Ciné-club éducatif & culturel de Mons (CCEC)
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Gala d'ouverture à 20H
 Projection le jeudi 06 septembre 2007
Sicko
 Projection le jeudi 13 septembre 2007
A mighty Heart
 Projection le jeudi 20 septembre 2007
Curse of the golden flowers
 Projection le jeudi 4 octobre 2007
Un secret
 Projection le jeudi 11 octobre 2007
Persepolis
 Projection le jeudi 18 octobre 2007
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 Projection le jeudi 25 octobre 2007
Délice Paloma
 Projection le jeudi 8 novembre 2007
L'Heure zéro
 Projection le jeudi 15 novembre 2007
Eastern Promises
 Projection le jeudi 22 novembre 2007
Cow-boy
 Projection le jeudi 29 novembre 2007
La France
 Projection le jeudi 6 décembre 2007
The Golden Age
 Projection le jeudi 13 décembre 2007
The Assassination of Jesse James by the Coward Robert Ford
 Projection le jeudi 20 décembre 2007
Les Animaux amoureux
 Projection le jeudi 10 janvier 2008
Before the Devil Knows You're Dead
 Projection le jeudi 17 janvier 2008
No Country for Old Men
 Projection le jeudi 24 janvier 2008
Sweeney Todd
 Projection le jeudi 31 janvier 2008
In the Valley of Elah
 Projection le jeudi 21 février 2008
Paranoid Park
 Projection le jeudi 28 février 2008
Auf der anderen Seite
 Projection le jeudi 6 mars 2008
La graine et le mulet
 Projection le jeudi 13 mars 2008
The Darjeeling Limited
 Projection le Jeudi 20 mars 2008
Il y a longtemps que je t'aime
 Projection le Jeudi 10 avril 2008
Leatherheads
 Projection le Jeudi 17 avril 2008
The Mark Of Cain
 Projection le Jeudi 24 avril 2008
Se jie (Lust Caution)
 Projection le jeudi 08 Mai 2008
Le Grand Alibi
 Projection le Jeudi 15 mai 2008
Shine a light
 Projection le Jeudi 22 mai 2008
There will be blood
 Projection le Jeudi 29 mai 2008
It's a free world
 Projection le Jeudi 5 juin 2008
Into the wild
 Projection le Jeudi 12 juin 2008
Grace is gone
 Projection le Jeudi 19 juin 2008
La visite de la fanfare
 Projection le Jeudi 26 juin 2008
Deux jours à tuer
 
 
 
XXX
   
Titre original La Graine et le mulet
Réalisation Abdel Kechiche
Scénario Abdel Kechiche
Interprétation Habib Boufares (Slimane Beiji), Hafsia Herzi (Rym), Farida Benkhetache (Karima), Abdelhamid Aktouche (Hamid), Bouraouïa Marzouk (Souad), Alice Houri (Julia), Leila D'Issernio (Lilia), Abelkader Djeloulli (Kader), Olivier Loustau (José), Sabrina Ouazani (Olfa), Mohamed Benabdeslem (Riadh), Bruno Lochet (Mario), Cyril Favre (Serguei), Sami Zitouni (Majid), Mohamed Karaoui (Lafita), Henri Rodriguez (Henri), Nadia Taoul (Sarah), Carole Franck (Une invitée), ...
Photographie Lubomir Bakchev
Pays France
Année 2007
Durée 2h 31min.
Genre Comédie dramatique
Production Claude Berri
Site officiel  
 
 
 
La projection aura lieu à IMAGIX - Mons - Plan d'accès
Le jeudi 6 mars 2008
Le film est projeté en version originale française
Le film est projeté sans entracte ni publicité
Les séances :
 
  • 17h00 et 20h00 avec présentation et feuillet sur les films à chaque séance
  • 14h30 et 22h30 sans présentation et feuillet sur les films à chaque séance
 
 
Autant le dire d'entrée de jeu, "La Graine et le mulet" est un film enthousiasmant, plein de vie et d'humanité, porté avec force par de très bons acteurs non-professionnels. Immense coup de cœur donc pour cette histoire simple et pleine de chaleur qui conte la chant du cygne d’un vieil ouvrier d’origine maghrébine soutenu par sa belle-fille dans la réalisation de son rêve : ouvrir un restaurant. Formidable leçon de cinéma et d’amour, et, quand les lumières s’allument, une seule envie : réserver une table sur la "Source" avec les gens qu’on aime ...
 
 
 Venice Film Festival 2007
 
  • FIPRESCI Prize décerné à Abdel Kechiche
  • Marcello Mastroianni Award décerné à Hafsia Herzi
  • SIGNIS Award - Honorable Mention décerné à Abdel Kechiche
  • Special Jury Prize décerné à Abdel Kechiche
 Césars (Académie des Arts et Techniques du Cinéma) 2008
 
  • Meilleur réalisateur décerné à Abdel Kechiche
  • Meilleur scénario original décerné à Abdel Kechiche
  • Meilleur espoir féminin décerné à Hafsia Herzi
  • Meilleur film Français décerné à Abdel Kechiche
 Prix Louis Delluc 2007 décerné à Abdel Kechiche
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cinenews - Ruben Nollet
 

Je ne sais pas pour vous, mais quand je me rends au cinéma, j'espère que le film que je vais voir va me laisser sur le cul, que je serai emporté avec tellement d'intensité par ce que je découvre à l'écran, que c'en est presque intenable. Certains films y parviennent par leur suspense ('Alien') ou des effets spéciaux ('The Fellowship of the Ring'), d'autres n'ont besoin de rien de plus qu'une mise en place crédible et des émotions brutes. 'La graine et le mulet' en est un, l'histoire simple d'une famille maghrébine à Marseille qui se débat dans des problèmes de tous les jours. Ca fait déjà un certain temps que le père vit avec une autre femme, et s'entend très bien avec sa belle-fille, au grand dam de ses propres filles et fils. Cependant, lorsqu'il annonce son projet de transformer un bateau rouillé en restaurant à couscous, toute la famille veut lui filer un coup de main. Mais se lancer dans l'horeca est plus vite dit que fait.

'La graine et le mulet' est comme une invitation à une fête de famille. Le réalisateur Abdellatif Kechiche vous force presque à prendre place à table aux côtés des personnages et vous sert une situation après l'autre, avec tant de détails à chaque fois, que rapidement, on sent les effluves de couscous. La dernière demi-heure est d'ailleurs la plus intense qu'il nous ait été donné de voir depuis des années, la démonstration de comment tenir son public en haleine simplement à travers le montage. Il y a des risques pour que ce 'petit' film ne soit pas montré partout, mais croyez-nous, ça vaut la peine de mettre le cap sur la grande ville pour profiter de ce bijou!

  Source : http://www.cinenews.be/Critics.Detail.cfm?ContentsID=7257&lang=fr
   
evene - Mathieu Durand
 

Disons-le tout net, ‘La Graine et le mulet’ est un grand film qui trouvera à coup sûr sa place en pointe des traditionnels et inutiles classements de fin d’année. Après ‘La Faute à Voltaire’ et ‘L’Esquive’, Abdellatif Kechiche persiste et signe son long métrage le plus abouti. Dans la première partie du film, le réalisateur livre sur un plateau de fruits de mer (l’intrigue se passe au port de Sète) un cinéma quasi sociologique, documentaire subtil sur une famille française d’origine maghrébine. Tel Agnès Varda, Kechiche glane des visages, des crispations, des chuchotements. Il filme une tribu à mille lieux du ressentiment, bien dans ses baskets et dans ses racines, famille recomposée, mixte, prise dans son lot de tromperies et de faux-semblants. Les scènes de repas, véritable nerf de l’affaire, se transmuent en cérémonie, souk sémillant auquel Kechiche donne de son temps et de sa pellicule. Tous les passages cruciaux mettent les pieds et les mains dans le plat et virevoltent autour de la nourriture, lien social par excellence.

La caméra récolte alors, sans rancoeur mal placée, le mépris du pays des droits de l’homme pour la main-d’oeuvre venue lui prêter secours après-guerre. Mais si on peut trouver à manger dans ‘La Graine...’, on y trouve aussi à voir. Le film consacre Kechiche en un virtuose directeur d’acteurs, tant les comédiens incarnent leurs rôles avec un naturel confondant, à l’image de la cohéroïne jouée par la prometteuse Hafsia Herzi, pleine de gouaille. Comme tout grand styliste, Kechiche insuffle un parfum d’improvisation au jeu de ses comédiens dans un film en réalité maîtrisé de bout en bout, à mi-chemin entre fatalisme résigné et lueur d’espoir. Après avoir vu ‘Indigènes’, mauvais film mais bon plaidoyer, les hautes sphères s’étaient émues du sort des tirailleurs africains. Espérons que cette graine, petite pépite cinématographique, sera récoltée par le plus grand nombre de consciences hexagonales.

  Source : http://www.evene.fr/cinema/films/la-graine-et-le-mulet-11287.php
   
comme au cinema - Martin Vaillant
 

Sitôt les lumières éteintes, on quitte déjà la salle de projection. Bruits du port, langue marquée, ambiance colorée : d’emblée on pénètre et on s’installe confortablement dans l’univers d’Abdelatif Kechiche, curieux de découvrir cette France du Sud, cadre de son nouveau long-métrage. Slimane, vieil homme méritant de 61 ans perd son travail. Mais par peur de décevoir ses proches et afin de faire perdurer la prospérité financière de sa famille, il décide d’élaborer un nouveau projet : l’installation d’un restaurant sur un bateau, "Source".

Une belle impression de poétisme entre ce bateau rouillé au bord de la destruction mais sur le point d’être réaménagé, et ce vieil homme fatigué de la vie, qui prend les choses en main, aurait suffi à créer le dramatique du film. Mais Kechiche refuse ce "dramatico-pathos" trop simple. Ce qu’il met en évidence c’est la France du Sud : les discussions aux cafés, la préparation du poisson, l’importance de la famille étudiée ici, artistiquement parlant, comme jamais. Et ce qui est surprenant c’est que c’est au creux de ce bouillon de vie que l’émotion jaillit. Sur fond de l’inquiétant silence de la vieillesse, des portraits s’enchaînent, des disputes, des moments de tendresse, des coups de gueule et de rage : on part dans tous les sens et pourtant un film a rarement été aussi bien construit. Chaque moment de l’histoire, chaque personnage et même chaque longueur : tout prend sens au sein du projet de Slimane et chaque seconde fait la force du film.

Interprétation d’une grande classe (Hafsia Herzi, nouvelle perle du cinéma français), mise en scène majestueuse au service d’une dissection du cœur humain baignant dans un couscous de sincérité : c’est la recette du nouveau chef d’œuvre de cette fin d’année. Mieux encore, Kechiche, virtuose, nous balade au rythme de sa réflexion. Le spectateur est son ultime mais plus important personnage : je suis membre de la famille lors de la scène du traditionnel "dimanche couscous", suis l’odieux banquier qui ne peut plus supporter l’attente interminable du repas pendant la soirée de réception ; puis je deviens la danseuse et, comme elle, à la fin du film, je suis en transe.

Formidable leçon de cinéma et d’amour, quand les lumières s’allument, une seule envie : réserver une table sur la "Source" avec les gens qu’on aime ...

  Source : http://www.commeaucinema.com/critiques=54102.html
   
fluctuat
  Abdellatif Kechiche place à nouveau le langage au cœur de son travail et sidère par sa capacité à capter le souffle de la vie. Triomphe de la dernière Mostra de Venise (Prix Spécial du Jury, Prix de la Meilleure Actrice et Prix de la critique Internationale), La Graine et le mulet est un film impressionnant. Du grand art, populaire.
  Source : http://www.fluctuat.net/5988-La-Graine-et-le-mulet-Abdellatif-Kechiche
   
 parismatch
 

Après avoir lu ces lignes, peut-être vous direz-vous que l’histoire de ce prolétaire, bien décidé à se lancer dans la lutte finale de son existence pour retrouver une dignité et assurer l’avenir des siens, pourrait servir, au mieux, de base à un gentil téléfilm social et familial aussi suintant de bons sentiments qu’un makroud débordant de miel. Seulement voilà, Abdellatif Kechiche, le réalisateur de "La faute à Voltaire" et "L’esquive", n’est pas un cinéaste comme les autres. Disons, pour résumer, que nous avons enfin trouvé notre Ken Loach. La tchatche en plus... En effet, comme dans "L’esquive", Abdellatif, Abdel pour les intimes, a l’art de travailler suffisamment en amont avec ses acteurs – en grande majorité amateurs – pour que les dialogues paraissent aussi spontanés et directs que s’ils étaient improvisés. Mieux même, pris sur le vif de la vraie vie. Peu de cinéastes savent aussi bien que lui filmer un repas de famille. Cadrant au plus près les visages, il installe le spectateur à table au milieu des convives. C’est tout juste si on ne passe pas les plats. Pour peu, on prendrait des kilos rien qu’en regardant.

Filmeur hors pair, directeur d’acteurs de génie, ce metteur en scène est aussi un redoutable façonneur d’histoires. Son scénario est une mécanique de précision aux rouages implacables lubrifiés à l’huile... d’olive. Car, non seulement, il sait peindre le social mais il est capable de distiller, avec une intelligence confondante, un suspense digne des meilleurs thrillers avec un simple couscous ! Sans oublier le dessert : une danse du ventre comme vous n’en avez jamais vu. Un incroyable morceau d’anthologie, interprété par la révélation de ce film, Hafsia Herzi – prix de la meilleure jeune actrice à la dernière Mostra de Venise – dont vous n’avez pas fini d’entendre parler. Alors, avant Noël, faites-vous ce beau cadeau, offrez-vous deux heures trente et une de bonheur... et d’angoisse. Bref, de vie.

  Source : http://www.parismatch.com
   
 le monde - Jacques Mandelbaum
 

Jetée ainsi sur le papier, l'intrigue ne paie pas de mine. Kechiche parvient à en faire un film épique, qui mêle le romanesque à la chronique sociale, le mélodrame à la comédie, la trivialité du quotidien à l'ampleur de la tragédie. Un simple repas de famille y devient un morceau d'anthologie, une tablée de vieux immigrés un choeur grec, une danse du ventre un sommet de vibration érotique et de tension dramaturgique.

Des acteurs bouleversants de justesse, une clarté narrative qui n'empêche pas la complexité d'une vision du monde, une fidélité à ce que l'on est qui n'implique nul renoncement à l'irréductibilité de la solitude : et voilà deux heures trente de film qui passent presque trop vite. Tout cela regarde manifestement du côté du grand cinéma italien et de Pagnol, et ce n'est que par sympathie avec le film qu'on pourra éventuellement regretter son inclination un peu dangereuse pour le morceau de bravoure.

  Source : http://www.lemonde.fr
   
  
 

Le vieil homme et les mères. Une famille atomisée, un couscous, un projet fou, une danse du ventre : la recette d'un film de choix.

La graine du titre, c'est la semoule du couscous. Le mulet, c'est le poisson. Au figuré, la graine, c'est aussi une jeune pousse, Rym (Hafsia Herzi), porteuse d'avenir. Et le mulet, c'est Slimane (Habib Boufares), beau-père de Rym, bête de somme, ouvrier sur un chantier naval, depuis trente-cinq ans, qu'on s'apprête à virer comme un malpropre. Suprême ironie : lui, l'immigré d'hier, est trop cher aujourd'hui, parce que "Français", syndiqué et indexé. Alors, on le remplace par les immigrés d'aujourd'hui, légaux ou pas, moins chers et plus flexibles, entendez taillables et corvéables. Alors, merci, et au revoir.

Galérien

Naviguant entre les femmes de sa vie, Slimane rame. Son ex-femme le houspille, parce qu'il ne peut pas assumer financièrement ses enfants. Sa fille aînée s'inquiète de lui mais lui reproche sa passivité. Ses fils le poussent à retourner au "bled", au village, où la vie serait plus simple. Slimane ne répond rien : dans un univers et un film où l'on parle beaucoup, il doit dire vingt phrases tout au plus. Seule Rym, la fille de sa maîtresse et logeuse, lui apporte un soutien indéfectible.

Alors, quand Slimane, pour sortir de sa galère en achète une - un vieux chalutier - qu'il veut convertir en restaurant, Rym donne l'impulsion que tous vont suivre pour concrétiser le rêve du vieil homme : faire goûter à tous le mets improbable qui fait la réputation de son ex-femme, le couscous au mulet.

Personne n'a oublié "L'Esquive" d'Abdellatif Kechiche, formidable choc entre le langage de Marivaux et celui des banlieues françaises, regard objectif mais sans complaisance sur une réalité sociale déformée aux "20 heures" et sublimée par une mise en scène enlevée et naturelle.

"La graine et le mulet" persiste dans la même veine de réalisme social mâtiné d'humour, de vivacité et de tchatche. Mais le réalisateur accommode sa recette qui ne tient en rien du fast food, ni de la world cuisine politiquement correcte, à une nouvelle sauce. Il quitte les barres de la périphérie parisienne pour le port de Sète, excroissance ouvrière de Marseilles.

Le film est comme le banquet qui le clôture. Il commence par une longue mise en bouche en révèlant Slimane puis sa famille, façon documentaire, en prise directe et sans mise en contexte ou presque. Les consommateurs trop impatients chercheront le fil conducteur du menu.

Soleil

Mais un bon plat, avant de s'apprécier, ça se laisse mijoter. La pièce de résistance arrive sous les traits et la logorrhée de Rym, fugacement d'abord, dans l'embrasure d'une porte. Mais quand elle la passe, éclate la saveur du mets : Hafsia Herzi, prix du meilleur espoir au dernier Festival de Venise, est à "La graine et le mulet", ce que Sara Forestier était à "L'esquive" : un soleil qui perce le béton des cités.

Le personnage est la voix, les yeux, les oreilles de Slimane. Une fois que la jeune actrice a pris le film à bras-le-corps, elle ne le lâche plus. On ne voit plus passer le temps - 2h31, ça aurait pu paraître long. Le dessert - la dernière demi-heure - est typiquement oriental : suave, dense et sucré. Ça vous prend aux tripes. On déguste. On savoure. On en redemande.

  Source : http://www.cinebel.be/fr/film/critique/1000852-La-Graine-et-le-mulet/
   
 CinéLive - Laurent Djia
  (…) la nouvelle et colossale baffe que nous assène Abdellatif Kechiche.
  Source : http://www.commeaucinema.com/critiques=54102.html
   
 Studio - Thierry Cheze
  (…) un film chaleureux (…) pour lequel on éprouve vite de l’empathie.
  Source : http://www.commeaucinema.com/critiques=54102.html
   
 L'Express - Eric Libiot
  (…) Kechiche raconte une belle aventure humaine, où l’espoir bataille avec la douleur. Il donne aux personnages (…) de la chair et du romanesque, pour mieux s’approcher de la vérité des sentiments humains.
  Source : http://www.commeaucinema.com/critiques=54102.html
   
 Les Cahiers du cinéma - Stéphane Delorme
  La graine et le mulet, c’est donc un mixte de vitesse et de lenteur : aisance de la narration qui passe d’un bloc à l’autre, avec vivacité, et pesanteur de chaque scène.
  Source : http://www.commeaucinema.com/critiques=54102.html
   
 Première - S.G.
  Avec La graine et le mulet, son chef-d’œuvre, Abdellatif Kechiche pousse chaque scène à bout avec une maestria confondante.
  Source : http://www.commeaucinema.com/critiques=54102.html
   
 Elle - Florence Ben Sadoun
  Kechiche a le don de montrer, sans le dire, la générosité de ces femmes et la valeur du temps passé. (…) On a l’impression d’être au bout de la table et cela dure presque le temps d’un repas réel.
  Source : http://www.commeaucinema.com/critiques=54102.html
   
 Télérama - Pierre Murat
  C’est magnifique
  Source : http://www.commeaucinema.com/critiques=54102.html
   
 Le Monde -
  La réussite du film tient à la manière dont Kéchiche fait accoucher des acteurs d’une vive humanité (…). Elle tient aussi à l’art de l’ellipse, de la digression, du suspense, de la scène dilatée (…)
  Source : http://www.commeaucinema.com/critiques=54102.html
   
 Paris Match - Alain Spira
  Filmeur hors pair, directeur d’acteurs de génie, ce metteur en scène est aussi un redoutable façonneur d’histoire.
  Source : http://www.commeaucinema.com/critiques=54102.html
   
 L'Express Styles
  Une autre merveille du réalisateur de l’Esquive
  Source : http://www.commeaucinema.com/critiques=54102.html
   
 Le Nouvel Observateur - Pascal Mérigeau
  Cette humanité, cette intensité, cette liberté, seuls les plus grands l'ont obtenue parfois.
  Source : http://www.commeaucinema.com/critiques=54102.html
   
 Positif - Alain Masson
  Ce n’est pas seulement une comédie de mœurs polygames et une élégie sur le courage des femmes (…) Voilà plutôt un éloge de l’aventure et de la perte.
  Source : http://www.commeaucinema.com/critiques=54102.html
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Comme au cinema
 

Je suis parti d’un pur fantasme populaire, le genre d’histoires que l’on aime à raconter dans les cités, le mythe de ceux qui "s’en sont sortis", autrement dit, qui ont échappé à l’esclavage moderne que représente une situation professionnelle précaire, en créant leur propre affaire ; pour le traiter avec une certaine ironie et la capacité à débrider le récit que permet le choix narratif du conte.

Il s’agit donc d’un récit d’aventure, où la dimension humaine des personnages, même lorsqu’ils sont pris dans un groupe, ou une action forte, comme c’est le cas dans la précipitation dramatique de la seconde partie, tend à constituer le motif central. Et tout en m’astreignant à concentrer et à maintenir l’intérêt autour de cette action principale, à laquelle je tiens pour sa forte dimension euphorique et symbolique à la fois, il était important pour moi de laisser, paradoxalement, libre cours aux digressions qui pouvaient venir s’enchevêtrer dans le récit, comme autant d’escapades justifiées par le simple plaisir contemplatif des événements de la vie quotidienne de ce feuilleton familial.

L’alliance entre la dimension romanesque, et le rendu des personnages et de leur environnement, est pour moi primordiale, car, d’une part, le milieu dépeint est celui auquel j’appartiens, donc je suis affectivement très impliqué, et d’autre part, parce que c’est aussi en réaction à des schémas encore trop souvent réducteurs, que je voulais représenter cette famille de "Français-Arabes" dans sa complexité, et investie dans l’ouverture d’un restaurant familial, donc tournée vers un avenir qui ne soit pas forcément synonyme de la négation de sa propre singularité.

Faire le plaidoyer énergique et décomplexé du droit à la différence, sans pour autant tomber dans la stigmatisation méprisante et réductrice de la représentation exotique, constitue un double enjeu, essentiel, auquel mon regard affectivement investi me prédispose, je crois.

  Source : http://www.commeaucinema.com/notes-de-prod=54102.html
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Comme au cinema
 

Entretien avec Abdellatif Kechiche

La Graine Et Le Mulet est le film que vous vouliez tourner après La Faute À Voltaire. Comment le projet a-t-il fini par se monter et a-t-il évolué entre-temps ?

En fait, j’espérais le faire avant La faute à Voltaire, puisque la première mouture du scénario existait déjà. A cette époque, entre 1995 et 1997, mon envie de réalisation était très grande, mais je n’arrivais pas à obtenir de financement pour les films que j’essayais de monter, dont L’esquive.
Je me disais qu’il fallait trouver une solution pour faire un film rapidement, avec peu de moyens. L’idée de La graine et le mulet m’est venue en allant dans ma famille : j’ai eu envie de parler d’eux, dans les lieux où ils habitent, c'est-à-dire Nice dont je suis originaire, et de mettre en valeur mon père, qui aurait tenu le rôle principal.

Dans l’histoire, cet homme qui récupère un vieux bateau pour le transformer en restaurant, c’est un peu moi tentant de réaliser un film sans financement mais avec des trouvailles : j’avais récupéré une caméra super-16, je pensais tourner dans les appartements familiaux et sur un bateau que j’avais déniché dans le port de Saint-Laurent. Plus tard, j’ai compris que ça n’était pas si facile de faire un film sans rien, ou alors que l’énergie dépensée coûtait plus cher que tout l’or du monde ! Finalement, l’aide pour La Faute à Voltaire est arrivée et le film est sorti. Quand je repensais à La graine et le mulet, je savais qu’il y aurait moins de membres de ma famille impliqués, parce que chacun avait évolué dans sa vie, mais je tenais plus que jamais à faire jouer mon père. Le hasard a voulu qu’en rencontrant Jacques Ouaniche, qui voulait produire mon second film, cela soit L’esquive qui retienne son attention. C’est pendant le montage de L’esquive que mon père est décédé ...

Est-ce que le projet en a soudain perdu toute sa raison d’être ?

Je n’avais plus très envie de le concrétiser. Quand j’ai rencontré Claude Berri, il m’a demandé de lui montrer plusieurs de mes projets, et c’est La graine et le mulet qui l’a accroché. Il n’était plus question de tourner à Nice, je ne l’aurais pas supporté ; je ne pouvais plus le tourner avec ma famille, car dix ans s’étaient écoulés et je devais trouver un acteur pour le rôle de mon père. J’ai repensé à Mustapha Adouani, qui jouait dans la première scène de La faute à Voltaire et qui ressemblait énormément à mon père ; j’ai fini par trouver mon port, celui de Sète, une ville pour laquelle j’ai eu un véritable coup de foudre, et le désir d’accomplir ce film est revenu. On a commencé les répétitions, mais au bout de quelques mois, Mustapha est tombé malade. Il est aujourd’hui décédé ...

A ce stade-là, j’avais envie de renoncer, mais Claude Berri a tenu bon, il ne voulait pas que j’arrête. Et puis, je sentais que je trahirais les autres comédiens qui avaient beaucoup travaillé jusque-là. Je suis reparti pour un casting, même si j’avais déjà vu tous les acteurs d’origine maghrébine susceptibles d’incarner ce personnage. Il me restait deux mois pour trouver quelqu’un. C’est en remontant, un jour, la pente de Belleville que j’ai repensé à mon père, et à son ami Habib qui avait travaillé avec lui sur des chantiers. Tout à coup, c’était une évidence.

Lorsqu’on découvre Slimane à l’écran, on est d’ailleurs frappé par sa ressemblance avec l’image qu’on aurait de vous plus âgé !

C’est étonnant ... je n’ai pas vraiment été marqué par la ressemblance physique. Par contre, il y a chez Habib une attitude, une façon de s’exprimer, de bouger qui m’évoque mon père. C’est peut-être aussi le poids qu’il porte sur son visage, celui de sa vie, qui me parle beaucoup.

Ce qui revient dans les mots de tous les acteurs du film, à commencer par Habib, c’est leur dévouement sans faille envers vous. Comment arrivez-vous à instaurer un lien de confiance avec chacun d’entre eux et à initier une dynamique de groupe ?

C’est difficile d’en parler... Le cinéma et le travail avec les acteurs, c’est ma passion, presque le sens de ma vie. C’est aussi la quête d’un accomplissement : trouver dans le jeu des acteurs le degré de vérité le plus fort. Si j’ai eu envie d’être réalisateur, c’est aussi parce que je sentais qu’on pouvait les aider à atteindre cette authenticité. Mais il n’y a pas de secret : c’est une question de travail. J’ai été très marqué, en tant qu’acteur, par mes expériences au théâtre : j’adorais ce temps des répétitions, et ça m’a toujours manqué quand j’ai fait du cinéma, cet esprit de troupe.

Est-ce en réaction à la manière dont les réalisateurs vous ont dirigé que vous avez adopté cette méthode de travail ?

Pas en réaction, non, mais au cinéma, le temps c’est beaucoup d’argent, et les réalisateurs n’ont pas souvent l’occasion de répéter longuement. Moi, j’ai toujours été prêt à sacrifier beaucoup de choses en terme de production pour avoir ces répétitions. Cela ne m’empêche pas, lors du tournage, de laisser aux acteurs une marge de liberté, de m’adapter aux imprévus, mais il y a peu de place à l’improvisation, contrairement à ce qu’on pourrait croire. L’essentiel est expérimenté et bien établi lors des répétitions. J’y ai fait travaillé les acteurs, surtout les jeunes, sur des textes de théâtre, sans qu’il y ait forcément un lien avec l’histoire du film. Ils avaient tous des cours de danse, pour la liberté corporelle, pour être ensemble surtout. Les masques tombent, les personnes se laissent aller et la dynamique de groupe s’installe.

Le titre du film est une référence culinaire au couscous, mais est-ce qu’on peut y voir aussi un parallèle avec les générations, la jeune pour la graine, et celle de Slimane, intérieur et déterminé, pour le mulet ?

C’est le premier titre qui m’est venu à l’esprit et je n’en ai jamais changé. Je n’avais pas d’explication sur la graine, mais sur le mulet, vous avez raison. C’est un poisson auquel je pourrais presque m’identifier : il est têtu, il a cette capacité extraordinaire d’adaptation ; il peut vivre dans toutes les mers, et se contenter de peu. Les pêcheurs ont du mal à l’attraper parce qu’il saute à des hauteurs incroyables au dessus du filet. En somme, il ne se laisse pas faire ! Ça n’est que plus tard que j’ai pensé à un autre sens pour la graine : c’est le symbole même de l’idée, de quelque chose en germe qui est destiné à évoluer.

La nourriture est l’un des fils rouges du film, et la manière dont vous la filmez, notamment lors de la scène du repas en famille, est d’une sensualité incroyable ...

Il y a une dimension contemplative dans le film, parce que je voulais prendre le temps de capter cette sensualité dans des gestes quotidiens : préparer la cuisine, se mettre à table, manger, rire, s’aimer, se disputer, etc. Il fallait assumer un rythme de narration singulier parce qu’en règle générale, l’action qui court ne permet pas de s’attarder, alors qu’un repas ou la naissance d’une émotion sur un visage demandent du temps à l’image. Et c’est en fin de compte cette dimension-là qui m’intéresse le plus, je crois. M’approcher de cet univers qui m’est familier, de ces personnages qui sont les miens, pour décrire tout simplement les petites choses de la vie courante. La vie, en tant que sensualité, énergie vitale, force de vie. J’espère toujours arriver à rendre perceptibles ces instants qui me fascinent. C’est mon voeu cinématographique le plus cher. Rendre la vie, la faire jaillir malgré l’artifice.

Est-ce qu’on peut vous dire que La Graine Et Le Mulet est un film épicurien, gourmand des autres ?

Je peux vous laisser le dire (rires). En tous cas, j’ai toujours un regard affectif et tendre sur mes personnages, et pas uniquement parce qu’ils évoquent des gens que j’aime.

Est-ce que, dans ce film, vous êtes là, quelque part à la croisée de certains personnages ?

Si je suis là, c’est plutôt dans le regard que je leur porte. Ce qui est certain, c’est que j’ai beaucoup plus parlé de moi à travers ce film que dans les précédents. Dans La faute à Voltaire et dans L’esquive, il n’y avait pas la même référence à ma vie, à mon parcours, alors qu’ici, ma façon de dévoiler les personnages me révèle forcément. Je me suis beaucoup inspiré de ma famille, même si l’histoire est une pure fiction.

Ce qui frappe en premier, lorsqu’on compare vos trois films, c’est le thème de la transmission, en l’occurrence ici, celle d’un patrimoine que Slimane veut laisser à ses enfants.

Peut-être, mais ça n’est pas mûrement réfléchi. Ce qui m’apparaît flagrant, c’est que mes personnages n’arrivent pas à se réaliser dans une société qui leur paraît, ou qui leur est, hostile. Dans L’esquive, Krimo échoue à jouer son rôle d’Arlequin jusqu’au bout, et Jallel, dans La faute à Voltaire, est expulsé.

Est-ce du pessimisme ou du réalisme ?

Plutôt du réalisme, j’ai moi-même le sentiment de n’avoir jamais été véritablement adopté, il y a toujours un malaise...

Pourtant, Krimo réussit à s’exprimer, il est en devenir, et dans La Graine Et Le Mulet, Rym rayonne de vitalité et d’obstination, comme si l’espoir appartenait finalement à la nouvelle génération ...

C’est vrai que je voulais que ces jeunes soient beaux, porteurs d’une énergie, peut-être d’un espoir. Mais dans La Graine Et Le Mulet, j’avais surtout envie de parler d’une communauté, d’une classe sociale aussi... Je ressens toujours la nécessité de montrer autrement ces Français d’origine arabe. J’ai besoin d’aller à l’encontre de ces discriminations insidieuses, comme je le montre dans les scènes où Slimane et Rym démarchent les administrations.

A travers le personnage du père, je rends aussi hommage à ceux qu’on appelle "les immigrés de la première génération". C’est davantage un film sur eux, pour eux, que sur la nouvelle génération. Pour moi, ce sont des héros qui ont eu un courage immense : celui de quitter leur pays d’origine, de trimer et subir toutes les humiliations, avec le seul espoir que leurs enfants aient une vie meilleure. Il y a chez eux, comme je l’ai vu chez mon père, un sens très fort du sacrifice, et j’avais envie d’en témoigner, et de soigner leur image qui a si souvent été malmenée. Je trouve très injuste la représentation qu’on en donne en général. Dans le film, je montre l’affection et l’amour que les jeunes, et surtout les filles, portent à Slimane. La danse de Rym est l’expression poussée à son extrême de cet amour. Je voulais créer un lien très fort, allant à l’encontre des schémas souvent véhiculés de domination paternelle. J’avais envie d’un rapport de solidarité entre différentes générations. Quelque part, malgré les années qui les séparent, ils ont à surmonter les mêmes vexations, les mêmes humiliations, ça crée des liens, forcément.

Je devrais, en tant qu’artiste, me sentir complètement libre de raconter une histoire romanesque, une saga familiale avec du suspense, des rebondissements, etc. J’espère un jour finir par faire des films ayant dépassé ces problématiques, ces revendications d’égalité, pour m’exprimer plus librement, mais elles ne sont tellement pas dépassées dans la societé que je me sens moralement obligé d’y revenir. Cela dit, j’essaie toujours de faire en sorte que le discours ne prenne pas le pas sur mon plaisir cinématographique.

Justement, oublier le contexte des cités pour ne voir, dans L’esquive, que la maladresse touchante des premières amours ; s’attacher ici à une famille, à des êtres, au-delà de leurs origines : est-ce que ça pourrait être le cœur de votre démarche de cinéaste ?

Oui, c’est comme ça que je vois les choses. Dans La graine et le mulet, c’est une famille de Français ordinaires, davantage déterminée par sa condition sociale que par son origine.

Vous leur revendiquez tout simplement le droit à la "banalité" ...

Complètement ! Souvent, on commet l’erreur de croire qu’on va mieux défendre une cause en dénonçant, en accusant ou en démontrant, alors qu’il suffit parfois de regarder et d’aimer ceux qu’on représente. Pour moi, le coup de force risque de susciter la victimisation et donc une distance avec les personnages. L’ordinaire est bien plus fort pour l’identification. Mais tout ça n’est pas calculé, c’est de l’ordre de l’inconscient : j’ai eu envie de filmer mon père, puis Mustapha et enfin Habib, parce que leur visage, leurs expressions me touchaient. Je ne me suis pas dit une seconde que ce visage servirait un quelconque discours, et c’est pareil pour les autres personnages... On a parlé de ce droit à la banalité mais il y a aussi le droit au romanesque, notamment à travers ce qui arrive à Slimane. Il n’est pas qu’une force de travail ou un symbole, c’est un personnage de fiction, confronté à un destin.

L’une des autres récurrences dans vos films, c’est l’amour des figures féminines flamboyantes. Aure Atika dans La Faute À Voltaire, Sarah Forestier et Sabrina Ouazani dans L’esquive, aujourd’hui Hafsia Herzi et beaucoup d’autres dans La Graine Et Le Mulet: ce sont elles qui mènent la danse, au propre comme au figuré !

Je m’identifie davantage aux personnages masculins, mais j’ai choisi d’en faire des personnages plus discrets, moins extravagants que les femmes : ils guident l’idée du film mais ils sont moins spectaculaires cinématographiquement, peut-être parce que j’ai été entouré de femmes très fortes ; ma mère, mes sœurs, mes grand-mères, mes tantes... (rires). Mais je suis tout aussi attentif à dépeindre mes personnages masculins, plus retenus, plus tourmentés, pour lesquels j’éprouve autant de tendresse que pour mes personnages féminins. Je me sens complètement asexué dans mon rapport à mes personnages.

Cet amour "asexué" des êtres est flagrant à travers les deux scènes que vous montez en parallèle, dans la dernière partie du film : le marathon dansant pour Rym, et celui tout aussi éprouvant de Slimane.

Ce montage parallèle obéit à la nécessité du suspense, donc à une forme de narration plutôt classique. C’est un exercice auquel je me suis essayé et qui pouvait complètement tomber à l’eau. Cette idée m’a surtout été dictée par l’intuition et relève plus de l’artifice dramatique. Il me fallait du temps pour atteindre l’intensité de ces deux scènes : j’ai littéralement essoufflé Hafsia et Habib, et je ne sais pas comment j’aurais pu faire autrement.
D’un point de vue esthétique, je voulais de beaux plans, mais, finalement, ces scènes n’étaient pas les plus difficiles à tourner, c’était plus technique. J’ai eu beaucoup plus de mal, par exemple, pour la scène avec Slimane, sa fille et sa petite fille, que sa mère oblige à aller sur le pot : la direction d’une enfant est toujours délicate et son comportement, imprévisible. Dans ces moments-là, je n’ai pas vraiment peur, je suis plutôt fébrile !

A l’instar de L’esquive, le langage est au cœur du film, notamment à travers un flot de répliques drôles et percutantes ...

Je ne sais jamais quand une réplique est drôle. Ou alors, je peux rire à certaines comme "Je n’ai rien dit. C’est par respect pour toi et pour le couscous", mais ça ne concerne peut-être que moi ! Surtout, c’est l’acteur qui apporte sa note aux mots, sa dimension dramatique ou comique : sa liberté dans ce domaine-là est importante. Le fait d’être comédien m’aide peut-être à être juste, et puis je retravaille les dialogues avec Ghalya Lacroix, qui est aussi comédienne. Il faut que je les sente traversés de vie, c’est fondamental...

Et si on vous cite Claude Sautet, pour la quête de vérité humaine ?

C’est quelqu’un dont j’ai beaucoup observé le travail. Je suis admiratif de sa maîtrise technique. Sautet a été une grande découverte pour moi, à la fin des années 70 : à l’époque, j’étais déjà intéressé par le métier d’acteur et je les trouvais formidables chez Sautet... Plus tard, je me suis rendu compte de sa rigueur de réalisateur, de la justesse et de la clarté de son découpage. J’ai rarement vu autant d’osmose entre tous les paramètres d’un film. Je ne sais pas si il est reconnu aujourd’hui à sa juste valeur ...

A propos de reconnaissance, on a le sentiment que les César pour L’esquive n’ont en rien infléchi votre démarche de cinéaste ...

Dieu merci, vous imaginez si j’arrivais sur un plateau en ne pensant qu’à ça (rires). En tous cas, je n’ai constaté aucune incidence sur la mise en place de projets, car les entrées restent le nerf de la guerre. Pour La Graine Et Le Mulet, Claude Berri s’était engagé bien avant le résultat des César. Ça fait plaisir que des gens du métier que j’estime apprécient mon travail, mais ceux-là m’en avaient déjà parlé avant.
Et puis, il y a eu des remouds, souvent de la part de gens qui n’ont aucune connaissance de la fabrication, technique et artistique, d’un film et qui, sous prétexte qu’on aurait dû récompenser un film grand public, ont un peu tapé sur ces récompenses. Il y avait même parfois une vraie agressivité : chez certains financiers qui s’énervaient de voir des films montés pour si peu d’argent, ou chez d’autres qui ont un discours bien pensant, mais hypocrite et à la lisière du racisme.
Enfin, je trouve injuste d’entendre dire que je néglige la technique cinématographique. Certains croient que je ne soigne pas les plans, parce que mes films donnent l’impression d’être pris sur le vif, alors que tout est calculé, pensé, travaillé.

Est-ce que, loin de toute autosatisfaction, vous pourriez revendiquer une intégrité artistique ?

Plutôt une aspiration à quelque chose que j’ai moi-même du mal à définir... Une liberté, sûrement. Le cinéma offre une véritable possibilité de créativité : c’est presque de l’ordre du sacré pour moi. Ce métier et ma vie n’auraient plus de sens s’il me manquait cette aspiration. Ce film m’a fait avancer dans la vérité de l’acteur, j’ai encore du chemin à faire, et je ne peux pas dévier de ce chemin, même si ça me coûte, physiquement et moralement...
Je suis parfois à bout d’énergie, quand je suis confronté à cette hostilité latente que je ressens : je devrais pouvoir dire que j’appartiens à la famille du cinéma français, or j’ai l’impression d’appartenir à une partie de cette famille contre une autre. C’est comme si j’avais toujours à me justifier sur ce que je suis, et, malheureusement, c’est aussi vrai au quotidien, comme une éternelle lamentation qui est là, dans l’atmosphère, les discours, les médias. J’ai envie d’être un réalisateur ordinaire, qu’on critique, qu’on aime ou pas, mais sans lien avec mes origines... J’ai beau me sentir plus Français que Français, ça fait quarante ans que cette problématique existe, et c’est beaucoup de vitalité dépensée, là où ça ne devrait pas être nécessaire. Quand vous êtes enfermé dans une représentation, soit vous vous braquez, et ça conforte l’autre dans son intolérance, soit vous vous battez, mais il faut savoir comment.

Et c’est tout aussi insupportable que les gens attendent de vous un cinéma ostensiblement contestataire ?

Absolument. Et quand je parle de quête de liberté, je pense qu’on pourrait aller beaucoup plus loin : la France a côtoyé tellement de cultures que la richesse est là, à portée de créativité.

Est-ce que vous ne concevez votre évolution de cinéaste qu’à travers une perpétuelle quête de vérité ?

En ce qui concerne la vérité dans le jeu des acteurs, j’ai le sentiment d’avoir avec La graine et le mulet consolidé un peu plus ma méthode de travail. En tout cas, je suis conforté dans l’idée que cette méthode correspond à mes objectifs. Maintenant, j’ai envie de réaliser un film en rupture avec ce que j’ai fait jusqu’ici. J’ai un grand besoin d’expérimenter autre chose, et, surtout, de ne pas devenir une marque de fabrique ou de tomber dans la routine.

  Source : http://www.commeaucinema.com/notes-de-prod=54102-note-44958.html
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