Tony Leung Chiu Wai (M. Yee), Tang Wei (Wang Jiazhi), Joan Chen ( Mme Yi), Leehom Wang (Kuang Yumin), Chu Chih-ying (Lai Shu Jin), Anupam Kher (le gérant de la bijouterie), Yuen Johnson (Auyang Ling Wen / Mr. Mak), Chung Hua Tou (Wu âgé), Kao Ying Hsuan (Huang Lei), Yue-Lin Ko (Liang Jun Sheng), Kar Lok Chin (Tsao), Su Yan (Mme Ma), Caifei He (Hsiao Tai Tai), Song Ru Hui (la tante de Wong), Fan Kuang Yao (la secrétaire Chang), Lisa Yen Lu (une partenaire de mah-jong de la tante), Liu Jie (II) (Mme Leung), Yu Ya (Mme Chu), ...
Le film est projeté en version originale mandarin, japonais, chinois, anglais, Hindi sous titrée en français
Le film est projeté sans entracte ni publicité
Les séances :
17h00 et 20h00
avec présentation et feuillet sur les films à
chaque séance
14h30 et 22h30
sans présentation et feuillet sur les films à
chaque séance
Après avoir tiré d'une nouvelle d'Annie Proulx le splendide "Secret de Brokeback Mountain", le cinéaste taïwanais Ang Lee s'empare ici d'une histoire de la Chinoise Eileen Chang, très populaire en Asie. Dans les années 1940, alors que le Japon occupe une partie de la Chine, la jeune étudiante Wong est chargée d'approcher et de séduire Mr Yee, un des chefs de la collaboration avec les Japonais, homme redoutable et méfiant que la Résistance veut supprimer. Très vite, la relation entre Wong et Mr Yee devient bien plus complexe que ne l'avait imaginé la jeune femme ... Parmi les nombreuses qualités que réunit "Lust, Caution", on pourrait souligner sa force épique à l'ancienne, la finesse de sa reconstitution, la beauté de sa photographie ou encore l'habileté de sa narration en flash-back. Mais on parlera aussi beaucoup du film à cause de deux scènes de sexe frontales. Loin d'une simple provocation, ces moments d'une rare intensité restituent parfaitement les sensations paradoxales des personnages, émotions difficiles à restituer à travers les mots. Magistral. (Magazine Lire - Baptiste Liger)
Asian Film Awards 2008
Award du meilleur acteur décerné à Tony Leung Chiu Wai
Golden Horse Film Festival 2007
Award du meilleur acteur décerné à Tony Leung Chiu Wai
Award du meilleur réalisateur décerné à Ang Lee
Award du meilleur film
Award des meilleurs maquillages & costumes décerné à Lai Pan
Award du meilleur premier rôle décerné à Wei Tang
Award de la meilleure bande originale décerné à Alexandre Desplat
Award du meilleur scénario adapté décerné à Hui-Ling Wang & James Schamus
Satellite Awards 2007
Award du meilleur film étranger
Venice Film Festival 2007
Golden Lion décerné à Ang Lee
Golden Osella de la meilleure photographie décerné à Rodrigo Prieto
La Libre - Alain Lorfèvre
L'espionne qui aimait. Ang Lee mêle mélodrame, thriller et espionnage dans cette reconstution aux multiples interprétations
Shanghai, années 30. Un groupe d'étudiants idéalistes montent une pièce à la gloire du parti nationaliste. Le succès de l'entreprise leur donne envie de passer de l'idéologie aux actes. Une opportunité se présente soudain : Yi (Tony Leung), figure montante du gouvernement de Nankin, qui collabore avec les Japonais, est de passage dans la ville. Kuang (Lee-Hom Wang) pousse ses amis à s'infiltrer dans l'entourage de Yi pour l'exécuter. C'est Wong Chia Chi (Tang Wei) qui est choisie pour l'approcher, en devenant l'amie de la femme de Yi. Ce dernier succombe bientôt aux charmes de la jeune femme. Mais avant que le projet des jeunes révolutionnaires puisse être mis en oeuvre, Yi quitte la ville. Trois ans plus tard, Wong est recontactée par Kuang pour approcher à nouveau Yi, qui ne l'a pas oubliée.
Sensibilité
Ang Lee est décidément le maître de la représentation des sentiments au grand écran. "Lust, Caution", à la fois film d'amour, mélodrame, thriller d'espionnage, est d'abord un film d'Ang Lee. Le réalisateur s'approprie les genres du cinéma et y apporte à la fois sa sensibilité personnelle et sa culture asiatique. Les sentiments n'y sont jamais totalement exprimés. Tout est dans la suggestion. Les individus s'y noient toujours dans des attractions fatales.
L'allusion au film de Verhoeven est volontaire : "Lust, Caution", dans la sélection 2007 du Festival de Venise, faisait étrangement écho au "Blackbook" du réalisateur hollandais présenté l'année précédente à la Mostra. Les histoires sont similaires. Mais rien de commun dans la représentation de celle-ci. Même quand Lee se met à filmer des scènes de sexe frontalement - les frontières de l'interprétation sont largement franchies - il y apporte une force émotionnelle qui sublime l'apparent voyeurisme, la possession charnelle valant métaphore de l'occupation/résistance d'un pays. Gradation qui vaut climax quand on voit aussi comment le réalisateur entame la relation en Mr Yi et Wong par un subtil jeu érotique - l'art d'allumer une cigarette, une trace de rouge à lèvres sur un verre, une rencontre impromptue sous la pluie.
Nuances et ellipses
Le parcours émotionnel de Yi et Wong est admirablement rendu, en parallèle du contexte historique de l'époque, reconstitué avec mille nuances et une théatralité assumée qui renvoie à l'iconographie de la période. Lee ne juge pas. Yi, créature des Japonais est un collabo arriviste qui trouve en Wong une échappatoire à la laideur de ses actes autant qu'un rappel de sa culpabilité. A cet égard, la scène où celle-ci chante pour son amant dans une maison close japonaise est lourde de sens.
Brillant dans l'ellipse, Ang Lee obtient de ses acteurs (l'immense Tony Leung et la nouvelle venue, à l'écran, Tang Wei, époustouflante) une interprétation en tout point parfaite. Là où d'autres se seraient fourvoyés dans le manichéisme ou le vulgaire, Lee signe une partition d'une grande délicatesse aux multiples sous-textes.
Un film d’amour violent, où les sentiments font mal. Ang Lee quitte Hollywood pour la Chine. Un retour aux sources fascinant
Chine, années 40. Wong, ravissante étudiante qui a découvert sur scène que la vie pouvait aussi être jouée, intègre un groupe de résistants prêts à tout pour nuire à l’occupant japonais. Sa fraîcheur, sa grâce et son talent de comédienne en font un appât hors pair pour tenter d’attirer dans leurs filetsM. Yee, un des chefs de la collaboration, homme redoutablement méfiant, qui ne se laisse approcher par personne, ou presque. Wong se lie d’amitié avec son épouse et quelques dames de haut rang, elle est chez Yee comme chez elle. Jusqu’au jour où il succombe à ses charmes. Et où, à son tour, elle tombe amoureuse de l’homme qu’elle a commencé par haïr par-dessus tout.
Comme toujours chez Ang Lee, l’image a été soignée jusque dans ses moindres détails, ce qui ne rend pas pour autant son film figé ou par trop lisse. Au contraire, même, cette beauté étant partout, elle participe à l’envoûtement créé par des détails, des costumes, une lumière. Et elle souligne la plastique parfaite et le visage magnifique de Tang Wei, qui fait une manipulatrice d’exception.
À ses côtés, c’est une véritable star qu’a convoquée le réalisateur. Tony Leung – vu à plusieurs reprises chez Wong Kar Wai – écrase de sa prestance chacune des scènes dans lesquelles il apparaît. Et le réalisateur n’a pas hésité à leur en demander beaucoup, à ces deux-là, que la passion, peu à peu, dévore. Filmant les corps au plus près, il ne cache rien de leurs rapports, notamment sexuels, les chorégraphiant comme de véritables ballets.
Lust, caution est un film d’amour violent, un film où les sentiments font mal, où l’on tue pour des idéaux et où l’on n’a pas peur de regarder son destin droit dans les yeux. Un grand film.
Dans Zwartboek le film subversif mais sublime avec lequel il avait effectué son grand retour, Paul Verhoeven mettait en scène une résistante juive couchant avec un haut responsable nazi. En apprenant à mieux le connaître, elle en arrivait à la conclusion qu'entre le bien et le mal, tout n'était pas noir ou blanc. Le hasard veut que le nouveau film du Taïwanais Ang Lee (The Ice Storm, Sense and Sensibility) illustre un peu le même genre de propos.
Wong Chia Chi (interprétée par Wong Chia Chi qui effectue ici de très jolis débuts) est une jeune fille naïve qui, pendant la Deuxième Guerre, dans un Shangaï occupé par les troupes japonaises, rejoint une université chinoise. Elle intègre une troupe théâtrale qui monte des pièces destinées à raviver le patriotisme de la population. Après une représentation couronnée de succès, les acteurs décident de faire un pas de plus et de former un groupe de résistants. Leur cible: un certain Mr. Yee (Tony Leung, un habitué de Wong Kar Wai, et ici impressionnant). Wong étant la seule femme du groupe, c'est elle qu'on charge de séduire le mystérieux individu. Et c'est là que tout dérape.
L'oscarisé Ang Lee donne évidemment plus dans la subtilité que le tonitruant Paul Verhoeven. Il donne à son Lust, Caution une étouffante atmosphère de film noir, renvoie souvent à l'œuvre d'Alfred Hitchcock. Le score composé par Alexander Desplat donne des frissons tandis que la caméra de Rodrigo Pietro s'attache constamment aux jeux des ombres et des lumières.
Lee n'est évidemment pas l'immédiat responsable de ces petites merveilles techniques. Lui, c'est surtout sur les personnages et leurs émotions qu'il se concentre. Des amoureux se battant dans Crouching Tiger, Hidden Dragon au géant vert de Hulk en passant par les cow-boys de Brokeback Mountain: les héros de Ang Lee sont toujours émouvants. Il n'en va pas autrement de Wong Chia Chi. Lust, Caution a donc pour ressort dramatique la tragique transgression de cette actrice pleine de talent. Laquelle se retrouve perdue au beau milieu des jeux de pouvoir de sa proie. Dans ce contexte, les scènes de sexe explicites (censurées en Chine) traduisent parfaitement les sentiments conflictuels qui s'agitent en elle.
Lust, Caution est un long film, mais c'est aussi un incontournable pour toutes les âmes tourmentées qui ont des cicatrices sur le cœur.
La première heure de ce film de 2 h 35 passe sans faire de pli. Nous savons tout au plus que nous sommes dans le Shanghai des années 40, où s'organise l'opposition à l'ennemi japonais. Une pléiade de personnages naviguent en une armée d'ombres, de loups et d'agneaux, de collabos et de résistants.
Mais le film se resserre et il n'y a plus qu'une femme, une espionne de la résistance chinoise, et qu'un homme, un collabo projaponais. La première, Wang (Tang Wei), est appelée à user de ses charmes pour tendre un piège au second, Mr. Yee (Tony Leung, tombeur d'In the mood for love), et le faire exécuter par les défenseurs de la Chine libre.
Le film d'espionnage vire bientôt à la love-story, et les deux prétendus ennemis fondent sous le feu d'une passion amoureuse et sexuelle qui devient rapidement incontrôlable. Et là, le film prend son envol. Magistral. Ang Lee fait revenir la recette de la passion avec un sens remarquable de l'adagio. L'érotisme naît tout d'abord d'une boucle d'oreille enlevée, d'un rouge à lèvres déposé sur le bord d'un verre. Puis, là où s'arrêtait In the mood for love, c'est-à-dire aux portes verrouillées du tabou sexuel et extraconjugal, le film bascule dans un combat de corps animal et désespéré, pas toujours très éloigné de ceux du Dernier tango à Paris.
Lee filme la nudité de ces chairs qui entrent en collision avec une grâce absolue. On croyait s'embarquer dans un hommage habile et sage aux films noirs des années 40 et nous voilà happés vers la grande aventure d'un homme et d'une femme qui se crient, par-delà les conventions morales de leur temps, de furieux "je t'aime, moi non plus". Entre ces deux-là, il y va un peu comme entre Sada et Kichizo, dans L'empire des sens de Nagisa Oshima : le sexe n'est qu'un prétexte mystique. Une boîte de Pandore, ouvrant miraculeusement – et tragiquement – de l'autre côté du miroir aux apparences, tout droit vers l'ultime intimité de l'être. Perdue en cet amour sadomasochiste et vertigineux qu'elle n'avait pas programmé, Wang confessera en fin de parcours : "Il aime me voir saigner, pleurer et crier, mais c'est alors qu'il se sent vivant… et alors nous jouissons."
La surprise provoquée par Lust, caution, dont l'émotion atteint de tout grands moments dans la dernière demi-heure – on pense à la maestria du Chaplin des Lumières de la ville – est totale. On attendait un vrai film de genre, labellisé ici par les organisateurs thriller romantique d'espionnage. Et l'on a un grand film sans toit ni loi, qui dépasse les conventions du genre.
Nous sommes décidément bien naïfs : le coup du film de genre, Ang Lee nous le fait désormais à chaque coup. La dernière fois, c'était avec Brokeback mountain, estampillé western. Auparavant, avec Raison et sentiments, bombardé mélo british. A l'arrivée, le cinéaste taïwanais réalise ce qu'avant lui un certain Stanley Kubrick faisait comme personne : du détournement d'objectif. Avec le succès que l'on connaît. Et, dans le cas d'Ang Lee, une nouvelle variation autour du thème qui devient tout doucement l'obsession récurrente de toute son œuvre : la pureté sauvage des amours maudits.
Lion d'Or mérité à Venise, Lust, Caution est un film de chair, de sang et de sperme comme on a trop rarement l'occasion d'en voir en salle.
Située dans le Shanghai des années 30 durant l'occupation japonaise, cette histoire narre la relation torride qui se noue entre une résistante et un cruel collaborateur qu'elle doit séduire afin de permettre son assassinat. On pourrait développer pendant quelques paragraphes la maëstria visuelle du décidément ultra talentueux Ang Lee (Brockeback Mountain, Tigre et Dragon, Raisons et sentiments, le sous-estimé Hulk), la formidable reconstitution du Shangaï des années 30, la finesse psychologique développée tout au long d'un scénario à la fois épique et intimiste.
Mais, soyons honnêtes, ce sont les scènes de sexe entre Tony Leung (en flux tendu entre cruauté et humanité) et Tang Wei (époustouflante en femme déchirée entre désir et devoir) qui resteront dans les mémoires. Sans fausse pudeur, Lee filme l'abandon, la passion charnelle dans son aspect animal, instinctif, brutal. Cette géopolitique des corps est le vrai champ de bataille où, après de haletants combats, tout pacte de paix entre le corps et l'âme, le jeu des sentiments et l'appel des sens, se révêle impossible.
Dans les années 1940, alors que le Japon occupe une partie de la Chine, la jeune étudiante Wong est chargée d'approcher et de séduire Mr Yee, un des chefs de la collaboration avec les japonais, homme redoutable et méfiant que la Résistance veut supprimer. Très vite, la relation entre Wong et Mr Yee devient bien plus complexe que ne l'avait imaginé la jeune femme.
Après un BROKEBACK MOUNTAIN américain largement couronné par la critique et le public, le réalisateur taïwanais Ang Lee (CROUCHING TIGER, HIDDEN DRAGON) revient vers l'Asie et ses racines en adaptant la romancière chinoise décédée voici environ dix ans, Eileen Chang.
Fresque historique d'espionnage du temps de la seconde guerre mondiale sur fond d'histoire d'amour complexe et sulfureuse, SE, JIE (dont la traduction est bien plus riche que le simple LUST, CAUTION, explique Ang Lee) est non seulement un énorme travail de reconstitution de cette époque à Shanghai mais aussi un remarquable récit riche et sophistiqué.
Démarrant avec une bande de jeunes gens idéalistes qui veulent se battre pour leur pays par le biais du théâtre et de la culture, le récit montre ensuite comment, faute de résultats, ils sombrent dans les actes terroristes contre le gouvernement en place qui collabore avec l'occupant japonais. S'attachant principalement à la jeune Wong Chia Chi, SE, JIE montre avec finesse et détails comment celle-ci s'engage dans un jeu de l'amour et de la séduction avec Mr Yee. Sorte de Mata Hari asiatique, la jeune fille, à l'instar de Mr Yee, ira jusqu'au bout de sa mission et de sa passion.
Ang Lee réussit le tour de force de filmer cette fresque en l'inscrivant dans l'Histoire et en s'attachant au détail de la passion qui habitent les deux protagonistes, passion-haine qui est la subtile métaphore de la guerre qui oppose la Chine et le Japon. Aux scènes de rue dans Shanghai, il oppose des scènes quasi pornographique entre le formidable Tony Leung (2046, INTERNAL AFFAIRS) et la fragile mais décidée Wei Tang (dont c'est le premier rôle au cinéma) dans une expérience cinématographique intense qui lui a d'ailleurs valu le Lion d'Or à Venise ...
Du grand cinéma à ne manquer sous aucun prétexte !
Une grande saga chinoise, d'une splendeur éblouissante !
Après son chef-d'œuvre américain Le Secret De Brokeback Mountain, voici Ang Lee de retour en Chine pour une grande saga politico-historique à la Zhang Yimou. Histoire d'intrigues, de complots, de séduction, dans le Shanghai de la fin des années 30, sous occupation japonaise. Le distingué Monsieur Yi (toujours aussi élégant Tony Leung) officie pour les services secrets de collaboration. Pendant ce temps, à l'Université, un groupe d'étudiants patriotes et amateurs de théâtre, fomente son assassinat. La jeune et belle Wong Chai Chi doit devenir la raffinée Madame Mak, une femme du monde, afin d'infiltrer la garde rapprochée de Monsieur Yi et de tromper sa vigilance. Grâce à son charme mystérieux, elle commence à fréquenter le cercle privé des oisives de la société, sympathise avec son épouse, puis devient sa maîtresse.
Adapté d'un roman de la célèbre écrivaine Eileen Chang, Lust, Caution en a conservé toute l'étendue littéraire : un long film fleuve qui balaie, dans le menu détail, plusieurs années de l'Histoire chinoise, sur fond de passions et de manigances. Entre deux parties de mah-jong, le jeu favori de ces dames (vous aurez presque le temps d'en apprendre les règles !), une liaison dangereuse se noue entre l'ardent Monsieur Yi et la gracieuse Madame Mak. Amour, luxure, trahison… Ang Lee emmêle les fils du polar, du drame sentimental et de la reconstitution historique, dans un sublime élan fusionnel. Les trames fictionnelles s'imbriquent les unes dans les autres, constituant un chef-d'œuvre d'une richesse et d'une complexité uniques.
Certains lui reprocheront son classicisme. Evidemment, le film a bénéficié d'un confortable budget ; chaque plan est léché à l'extrême. Le cinéaste s'est octroyé la collaboration d'excellents techniciens, notamment le directeur de la photographie Rodrigo Prieto ; d'un compositeur de renom, Alexandre Desplat ; et de comédien(ne)s hors pair(e)s. La délicieuse Tang Wei est une petite nouvelle assurément promise à une brillante carrière (la relève de Gong Li, Maggie Cheung, et autre Michèle Yeoh, semble assurée !). Le jury de la Mostra vénitienne ne s'y est pas trompé en remettant un nouveau Lion d'Or à celui qui filme, mieux que tout autre, l'Amour avec un grand A, déchirant et passionnel. Les scènes érotiques de Lust, Caution sont peut-être les plus belles jamais filmées au cinéma… Devant tant de beauté, on ne peut que s'incliner. C'est du talent, dans toute sa splendeur !
Malgré une mise en place de l’intrique un peu longue et saccadée de multiples flash-back, on se laisse prendre par le fascinant jeu de dupes qui s’instaure.
Ang Lee fait désormais partie des réalisateurs ayant remporté 2 Lions d’or à Venise, après le couronnement de Brokeback mountain en 2005.
Tout comme Brokeback mountain, le film a subi la censure à sa sortie en Chine, en étant présenté sans les scènes les plus érotiques, créant la polémique dès sa sortie. Un très beau moment de cinéma.
Née le 30 septembre 1920 à Shanghai (Chine). De son vrai nom Ying Chang, aussi connue sous le nom Eileen Chang Rehyer. Décédée le 8 septembre 1995 à Los Angeles, Californie (Etats-Unis).
Eileen Chang, de son nom chinois Zhang Ailing est née en 1920 à Shanghai, où hormis quelques années passées à Tianqin, elle a grandi. Admise en 1938 à l'université de Londres, elle intégra l'université de Hongkong en raison de la guerre. De retour à Shanghai trois années plus tard, elle commence une brillante carrière littéraire ; publication d'articles et de nouvelles.
Mariée en 1944, elle se sépare en 1947 de son mari, par pour Hongkong en 1952, puis pour New-York en 1955, sans jamais cesser d'écrire et de traduire. En 1956 elle épouse l'écrivain Ferdinand Reyer, de trente ans son aîné qui meurt un an plus tard.
Elle se consacre alors exclusivement à l'écriture et ses œuvres sont publiées à Hongkong, Taiwan et aux Etats-Unis. Sur le continent, ses romans ne sont publiés qu'en 1984. Eileen Chang a été retrouvée morte en septembre 1995 dans son appartement à Los Angeles où elle vivait seule.
Dans Shanghai 1920-1940, paru en décembre 1995, sa courte nouvelle intitulée Attente est volontairement placée en dernier pour lui rendre hommage.
Eileen Chang est désormais reconnue comme une des grandes écrivains chinoises de ce siècle. Son roman, Le chant du riz a été publié chez Calman-Lévy en 1958.
Avant le film aux scènes érotiques célébrées par un Lion d’Or a Venise et coupées par la censure en Chine, il existe un univers littéraire, celui de celle qui fut l’une des plus jeunes et doués nouvellistes du Shanghai des années 40, période où la ville incarnait si parfaitement le titre français de la nouvelle qui inspira le film, "Amour, Luxure et Trahison".
Le recueil publié par Robert Laffont est fait de ces nouvelles dont le style et l’inspiration firent le succès d’Eileen Chang en Chine, avant son émigration américaine. Elle reste d’ailleurs toujours aujourd’hui l’un des auteurs les plus cités si ce n’est le plus admiré dans le Shanghai de 2008.
Dans un environnement troublé par la montée de la guerre, la fin des années 30 et les années 40 furent à Shanghai celles de toutes les audaces pour la génération montante de ces jeunes filles de 18 ou 20 ans, gâtées par le sort et l’éducation que leur avait laissé en héritage leur classe moyenne privilégiée.
Ces jeunes filles de bonne famille, quoique bien différentes des filles-fleurs qui abondaient dans les maisons de luxures, n’en étaient pas moins réinventées elles aussi par le creuset de cette ville, dynamique et décadente, au point de faire littéralement exploser le carcan des mœurs traditionnelles chinoises.
Le livre compte quatre nouvelles et toutes parlent de ce mouvement tellurique, si difficile à maîtriser par les pères, qui, d’une génération à l’autre, a transformé des jeunes enfants dociles en autant de volcans potentiels, dont certains firent éruption.
Ce recueil n’est pas à proprement parler érotique, la culture littéraire chinoise restait au milieu du XXème siècle beaucoup trop allusive pour cela. Il ne parle pourtant que de la montée du désir qui rend brutalement obsolètes toutes les valeurs de la génération précédente.
De la rencontre fantasmée chez la plus sage, on bascule dans la révolte familiale de trois filles à marier dans la nouvelle suivante, chacune réduisant à néant à sa façon les espoirs matrimoniaux de leur père, que cet homme pourtant enclin à l’indulgence prétende s’en mêler ou pas.
La nouvelle suivante sème plus loin encore la graine du chaos familial, avec la passion pour son père, non consommée mais destructrice, d’une jeune fille devenue femme et qui de la perversité de l’enfant à celle d’une jeune femme plus tout à fait innocente, détruit le couple de ses parents.
Ce n’est qu’à la dernière nouvelle que l’on plonge de l’histoire des mœurs dans l’histoire, le fantôme de la Chine de l’occupation japonaise apparaissant au travers l’attentat projeté contre le chef de la police secrète du gouvernement collaborateur. La "Stratégie de la Beauté" est retenue par le groupuscule étudiant auquel s’associe la jeune Wong Chia Chi, jeune femme placée au premier front pour séduire la cible et l’attirer dans le piège.
Là encore, pourtant, le modèle du sacrifice patriotique de l’héroïne, référent récurant des légendes chinoises, est remis en cause par cette génération incontrôlée de jeunes femmes habitées moins par l’amour que par la nécessité d’inventer la passion, d’en faire l’expérience quelqu’en soit le prix et au détriment de tout ce qui en Chine avait auparavant servit à la nier.
La plupart des films sont des adaptations, le saviez-vous?
"Quelqu'un m'a dit..." qu'il s'agissait en fait de quelque 80% de la production cinématographique mondiale. Impressionnant, is'nt ? On peut le dire, la littérature sert de combustible au 7e Art et, chaque mois, des dizaines d'œuvres littéraires deviennent tant bien que mal des films. Les plus célèbres, comme "les Misérables" de Victor Hugo ont été adaptées plus de 100 fois dans le monde, alors que "Madame Bovary" de Gustave Flaubert n'a pas fait autant d'émules, loin de là tout comme "Nana" d'Emile Zola ou "Crime et châtiment" de Fedor Dostoïevski pour ne citer qu'eux! Et d'autres sont tellement discrètes qu'on ne le sait même pas.
Mais le phénomène inverse existe également
certains films se voient "adaptés" pour devenir des livres. On en tire un roman avant même de savoir si le film sera un succès. C'est le cas pour "les Femmes de l'ombre", comme si l'éditeur voulait jouer avec cette sorte d'ambiguïté. Ainsi sur la jaquette du livre édité chez Perrin peut-on lire que "les Femmes de l'ombre" est adapté du film de Jean-Paul Salomé, par Laurent Vachaud, scénariste, qui signe ici son premier roman. En fait, on ne sait plus très bien si c'est un roman puisqu'il s'agirait de la fidèle retranscription d'un film, lui-même inspiré d'un fait réel, à savoir l'histoire vraie de Françaises qui ont rallié la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale et ont combattu comme des hommes. Le drame ne sera pas oublié, ni les faits de bravoure, au milieu d'un ensemble, disons-le, assez sentimental. Le seul mérite de ce livre, qui se lit facilement dans le métro, et qui comporte beaucoup de dialogues, scénario oblige, est de nous donner un avant-goût d'un film.
Lust, Caution, d'Eileen Chang est-il une adaptation du film, ou un roman qui sera adapté ensuite au cinéma par Ang Lee ?
Eh bien, il ne s'agit pas d'un roman en fait, mais d'une nouvelle extraite d'un recueil qui en comporte quatre et qui en porte le nom. Nouvelle d'une trentaine de pages seulement, écrite dans un style alerte et direct par Eileen Chang, décédée en 1995 et considérée comme un des grands auteurs chinois contemporains. À une époque difficile, celle des années 30, la Chine tente de se débarrasser de ses multiples jougs, avant de sombrer dans le long conflit sino-japonais, puis la révolution conduite par Mao Zedong.
Lust, Caution, comme les autres nouvelles, raconte l'histoire d'une femme qui se brûle les ailes par amour, et accepte de tomber dans l'espionnage puis dans une spirale d'amour impossible. Pas étonnant que ce thème ait inspiré Ang Lee qui avait, précédemment, filmé une autre histoire d'amour sulfureuse, "le Secret de Brokeback Moutain", elle-même adaptée d'une nouvelle éponyme d'Annie Proulx.
L'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford
Il en va de même pour le roman "l'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford", de Ron Hansen, qui donnera naissance à cet admirable film contemplatif et tendre d'Andrew Dominik. Il n'y a pas d'ambiguïté ici puisque le roman a été publié aux États-Unis en 1983, biographie précise, réelle ou inventée, en tout cas fort documentée de Jesse James.
Et ce livre, dont l'éditeur Buchet-Chastel propose une excellente traduction de Vincent Hugon, est à la source de ce très beau film éponyme, sorte de rêve éveillé, magnifiquement interprété par un Brad Pitt inattendu et un Casey Affleck bouleversant, qui habitent ce western moderne et dépouillé. "C'est un western lyrique, beau comme un film de Terence Malick, en plus mélancolique, voué au temps dilaté, à l'attente. Un western silencieux sur l'absurde, le trouble, la fascination. Une complainte, rythmée par une voix off. Un poème, un pèlerinage, une poursuite de fantômes".
A mes yeux, aucune histoire de Eileen Chang n’est plus belle ou plus cruelle que Lust, Caution. Elle a travaillé sur cette histoire pendant des années, y revenant comme un criminel retournerait sur la scène de son forfait. Pour faire notre film, nous n’avons pas vraiment adapté l’œuvre de Chang, nous l’avons ré-interprétée, tout comme ses personnages jouent et rejouent leurs rôles.
Eileen Chang décrit la violente émotion ressentie par Wong Chia Chi, alors toute jeune étudiante, après avoir joué sur scène pour la première fois ; sa difficulté à la calmer, même après un souper avec ses amis du théâtre et une promenade.
En lisant cela, mon esprit m’a brusquement ramené à ma première expérience sur scène, en 1973 à l’Académie des Arts de Taipei. La même énergie à la fin de la pièce dans laquelle je jouais. J’ai compris à quel point cette expérience était importante dans l’œuvre d’Eileen Chang et comment elle pouvait être utilisée dans le film.
Elle comprenait le jeu d’acteur comme quelque chose de brutal par nature : les animaux, comme ses personnages, utilisent le camouflage pour échapper à leurs ennemis et pour leurrer leur proie. Mais l’imitation et la représentation sont aussi des moyens de s’ouvrir à davantage d’expérience, à de nouveaux rapports aux autres, ainsi qu’à l’art et à la vérité.
Le contexte historique
C’est en 1937 que le Japon s’empare des principales villes chinoises mais Hong Kong reste zone libre jusqu’en 1941. Wang Jingwei crée à Nankin en 1940 un gouvernement à la solde des Japonais jusqu’à leur capitulation en 1945.
La chronologie
1921 Fondation à Shanghai du Parti communiste chinois par quelques intellectuels. Formation à Canton d'un gouvernement nationaliste présidé par Sun Yat-sen.
1927 Tchang Kai-shek écrase les communistes et forme son propre gouvernement à Nankin.
1929-34 Fondation d'une république soviétique dans le Jiangxi, sur laquelle Tchang Kai-shek envoie l’armée. Début de la Longue Marche, fuite des communistes.
1931 Les Japonais envahissent la Mandchourie. Ils créent l’état indépendant du Mandchoukouo.
1933-35 Les Japonais avancent en Chine du nord.
1935 Mao Zedong est rétabli comme chef du Parti communiste.
1936 Incident de Xi'an. Les communistes capturent Tchang Kai-shek et l'obligent à participer au front uni contre le Japon.
1937 Le Japon envahit la Chine du Nord. A Nankin l’armée Japonaise se livre à un important massacre de civils.
1938 Le gouvernement nationaliste se replie à Chongqing.
1940 Wang Jingwei crée à Nankin un gouvernement à la solde des Japonais.
1941 Les Japonais s'emparent de Hong-Kong.
1944 Mort de Wang Jingwei.
1945 Août : capitulation japonaise. Les communistes occupent le nord de la Chine. Les nationalistes occupent la plus grande partie du territoire. 1946-49 Guerre entre communistes et nationalistes.
1949 1er octobre : proclamation de la République populaire de Chine. Tchang Kai-shek replie les institutions de la République de Chine à Taiwan.
Le travail de reconstitution
La génération d’Ang Lee est la dernière à conserver le souvenir de cette époque. Les jeunes d’aujourd’hui en ignorent tout. Petit à petit, les lieux ont disparu. Dans le film, certaines scènes censées se dérouler à Shanghai ont dû être tournées en Malaisie et le décor final de la grande rue a été entièrement reconstruit en studio.
Lust, Caution est donc un témoignage pour que ce passé récent, cette Chine de la 1èremoitié du 20èsiècle, ne s'efface pas totalement de la mémoire chinoise. Ang Lee a aussi travaillé avec ses acteurs pour les replonger dans l’ambiance de l’époque. La première fois qu'elle a revêtue une chipao (la robe chinoise moulante), l'actrice Tang Wei marchait en se déhanchant, tel un mannequin.
Elle a dû apprendre à évoluer en gardant le haut du corps droit, comme les élégantes d'alors. De même, la manière d'être du jeune résistant interprété par Wang Leehom ne correspondait pas du tout au comportement d'un étudiant du début du siècle. Les acteurs se sont plongés dans diverses oeuvres d’Eileen Chang et des livres écrits par des collaborateurs de l'époque afin de s’imprégner le mieux possible de l'ambiance recherchée.
Lust, Caution a été filmé en extérieurs à travers l’Asie. La première étape des 118 jours de tournage, fut quelques jours en Malaisie, dans les villes d’Ipoh et de Penang. Ils furent suivis par un mois à Hong Kong.
Le tournage en extérieur à Shanghai a nécessité de retirer provisoirement les climatiseurs de plus de 3 000 habitants. Une grande partie des prises de vues eut lieu dans une nouvelle installation construite aux Shanghai Film Studios. Là, certains des décors de rue qui furent construits à l’échelle pour le film ont été conservés pour de futures productions.
A l'époque du film Shanghai est une ville multiple. Elle est la capitale économique de la Chine, rôle qu'elle a retrouvé récemment : elle fait ainsi l'objet d'une forte immigration de Chinois d'autres provinces, fuyant la pauvreté des campagnes pour tenter de se faire employer dans les industries naissantes.
Mandarin, cantonais, shanghaien, japonais, anglais, dialecte de Suzhou, arabe (ou indien) : pas moins de six langues ou dialectes sont parlés dans le film. Shanghai est aussi cosmopolite, de par les concessions (française, internationale) qui font bénéficier les étrangers du statut d'extraterritorialité et les Chinois d'une certaine liberté (c'est dans la concession française que sera fondé en 1921 le Parti communiste chinois).
En 1941, après Pearl Harbour, la concession internationale est envahie; en 1943, la France de Vichy remet les clés de la concession française au maire de Shanghai (sous l'autorité du gouvernement collaborationniste de Wang Jingwei). Cet accord entre deux gouvernements illégaux ne sera pas sanctionné par un traité international.
Il faudra attendre février 1946 pour qu'un traité soit signé à Chongqing par lequel la France renoncera définitivement à sa concession.
Le bureau de Mr Yee contient deux symboles importants pour un public chinois :
- Le drapeau japonais y côtoie le drapeau nationaliste, symbole du régime de collaboration. Le drapeau nationaliste est rouge avec un soleil blanc sur fond bleu. C'est le drapeau du Kuomintang et de la république de Chine. C'est donc celui de Tchang Kai-shek, dont la capitale provisoire était Chongqing pendant la guerre.
- A sa gauche une statue de ZhongKui, figure de légende en Chine, qui représente l’esprit chargé d’emprisonner les fantômes. Zhongkui aurait vécu il y a plus de mille ans. Son esprit est encore vénéré. Sa mission est de "décapiter les diables, d'arrêter les fantômes et de nettoyer l'univers pour rendre le monde pur et blanc". Dans les années 30-40, sa statue figure très souvent dans les lieux où travaillent les personnes s'occupant de renseignement et d'espionnage. La chanson que chante Tang Wei dans le restaurant japonais provient du film Les anges du boulevard de Yuan Mu-zhi, film mythique du cinéma « réaliste » chinois, sorti en 1937, et interprété par Zhou Xun, une chanteuse très populaire de l'époque. Le film a rendu cette chanson très célèbre dans toute la Chine. Il parle d'un amour pendant la guerre, faisant référence au nord-est de la Chine tombé entre les mains des Japonais. Le film Soupçonsde Hitchchock dont on voit l'affiche dans le film a été numéro 1 au box office en 1942 à Shanghai.
Lust, caution" - "Désir, prudence" : le titre du dernier film d'Ang Lee, qui ne rend qu'imparfaitement les nuances du titre chinois original, s'applique assez bien au réalisateur taïwanais. L'homme brûle d'une passion dévorante d'artiste, qui l'a vu réussir un très rare doublé lors du dernier Festival de Venise : deux ans après y avoir présenté son formidable "Brokeback Mountain" - avec le regretté Heath Ledger - qui lui avait valu son premier Lion d'Or, il a à nouveau emporté la statuette pour son retour sur la Mostra en septembre dernier. Mais ce désir, cette passion, il les contient face à vous, homme calme et retenu, qui ne se livre qu'à demi-mot, laissant tout au plus deviner entre les lignes le prix qu'il en coûte parfois à aller au bout de ses rêves - quitte à assumer un échec comme l'entreprise commerciale de "Hulk", à effacer de sa filmographie - ou à devoir se retrouver malgré lui au coeur de l'éternel bras de fer entre Chine populaire et Taïwan, alors même qu'il avait réussi l'impensable : réunir les deux frères ennemis pour la production de "Lust, Caution".
Lors de la présentation du film à Venise, il y a eu une polémique. Taïwan a revendiqué la nationalité de "Lust, Caution", pourtant officiellement présenté comme une coproduction sino-taiwanaise ? Qui a raison ?
J'ai tourné le film en Chine où il est coproduit. C'est un simple problème politique avec lequel je ne veux pas polluer le public. Je trouve dommage que cette polémique entre les deux gouvernements survienne ici alors que, précisément, on a réussi à faire le film.
Ce qui interpellant, c'est que le film aborde précisément la question du nationalisme pendant la Seconde Guerre mondiale, laquelle allait déboucher sur la victoire communiste et la création de Taïwan.
Avant l'arrivée au pouvoir du Parti communiste, c'était le Kuomintang qui dominait l'échiquier. C'est un parti nationaliste, créé par Sun Yat-sen, qui a initié la première République en Asie. Avec l'invasion japonaise, il y a eu un éclatement. D'un côté Tchang Kaï-chek, de l'autre un gouvernement qui collabore avec les Japonais, considéré comme traître. A cette époque, le parti communiste était vraiment affaibli, mais il a réussi à inverser le rapport de force au cours de la guerre. Aussi bien la résistance - dominée par Tchang Kaï-chek, que le gouvernement de Nankin - inféodé aux Japonais - revendiquait la continuité avec le Kuomintang. Pour le public chinois, certains éléments du film seront sans doute beaucoup plus nuancés que pour un public étranger, qui verra surtout un bras de fer entre des "résistants" et des "collabos".
Y a-t-il une raison particulière à revenir maintenant en Chine, faire un film, à ce stade de votre carrière ?
Cela s'est fait comme ça. Le moment s'est présenté pour que je puisse adapter cette nouvelle qui me hantait depuis des années. C'était vraiment quelque chose que je mourrais d'envie de faire. Ce n'était pas vraiment le fruit d'un calcul. Après trois films nord-américains, je ressentais le besoin de ce retour en Chine. Cela a été difficile, parce que l'industrie là-bas est d'une tout autre échelle. Mais c'était aussi l'occasion pour moi d'essayer de tirer l'industrie du cinéma de mon pays vers le haut. Faire un film historique est terriblement compliqué car il n'y a aucun sens du patrimoine ou de la préservation. Il ne reste pratiquement pas de bâtiments anciens. Les scènes de rue en extérieur ont été tournées en Malaisie et la vue panoramique de Hong Kong est un trucage numérique. Seuls l'immeuble habité par les résistants et le théâtre sont d'époque. Retrouver un vieux tram de Shanghai est une gageure. Tout a été un casse-tête. C'était aussi très difficile en terme d'interprétation, parce que recréer le langage, les attitudes, la psychologie de jeunes chinois de ces années-là est assez éloigné de nos référents. Cela m'a pris des mois pour entraîner les acteurs à bouger, parler et se comporter de la bonne manière.
Qu'est-ce qui vous fascinait le plus dans la nouvelle d'Eileen Chang qui a inspiré le film ?
Le patriotisme est un ferment dans la culture chinoise. Dans cette lutte contre le Japon, c'est une donnée très importante. Ce qui m'a fasciné, c'est qu'Eileen Chang plonge dans cette réflexion avec une intrigue à dimension sexuelle et du point de vue d'une femme. Comme réalisateur, je me suis fortement identifié au personnage principal, qui joue un rôle en permanence. Elle construit une histoire chaque jour, doit tout contrôler, tout anticiper. Psychologiquement parlant, elle ne doit pas assumer les conséquences de ce qu'elle fait, a priori, parce que tout ce qu'elle fait est factice. Mais au bout du compte, elle doit quand même rendre des comptes. C'est une histoire d'opposition entre la réalité et la fiction. La fiction permet de se confronter à la réalité, mais parfois sans en payer les conséquences.
Cette histoire d'une relation amoureuse entre un politique inféodé aux Japonais et une jeune espionne vous permet de traiter d'une réalité de votre pays ?
Oui. C'est le grand avantage de la fiction, que ce soit dans les livres ou au cinéma. On peut s'interroger sur certains aspects de la réalité en toute liberté. On peut aussi se poser les questions d'un point de vue psychologique. Le point fort de la nouvelle d'Eileen Chang est de faire de cette relation ambiguë une métaphore de la guerre et de l'occupation - une histoire d'humiliation. C'est un reflet de ce que subit le pays. Qui domine qui ? Qui se prostitue ? Qui détruit l'autre ? C'est le sens métaphorique de cette histoire.
Un mot, inévitable, sur les scènes de sexe. N'avez-vous eu aucun problème de censure, en Chine notamment, et comment avez-vous travaillé avec les acteurs ?
Comme je ne croyais pas pouvoir les tourner, je n'avais rien écrit. Finalement, les censeurs chinois m'ont seulement dit : "faites ce que vous voulez, mais la version qui sortira en Chine doit convenir à tous les publics." Avec les acteurs, c'était un travail psychologique. Nous sommes beaucoup plus pudiques que les Européens. Pour arriver à un état d'excitation, ils ont dû dépasser la honte, la morale, la pudeur. Je leur ai demandé d'y croire, de se laisser aller. Il y a trois scènes. Nous avons tourné douze jours. Les deux premiers ont été très difficiles. On ne pouvait faire que deux prises successivement et jamais plus d'une demi-journée. Pour faciliter les choses, il n'y avait sur le plateau que les deux acteurs, le directeur photo, le cadreur, l'ingénieur du son et moi.
Votre film précédent, "Brokeback Mountain", Lion d'or à Venise en 2005, montrait déjà la difficulté d'une relation, mais entre deux hommes. Faut-il y voir une continuité ?
"Brokeback Mountain" était une histoire fondée sur le manque et l'impossibilité de recréer un moment magique. Si je devais faire une comparaison, je dirais que "Brokeback..." véhicule selon moi une certaine image du paradis, quand "Lust, Caution" est plutôt une évocation de l'enfer. "Brokeback..." avait eu des vertus curatives après les tournages de "Tigres et dragons" et l'épreuve de "Hulk". Celui-ci m'a épuisé.
Aviez-vous lu les écrits de Eileen Chang – ou au moins la nouvelle qui a inspiré Lust, Caution – avant le tournage ?
J’aimais déjà l’œuvre de Eileen Chang. Je lisais ses histoires à ma mère. La plupart des gens ont lu d’autres histoires plus célèbres d’elle.
Quand j’ai lu celle-là, je me suis dit « Waouh, c’est tellement différent de ses autres histoires. » J’ai lu la nouvelle avant de lire le script.
Etiez-vous familière des films de Ang Lee ?
Pas beaucoup, non, mais maintenant je le suis. Lorsque j’étais au lycée, je voyais beaucoup de (vieux) films américains et européens ; Ingmar Bergman est mon réalisateur préféré.
Comment était-ce de travailler avec ce réalisateur, avant même que vous ne commenciez à jouer Wong Chia Chi ?
Ang Lee disait que lorsqu’il m’a vue pour la première fois, il s’est dit “C’est Wong Chia Chi”. A l’audition, j’étais nerveuse et j’avais de la fièvre, mais lui et le scénariste Wang Hui Ling étaient amicaux ; Ang m’a servi du thé. Il était très gentil. A la fin, j’avais le sentiment d’avoir trouvé quelqu’un à qui parler du fond du cœur.
J’ai découvert que c’était un excellent directeur d’acteurs car il donne beaucoup d’informations sur les personnages – du travail à la maison et beaucoup d’entraînement. Notamment pour les langues – l’anglais, et aussi les dialectes de Shanghai et le cantonais.
Et puis, des leçons d’étiquette, de voix, de mah-jong. Pour se rapprocher du rôle, je préfère recevoir des instructions précises. Il m’a donné à lire des romans que Wong aurait lus à l’époque, et beaucoup de vieux films à voir comme ceux de Greta Garbo. Wong est très influencée par les films et peut-être désire-t-elle devenir actrice.
Ang m’a dit de ne pas seulement me focaliser sur Wong et ce qu’elle ferait mais aussi sur la façon dont les filles de cette époque agiraient et joueraient. Ang et moi avons trouvé des similitudes entre mes antécédents et ceux de Wong ...
Vous jouez un personnage qui joue lui-même un rôle pendant la plus grande partie du film. Comment avez-vous procédé ?
C’était très compliqué. Donc je ne pensais pas à Wong Chia Chi mais à Mme Mak (pour laquelle Wong se fait passer dans l’intrigue). Je ne pouvais pas penser « Je suis Wong Chai Chi en Mme Mak », je pensais simplement « Je suis Mme Mak ». Quand nous avions fini pour la journée, je redevenais Wong Chia Chi, et non Tang Wei. "Tang Wei ... Qui est Tang Wei ?" (rires).