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C’est dans le cadre du Forum Cinéma et Littérature de Monaco, qui avait lieu du 12 au 14 avril, que nous avons rencontré Claude Miller. Le réalisateur de LA PETITE LILI était présent pour participer à une table ronde autour de UN SECRET, son dernier film (sortie en septembre prochain), en compagnie de Philippe Grimbert, auteur du roman original et d’Yves Marmion, producteur et initiateur du projet. L’occasion pour nous d’interroger le metteur en scène, entre autres, sur une rumeur persistante ...
L’annonce de la sélection cannoise tombe le 19 avril. Vous feriez partie avec UN SECRET de la « short-list » des films français sélectionnables pour le festival 2007. Dans quel état d’esprit êtes-vous ?
Rien ne dit que j’irai à Cannes, on saura ça officiellement le 19 avril ! Vous savez, Cannes, si on n’est pas sélectionné, on est vexé, mais à partir du moment ou on est sélectionné, on a peur… Alors est-ce que c’est vraiment enviable ? Je n’en sais rien ! (rire)
Vous avez présenté plusieurs de vos films sur la croisette. Quel est votre meilleur souvenir du festival ?
C’est quand j’étais dans le jury présidé par David Lynch, en 2002 je crois. C’était délicieux car j’adore découvrir des films et là, j’ai eu mon compte. Sinon, je suis allé deux fois à Cannes pour y présenter un film et mon plus beau souvenir en tant que réalisateur, c’est lorsque j’ai obtenu le Prix du Jury en 1998 avec LA CLASSE DE NEIGE adapté du roman d’Emmanuel Carrère.
UN SECRET, votre nouveau film est lui aussi adapté d’un livre, celui de Philippe Grimbert. Qu’est ce qui vous a plu dans cette histoire ? Et préférez vous adapter ou travailler sur un scénario original ?
Ce qui m’a particulièrement plu dans UN SECRET, c’est qu’il s’agit d’une histoire de passion amoureuse et adultère, avec tout ce que ça comporte d’amoralité, c'est-à-dire qu’elle ne s’encombre pas de scrupules. De plus, cette histoire se passe sur fond de shoah, elle n’aurait pas eu du tout le même retentissement si elle n’avait pas eu lieu à cette période, c’est ce qui la rend très bouleversante. Malheureusement, je ne peux pas vous en dire plus car nous entrerions alors dans le secret. Sinon, je prends beaucoup de plaisir à adapter. J’ai fait une quinzaine de films dans ma vie et il n’y en a que deux qui ont des scénarios originaux. Je ne suis pas un constructeur d’histoire, même si je participe évidemment au scénario de tous mes films, avec ou sans coscénariste.
Ce qui me plait le plus, c’est de poser des bases, des personnages, un concept d’histoire ou un pitch, comme on dit aujourd’hui, et à partir de là, rêver le film. Rêver chaque image, chaque séquence, chaque dialogue, c’est pour ça que je suis très heureux dans l’adaptation, c’est sûrement l’exercice que je préfère. Lorsque je travaille sur un scénario original, il y a le vertige de la page blanche, tout est à faire et là, je m’angoisse, je suis beaucoup plus anxieux, je fais beaucoup d’auto critique.
Néanmoins, votre espace de liberté n’est pas le même quand vous adaptez l’histoire d’un autre comme c’est le cas avec celle que raconte Philippe Grimbert dans UN SECRET ...
Je comprends bien ce que vous me dites mais en fait, je ne ressens pas de problème de liberté car je suis un irresponsable, un immoral ou un amoral et que je me sens totalement libre de faire ce que je veux. Si j’ai affaire à un auteur vivant, je le préviens et en général, je fais en sorte qu’il ne participe pas à l’écriture du scénario parce que c’est trop frustrant pour lui qui a passé plusieurs mois de sa vie à l’écriture de cette histoire. Il y a mis son âme, son cœur et si on commence à s’affronter sur des points de détails, ça risque être beaucoup trop douloureux et frustrant, surtout pour lui. Je pense que ce n’est pas très sain qu’un auteur participe à ce travail et puis ce sont deux métiers très différents.
Ca m’est quand même arrivé une fois sur LA CLASSE DE NEIGE, mais Emmanuel Carrère est quelqu’un qui était déjà dans le cinéma, il avait été critique et il s’est d’ailleurs adapté ensuite, lui-même, en réalisant LA MOUSTACHE, donc ce n’était pas tout à fait pareil. Là, avec UN SECRET, il se trouve que c’est un roman autobiographique, ça rajoute donc beaucoup de responsabilité. Sur ce type de projet, il vaut mieux que l’auteur accepte pour un temps de faire adopter son bébé. En tous cas, dès que le film a trouvé une cohérence à mes yeux, je l’ai montré à Philippe Grimbert. C’est devenu très vite un véritable ami, avant même d’avoir vu le film et je crois qu’on est encore plus amis maintenant qu’il l’a découvert. Ca me touche énormément même si ça ne présage en rien de ce qu’en pensera le public, mais Philippe en tout cas est heureux et ça me fait plaisir.
François Truffaut, dont vous avez été directeur de production, disait être très étonné de votre cinéphile et de votre incroyable appétit de cinéma. Vous avez toujours cette faim de films ?
Oui, je crois être toujours être aussi passionné même si je suis un spectateur parfois un peu blasé. C'est vrai que j’ai moins de plaisir que lorsque j’avais 15-20 ans à voir des films car, de mon temps (sourire), le cinéma était une rareté et un enchantement. Maintenant, nous sommes tellement abreuvés d’images que c’est forcément différent, il y a une habitude qui s’est installé. Je suis un peu désenchanté et je le regrette vraiment mais par contre, ça continue de me passionner totalement d’en faire. |