence", voire se déconstruire lui-même.
D’où l’idée d’une mise en scène fragmentée, qui fait ressortir de grands moments d’émotion avec encore plus de force. Les contraintes du tournage au budget réduit ont participé également à l’ingéniosité visuelle des plans de combats. Et cette grande épopée humaine se teinte de romantisme avec l’ébauche d’une idylle amoureuse entre Antonin Verset (Grégori Dérangère) et Madeleine Oberstein (Anouk Grinberg).
A la force du propos s’ajoute ainsi la force de son interprétation. Grégori Dérangère est magistral dans le rôle de cet instituteur traumatisé par la guerre. Il parvient à traduire des émotions violentes à travers un jeu confondant de réalisme et de simplicité. A ses côtés, on retrouve avec joie des monstres de cinéma : Anouk Grinberg, Aurélien Recoing ou Niels Arestrup qui défendent leurs personnages avec rage.
A ceux qui ne peuvent plus voir un film de guerre en peinture, il va falloir pourtant ici se mobiliser car la beauté humaine de ce film est telle qu’elle en transcende le genre même. |
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Source : http://www.commeaucinema.com/film=56852.html |
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l'express |
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Cela ressemble à un scénario type évoquant la guerre et ses traumatismes. Mutique et hagard depuis la fin du conflit de 14-18, le soldat Antonin ressasse inlassablement cinq noms que l'on suppose à l'origine de son état. S'ensuit une plongée dans les replis de sa mémoire pour en exorciser les horreurs vécues au front. Par bonheur, Gabriel Le Bomin évite les clichés du grand film édifiant en fragmentant son récit en cinq petites tragédies expliquant l'importance de ces noms. Les Fragments d'Antonin se présentent alors comme une suite simple et touchante de tableaux emblématiques de la Grande Guerre. Une jolie réussite. |
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Source : http://www.lexpress.fr/mag/cinema/dossier/cine/dossier.asp?ida=453755 |
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le quotidien du cinema - Magali Contrafatto |
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(...) "Les fragments d’Antonin" est un travail extrêmement soigné, empli d’horreur mais aussi de poésie jusqu’à son titre. Il est souvent émouvant et s’achève plein d’espoir, laissant une impression légère au spectateur. Avec les quelques réserves exprimées, il est un beau film. Il a pour lui d’aborder de façon frontal ce qui est souvent ignoré pire méprisé, les blessures de l’âme. En ce sens, il est intemporel. Des guerres, plus proches de nous, tel le Vietnam ou encore la première guerre du golfe, ont montré des blessures similaires. Monsieur Le Bomin, vous nous interrogiez, voici ma réponse : Il faut une vie pour faire un homme. Il faut une minute pour le détruire (parfois encore beaucoup moins). |
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Source : http://www.lequotidienducinema.com/article.php?sid=912 |
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Monsieurcinema - Arnaud Lefranc |
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Souvenirs de l'enfer, enfer des souvernirs !
"Combien de temps faut-il pour construire un homme, combien de temps faut-il pour le détruire ?" Tout est dit, ou presque, à travers ce questionnement qui revient tel un leitmotiv obsédant dans ce premier film remarquable de maîtrise narrative et technique. Le manque de moyens pour arriver au bout de cette aventure cinématographique et humaine semble avoir été compensé par la foi inébranlable de Gabriel Le Bomin, l’auteur réalisateur, dans son sujet. Pour nous raconter le parcours d’Antonin et sa reconstruction psychologique, il a pris le parti de structurer son récit en de multiples flashs back imbriqués les uns aux autres, à la manière d’un puzzle. Il nous invite à pénétrer les méandres de l’esprit torturé d’Antonin afin de mieux comprendre le cheminement qui l’a conduit au mutisme et à ses tremblements incontrôlés. Loin de nous égarer dans un propos confus, le réalisateur parvient, grâce à une mise en scène inspirée et la performance habitée de Grégori Derangère, à rendre palpitant un sujet à priori plus littéraire que cinématographique. LES FRAGMENTS D’ANTONIN est un film ambitieux, noir et austère sur le doute et la peur, à mi chemin entre LA CHAMBRE DES OFFICIERS et LA LIGNE ROUGE. Son souvenir et son ressenti hanteront durablement. |
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Source : http://cinema.aliceadsl.fr/film/default.aspx?filmid=FI017155 |
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le figaro - Marie-Noëlle Tranchant |
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À travers la démarche du médecin, lui-même endeuillé, qui tente de guérir Antonin en ramenant à sa conscience les scènes traumatisantes (méthode empirique encore neuve à l'époque), on découvre par flash-back le passé et la personnalité du patient. Les carnets qu'il a laissés à une infirmière (Anouk Grinberg) apportent encore d'autres éléments au portrait d'homme détruit qui se recompose peu à peu. On songe aux figures morcelées, déchiquetées, de Schiele. Tout le film s'emploie à recoller ces "fragments d'Antonin", où restent visibles les lignes de fracture, noires et anguleuses. Grégori Derangère les dessine remarquablement, en passant de la claire simplicité de l'Antonin d'autrefois aux effrois convulsifs du grand blessé mental. Un premier film très médité et très prometteur. |
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Source : http://www.lefigaro.fr/culture/20061109.FIG000000014_blessures_d_apres_guerre.html |
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humanite presse - J. R. |
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Gueules cassées. Ce premier film sur les séquelles psychologiques des traumatisés de 1918 révèle un cinéaste à l’univers troublant.
Comment dénombrer les victimes d’une guerre ? Il y a les victimes militaires et civiles, les connues et les inconnues, les visibles et les invisibles. Tel Orso Miret exhumant pour son premier long métrage, De l’histoire ancienne, la mémoire des exécutions collectives de la dernière guerre, tel Arnaud Desplechin revisitant Hiroshima mon amour dans la Sentinelle en plantant son scalpel dans les filaments cérébraux du souvenir, Gabriel Le Bomin emprunte des chemins torturés pour s’attacher à Antonin (Grégori Derangère), sorti indemne physiquement de la Première Guerre mondiale mais détruit dans sa tête.
Nous sommes en 1919 et les médecins (Aurélien Recoing et Niels Arestrup) s’intéressent à son cas. D’emblée, le film tourne le dos au grand spectacle, laissant Un long dimanche de fiançailles et Joyeux Noël respirer dans leur coin. Ici, nous sommes dans une sorte de distanciation froide, intemporelle, même si elle fournit tous les gages souhaités à l’époque, une méditation ressassée jusqu’à l’obsession sur le mantra « Combien de temps faut-il pour construire un homme, combien de temps faut-il pour le détruire ? » Amateurs d’épique, retournez à Capitaine Conan et aux Sentiers de la gloire. Chez Le Bomin, les références se réduisent à des images médicales d’alors, en noir et blanc et muettes donc, de corps agités de spasmes, de squelettes vivants déambulant sans but, d’épaves à la dérive ne parvenant pas à trouver leur pilote.
Ces images, les connaît d’une autre guerre, la suivante, qui a vu le bouleversant film de John Huston, Let There Be Light. Les mêmes causes produisant les mêmes dégâts, celles de la Première Guerre ne sont pas fondamentalement différentes, encore que Le Bomin, qui a étudié de près le sujet, s’attache aux spécificités plus qu’au tronc commun. Il va aussi, profitant de la vague psychiatrique invitant le sujet à revivre ses traumatismes pour pouvoir les dominer, utiliser ce prétexte pour des allers et retours constants entre 1919 et les événements précédents, dans le respect d’une logique qui ne saurait être cartésienne chez le patient. D’où ces Fragments, suite de sautes, pièces de puzzle, autant de coups de cymbales dans une pièce qui serait un quatuor à cordes. Un curieux film, vraiment, qui laisse dans l’expectative et le suspens sur ce que va ensuite nous donner l’auteur. |
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Source : http://www.humanite.presse.fr/journal/2006-11-08/2006-11-08-840027 |
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comme aucinema |
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Parcours du réalisateur et scénariste
"Comme tout réalisateur, je suis d’abord cinéphile. Après avoir été spectateur, j’ai eu envie de passer de l’autre côté. Assez tôt, je me suis amusé avec des caméras Super 8, des caméras vidéo d’excellents outils pour des courts-métrages d’adolescent dont le résultat vieillit assez mal ! Puis j’ai fréquenté une école italienne, dirigée par Ermano Olmi. Elle porte le nom de "Cinéma des Hypothèses". Sa philosophie, basée sur le néo-réalisme, l’observation du réel, le mélange entre traitement documentaire et fiction, me plaisait. J’y ai passé un an et demi. J’ai ensuite effectué mon service militaire au Cinéma des Armées, ce qui a constitué un deuxième apprentissage. Se retrouver, à vingt-deux ans, à devoir mettre en scène des gros avions et des bataillons entiers, était quelque chose de fantastique ! J’ai eu aussi l’occasion de découvrir les documents d’archives et d’en tirer des documentaires sur l’histoire de l’armée. Travailler sur ce matériau avec des historiens était passionnant. J’ai découvert des images qui m’ont profondément marqué. Elles ont d’ailleurs nourri mon inspiration pour Les Fragments D’antonin." (…)
Universel au-delà du temps
"Mon court-métrage, Le Puits, a beaucoup tourné dans les festivals en France et à l’étranger et a reçu de nombreux prix. C’est ainsi que j’ai attiré l’attention de plusieurs personnes, parmi lesquelles Alexandra Lederman, qui s’est montrée enthousiaste et m’a fait confiance pour développer un projet de long métrage." Alexandra Lederman, productrice : "En effet, j’ai vu son court métrage, Le Puits. J’ai bien sûr aimé ce qu’il avait fait mais ce qui m’a surtout intéressée, c’est son esprit et la force de sa sensibilité. Peu à peu, le sujet des Les Fragments D’antonin a émergé naturellement. L’impact que ses précédents travaux sur les archives d’images de la guerre de 14-18 avaient eu sur lui était impressionnant et de cette expérience, de ce sentiment, il tirait une maîtrise instinctive."
Gabriel Le Bomin : "Même si le sujet n’a rien de personnel, les blessures invisibles étaient le thème qui m’attirait le plus. Peu à peu, le contexte s’est précisé. Je savais que je rentrais dans le film de genre, un film de guerre, avec des codes très forts dont je devais absolument me décaler. Les émotions, les rapports humains devaient prendre le pas sur toute autre chose. Avoir beaucoup parlé avec des militaires m’avait permis de comprendre que, d’une certaine manière, leur travail consistait à gérer de la violence, l’appliquer et la faire cesser. Leurs discours révélaient qu’ils en revenaient différents. J’avais envie de parler de cela. On tombe souvent dans la caricature, à charge ou à décharge, alors que ce que j’entendais était beaucoup plus subtil et me semblait passionnant." (…)
Intuitif et humain
Gabriel Le Bomin : "Le film est plutôt impressionniste, avec une narration singulière basée sur un entrelacs de moments présents et passés. Plutôt que d’une vision d’ensemble, nous sommes donc partis de détails, d’envies de scènes qui se sont peu à peu assemblés comme un puzzle. Ce sont les souvenirs des personnages qui nous entraînent à travers des associations d’idées. Tel Candide, l’instituteur Antonin traverse toutes les horreurs pour revenir en temps de paix. C’est à travers son regard que l’on découvre l’histoire, la guerre. Cela impliquait une façon de filmer proche de la vision humaine en excluant tout plan large descriptif. Dans une tranchée, la caméra ne pouvait pas être au-dessus, elle devait rester dans une dimension humaine. Avec cette approche, je n’avais pas besoin de reconstituer des champs de bataille énormes, je pouvais conserver à la tranchée son aspect étouffant, labyrinthique, finalement assez proche de la réalité. Travailler la mise en scène en fonction de ce parti pris a été extrêmement intéressant." (…)
Incarner l’humanité
Gabriel Le Bomin : "Très tôt dans l’écriture, lorsque j’ai vu émerger le personnage d’Antonin, j’ai pensé à Grégori Derangère. Il allie la grâce et la rudesse et il a un regard très particulier. Je lui ai envoyé le scénario, nous nous sommes rencontrés et il a tout de suite donné son accord de principe. Durant tout le temps où nous nous sommes battus pour monter le film financièrement, nous ne savions même pas si le projet pourrait aboutir, mais il est resté loyal et fidèle. La relation entre les personnages de Madeleine et d’Antonin n’est pas une histoire d’amour ni de sensualité ou de sexualité. C’est d’abord la rencontre de deux solitudes bienveillantes l’une pour l’autre. Chacun devient le dépositaire du secret de l’autre." Alexandra Lederman : "Grégori Derangère, au service d’Antonin, à travers Gabriel, a vraiment transcendé le rôle. Il lui apporte une âme et une douceur, l’homme ne s’efface jamais derrière le soldat." (…)
Le tournage
Gabriel Le Bomin : "J’ai conscience qu’un premier long métrage tient du miracle ! Deux mois avant le tournage, j’ai vu le moment où le scénario finirait dans un tiroir et le projet abandonné ! Il a fallu le courage, le soutien et la confiance d’Alexandra Lederman, ainsi que l’engagement et le savoir-faire de Jean-françois Geneix pour que ce film voit le jour. Nous avons pu le produire grâce au soutien du CNC, de la Fondation Gan, de la Région Franche-Comté et au fait que chacun, prestataires techniques et équipe, a joué le jeu de cette économie. Cela nous a laissé une liberté narrative complète, mais cela impliquait aussi une économie de moyens." Alexandra Lederman : "Nous avions un budget serré mais nous avons bénéficié de l’enthousiasme de toute une équipe. Pendant que Jean-François dirigeait la fabrication du film, je restais proche de Gabriel pour parler du ton et de la cohérence de ce qui se tournait chaque jour. Même sous la pluie, même avec peu de moyens, il fallait s’adapter. Gabriel est très pragmatique et ne s’énerve jamais. Quand ça commence à devenir grave, il enlève seulement ses lunettes !" (…)
Toutes les scènes de tranchées et de combat ont été tournées en Franche-Comté, sur un terrain militaire du Valdahon, au camp du 13e Régiment du Génie. Nous avons bénéficié de leur entière coopération, ils ont accompli un extraordinaire travail de préparation des décors en nous creusant les tranchées, puis en travaillant sur leur habillage avec le chef décorateur et son équipe. Nous avons également tourné les scènes de forêt dans la forêt de Chaux, près de Dole. Le fort est celui de Domont, en région parisienne. C’est un lieu d’entraînement pour les pompiers et il est donc déjà en partie du Causse Méjean." Alexandra Lederman : "Avec le recul, c’est l’aspect humain qui reste le plus fort dans cette aventure.
A tous les postes et depuis le début, autour de l’histoire et grâce aux rencontres, il s’est vraiment passé quelque chose de profond. Je crois que cela tient à l’universalité du sujet. De tous ceux qui ont participé à ce projet, personne n’a évidemment connu la Première Guerre mondiale, mais tout le monde a été bouleversé par le parcours d’Antonin. Je crois que l’humanité est ce qui se dégage le plus du film." Gabriel Le Bomin : "J’ai souvent pensé au public en tournant. Mon envie était de faire un film qui donne à ressentir. Malgré la fatigue et les difficultés, la peur et les angoisses, je ne perdais jamais de vue ce miracle qui consiste à être sur un plateau de cinéma avec toute une équipe pour raconter cette histoire." |
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Source : http://www.commeaucinema.com/notes-de-prod=56852.html |
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commeaucinema - Laetitia Heurteau |
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"Ce qui m’intéresse avec Les Fragments d’Antonin c’est la sensation qu’ont vécu ces gens et qu’il faut raconter."
Les festivaliers de Saint-Jean-de-Luz ont eu la chance de découvrir le très beau premier film de Gabriel Le Bomin, Les Fragments d’Antonin, qui traite avec beaucoup de délicatesse des séquelles psychiatriques souvent indélébiles de la première guerre mondiale. Un film coup de poing, interprété par le talentueux Grégori Dérangère que le grand public a découvert dans Bon Voyage aux côtés d’Isabelle Adjani et Virginie Ledoyen et plus récemment dans L’equipier de Philippe Lioret avec Sandrine Bonnaire, sans oublier Le Passager De L’été, donnant la réplique à Catherine Frot, Mathilde Seigner et Laura Smet. Avec ce beau parcours de comédien qui se dessine depuis déjà quelques années, l’occasion était trop belle pour ne pas la saisir et discuter avec l’intéressé de ce film humainement et historiquement important.
Comment êtes-vous ressorti de la lecture du scénario des Fragments d’Antonin ?
Excité. Excité à l’idée d’avoir un terrain exceptionnel, des sensations inconnues, lointaines à explorer parce qu’en général quand on joue des films comme des histoires d’amour, ou des déceptions amoureuses, des jalousies, enfin tout un tas de sentiments auxquels on a des référents déjà connus, là par contre il n’y en avait aucun. Jamais et heureusement, je n’ai vécu des choses aussi dures, aussi extrêmes, donc c’est excitant de laisser son imaginaire aller chercher ce qu’ont pu ressentir ces gens-là, même si ça devient au bout d’un moment un peu duraille. J’ai été excité par l’aventure. J’ai mis du temps à essayer d’approcher du mieux que j’ai pu ce qu’avaient ressenti ces gens-là. Mais j’étais content aussi à la fin du film de me sortir de tout ça.
Avez-vous proposé des modifications sur votre personnage au scénario ?
Non. Absolument pas. J’ai trouvé que le scénario était très bien écrit, magnifique et j’ai rencontré le réalisateur tout juste après. Il m’a conforté dans la confiance et l’envie que j’avais de partager ça avec lui. Confiance parce que j’ai compris à la lecture du scénario, qu’il y avait une bonne partie du film qui se passait avec des scènes de crises, un peu étranges. Alors, même si j’étais excité, je me suis demandé ce que cela allait donner. Et en le rencontrant dans un café, j’ai tout de suite compris que je pouvais avoir confiance en lui, me laisser aller, parce qu’on ne peut pas jouer ces tremblements en se regardant aussi. Et donc, on s’est mis dans une petite salle, sur un tabouret, comme ça se passe dans le film, à essayer d’inventer un peu nos crises, essayer de ressentir ce que pouvait être ces gestes. On a modifié certains gestes, c’est vrai puisqu’il y avait quelques détails qui ne collaient pas. Par exemple au début la main devait être sur le visage et ça ne collait pas du tout, et finalement j’ai émis l’idée que ça pouvait être sa main à elle (celle du personnage de Madeleine), je trouvais ça plus tactile.
Comment s’est passé votre travail par rapport aux images d’archives qu’on voit au générique du début du film ?
On a vu quelques archives, finalement celles qu’on voit au début du film. J’ai lu également un livre d’un docteur en psychiatrie qui racontait un petit peu comment évoluait les symptômes de ces gens-là, ce qu’il appelle le temps de latence, c’est-à-dire qu’après l’événement, on entre dans état normal et c’est bien plus tard, des mois après, que les cauchemars commencent à venir, et à empirer. Et on a rencontré un psychiatre aussi parce que c’est un problème qui existe encore aujourd’hui avec des gens qui ont vécu des tas de conflits (des civils ou même des pompiers). Et donc, on s’est en suite un peu inventé nos gestes, de façon cinématographique parce que certaines des crises en version réelle étaient un peu trop violentes.
Avez-vous rencontré des personnes souffrant de cette pathologie ?
Non. D’abord parce qu’au point où en sont les personnages dans le film, je n’avais pas la curiosité de rencontrer des gens dans cet état-là, je me serais senti très mal à l’aise et ce sont des gens quand même un peu condamnés, même si dans le film on a voulu donner à la fin une ouverture, un espoir pour que les gens puissent repartir avec un sentiment très positif de tout ça, je crois que d’après les médecins qu’on a rencontré, ces types dans cet état-là dans la réalité sont cuits.
Comment décririez-vous le travail du réalisateur sur ce film ?
C’est un travail méticuleux parce qu’il y a un travail de mise en scène, c’est évident, c’est léché. C’est intelligent, malin et sensible aussi et il y a un énorme travail de montage très particulier puisque le récit du film se veut fragmenté comme les fragments de la mémoire d’Antonin qui reviennent par bribes, par sensations. Il y a ce travail-là qui était déjà présent au scénario, qui s’est encore amplifié au moment du tournage mais quand je vois le film, je le trouve doué, bon, intelligent, sensible. La seule chose dont je sois sûr avec lui c’est qu’en tant que spectateur j’aurais au moins des films intéressants à voir dans le cinéma français à l’avenir.
Quelles sont les clés pour incarner le personnage d’Antonin ?
Disons que ce qu’on pourrait plutôt appeler le cahier des charges, tout bêtement, c’est de respecter le symptôme que vivent ces gens-là, c’est-à-dire qu’ils vivent soixante fois par jour des scènes dramatiques qu’ils n’arrivent pas à digérer. Pour eux, c’est inconcevable ce qu’ils ont vécu. Avec à chaque fois les mêmes sensations, les sons, les mêmes gens. Donc, il fallait se mettre ça en tête. C’était ça la mission !
Concernant le travail sur les tremblements, ces moments-là représentaient des moments de tension extrême, de peur. On essaye alors de revivre la tension qu’ils ont vécu à ce moment-là, c’est un mélange de culpabilité, de peur, "attention, non, ne tire pas !", tous ces moments-là créent une tension énorme. L’événement ne va pas se reproduire, tu parles ! Il se reproduit.
Sur le tournage, puisqu’il est question dans le film de construction et de déconstruction, dans quel ordre ont été tournées les scènes ?
En fait on a commencé par toutes les crises, l’hôpital, sous l’arbre, la scène de fin avec Madeleine. On a commencé à filmer tout ça pendant quinze jours. Pendant tout ce temps, je n’ai pas pu dire un mot ou presque, j’ai trembloté pendant deux semaines ce qui fait que toute l’équipe s’est dit "mais qu’est-ce que c’est que ce film avec ce mec bizarre qui ne va pas bien", et après j’ai eu les scènes avec Madeleine (Anouk Grinberg), l’histoire d’amour, plus sensible, plus sensuel, et ça s’est finit avec tous les copains dans la tranchée, où on a pu un petit peu souffler et rigoler même si les scènes ne sont pas très marrantes.
Que vous inspire la guerre de 1914 et la réflexion que propose ce film sur le sujet ?
Le cadre historique en lui-même ne m’inspire pas grand-chose, ce sont les sensations surtout qui m’intéressent. Je dirais même que l’Histoire en elle-même, ce n’est pas mon affaire. Ce qui m’intéresse c’est la sensation que vivent les gens et qu’il faut raconter. Ce que j’aime dans ce film c’est que ce n’est pas l’histoire d’un homme qui a peur, puisqu’il a tué des Allemands. C’est un instituteur, donc qui construit les gens et les circonstances l’amène à massacrer de l’innocence et en plus il n’a pas le courage ou le moment ou la possibilité d’intervenir pour la défendre.
Comment décririez-vous l’ambiance du tournage ?
C’est la meilleure que j’ai connue pour l’instant parce que c’est la première fois que je tournais avec un réalisateur de mon âge, toute l’équipe avait entre trente et trente-cinq ans, on n’avait pas énormément de moyens et Gabriel, le réalisateur a inspiré à tout le monde un espèce de respect et d’énergie, par sa personnalité, son intelligence, sa sensibilité, la profondeur du sujet qu’il racontait. Finalement il a inspiré chez tout le monde beaucoup de respect et d’envie de raconter cette histoire. Ce qui fait que tout le monde s’est démené. Dans les journées, il n’y avait plus d’heures. Les costumières avaient sans arrêt tous les costumes pleins de boue à laver tous les jours, il n’y avait pas de machines, etc. Il y avait cette énergie, cette frénésie de raconter cette histoire, et ça, ça m’a vraiment enchanté.
Et comment avez-vous vécu la réaction du public de Saint-Jean- de- Luz ?
Très bien. Ce qui me plaît surtout ici c’est que le film ait plu aux jeunes gens et au Jury des Jeunes que j’ai rencontré toute à l’heure. Ils étaient vraiment ravis. Tous les films se veulent toujours tout public mais le public qui me séduit le plus c’est eux et je suis content que cette histoire un peu dure mais belle puisse les émouvoir.
Et comment vous nous raconteriez votre travail avec Aurélien Recoing ?
Avec Aurélien, c’était un cas particulier parce que dans le film je ne lui adresse jamais un mot et je dois même dire que je suis assez opaque à lui pendant tout le film à part un ou deux moment où se crée un lien entre eux, mon but c’était un peu de l’oublier puisque je devais me consacrer sur mes visions. On a eu des échanges "off" mais pour ce qui est des scènes je ne peux pas dire qu’on est eu des relations de partenaires normales. Mais sinon, c’est quelqu’un de discret, de sérieux, de concentré, un peu comme moi finalement. |
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Source : http://www.commeaucinema.com/interviews=56852.html |
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