|
|
|
|
| |
 |
|
 |
Titre
original |
Hors-la-loi |
 |
Titre anglais |
Outside the Law |
 |
Réalisation |
Rachid Bouchareb |
 |
Scénario |
Olivier Lorelle & Rachid Bouchareb |
 |
Interprétation |
Bernard Blancan (Colonel Faivre), Jamel Debbouze (Saïd), Roschdy Zem (Messaoud), Sabrina Seyvecou (Hélène), Sami Bouajila (Abdelkader), Abdelkader Secteur (Hamid), Ahmed Benaissa (Le Père), Assaad Bouab (Ali), Chafia Boudraa (La Mère), Jean-pierre Lorit (Picot), Larbi Zekkal (Le Caïd), Louiza Nehar (Zohra), Mohamed Djouhri (L'Entraîneur), Mourad Khen (Sanjak), Mustapha Bendou (Brahim), Samir Guesmi (Otmani), Thibault De Montalembert (Morvan), ... |
 |
Musique |
Armand Amar |
 |
Photographie |
Christophe Beaucarne |
 |
Pays |
France, Algérie, Belgique |
 |
Année |
2010 |
 |
Durée |
2h18’ |
 |
Genre |
Historique, Action, Drame |
 |
Distributeur |
U-dream |
 |
Site officiel |
|
 |
Bande annonce |
|
 |
Affiche |
|
 |
Dossier de presse |
 |
Feuillet du film distribué aux séances |
|
|
 |
La projection aura lieu à IMAGIX - Mons - Plan d'accès |
 |
Le jeudi 30 septembre 2010 |
 |
Le film est projeté en version originale française et arabe sous-titrée en français |
 |
Le film est projeté sans entracte ni publicité |
 |
Les séances : |
| |
- 17h00 et 20h00
avec présentation et feuillet sur les films à
chaque séance
- 14h30 et 22h30
sans présentation et feuillet sur les films à
chaque séance
|
|
Chassés de leur terre algérienne, trois frères et leur mère sont séparés. Messaoud s'engage en Indochine. A Paris, Abdelkader prend la tête du mouvement pour l'Indépendance de l'Algérie et Saïd fait fortune dans les bouges et les clubs de boxe de Pigalle. Leur destin, scellé autour de l'amour d'une mère, se mêlera inexorablement à celui d'une nation en lutte pour sa liberté.
Objet en France de virulentes critiques et accusé de "falsifier l'histoire" franco-algérienne, notamment celle de massacres commis en 1945, le film de Rachid Bouchareb, présenté en sélection officielle au Festival de Cannes 2010, aborde notamment l'histoire des massacres de Sétif en 1945. Plusieurs milliers d'Algériens avaient été tués par l'armée française au cours de ces massacres, déclenchés en répression de manifestations pro-indépendantistes dans l'est algérien qui avaient dégénéré et fait plus de cent morts parmi les Européens (…) (Lalibre.be) |
 |
Rachid Bouchareb n é le 1er septembre 1959 à Paris (France). Réalisateur, Producteur, Scénariste, Producteur délégué, Coscénariste.
Rachid Bouchareb, cinéaste d'origine algérienne, réalise des films sur les thèmes de l'intégration, la mémoire et la quête d'identité, sujets qui lui sont chers. Après l'obtention d'un diplôme du Centre d'étude et de recherche de l'image et du son, il fait ses débuts à la télévision. Entre 1977 et 1984, il devient technicien de plateau, assistant-réalisateur puis réalisateur, notamment pour Antenne 2 et TF1. Durant cette période, il réalise également quelques courts métrages.
En 1985, le réalisateur écrit et réalise son premier long-métrage, une comédie dramatique nommée Bâton rouge. Il s'agit de l'histoire de trois amis qui décident de s'exiler aux États-unis pour trouver du travail. Dès sa première réalisation, le thème de l'immigration sert d'arrière-plan à l'intrigue. Après de nombreuses autres collaborations avec la télévision et la création, avec son associé Jean Bréhat, de la société 3B Production en 1989, son deuxième film sort six ans plus tard, le drame Cheb.
Pour sa troisième réalisation, le cinéaste connaît un succès d'estime inattendu. Poussières de vie, l'histoire de Son, fils d'officier noir américain et d'une Vietnamienne, abandonné par son père après le retrait américain du Vietnam en 1975, est nominé pour l'Oscar du Meilleur film étranger en 1995. Cinq ans plus tard, il s'attaque à son troisième film, Little Senegal. Dans ce drame, un gardien du musée de l'esclavage sur l'île de Gorée part aux États-Unis pour y rechercher d'éventuels parents descendants d'esclaves. |
 |
Rachid Bouchareb connaît la consécration en 2006 avec son film Indigènes, les aventures de quatre soldats maghrébins engagés dans l'armée française en 1943. Les interprètes principaux, Samy Naceri, Jamel Debbouze, Sami Bouajila, Roschdy Zem et Bernard Blancan remportent tous ensemble le prix du Meilleur acteur au festival de Cannes. Parallèlement à ses activités de réalisateur, il produit des films de différentes nationalités : West Beyrouth, comédie dramatique franco-libanaise de Ziad Doueiri, Flandres de Bruno Dumont ou Le Chaos, drame égyptien réalisé par Youssef Chahine et Khaled Youssef.
Après la lourde logistique digne d'Hollywood qui caractérise Indigènes, London River est une réalisation plus libre et simple. Retrouvant Sotigui Kouyate quelques années après Little Senegal, ce film se concentre sur le deuil de deux parents, qui ne se connaissent pas, l'un est africain, l'autre est une londonienne, et qui ont tous deux perdus leurs enfants lors des attentats dans le métro londonien du 2 juillet 2005.
Avec Hors-la-loi, le cinéaste continue d'explorer le passé du Maghreb et son lien à la décolonisation en donnant une suite chronologique à Indigènes, basée sur la période allant de l'immédiate après-guerre jusqu'aux années 1960. Trois frères, incarnés là encore par Jamel Debbouze, Roschdy Zem et Sami Bouajila, y sont montrés en parallèle dans ces temps décisifs pour l'indépendance de l'Algérie.
Source : www.toutlecine.com
Toute la filmographie de Rachid Bouchareb en tant que :
|
|
|
 |
 |
Hors-la-loi : Le contexte Historique |
| |
L’Algérie française : 132 ans de colonisation
Occupée par les troupes françaises à partir de 1830, l’Algérie devient en 1848 un département français. Malgré la résistance qu’ils mènent depuis des années, musulmans et juifs d’Algérie acquièrent alors de fait le statut de "sujets français". Le régime de "l’Indigénat" en fait des citoyens de "seconde zone" qui n’ont pas les mêmes droits que les Européens d’Algérie ou de métropole. En 1870, le décret Crémieux accorde finalement aux juifs d’Algérie la pleine citoyenneté française. Au même moment, la perte de l’Alsace-Lorraine provoque l’afflux croissant de Français en Algérie : leur nombre passe de 245.000 en 1872, à 500.000 en 1914. Jusqu’à 40% des meilleures terres cultivables sont progressivement saisies pour être distribuées aux colons à des prix très avantageux, chassant de leur terre et laissant dans la misère des centaines de milliers de petits paysans. Malgré la crise agraire et des répressions cinglantes, la population "indigène" passe de 2.000.000 à 5.000.000 au cours de la même période.
Ces chiffres cachent cependant une réalité plus complexe. Les recensements de l’époque permettent d’affirmer qu’entre 1866 et 1883 la moitié de la population va disparaître en raison de maladies, de la famine liée à l’exode, et de la répression de l’armée. Les Français d’Algérie et les autochtones vivent ensemble, mais ne se mélangent pas. Chaque communauté est régie par une législation différente : la ségrégation légale s’installe dans la durée. Au début du XXe siècle, une élite d’intellectuels commence peu à peu à donner de la voix au mouvement indépendantiste à travers des manifestes, des publications et des formations politiques ...
Plusieurs organisations voient le jour comme l’Étoile Nord-Africaine (ENA) en 1926, puis le Parti du Peuple Algérien (PPA) ou les Oulémas et, après-guerre, le Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques (MTLD), puis le Mouvement National Algérien (MNA) présidé par Messali Hadj, mais aussi l’Union Populaire Algérienne (UPA) de Ferhat Abbas, devenu par la suite un leader du FLN. Tous revendiquent l’égalité des droits et la fin de "l’Indigénat". Bien que 134.000 musulmans algériens aient participé à la Libération de la France aux côtés des 230.000 "Indigènes" et malgré l’abrogation officielle du statut d’"Indigénat" en 1945, rien ne change pour eux au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.
Entre 1946 et 1953, le mouvement indépendantiste va donc se radicaliser avant d’entrer dans une phase d’action violente à partir de 1954 avec le FLN et son bras armé l’ALN. La guerre de Libération pour les uns, les "événements d’Algérie" puis la "guerre d’Algérie" pour les autres, vont commencer ...
Les événements : Des massacres de Sétif à la "Toussaint Rouge"
Le 8 mai 1945, dans la plupart des villes d’Algérie, des autochtones manifestent pour "l’indépendance de l’Algérie" : ils veulent plus de liberté politique, commémorent la fin du conflit et réclament la libération du dirigeant nationaliste Messali Hadj, déporté à Brazzaville le 25 avril 1945 après les incidents de Reibell. Dans l’est algérien, à Sétif, ville du principal leader nationaliste Ferhat Abbas, et à Guelma, les manifestations sont réprimées par les armes et tournent à l’émeute.
À Sétif, 7.000 à 8.000 personnes défilent en présence de nombreux nationalistes algériens lorsqu’un policier tire sur un jeune manifestant arborant un drapeau algérien. La manifestation dégénère, des Européens sont agressés, et l’intervention de la police et de l’armée fait de nombreux morts et blessés. Les jours suivants, la colère des manifestants se retourne contre les colons et les fermes isolées. De nombreux européens sont tués et massacrés. Les forces de police, de gendarmerie, l’armée et, à Guelma, la milice composée de civils européens, répriment de façon très brutale l’insurrection nationaliste.
La répression dure pendant deux semaines environ. Elle est orchestrée depuis la France par le gouvernement du général de Gaulle et sur place, en Algérie, par le gouverneur général Chataigneau, le préfet de Constantine Lestrade Carbonnel, les sous-préfets (en particulier André Achiary à Guelma), le général Martin et le général Duval, commandant la Division Territoriale de Constantine. Plusieurs facteurs permettent d’expliquer ces événements. La propagande nationaliste était d’abord à son apogée en Algérie depuis 1943, date de la remise par Ferhat Abbas aux autorités françaises du Manifeste du peuple algérien, autour duquel se formèrent les Amis du Manifeste et de la Liberté (AML).
Le projet insurrectionnel du Parti du Peuple Algérien (PPA) de Messali Hadj attendait quant à lui la fin de la guerre pour se mettre en œuvre. Or, les colons refusaient toutes les réformes et la crispation était à son comble. D’autant que de nombreux Algériens avaient participé à la guerre qui avait fait émerger le discours sur le "droit des peuples à disposer d’eux-mêmes", un principe repris par la Charte de l’Atlantique et la Conférence de San Francisco à l’origine de la création de l’ONU. La riposte est impitoyable et démesurée.
L'armée française, légionnaires, tabors marocains et tirailleurs sénégalais confondus, ainsi que les milices de colons se livrent à une répression féroce. L’aviation et la marine sont utilisées contre les douars, ces campements nomades disposés en cercle qui permettent de garder les troupeaux… La terreur s’étend rapidement dans tout le Constantinois. De nombreux corps ne pouvant être enterrés, ils sont jetés dans les puits, dans les gorges de Kherrata. Des miliciens utilisent les fours à chaux pour faire disparaître des cadavres. Bientôt, les automitrailleuses font leur apparition dans les villages et tirent sur les populations, les faisant fuir dans les montagnes.
Le 19 mai, à la demande du ministre de l’intérieur Tixier, de Gaulle désigne le général de gendarmerie Paul Tubert, grand résistant, membre du Comité central provisoire de la Ligue des droits de l’homme et membre de l’Assemblée consultative provisoire, pour mener une enquête sur le terrain et stopper la répression. Pendant six jours, l’équipe de Paul Tubert fait du sur-place à Alger et intervient peu.
On ne la laisse partir pour Sétif que le 25 mai, quand les émeutes ont pris fin et les milices ont été dissoutes. Le lendemain de son arrivée à Sétif, Paul Tubert est rappelé à Alger afin d’éviter que son enquête ne révèle les incidents survenus dans la ville depuis le 8 mai. Mais Tubert tient à remettre un rapport sur la base des quelques faits qui lui ont été rapportés : il est sans ambiguïté 1. Le rapport n’est cependant pas diffusé et il est vite oublié ...
Quelques temps plus tard, Paul Tubert est nommé maire d’Alger. Officiellement, les émeutes de Sétif firent 102 morts européens, essentiellement dans la région de Sétif, et 1.165 morts algériens. Les Algériens avancent le chiffre de 45.000 morts. Les archives civiles françaises et britanniques font état d’un nombre de victimes allant de 6.000 à 15.000. Pour les historiens, on ne connaîtra jamais le chiffre exact, sauf pour quelques localités précises : 200 morts à Oued Marsa ou 600 à Kerrata. Selon l’historienne Annie Rey-Goldzeiguer, "la seule affirmation possible, c’est que le chiffre dépasse le centuple des pertes européennes et que reste, dans les mémoires de tous, le souvenir d’un massacre qui a marqué cette génération".
Un chiffre que les autorités françaises ne reconnaîtront jamais officiellement. Collégien à l’époque, l’écrivain algérien originaire de la région de Sétif, Kateb Yacine, assista aux événements de Sétif. Il témoigne : "la manifestation du 8 mai était pacifique. En organisant une manifestation qui se voulait pacifique, on a été pris par surprise. Les dirigeants n’avaient pas prévu de réactions. Cela s’est terminé par des dizaines de milliers de victimes.
À Guelma, ma mère a perdu la mémoire […]. On voyait des cadavres partout, dans toutes les rues. La répression était aveugle ; c’était un grand massacre." C’est à la suite des événements du 8 mai que Krim Belkacem, l’un des six fondateurs historiques du FLN, décide de prendre le maquis. |
| |
Suite sur Comme au Cinema |
|
 |
Sous le soleil de Ben Arous
Hors-la-loi a été réalisé en partie en Tunisie dans les studios du producteur de renom Tarak Ben Ammar. Dans ce lieu, Rachid Bouchareb a pu reconstituer le décor de Sétif, aussi bien que des bidonvilles de la banlieue parisienne ou les environs de Pigalle. Le tournage, d'une durée de cinq mois, s'est déroulé en outre en Algérie, en Belgique, en France, aux Etats-Unis et en Allemagne.
Après Indigènes
Hors-la-loi succède à d' Indigènes (près de 3.5 millions d'entrées) en reprenant d'une part son casting ( Jamel Debbouze, Roschdy Zem et Sami Bouajila), d'autre part avec une suite logique des événements. Alors que le premier film narrait la présence des troupes coloniales dans l'Armée de Libération pendant la Seconde Guerre mondiale, le second raconte le vent de décolonisation qui lui est subséquente. La scène de Sétif, qui ouvre Hors-la-loi, devait être à l'origine la scène de conclusion d'Indigènes.
De prestigieux précédents
Quand Rachid Bouchareb cite les films qu'il avait en tête pour la réalisation de son film, tout le panthéon du cinéma mondial est convoqué : Jean-Pierre Melville pour L'Armée des ombres et son évocation de la traîtrise dans la Résistance, Visconti pour les scènes de boxe avec Rocco et ses frères. Quant au statut de fresque de son film, Bouchareb se réclame du Parrain, du Leone d' Il était une fois en Amérique ou encore du Viva Zapata d' Elia Kazan. Un cinéma dense et spectaculaire en résumé.
Polémiques en série
Dès l'annonce de sa sélection au Festival de Cannes, et avant même sa présentation aux journalistes et aux publics, Hors-la-loi a suscité une vive polémique, enclenchée par le député UMP Lionnel Luca. A son sens, le film portait atteinte aux victimes françaises de la Guerre d'Algérie. Le 21 mai 2010, date à laquelle le film fut projeté au Palais des Festivals, une manifestation organisée par la municipalité cannoise eut lieu pour honorer ces mêmes victimes, et protester avec véhémence sur l'éclairage historique proposé par Rachid Bouchareb.
Trésorerie du complot
Rachid Bouchareb s'est inspiré d'un contexte historique particulièrement chargée dans la période de l'immédiate après-guerre. Cette nation en devenir connut en effet dans un premier temps les massacres de Sétif, répression sanglante de manifestations indépendantistes pacifiques.
Si cet événement méritait une retranscription fidèle, le réalisateur n'a pas oublié pour autant la partie occulte de cette période, qui a vu en parallèle les réseaux de contre-espionnage français de La Main Rouge opérer dans l'ombre pour éliminer des indépendantistes, et aussi le conflit qui eut lieu au cœur même de la France entre deux partis algériens servant la même cause mais divergeant quant à la méthode : le MNA et le FLN. |
| Source : www.toutlecine.com |
|
 |
Avec Hors-la-loi, Rachid Bouchareb porte l’histoire de l’indépendance de l’Algérie à l’écran, sauvant un épisode déclencheur de l’oubli, par les décors, l’interprétation, les costumes et la musique, l’immersion est totale.
Il y a des portes de l’Histoire que le cinéma rouvre et d’autres qu’il semble pousser pour la première fois. Poursuivant sa fresque franco-algérienne avec talent, intelligence et panache, Rachid Bouchareb, le réalisateur d’Indigènes, lève, avec Hors-la-loi, le rideau sur le massacre de Sétif, épisode déterminant dans l’histoire de l’indépendance de l’Algérie. En compétition dans la sélection officielle du Festival de Cannes 2010, le film n’avait pas laissé indifférent, polémiques comprises.
Le 8 mai 1945, dans la plupart des villes d’Algérie, les partis nationalistes algériens tiennent à rappeler leurs revendications patriotiques dans le cadre des festivités de la victoire des Alliés sur l’Allemagne nazie. Dans l’Est algérien, à Sétif et à Guelma, les manifestations sont réprimées par les armes et tournent à l’émeute. A Sétif, 7.000 à 8.000 personnes défilent en présence de nombreux nationalistes algériens lorsqu’un policier français tire sur un jeune manifestant arborant un drapeau algérien. La manifestation dégénère, des Européens sont agressés et l’intervention de la police et de l’armée françaises fait de nombreux morts et blessés. Les jours suivants, la colère des manifestants se retourne contre les colons et les fermes isolées. De nombreux Européens sont tués et massacrés. Les forces de police, de gendarmerie, l’armée et, à Guelma, la milice composée de civils européens, sévissent de façon très brutale contre l’insurrection nationaliste. La répression dure deux semaines environ. Elle est orchestrée depuis la France par le gouvernement du général de Gaulle et sur place, en Algérie, par de hauts fonctionnaires français.
C’est dans ce contexte que se situe l’action de Hors-la-loi. Chassés de leur terre algérienne, trois frères et leur mère sont séparés. Messaoud s’engage en Indochine. A Paris, Abdelkader prend la tête du mouvement pour l’indépendance de l’Algérie et Saïd fait fortune dans les bouges et les clubs de boxe de Pigalle. Leur destin, scellé autour de l’amour d’une mère, se mêlera inexorablement à celui d’une nation en lutte pour sa liberté.
Cinéaste, pas historien
Rachid Bouchareb rapporte qu’à l’époque d’Indigènes, il avait rencontré d’anciens combattants d’Afrique du Nord ou d’Afrique noire, profondément déçus et amers vis-à-vis de l’attitude de la France à leur égard. Ce manque de reconnaissance et de considération avait relancé le mouvement de la décolonisation au moment de la Libération. C’est de ce matériau qu’est né le projet de Hors-la-loi. Le réalisateur et son scénariste ont alors mené des recherches à la Bibliothèque de Paris, visionné des documentaires et des films, et ont surtout rencontré et interviewé les témoins de l’époque, « car la mémoire vivante est riche pour la fiction », rappelle Rachid Bouchareb. « Je suis cinéaste, pas historien », poursuit-il. « Nous avons rencontré un faussaire français qui, pendant l’Occupation, fabriquait de faux papiers pour les résistants français, et qui a poursuivi son activité dans les années 1954-55 au bénéfice, cette fois, de la résistance algérienne.
Il trouvait qu’il servait, à chaque fois, une cause juste. De même, tous les Français qui ont aidé ou caché ces militants proalgériens - comme les fameux "porteurs de valises" - considéraient que leur combat était juste. Ce sont ces gens-là qui nous ont inspirés ». Il y a effectivement dans Hors-la-loi, le feu de raconter, d’informer, d’inviter le spectateur dans la petite histoire, celle des sentiments mêlée à la grande, celle du grand mouvement, exhumant du silence les actes tombés, ou peut-être jetés dans l’oubli. Il y a d’une part le frère militant et intransigeant (excellent Sami Bouajila), le frère partagé et soutenant (Roschdy Zem, très présent) et le frère malin et indépendant (Jamel Debbouze, touchant), mais aussi les sympathisants français « porteurs de valises », la guerre fratricide à Paris entre le FLN (Front de Libération Nationale) et le MNA (Mouvement National Algérien) ou encore le cache-cache avec l’organisation de La Main Rouge. Le récit est prenant, violent, spécifique et historique. La musique d’Armand Amar -le compositeur de Amen, Va, vis, deviens, Indigènes et Le concert- joue elle aussi un beau et grand rôle. Le film traverse le particulier pour toucher à l’universel. Toute ressemblance avec les mouvements de libération nationale du monde entier ne serait pas... si fortuite. |
| Source : www.cclj.be |
| |
Rachid Bouchareb répond à ses détracteurs
Le dernier film du réalisateur, qui traite de la guerre d'Algérie, fait polémique. En compétition à Cannes, voici la lettre qu'il a écrite à l'adresse du Festival.
"Depuis trois semaines, une polémique précède la présentation à Cannes de mon film Hors La Loi, alors que ceux qui participent à cette polémique n'ont pas vu le film ... Devant de telles passions et dans un souci d'apaisement, il m'apparaît important de rappeler deux choses :
- Hors la loi est un film de fiction, une saga qui raconte l'histoire de trois frères algériens et de leur mère sur une période de plus de trente-cinq ans, du milieu des années trente à l'indépendance de l'Algérie en 1962.
- Il faut qu'il soit possible que le cinéma aborde tous les sujets. Je le fais en cinéaste, avec ma sensibilité, sans obliger quiconque à la partager. Après les projections, il sera temps que le débat public se déroule. Attaché comme je le suis à la liberté d'expression, il me paraît normal que certains puissent être en désaccord avec mon film, mais je souhaite que ce désaccord s'exprime dans un cadre pacifique et dans la sérénité du débat d'idées.
Pour le monde entier, la France est une terre de liberté et je suis particulièrement fier d'y montrer mon film, dans le plus prestigieux des festivals. Je souhaite que cette projection se fasse dans le respect mutuel et dans un climat serein." |
| Source : www.lesoir.be |
| |
Cannes: "Hors-la-loi" en lice, sur fond de polémique et de manifestation
Le film a été dénoncé, avant même d'avoir pu être vu, par plusieurs personnalités de droite, ainsi que par l'extrême droite, des associations de harkis, d'anciens combattants et de pieds-noirs. Objet en France de virulentes critiques et accusé de "falsifier l'histoire" franco-algérienne, notamment celle de massacres commis en 1945, le film "Hors-la-loi" de Rachid Bouchareb, en lice pour la Palme d'Or au Festival de Cannes, est présenté vendredi. Evènement Cette production algéro-franco-belge, en sélection officielle à Cannes sous pavillon algérien, aborde notamment l'histoire des massacres de Sétif en 1945. Plusieurs milliers d'Algériens avaient été tués par l'armée française au cours de ces massacres, déclenchés en répression de manifestations pro-indépendantistes dans l'est algérien qui avaient dégénéré et fait plus de cent morts parmi les Européens.
Le film a été dénoncé, avant même d'avoir pu être vu, par plusieurs personnalités de droite, ainsi que par l'extrême droite, des associations de harkis (anciens supplétifs de l'armée française en Algérie), d'anciens combattants et de pieds-noirs (rapatriés d'Algérie après l'indépendance en 1962). Environ 1.200 manifestants, selon la police, se sont rassemblés vendredi à Cannes (Alpes-Maritimes) pour rendre hommage aux "victimes françaises" de la guerre d'Algérie et des massacres de Sétif, Parmi les manifestants réunis devant le monument aux morts de l'Hôtel de ville figuraient plusieurs élus UMP dont le député-maire de Cannes Bernard Brochant et environ 70 anciens combattants portant des drapeaux français ainsi que des représentants d'associations de harkis ou de pieds-noirs. Le Front national était présent avec une discrète banderole.
Le député UMP des Alpes-Maritimes Lionnel Luca avait allumé la polémique fin avril, accusant le réalisateur franco-algérien d'avoir "falsifié" l'histoire, en occultant selon lui dans son film les meurtres d'Européens qui ont précédé les massacres de Sétif. N'ayant pas vu le film, il se basait sur un bref avis émis, à partir d'un scénario provisoire, par le service historique du ministère de la Défense, qui relevait des anachronismes. Des associations d'anciens combattants, de harkis et de pieds-noirs ont parlé à sa suite d'un "film à la gloire du FLN" (le Front de libération nationale de l'Algérie, actuellement au pouvoir), et des sites d'extrême-droite ont promis une "croisade sur la Croisette". Douze intellectuels dont sept historiens, défendant la "liberté d'expression" ont dénoncé de leur côté un "retour en force de la bonne conscience coloniale", tandis que la Ligue des droits de l'homme (LDH) s'insurgeait contre les "pressions" exercées sur les financeurs du film et le festival.
Rachid Bouchareb a appelé au calme dès l'ouverture du Festival et souhaité que les désaccords suscités par cette "fiction" s'expriment "dans la sérénité". "Devant de telles passions et dans un souci d'apaisement, il mapparaît important de rappeler deux choses : +Hors la loi+ est un film de fiction, une saga qui raconte lhistoire de trois frères algériens et de leur mère sur une période de plus de trente-cinq ans, du milieu des années trente à l'indépendance de l'Algérie en 1962. Il faut quil soit possible que le cinéma aborde tous les sujets", a-t-il déclaré. Thierry Frémaux, le directeur général du Festival, et le ministre français de la Culture, Frédéric Mitterrand, ont également appelé à un débat apaisé. "On ne peut pas parler sans passion de la guerre d'Algérie. Ce n'est pas un film d'histoire, c'est une fiction. La liberté de créer doit rester complète. Objectivement - et c'est un jugement de spectateur - ce film est digne des critères esthétiques du Festival de Cannes", a déclaré Frédéric Mitterrand. |
| Source : www.lalibre.be |
|
 |
 |
Entretien avec Rachid Bouchareb, réalisateur de Hors-la-loi |
| |
A quand remonte Hors-la-loi ?
Le projet s’est imposé de lui-même. D’ailleurs, dans l’une des versions du scénario d’Indigènes, le film devait se terminer par le massacre de Sétif. Et puis, je me suis dit qu’il fallait que la dernière scène se déroule en France. Mais dès l’époque d’ Indigènes, lorsque, avec mon coscénariste Olivier Lorelle, on a rencontré d’anciens combattants d’Afrique du Nord ou d’Afrique noire, on s’est rendus compte qu’il y avait chez eux une profonde déception et amertume vis-à-vis de la France. Du coup, la fin de la guerre et la Libération ont relancé le mouvement de la décolonisation. C’est à ce moment-là qu’est né Hors-la-loi.
Comment vous êtes-vous documenté ?
Avec Olivier Lorelle, nous avons mené des recherches notamment à la Bibliothèque de Paris. Nous avons visionné des documentaires et de nombreux films et surtout rencontré et interviewé les témoins de l’époque car la mémoire vivante est riche pour la fiction : je suis cinéaste, pas historien. Par exemple, nous avons rencontré un faussaire français qui, pendant l’Occupation, fabriquait de faux papiers pour les résistants français, et qui a poursuivi son activité dans les années 1954-55 – au bénéfice, cette fois, de la résistance algérienne. Il trouvait qu’il servait, à chaque fois, une cause juste. De même, tous les Français qui ont aidé ou caché ces militants pro-algériens – comme les fameux «porteurs de valises» – considéraient que leur combat était juste. Ce sont ces gens-là qui nous ont inspirés.
On pense d’ailleurs à L’armée Des Ombres de Jean-Pierre Melville.
Absolument. Quand j’ai rencontré à Alger un ancien membre de la Fédération de France du FLN qui devait exécuter les traîtres à la cause – et qui en souffre encore aujourd’hui –, L’armée Des Ombres m’est revenu en tête : c’est bien entendu la scène où le jeune résistant, identifié comme traître, est étranglé à laquelle j’ai pensé et qui m’a beaucoup marqué. Une dizaine d’années après l’Occupation, on se retrouvait à Paris dans la même ambiance que dans le film de Melville.
|
| |
Suite sur Comme Au Cinema |
| |
|
 |
Entretien avec Jamel Debbouze, à propos de Hors-la-loi |
| |
Comment avez-vous réagi en sachant que vous alliez reformer l’équipe d’Indigènes ?
J’ai été fou de joie ! Quand Rachid Bouchareb m’appelle, j’ai l’impression que c’est Raymond Domenech qui téléphone à ses joueurs pour reformer l’équipe de France : j’ai le sentiment de faire partie d’une sélection privilégiée pour défendre des projets que Rachid a dans la tête. Ce qui me plaît bien également, c’est qu’on a le sentiment de défendre les couleurs de la France puisqu’on raconte un pan de l’histoire de France à chaque fois.
Vous êtes-vous documenté sur l’époque ?
Absolument ! Comme j’ai habité à Barbès, le film a été un magnifique prétexte pour retourner dans les arrière- boutiques des bars et des épiceries : je voulais que les gens qui ont participé à cette histoire me la racontent de vive voix. J’ai ainsi rencontré d’anciens membres du FLN ou des personnes qui ont subi son intransigeance – j’ai même discuté avec quelqu’un à qui les hommes du FLN avaient coupé le nez parce qu’il n’était pas d’accord avec leurs méthodes ! Du coup, j’ai pris conscience à quel point des gens ont souffert dans leur chair et sont morts pour défendre des convictions.
Votre personnage dans Hors-la-loi est-il un cousin éloigné de celui d’Indigènes ?
Oui, dans la mesure où, dans Indigènes déjà, mon personnage était un être fragile qui ne semblait pas très intéressé par ce qui se passait autour de lui et qui voyait presque la guerre comme un jeu. De même, Saïd, dans Hors-la-loi, se sent moins concerné que ses frères par la guerre. Ce qui l’intéresse avant tout, c’est d’assouvir sa passion pour reconquérir le cœur de sa mère qui le considère comme un voyou et un moins que rien : il souffre énormément d’avoir été rejeté par elle. Du coup, il se consacre totalement à la boxe qui lui permettra, pense-t-il, d’atteindre son objectif. Il ne pense pas que la révolution puisse faire de lui un homme libre car il se sent déjà libre dans sa tête.
|
| |
Suite sur Comme Au Cinema |
| |
|
 |
Entretien avec Rochdy Zem, à propos de Hors-la-loi |
| |
Vous faites partie intégrante de la «troupe» de Rachid Bouchareb ...
Ma première collaboration avec Rachid remonte à une quinzaine d’années, et on n’a jamais cessé de travailler ensemble depuis. Et comme c’est quelqu’un de très fidèle, la question de participer à ce projet ne s’est même pas posée ! Ce que je remarque seulement, c’est qu’au fil des années, il est de plus en plus exigeant avec les comédiens. Et même s’il nous laisse pas mal de liberté dans le jeu, il fixe précisément la direction dans laquelle il veut nous emmener.
Vous êtes-vous documenté sur l’époque ?
Je me documente toujours, surtout par curiosité, même si je ne suis jamais certain que cela serve l’interprétation – ou alors de manière inconsciente. Toujours est-il que cela nourrit le personnage et cela me permet de l’étoffer.
Comment vous êtes-vous préparé au rôle ?
Quand Rachid m’en a parlé au début, il m’a demandé de regarder Quand La Ville Dort de John Huston et de penser au personnage interprété par Sterling Hayden. En voyant le film, j’ai compris vers quelle direction il voulait que je me dirige : pour résumer, c’est un mélange de force et de retenue. Bien que je sois l’aîné, je ne voulais pas incarner l’autorité naturelle du «grand frère».
Aviez-vous d’emblée une vision claire du personnage ?
Je n’avais pas envie d’être l’homme fort de la situation sur lequel on se repose. Je voulais être celui qui subit, plutôt que celui qui provoque. Messaoud est un type profondément blessé et marqué par ce qu’il a enduré en Indochine. D’où l’idée d’en faire un borgne pour marquer ce traumatisme.
|
| |
Suite sur Comme Au Cinema |
| |
|
 |
Entretien avec Samy Bouajila, à propos de Hors-la-loi |
| |
Qu’est-ce qui vous a intéressé dans le projet de Hors-la-loi ?
Avant même de lire le scénario, l’idée de poursuivre l’aventure avec Rachid Bouchareb me plaisait. D’ailleurs, à l’époque d’Indigènes, il nous laissait déjà entendre que nous pourrions peut-être nous retrouver pour un deuxième film. Ensuite, à la lecture, j’ai eu le sentiment que Rachid avait encore progressé par rapport à Indigènes et qu’il avait réussi une formidable fresque, avec des éléments de polar et de cinéma d’aventures. Dès le scénario, il y avait du souffle et une magnifique ampleur romanesque.
Vous êtes-vous documenté sur l’époque et sur la naissance du FLN ?
Je m’étais déjà renseigné sur cette période pour d’autres films et, plus particulièrement, sur les «porteurs de valise» et les indépendantistes algériens qui subissaient un délit de faciès en France. Du coup, j’ai préféré me concentrer sur la dimension humaine de mon personnage. Je me suis posé la question de savoir comment un être peut, par conviction et par orgueil, se laisser piéger par son propre charisme et entraîner dans son élan d’autres que lui : lorsque tout lui échappe, il se retrouve face à lui-même et prend conscience qu’il n’est qu’un homme.
Votre personnage est un intransigeant qui va jusqu’au bout de son combat et en oublie son humanité ...
Je savais dès le départ qu’il s’agissait d’un militant, mais je crois que j’ai redécouvert le personnage en l’interprétant. J’ai alors compris qu’aucun grand leader politique – que ce soit Gandhi, Nelson Mandela ou le Che – ne pouvait être dans la demi-mesure. C’étaient forcément des radicaux excessifs et maximalistes. Du coup, ce n’est pas étonnant qu’Abdelkader en perde parfois son humanité. Tout comme les membres du Viet-Minh, les hommes du FLN étaient des machines de guerre formées par la Stasi : il arrive un moment où la machine prend le dessus sur la part d’humanité d’Abdelkader. Il explique d’ailleurs que la révolution n’est pas une question individuelle, mais une question de masse et qu’on ne peut plus l’arrêter une fois qu’elle est lancée. |
| |
Suite sur Comme Au Cinema |
|
 |
 |
evene - Gaël Le Bellego |
| |
On prend les mêmes et on poursuit. Rachid Bouchareb mobilise son trio d'Indigènes, Jamel Debbouze, Sami Bouajila et Roshdy Zem (seul Samy Naceri manque à l'appel), pour reprendre l'histoire à peu près là où elle s'était arrêtée. 1945 : la guerre est finie, et déjà une autre commence. Le film s’ouvre sur les massacres de Sétif, répression par les armes des velléités nationalistes du peuple algérien, pour nous emmener jusqu'au jour de son indépendance, le 5 juillet 1962. Entre les deux, un combat soutenu par l'espoir, l'obstination aussi, et gagné par le sang.
Plutôt que d'en faire une fresque écrasante, Bouchareb s'attache à raconter la grande histoire par la petite, celle de trois frères rassemblés autour du même idéal de liberté. Mais quand Saïd (Debbouze) préfère s'émanciper par l'argent, Messaoud (Zem) et Abelkader (Bouajila) font le choix politique de la révolution.
"Ne soyez plus les esclaves d'un pays colonisateur, brisez vos chaînes !" Rachid Bouchareb persévère et tord, à nouveau, le cou au passé honteux. On le sent porté par son devoir de mémoire, et une forme de rage aussi : ratonnades, arabes jetés à la Seine, racisme ordinaire ... Il a choisi son point de vue (les blancs sont, à une exception près, des flics violents et sans visage), mais comment lui en vouloir ? La repentance de la France est encore discrète, le mea culpa, si faible. On peut reprocher au cinéaste une "romantisation" du FLN, même s'il n'élude pas ses excès (les meurtres à la cordelette, dont un sur fond de Bill Haley !), et s'il dénonce le totalitarisme parfois aveugle de la cause (le personnage de Saïd). Mais son souffle épique, le trio d'acteurs parfaits et les décors en studio évitent à "Hors-la-loi" le didactisme du film historique qu'on montre au lycée, pour rester - c'est déjà pas mal - un must du divertissement intelligent. |
| |
Source : www.evene.fr |
| |
|
 |
in the mood for cinema |
| |
Ce film vaut beaucoup plus et mieux que la polémique à laquelle on tente de le réduire. Ce qui marque d'abord, c'est la qualité de la mise en scène et la somptuosité de la photographie. "Hors-la-loi" n'est par ailleurs pas un manifeste politique mais une sorte de western des temps modernes aux accents parfois melvilliens sur fond de naissance du fln (que Rachid Bouchareb n'épargne d'ailleurs nullement).
La scène du massacre de Sétif est essentiel pour expliquer l'attachement viscéral à la terre des trois frères, leur besoin de vengeance, leur hargne.
Bouchareb interroge aussi la question de cause juste ou de guerre juste qui dépasse largement le cadre de la guerre d'Algérie. Jusqu'où aller pour défendre un idéal, une cause que l'on croit juste ? La fin justifie-t-elle les moyens ? La violence est-elle une arme nécessaire pour trouver le chemin de la liberté ?
La quasi dévotion du personnage de Sami Bouajila qui sacrifie tout (y compris sa vie) à la cause qu'il défend en est la parfaite illustration. C'est d'ailleurs lui qui domine toute la distribution. Soulignons également la présence d'un autre des cinq lauréats du prix d'interprétation de 2006, Bernard Blancan, injustement absent de la conférence de presse et de l'émission Le Grand Journal à laquelle l'équipe était invitée (présente dans les coulisses de l'émission, je vous en reparlerai demain avec de nombreuses photos) remarquable dans le personnage du Colonel Faivre.
Une mise en scène ample, lyrique, inspirée, rythmée d'un cinéphile dont on sent les multiples et prestigieuses influences (du "Parrain" de Coppola au cinéma de Scorsese en passant par celui de Melville). Des comédiens une nouvelle fois remarquables. Des questionnements et un sujet passionnants et qui dépassent le cadre de la guerre d'Algérie. Pour moi, un des meilleurs films de cette édition 2010. |
| |
Source : www.inthemoodforcinema.com |
|
 |
|