Ciné-club éducatif & culturel de Mons (CCEC)
ACCUEIL LE CCEC TARIFS SAISONS FESTIVALS LIENS CONTACT PARTENAIRES
Saisons
Gala d'ouverture à 20H
 Projection le jeudi 06 septembre 2007
Sicko
 Projection le jeudi 13 septembre 2007
A mighty Heart
 Projection le jeudi 20 septembre 2007
Curse of the golden flowers
 Projection le jeudi 4 octobre 2007
Un secret
 Projection le jeudi 11 octobre 2007
Persepolis
 Projection le jeudi 18 octobre 2007
Michael Clayton
 Projection le jeudi 25 octobre 2007
Délice Paloma
 Projection le jeudi 8 novembre 2007
L'Heure zéro
 Projection le jeudi 15 novembre 2007
Eastern Promises
 Projection le jeudi 22 novembre 2007
Cow-boy
 Projection le jeudi 29 novembre 2007
La France
 Projection le jeudi 6 décembre 2007
The Golden Age
 Projection le jeudi 13 décembre 2007
The Assassination of Jesse James by the Coward Robert Ford
 Projection le jeudi 20 décembre 2007
Les Animaux amoureux
 Projection le jeudi 10 janvier 2008
Before the Devil Knows You're Dead
 Projection le jeudi 17 janvier 2008
No Country for Old Men
 Projection le jeudi 24 janvier 2008
Sweeney Todd
 Projection le jeudi 31 janvier 2008
In the Valley of Elah
 Projection le jeudi 21 février 2008
Paranoid Park
 Projection le jeudi 28 février 2008
Auf der anderen Seite
 Projection le jeudi 6 mars 2008
La graine et le mulet
 Projection le jeudi 13 mars 2008
The Darjeeling Limited
 Projection le Jeudi 20 mars 2008
Il y a longtemps que je t'aime
 Projection le Jeudi 10 avril 2008
Leatherheads
 Projection le Jeudi 17 avril 2008
The Mark Of Cain
 Projection le Jeudi 24 avril 2008
Se jie (Lust Caution)
 Projection le jeudi 08 Mai 2008
Le Grand Alibi
 Projection le Jeudi 15 mai 2008
Shine a light
 Projection le Jeudi 22 mai 2008
There will be blood
 Projection le Jeudi 29 mai 2008
It's a free world
 Projection le Jeudi 5 juin 2008
Into the wild
 Projection le Jeudi 12 juin 2008
Grace is gone
 Projection le Jeudi 19 juin 2008
La visite de la fanfare
 Projection le Jeudi 26 juin 2008
Deux jours à tuer
 
 
 
Paranoid Park réalisé par Gus Van Sant
   
Titre original Paranoid Park
Réalisation Gus Van Sant
Scénario Gus Van Sant
D'après l'oeuvre de Blake Nelson
Interprétation Gabe Nevins (Alex), Daniel Liu (Detective Richard Lu), Taylor Momsen (Jennifer), Jake Miller (Jared), Lauren McKinney (Macy), Winfield Jackson (Christian), Joe Schweitzer (Paul), Grace Carter (Alex's Mom), Scott Patrick Green (Scratch), John Michael Burrowes (Security Guard), Jay 'Smay' Williamson (Alex's Dad), Dillon Hines ( Henry), Emma Nevins (Paisley) Brad Peterson (Jolt), ...
Photographie Christopher Doyle & Kathy Li
Pays U.S.A./France
Année 2007
Durée 1h 25min.
Genre Drame
Production Charles Gilibert, Nathanaël Karmitz & Neil Kopp
Site officiel Francophone / Anglophone
Scoops  
 
 
 
La projection aura lieu à IMAGIX - Mons - Plan d'accès
Le jeudi 21 février 2008
Le film est projeté en version originale sous-titrée en français
Le film est projeté sans entracte ni publicité
Les séances :
 
  • 17h00 et 20h00 avec présentation et feuillet sur les films à chaque séance
  • 14h30 et 22h30 sans présentation et feuillet sur les films à chaque séance
 
 
Gus Van Sant ne peut décidément plus quitter l'adolescence. Il nous plonge cette fois-ci dans l'univers des skateurs de Portland, sa ville devant l'éternel. Alex, jeune skateur, tue accidentellement un agent de sécurité tout près du skatepark le plus malfamé de Portland, le "Paranoïd Park". Il décide de ne rien dire… Après "Elephant" et "Last Days", Gus Van Sant poursuit dans la même voie, tout en faisant évoluer son style. Traquant les traces de culpabilité sur le visage d'un jeune ado mêlé à un crime atroce, il signe un requiem funèbre et hypnotique. Toujours distante et esthétisante, sa mise en scène se fait plus expérimentale encore, apportant un nouvel exemple de sobriété et de force. Impressionnant… (La Libre Cinéma ***)
 
 
 Festival de Cannes 2007
 
  • Prix du 60ème anniversaire (60th Anniversary Prize) décerné à Gus Van Sant
 Independent Spirit Awards (ISA) 2008 (Palmarès le 23 février 2008)
 
  • Nomination pour le meilleur réalisateur décernée à Gus Van Sant
  • Nomination pour le meilleur film décernée à Gus Van Sant
  • Nomination pour le meilleur producteur décernée à Neil Kopp
Retour haut
 
 
La Libre - Hubert Heyrendt
 

Surmonter l'irréparable. Gus Van Sant explore la culpabilité dans un requiem funèbre esthétiquement époustouflant

Dans le ciel, des nuages passent en accéléré. Pas de doute, on est dans un film de Gus Van Sant. Sauf que cette "signature" apparaît ici au second plan. Au premier, un pont et son défilé de voitures... Si "Paranoid Park" s'inscrit dans la lignée de la trilogie précédente de Van Sant, l'évolution est palpable : le cinéaste ne tourne plus seulement les yeux vers le ciel, mais aussi vers la terre, se plaçant dans l'entre-deux. Comme en témoigne la scène suivante, totalement hypnotique : au ralenti et sur un "paysage musical", des gamins défient l'apesanteur sur leurs planches de skateboard.

On découvre alors Alex, ado banal, dont la caméra ne lâchera plus les déambulations pour tenter de traquer la moindre émotion, la moindre trace de culpabilité sur son visage, dans ses gestes. C'est qu'on comprend vite que le lycéen, en acceptant d'aller traîner à Paranoid Park - réputé pour accueillir les marginaux de Portland et des trafics en tout genre -, s'est retrouvé lié au meurtre sordide d'un gardien de nuit... Portland, la mort, l'adolescence, Van Sant convoque à nouveau ses thèmes favoris. De même, la mise en scène et le montage font beaucoup penser à "Elephant" : la caméra suit l'adolescent de dos, les ralentis délicats se multiplient, les scènes sont répétées.

Un style en évolution

Pourtant, quelque chose a changé. La mort n'apparaît plus ici absurde, vide de sens, comme dans "Elephant" ou "Last Days", mais au contraire bien réelle. Elle est une réalité avec laquelle doit se débattre ce gamin de 16 ans. C'est là que tout bascule chez Van Sant. Il ne s'agit plus de placer les personnages, écrasés par le destin, dans un rapport à la transcendance, mais bien de fouiller leur for intérieur. La distance de Van Sant par rapport au propos est identique, mais la morale trouve ici sa place, intériorisée par le protagoniste, rongé par la culpabilité.

Si le film apparaît du coup plus abordable, moins abstrait, le cinéaste n'a peut-être jamais été plus expérimental. Car pour mettre à nu l'âme d'Alex, Van Sant réinvente son cinéma ou, plus exactement, fait évoluer le style qu'il a mis en place film après film.

Dès lors, ce qui pourrait apparaître comme des tics prend ici un autre sens. Les ralentis dilatent la temporalité pour extraire Alex du monde qui l'entoure. Avec plus de cruauté que jamais, toujours aussi désabusé et misogyne, Van Sant décrit, en effet, son quotidien - à la maison, à l'école, avec sa copine - comme le règne de la médiocrité. Marqué par l'irréparable, Alex, totalement transformé, n'est plus ce gamin insouciant, caricature de l'Américain refermé sur lui, mais un être en quête d'un ailleurs, d'une autre vie.

Cet ailleurs est ici intérieur. Pour traduire ce cheminement émotionnel du personnage, le cinéaste fait appel à la musique de Nino Rota pour Fellini ("Amarcord" et "Juliette des esprits"), mais plus encore à ces "musical landscapes" de compositeurs comme Robert Normandeau, Ethan Rose, Frances White. Ces nappes complexes, par leur côté irréel, renforcent l'abstraction d'Alex au monde.

Enfin, si certaines scènes sont ici encore répétées, ce n'est plus l'angle de caméra qui change, qui apporte une information nouvelle -comme dans "Elephant" par exemple- mais leur place dans le montage complexe pour lequel a opté Van Sant. Explosant la chronologie, mêlant à son récit des scènes de skateboard en super-8 et en vidéo, le cinéaste multiplie les couches, les niveaux de lecture pour conférer une densité à chacune de ses scènes. Froid, distant, "Paranoid Park" n'en est pas moins d'une force incroyable. Rien d'inutile ici, l'épure est maximale et le sens transparaît dans chacune des images de l'esthète Van Sant.

  Source : http://www.cinebel.be/fr/film/critique/1001803-Paranoid-Park.htm?criticId=1249
   
cinenews - Ruben Nollet
 

A Portland, en Oregon, on trouve un espace de skate baptisé Paranoid Park. Un nom qui est dû au fait qu'il a été construit et est utilisé par des outsiders et des freaks, des gens qui tombent hors des limites de la société régulière. Pas étonnant qu'Alex, le personnage principal de 'Paranoid Park', soit intrigué par le lieu. Des parents qui menacent de divorcer et des soi-disant amis qui sont indifférents le lancent à la recherche d'un lieu où il pourrait se sentir bien. Mais ce qui démarre comme une aventure terminera en drame.

Tout comme dans le roman de Blake Nelson, 'Paranoid Park', dont le film s'inspire, Gus Van Sant présente cette histoire sous forme d'un journal intime. Alex y écrit ce qui lui arrive, et saute du coq à l'âne, comme s'il ne savait pas vraiment ce qui est important ou non dans son histoire. Ce que Van Sant fait ici est en gros une variation sur 'Elephant' et 'Last Days', même si l'intrigue est plus étendue. Mais bien plus que l'histoire (marquante), c'est surtout le portrait du personnage principal qui restera, un jeune garçon qui a totalement perdu le nord et ne trouve personne à qui il pourrait poser ses questions. Notons que ça lui a valu un prix spécial au festival de Cannes il y a quelques mois.

  Source : http://www.cinenews.be/Critics.Detail.cfm?ContentsID=6990&lang=fr
   
cinopsis - Eric Van Cutsem
 

Alex et Jared, son copain, deux jeunes skateur aiment à se retrouver sur l’un des spots de skateboard les plus malfamés de Portland, le Paranoid Park. Là, Alex fera une rencontre qui risque de changer son existence. Prix du 60e anniversaire à Cannes, PARANOID PARK, de Gus Van Sant, est avant tout un film d'atmosphère. Imprégné de musique en permanence, le film s'entoure d'une aura de mystère pour nous dévoiler la vie d'un ado vu de l'intérieur... Irresponsable, sans connexion avec la réalité, sans notion réelle de bien et de mal, Alex est bien représentatif d'une génération qui ne semble plus vraiment en prise avec le réel.

Construisant son film un peu comme un oignon dont chaque couche découvre des informations supplémentaires sur la vie d'Alex ces jours-là, Gus Van Sant tente de nous donner le sentiment de ce qui se passe dans la tête du garçon sans nous révéler vraiment les rouages de sa vie. PARANOID PARK laissera sans doute certains spectateurs sur un goût de trop peu, une sensation de vide tandis qu'il donnera aux autres la juste perception d'une adolescence qui se cherche et qui ne parvient plus à se situer dans un monde aux informations tellement contradictoires.

  Source : http://www.cinopsis.com/rev_main.cfm?lang=fr&ID=5903&rr=1
   
le soir - FABIENNE BRADFER
 

Portland. Un parc créé par des mômes SDF skaters. Tout près, Alex (étonnant Gabe Nevins, un non-professionnel découvert via MySpace) vient de tuer accidentellement un agent de la sécurité. Ne sachant vers qui se tourner pour avouer l'irréparable, il décide de ne rien dire et erre entre l'école, la maison, les copains, sa petite amie qu'il fréquente sans enthousiasme.

Dans My own private Idaho, Gus Van Sant nous montrait la jeunesse à travers le prisme d'une narration shakespearienne. Avec Paranoid Park, il poursuit le drame shakespearien pour un "To be or not to be" adolescent, en revisitant les personnages de lycée. On pense à Dostoïevski pour le thème, à Mala noche, son premier long-métrage (réalisé en 1985), pour l'approche visuelle.

C'est brillant, envoûtant, intelligent, sensible. On aime la façon qu'a Van Sant de caresser les personnages avec de longs travellings et plans-séquences, la danse des corps pour dire l'errance des âmes et célébrer avec élégance l'énergie de jeunes skaters chez qui se bataillent en une seconde tourments, bêtise, contradiction, chaos et grâce. C'est ainsi qu'il invite sur le sol mouvant de leur existence sans avoir l'air d'y toucher. C'est aussi sa façon à lui de dire la catalepsie de la société moderne. Puissance et grâce.

On peut parler de constance du talent. Fluidité de la mise en scène, travail parfait du génial directeur photo Christopher Doyle (qui a travaillé avec Wong Kar-waï), patchwork des supports (du Super 8 à la vidéo et au 35 mm), ralentis, mélange de sons, de musiques. Tout est créé pour qu'on parte autant à la dérive que, dans la vie, le jeune Alex, sorte de petit frère du Blake de Last days.

  Source : http://www.lesoir.be/channels/cinema/-1952-naissance-le-24-juillet-2007-10-24-557113.shtml
   
 le monde - Jacques Mandelbaum
 

Paranoid Park, dont le personnage principal est un adolescent, peut d'emblée se voir comme une sorte de négatif d'Elephant, Palme d'or en 2003, en évoquant le massacre du lycée de Columbine. Ces films jumeaux, par le profit esthétique qu'ils tirent des personnages d'adolescents, se complètent tout en se distinguant : Elephant décrivait en longues courbes sinueuses et hypnotiques une marche inexorable vers le néant, Paranoid Park, plus aérien, moins puissant aussi, cherche et trouve la brèche par où s'engouffre l'aspiration à la vie.

L'action du film, adaptée du roman homonyme de Blake Nelson, se déroule à Portland, ville natale de cet écrivain et ville d'adoption du cinéaste. Alex (Gabe Nevins, un acteur non professionnel) en est le personnage principal. Ce jeune homme blond à la beauté étrange, impénétrable et ultrasensible, enfant et adulte, une sorte d'ange à la Paul Klee traverse la vie et l'histoire sur une planche de skateboard. Des parents divorcés, plutôt absents, une petite amie tape-à-l'oeil et écervelée qu'il tient à distance, des copains à peu près inexistants. Reste la solitude, immense, et la fascination exercée par Paranoid Park, une piste de skateboard construite illégalement par des jeunes marginaux dans un quartier mal famé de la ville.

C'est là, où il passe ses soirées assis sur sa planche à observer les chorégraphies des champions qu'il rencontre, quelques jeunes gens qui l'invitent à "prendre un train". Un jeu stupide, simulacre de départ pour ceux dont la piste de skate est le seul horizon et le seul foyer : il consiste à s'accrocher aux trains qui passent sur une voie ferrée toute proche.

Une toile d'araignée

Mais cette nuit-là, un vigile les aperçoit. L'homme court le long des voies, commence à frapper les adolescents pour les faire descendre des wagons en marche. Alex le pousse à son tour, l'homme tombe en arrière sur une voie parallèle, est happé et sectionné en deux par un autre train qui surgit. La brève représentation de ce corps coupé en deux introduit dans le film l'épouvante d'un réel avec lequel il va s'agir pour l'adolescent de s'accommoder.

Toute l'intelligence et la sensibilité de Gus Van Sant consistent à faire de même avec le film, qui est construit comme une toile d'araignée autour de l'infigurable horreur de cet événement. Paranoid Park prend ainsi la forme d'un récit très hétérogène, à la fois déconstruit et vibratile, léger comme une bulle et lourd comme du plomb, vaporeux comme le fantasme et solide comme un corps dont on voudrait en vain s'échapper. Une enquête menée par un policier massif au lycée y voisine avec les acrobaties aériennes des jeunes skateboarders, filmées en super-8 et parfois au ralenti, de même que le silence dans lequel s'emmure toujours plus profondément Alex trouve son contrepoint dans la très riche bande sonore du film, bande à proprement parler mentale et composée notamment d'un nappage musical d'une grande richesse expressive.

Tout cela mis ensemble oeuvre à une beauté souvent désaffectée qui entraîne le film vers le territoire des arts plastiques. On pourrait tenir rigueur à Gus Van Sant de cette tentation formaliste, si elle n'était en même temps une plongée hypersensible dans l'univers intime de l'adolescence, et si le film ne finissait par produire son propre remède à la trouble fascination procurée par ce type de beauté. Ce remède est incarné par une jeune fille boutonneuse et sarcastique, aux cheveux graisseux et la langue bien pendue, amoureuse agacée du bel éphèbe indifférent, et en laquelle Gus Van Sant, cinéaste décidément précieux, nous invite à célébrer la force de la vie.

  Source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-766360,36-913353@51-766759,0.html
   
 le monde - Isabelle Regnier
 

Comme les films de sa trilogie (Elephant, Gerry, Last Days), cette adaptation du roman de Blake Nelson est nimbée de paysages sonores magnifiques et s'écrit selon une structure diffractée, qui démultiplie les strates de la perception et du sens. Porté par la caméra lyrique de Christopher Doyle, le talentueux chef opérateur de Wong Kar-waï, le film glisse. C'est toute l'idée de la séquence d'ouverture, plongée sur un pont de Portland à la surface duquel défilent, en accéléré, puis au ralenti, une nuée de voitures pendant que s'écoulent, en dessous, les eaux noires du large fleuve qui traverse la ville.

Paranoid Park est le nom d'un parc de skateboard de Portland, ville d'élection de Gus Van Sant, où se retrouvent les voltigeurs les plus fous, âmes damnées de la ville, jeunes sans abri, sans avenir, qui brûlent leurs vies marginales sur les crêtes bétonnées de ce paradis artificiel. Attiré par l'odeur de soufre qui s'en dégage, le jeune Alex s'y est aventuré et s'y est brûlé les ailes une nuit, à la suite d'une malheureuse succession d'événements. Un gardien de nuit est mort par sa faute.

Comme un ange

Le film commence peu de temps après, à un instant où cet adolescent au visage d'ange, figé dans un état de sidération qui n'est pas sans rappeler celui dans lequel évoluaient les meurtriers d'Elephant, un des films précédents (de 2003) de Gus Van Sant, n'a pas encore pris conscience de son acte ni de ses conséquences.

Comme un ange porté par sa planche, il flotte à la surface des choses, que ce soit à Paranoid Park, où il se contente d'une position de spectateur émerveillé, face à un enquêteur à qui il oppose une authentique nonchalance, ou pendant son dépucelage qu'il subit les yeux perdus dans le vide.

A l'âge où ses camarades ne vivent que pour quitter l'enfance (ce qui se traduit par une obsession collective pour le sexe), Alex voudrait que ce moment n'arrive jamais. Affecté par le divorce de ses parents, il n'éprouve qu'aversion pour le monde des adultes, dont les représentants évoluent ici comme de lointaines figures étriquées, démissionnaires.

Toutefois, à la différence de ses lointains cousins d'Elephant, dont la bulle n'a jamais éclaté, Alex va reprendre pied. Il lui faudra certes une médiation, celle du journal télévisé, pour vivre enfin l'événement qu'il n'a mentalement que survolé. Le commentaire sur la mort du gardien de nuit - "coupé en deux" - puis l'image, littéralement gore, qui le redouble lui arrachent un cri de terreur ouvrant les vannes au poids écrasant de sa responsabilité, en même temps qu'il le propulse de plain-pied dans l'existence.

Commandé par le décalage entre le meurtre et le moment où ce garçon en prendra la mesure, le récit progresse selon une lente involution vers la révélation des circonstances qui y ont conduit. Tout l'univers de cet adolescent solitaire se dévoile au cours de ce mouvement, à travers un patchwork de scènes hétérogènes, agencées par d'élégants jeux de montage et de mixage. Le principe de la mise en scène est aussi bien celui du skateboard, sport de glisse qui se pratique au risque du bitume. Entre la perfection aérienne des sauts et la chute fracassante du retour au réel, la dialectique du mouvement s'articule sur le mode du choc.

Cette structure décomposée fait directement écho à la complexité du monde dont Alex acquiert peu à peu l'intuition : "J'ai le sentiment qu'il y a quelque chose d'autre, quelque chose de beaucoup plus grand que les petits événements de nos vies, qu'il y a beaucoup de strates", confie-t-il, en substance, à une camarade de lycée. Simple élément de la galaxie des personnages qui entourent Alex, cette jeune fille va s'imposer comme la clé du film, et le signe chez Van Sant d'une foi nouvelle dans l'humain. Non qu'elle apparaisse beaucoup plus longtemps que les autres, mais simplement parce que, en quelques répliques, elle offre à Alex une écoute et une réponse - la promesse d'une brèche qui briserait son océan de solitude.

  Source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3476,36-970177@51-948060,0.html
   
 premiere - Olivier de Bruyn
  Avec Paranoid Park, Gus ajoute, certes, une pierre de choix à son édifice esthétique perso: filmer un certain état de l'adolescence américaine aux prises avec un monde adulte étranger et hostile. L'attention prêtée aux mouvements des corps, à leurs inscription dans l'espace urbain relève à la fois d'un extrême réalisme et d'une abstraction radicale tant le regard de Van Sant est celui d'un peintre épinglant sur sa toile singulière une collection de gestes et de sensations.
  Source : http://www.premiere.fr/premiere/cinema/films-et-seances/fiches-film/paranoid-park/(affichage)/press
   
 Elle - Anne Diatkine
  Gus Van Sant montre comme personne la solitude de l'adolescent qui s'éloigne des adultes tout en cherchant en vain leur écoute. Un film bref, qui hante longtemps.
  Source : http://www.premiere.fr/premiere/cinema/films-et-seances/fiches-film/paranoid-park/(affichage)/press
   
 Journal du dimanche - Alexis Campion
  Entrelaçant des images en Super 8 et en 35 mm signées Christopher Doyle, directeur photo de Psycho et des derniers films de Wong-Kar Wai, Paranoid Park imprègne aussi par la richesse de sa bande-son, semée de musiques très diverses passant des rêveries de Nino Rota aux complaintes folk d'Elliott Smith ou à la pop prometteuse de Menomena.
  Source : http://www.premiere.fr/premiere/cinema/films-et-seances/fiches-film/paranoid-park/(affichage)/press
   
 Paris Match - Christine Haas
  L'errance, la solitude, le mutisme sont les obsessions de ce cinéaste de la sensation, qui s'attache à la grâce adolescente par le mouvement des corps. Gus Van Sant construit un labyrinthe qui ne mène nulle part, avec parfois la pose esthétisante du cinéma de Wong Kar-Waï avec qui il partage le même directeur photo. Mais la douceur vénéneuse de son cinéma en suspension est d'une poésie déchirante.
  Source : http://www.premiere.fr/premiere/cinema/films-et-seances/fiches-film/paranoid-park/(affichage)/press
   
 Télérama - Louis Guichard
  Depuis quelques films, la splendeur du cinéma de Gus Van Sant, mélange de sophistication formelle et de limpidité émouvante, est la consolation, la réponse du réalisateur au tragique de l'existence (suicide du jeune Kurt Cobain dans Last Days ou tuerie du lycée de Columbine dans Elephant). Une bulle de beauté, à l'abri de tout. Aujourd'hui, Gus Van Sant met en quelque sorte cette fuite contemplative en question avec un portrait d'ado ayant perdu ses repères dans un bel univers de substitution. Paradoxe, l'alerte prend de nouveau une forme infiniment séduisante. De toute évidence, le cinéma est le "parc" de Gus Van Sant. A chacun de trouver le sien. Mais aussi de savoir en revenir.
  Source : http://www.premiere.fr/premiere/cinema/films-et-seances/fiches-film/paranoid-park/(affichage)/press
   
 fluctuat - Laurence Reymond
 

En semblant retourner à la source Elephant – ses ados en détresse, son lycée, ses temps morts -, Paranoid Park s’intéresse cette fois-ci aux méandres de la culpabilité. Gus Van Sant y multiplie les pistes pour au fond se recentrer comme jamais sur un personnage. Une plongée fascinante et radicale dans l’esprit torturé d’un ado.

On avait suivi l’explosion à retardement de la violence au lycée de Columbine dans Elephant. Avec Paranoïd Park, Gus Van Sant retourne au pays des ados, mais cette fois-ci il décide de centrer tout son film sur un personnage, Alex, qui commet un soir un crime involontaire, poussant sous un train un gardien de la paix. Face à l’enquête de la police et aux questions des proches, il décide de mentir. Mais, pour se soulager, il écrit. Et c’est ce récit qui va progressivement permettre de donner leur sens et leur chronologie à l’ensemble de souvenirs et d’impressions sur lesquels se construit le film. En choisissant de se placer uniquement du point de vue d’Alex, GVS s’offre un film trip et mental, où la découverte progressive des faits, façon puzzle, joue bien moins la carte du suspens que celle d’une sorte de mélancolie angoissée. Un mode, une tonalité chère au cinéaste, et inscrite ici dans cette petite mélodie de Nino Rota, volée chez Fellini, et qui, répétée sans cesse, module à la fois la tristesse, l’ironie et l’angoisse.

La première chose qui frappe avec ce Paranoïd Park, c’est qu’il s’agit d’un film quasi muet. La seule parole pertinente étant celle d’Alex, jeune assassin involontaire, écrivant son histoire dans une longue lettre. Construit comme un enchevêtrement complexe de scènes tournées parfois en 8 mm, et le plus souvent en 35 mm, le récit s’éclaircit progressivement grâce à cette voix off, alors que les quelques rares dialogues proférés par les personnages sont le plus souvent insignifiants (les skateurs entre eux), anodins (les parents aux ados) ou stupides (les filles aux mecs). Comme lassée d’entendre, ou réentendre ces mots, c’est la musique qui vient les remplacer, créant une distance ironique avec ces situations communes. GVS s’amuse, il était temps, et nous offre ainsi une des plus belles scènes de dépucelage jamais filmée, aussi juste que comique : comme ailleurs, dans ses pensées, Alex assiste à sa première fois en spectateur, les yeux recouverts de la chevelure blonde et légère de sa partenaire. Le silence total, la lumière qui caresse ces cheveux, des ombres floues, et puis soudain c’est fini, et la demoiselle s’empresse d’appeler une copine pour lui annoncer la nouvelle. Ici et pourtant ailleurs, d’une durée totalement impossible à évaluer : ainsi va le souvenir.

Nombreux ralentis, son direct occulté, plans qui virent au noir : Paranoïd Park est un film qui ne cesse de s’enfoncer un peu plus loin dans quelque chose de mystérieux, une plaie, un trou noir comme ce souvenir du geste fatal qui ne veut d’abord pas refaire surface. Alors que son personnage principal est hanté par un souvenir, le film est lui-même hanté et habité par des formes paradoxales : si Alex a le physique d’un personnage coupable du Caravage, les nombreux gros plans semblent parfois se transformer en portraits directement liés à la peinture classique. Mais, alors qu’il se douche lors de la nuit fatale, son visage mangé par le noir et les sons de tempête qui l’envahissent le propulseraient presque dans une installation de Bill Viola. Aussi fasciné par un art classique et ses représentations du corps, GVS n’en est pas moins avant tout un expérimentateur. S’il passerait presque pour un film classique après sa trilogie Gerry/Elephant/Last Days, Paranoïd Park s’inscrit pourtant dans une filmographie qui semble consacrée à l’isolement de l’individu et à ses conséquences. Avec, toujours, la marque d’un véritable poète cinéaste, qui nous plonge ici, comme en apnée, dans l’inquiétude adolescente. Les images en Super 8 des "vrais" skateurs de Portland semblent ainsi superposer aux mouvements de balancier de ces ados comme en lévitation, suivis par une caméra qui semble avoir des ailes, le mouvement fatal du pendule, celui du temps.

Comme détachés de la société et de sa comédie humaine, Alex et les autres s’en vont chercher – dans la nature, tellement importante chez GVS, dans les rêves ou ailleurs – un peu plus d’une vérité. La leur, car c’est par là qu’il faut commencer, même si "personne n’est jamais prêt pour Paranoïd Park".

  Source : http://www.fluctuat.net/5845-Paranoid-Park-Gus-Van-Sant
   
 comme au cinema - Morgane Postaire
 

La conscience de l’adolescence

Alex est un jeune skateur de Portland. Comme beaucoup d’autres, il se rend au skatepark très malfamé, le Paranoïd park. Mais après une soirée passée là-bas, Alex va accidentellement commettre l’irréparable, tuant un agent de sécurité. Il décide alors de taire son acte. Mais pourquoi ? C’est là que quelque chose manque. On ne sait pas pourquoi il prend cette décision, comme si le réalisateur évitait le sujet ou encore ne s’y intéressait pas.

Gus Van Sant reprend à travers Paranoïd Park le thème central qui est aussi celui de ses précédents films : l’adolescence et son mal-être. Ici encore les adultes ont déserté, laissant les adolescents livrés à eux-mêmes. Mais, comparé à Elephant par exemple, Paranoïd Park reste en surface, survolant quelque peu le récit sans l’approfondir. Le spectateur reste alors sur sa faim.

Néanmoins, les yeux, eux, sont rassasiés. Le film est absolument maîtrisé. Gus Van Sant nous entraîne sur les chemins de l’esthétique jouant avec les ralentis, les gros plans, les retours en arrière… Il dirige sa caméra de manière à ce qu’on se glisse totalement dans le quotidien du jeune Alex, faisant ainsi corps avec lui mais n’entrant malheureusement pas véritablement dans son esprit.
Le réalisateur nous entraîne aussi dans cet univers bien particulier grâce à une bande son très élaborée. Chaque morceau a sa place et colle tout à fait au moment. La musique joue alors le rôle d’un personnage, celui qui accompagne notre jeune héros, lui collant à la peau.

On l’aura donc compris, le dernier opus du désormais très célèbre Gus Van Sant est un petit bijou au niveau de la forme mais manque de poids en ce qui concerne le fond.

  Source : http://www.commeaucinema.com/film=paranoid-park,77254.html
   
 comme au cinema - Eléonore Guerra
 

Peu de réalisateurs savent filmer la lourde période que représente l’adolescence. Certains diraient qu’il existe deux écoles : la version édulcorée/déjantée dans laquelle le roi et la reine de la promo finissent heureux dans une maison de banlieue ; ou bien l’enfer trash (suivez mon regard monsieur Larry Clark) souvent juste, mais légèrement rebutant pour le grand public (sex, drugs and rock’n roll).

Cette vision bipolaire – et limite schizophrène – est, bien sûr, beaucoup trop schématique pour refléter la réalité, ne serait-ce que par son occultation de toute une vague indé du cinéma US qui gravite entre les deux extrêmes. Et puis surtout, on en oublierait presque l’incarnation du parfait équilibre : Gus Van Sant. Mala Noche, My Own Private Idaho ou Elephant, rarement on se sera penché sur l’adolescence afin d’en tirer un portrait pudiquement lucide et juste.

Paranoid Park (dont les protagonistes sont encore plus jeunes que ceux d’Elephant) ne déroge pas à cette respectable règle. Tout en pudeur, Van Sant suit en musique et en aérienne beauté les errances d’Alex dont le secret est trop lourd à porter.

C’est tout simplement beau

Peut-être un peu trop "malheureusement". Splendides mouvements de caméra, audacieux format 1.37, ralentis soignés, longs silences révélateurs et toujours ces mêmes interrogations existentielles si compliquées à exprimer par le(s) héros.
C’est splendide. Alors qu’est-ce qui nous gêne ? Certaines longueurs, des ralentis à foison et parfois redondants… et un je-ne-sais-quoi de trop contemplatif. Paranoid Park n’est pas Elephant.

Pourquoi 3 étoiles alors ? Parce qu’on n’a pas envie de se laisser aveugler par la (mini) déception née de nos dithyrambiques attentes. Parce que, même si Paranoid Park n’est pas le meilleur film de Gus Van Sant, il représente tout de même clairement le haut du panier cinématographique (cannois ou pas).
Tout simplement.

  Source : http://www.commeaucinema.com/film=paranoid-park,77254.html
   
 Les Cahiers du Cinéma - Cyril Neyrat
  "(…) Paranoid Park fera l’étude et l’éloge du mouvement dans tous ses états(…). Chaque mouvement est travaillé en un agencement audio-visuel qui le magnifie (…)"
  Source : http://www.commeaucinema.com/critiques=77254.html
   
 Libération - Philippe Azoury
  "Paranoid park est un film dominé par la peur et conduit par une volonté de la dépasser."
  Source : http://www.commeaucinema.com/critiques=77254.html
   
 Le Point - O.D.B.
  "La mise en scène, impressionniste, rend compte du chamboulement psychologique du héros et le film relève à la fois de l’expérience sensorielle et de la composition abstraite."
  Source : http://www.commeaucinema.com/critiques=77254.html
   
 Les Inrocks - Jean-Marc Lalanne
  "Van Sant filme un étau desserré, où la culpabilité se fait plus lâche, parce que toute forme d’ordre défaille et tous les liens sont détissés."
  Source : http://www.commeaucinema.com/critiques=77254.html
   
 Métro - J.V
  "Bluffant d’un pur point de vue visuel et tout simplement déchirant dans son portrait d’une innocence brisée."
  Source : http://www.commeaucinema.com/critiques=77254.html
   
 20 Minutes
  "(…) descente aux enfers, primée à Cannes, est filmée avec maestria."
  Source :
   
 Le Monde - Isabelle Regnier
  "Le principe de la mise en scène est aussi bien celui du skate board, sport de glisse qui se pratique au risque du bitume. Entre la perfection aérienne des sauts et la chute fracassante du retour au réel (…)"
  Source : http://www.commeaucinema.com/critiques=77254.html
   
 Télérama - Louis Guichard
  "Le sujet du film n’est pas la culpabilité du héros, mais sa distance au monde réel. Ce déplacement fait de Paranoid Park un film vertigineux, sous ses dehors cool et planants."
  Source : http://www.commeaucinema.com/critiques=77254.html
Retour haut
 
 
evene
  "C'est dans ma nature : quand je vois un système, j'ai immédiatement envie de le changer" [Gus Van Sant]
  Source : http://www.evene.fr/citations/mot.php?mot=Gus-Van-Sant
Retour haut
 
 
comme au cinema - Eléonore Guerra
 

Score planant pour Ados paumés ...

Etrange score que celui de Paranoïd Park de Gus Van Sant… Très bon, pris à l’unité, mais déroutant dans son ensemble. Si on retrouve avec délectation les morceaux planants de feu Elliott Smith (disparu décidément bien trop tôt) qui était déjà responsable d’une bonne partie de la BO de Will Hunting, on est tout de même assez vite surpris par le mix proposé. Côte à côte avec les excitants Strongest Man in the World de Menomena, Song One d’Ethan Rose ou le toujours aussi beau Angeles de Smith, on entend débouler Nino Rota ou carrément la Neuvième Symphonie de Beethoven !

Entendons-nous bien (c’est le cas de le dire), Nino Rota est et reste un classique autant musical qu’audiovisuel, on ne se permettrait pas de revenir sur ce point. N’empêche, si ceux qui ont vu le film de Van Sant se replongeront avec plaisir dans l’ambiance si particulière de l’adolescence contemplative de Paranoïd Park (Combien on a pu penser et dire de bien de cette profonde et omniprésente bande-son en sortant de la présentation cannoise !), les autres risquent peut-être de se perdre, curieux de tous ces sauts de puce et de genres.

En même temps, si ça peut pousser (s’il le fallait encore) les mélomanes à se bouger pour voir la dernière rêverie de Gus Van Sant, nous on dit deux fois oui !

  Source : http://www.commeaucinema.com/notes-de-prod=77254-note-44110.html
Retour haut
 
 
 comme au cinema - Kim Phoung
 

Tapis Rouge sur le skate park de Gus Van Sant !


Montage : Anna Laredo
  Source : http://www.commeaucinema.com/interviews=77254.html
   
 telerama
 

Interview de Louis Guichard sur Paranoid Park

propos recueillis par Ophélie Vivier

  Source : http://www.telerama.fr/cinema/21230-paranoid_park_de_gus_van_sant.php
   
 telerama - Laurent Rigoulet
 

Trois Questions à ... Gus Van Sant.

Le cinéaste, qui a obtenu la Palme d'or en 2003 pour Elephant, raconte la genèse de son douzième long métrage.

Après Last Days, vous aviez dit envisager un film plus commercial, produit par Hollywood. Pourquoi y avoir renoncé ?

J'y ai sans doute pensé un moment, mais on ne m'a rien proposé d'intéressant et j'avançais en parallèle sur des projets que je voulais développer à très petite échelle. A une époque, j'étais séduit par l'idée de travailler à l'intérieur du système hollywoodien pour y tenter des expériences, comme le remake plan par plan de Psychose, par exemple, mais je ne raisonne plus comme ça. Je n'ai pas choisi de tourner Paranoid Park pour rester indépendant ou pour creuser une veine expérimentale, mais simplement parce que j'ai été captivé par le roman de Blake Nelson (1). Il me permettait d'approcher ce "parc" où les jeunes font du skate à Portland, un endroit qui m'attire et m'intrigue depuis que j'habite cette ville. Le skate est un univers très singulier, une microsociété d'"outsiders" qui génère sa propre culture visuelle et musicale.

Comme à l'époque d'Elephant, vous avez choisi des acteurs non professionnels...

Plus ça va, plus j'aime travailler avec des non-professionnels parce qu'ils offrent quelque chose de très pur, de très instinctif. Et j'ai toujours été attiré par les jeunes acteurs et l'énergie qu'ils communiquent à mon cinéma. Le tournage est un moment de leur adolescence où ils sont amenés à se révéler. Pour Elephant, j'avais lancé une recherche dans les lycées de Portland. Cette fois, je suis passé par MySpace, c'est le meilleur moyen de rencontrer des ados aujourd'hui. Des ados passionnés.

Pourquoi avoir choisi le chef opérateur Chris Doyle, connu pour ses collaborations avec Wong Kar-wai ?

J'avais déjà travaillé avec lui sur Psycho. J'aime la souplesse et la liberté de son travail. Nous nous comprenons et nous avons pu prendre des risques, nous laisser porter par le mouvement des corps, le rythme, la fluidité des gestes. Nous nous sommes beaucoup inspirés des films de skate, visuellement passionnants.

Propos recueillis par Laurent Rigoulet

  Source : http://www.telerama.fr/cinema/21017-trois_questions_gus_van_sant.php
   
le soir
 

Entretien avec Gus Van Sant

Déjà Palme d'or avec Elephant, Gus Van Sant a décroché la palme du 60e anniversaire du Festival de Cannes pour l'ensemble de son œuvre. Mais aussi, pour sa libre adaptation du roman de Blake Nelson. Car Paranoid Park est une magistrale claque de solitude. Œil quasi-hypnotiseur et allure de Peter Pan quinqua, le réalisateur américain nous en parle.

Comment définir le rapport du public à la violence dans le cinéma d'aujourd'hui ?

Le public a une autre perception qu'auparavant. A l'époque de Taxi driver, dans les années 70, il entrait en empathie avec la rage cruelle du personnage de De Niro. Depuis le 11 septembre, cette vision a changé. Le public n'accepte plus une violence dirigée contre des personnages qui lui ressemblent. La victime doit être quelqu'un qui ne lui ressemble pas du tout ! Je ne sais si c'est un progrès !

D'où vous vient, film après film, cette obsession de la perte de l'innocence ?

Chacun d'entre nous a un jour été confronté à une faille personnelle dans laquelle notre pureté s'est abîmée. Vous comme moi. Prenez l'exemple d'un verre de cristal. Une manipulation le brise sur une fraction de millimètre. Il vous servira encore longtemps, très longtemps, avant de se fragmenter entièrement. Le verre n'était plus pur, mais nous n'en avions pas conscience. Il en va de même pour l'humain. Etudiez ce moment fugitif où quelque chose se brise dans l'âme humaine est plus passionnant que de filmer la chute spectaculaire. Ce sont ces histoires-là que j'aime mettre en scène. Shakespeare décrivait le chaos et la fureur de grands événements. Sans me comparer à lui, disons que je suis un Shakespeare du minimalisme !

Comment avez-vous trouvé le jeune Alex ? Il est tellement vrai !

Avant de tourner, j'ai fait un appel pour recruter des skaters dans les écoles. Petites annonces dans les journaux, affiches aux valves des collèges, télés… Une technique que j'avais déjà utilisée pour recruter l'équipe d'Elephant. Dans des restos d'ados, j'avais même affiché des posters avec le dessin du personnage comme je l'imaginais. Il suffisait que quelqu'un qui y corresponde un peu me réponde. Ce qui est arrivé.

Quelle fut la réaction des teenagers de Portland ?

Enorme. J'ai reçu 2.000 propositions. Or, en Amérique, ma réputation de cinéaste est un peu sulfureuse. Je leur ai fait lire mes textes et improviser, leur ai demandé qu'ils me racontent un peu leur propre histoire. J'ai observé l'alchimie qu'ils dégageaient entre eux à l'image. Et j'ai fait mon choix. C'est passionnant de travailler avec des gens vierges d'interprétation. Ils sont comme de l'argile qu'on peut pétrir fictionnellement. Tout en respectant leur "point dur", non malléable, qui n'appartient qu'à eux et qui apporte une richesse vraie à la fiction. Les acteurs professionnels – il y en a dans le film – sont moins flexibles. Mais ils ont, certes, d'autres qualités. Les amateurs demandent que je travaille beaucoup plus sur eux, et c'est crevant. J'y donne une énergie que j'épargne avec des pros.

Qu'avez-vous dit pour la scène du meurtre du garde ?

Je leur ai dit : "Vous ne le feriez pas, j'en suis sûr. Mais imaginez, allez chercher la violence pure en vous. Libérez-la, et puis ne l'utilisez plus jamais dans la vraie vie." Je leur ai aussi fait faire, avant la scène, des exercices de respiration très rapide en leur donnant des ordres comme si j'étais un sous-officier des Marines à l'entraînement. Bref, je les ai conditionnés. Puis, je les ai fait atterrir dans plus de sérénité, ne voulant pas être responsable de quelque chose de mauvais pouvant renaître en eux. Un artiste ne doit pas se croire tout permis, il doit aussi être responsable. Cela préserve ce qui lui reste de… pureté.

Vous vous y connaissiez, en skateboard ?

Oui, j'en faisais avant que le skateboard ne soit… inventé. Gamin, je me laissais glisser sur des pentes, juché sur des couvercles de poubelle ! Cela n'avait rien à voir avec les planches actuelles, c'était drôlement plus aventureux. Cela m'a appris une sorte d'équilibre dans le déséquilibre. Une définition qui conviendrait à certains de mes films, non ? A 22 ans, j'ai même joué un pratiquant de skate dans le film Skateboard ! Ni mon interprétation, ni le film n'ont laissé de grandes traces ! Par contre, je m'y suis cassé un os. Et de ça, j'ai encore une trace !

Vos films ont beaucoup d'influences sur ce qu'on nomme les "nouveaux beatniks". Qu'en pensez-vous ?

Moi, j'ai été influencé par les anciens beatniks, comme Jack Kerouac. Avec, en plus, un goût prononcé pour les Beatles et Samuel Beckett. Je transmets leur ancien message libertaire, qui comportait pas mal de fragilités et d'irresponsabilités dangereuses. Mais quel élan de l'âme et de vie ils avaient ! Cet élan, le monde doit le retrouver. Quoi de plus beau que de partir sur une route dont on ne sait ce qu'elle offrira à son terme ? La vie, d'ailleurs, est semblable à cette route. Sa fin apportera-t-elle bonheur, malheur, morosité ou poésie, y croiserons-nous des porte-poisse ou des êtres qui nous grandiront ? Choisissons bien cette route.

Comment faites-vous pour réussir des films à la fois très réalistes et très poétiques ?

Je les imagine graphiquement dans ma tête avant de les réaliser. Je bascule de plus en plus vers l'art des peintres, qui donnent de l'émotion à partir d'un paysage ou d'un visage réels. C'est pour cela que j'ai voulu graphiquement reproduire plan par plan mon remake du Psycho d'Hitchcock. Pour voir si les lignes, les traits captés par une caméra donnaient les mêmes vibrations selon le réalisateur qui se tient derrière la caméra. Réponse : non !

Qu'est-ce qui pousse des jeunes, en apparence très normaux, à soudain tuer ?

Est-ce la drogue ? Est-ce l'absentéisme des parents, tant physique que moral ? Est-ce l'école, dont l'enseignement est mal adapté ? Est-ce la société, dont les rouages ne tournent plus rond ? Est-ce le manque d'idéaux ? Les jeux vidéo ? L'internet ? La mythification US des armes ? Il y a beaucoup de suspects ! Moi, je dirais : un manque de cultures. Leur imaginaire ne peut voyager vers des contrées artistiques, alors, ils vont vers celles de la mort et de la violence, grande casserole bouillante qui déborde sur toute la Terre. Si on aime Flaubert, Poe, Ginsberg ou Francis Scott Fitzgerald, on ne va pas se passionner pour un stupide revolver, je crois.

  Source : http://www.lesoir.be/channels/cinema/-1952-naissance-le-24-juillet-2007-10-24-557113.shtml
Retour haut