Ciné-club éducatif & culturel de Mons (CCEC)
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Tous les Soleils réalisé par Philippe Claudel
    
Titre original Tous les Soleils
Réalisation Philippe Claudel
Scénario Philippe Claudel
Adaptation Adapté du roman éponyme Tous les soleils (Seuil - publié en 1984) de Bertrand Visage et ayant reçu la même année le prix Femina.
Interprétation Stefano Accorsi (Alessandro), Neri Marcoré (Luigi), Lisa Cipriani (Irina), Anouk Aimée (Agathe), Clotilde Courau (Florence), Philippe Rebbot (Jean-Paul), Marie Seux (Malou), Margot Lefevre Chan (la Grand-Mère), Jean-Marie Holterbach (le Grand-Père), Patricia Joly (la directrice Département), ...
Photographie Denis Lenoir
Pays France
Année 2010
Durée 1h 46'
Genre Comédie
Distributeur Lumière
Cote
     3,5 (59 votes)
Site officiel  
Bande annonce  
Affiches 01 / 02
Dossier de presse
Feuillet du film distribué aux séances
 
 
 
 La projection aura lieu à IMAGIX - Mons - Plan d'accès
Le jeudi 31 mars 2011
Le film est projeté en version originale française & italienne sous-titrée en français
Le film est projeté sans entracte ni publicité
Les séances :
 
  • 17h00 et 20h00 avec présentation et feuillet sur les films à chaque séance
  • 14h30 et 22h30 sans présentation et feuillet sur les films à chaque séance
 
 
Depuis le succès de son premier film "Il y a longtemps que je t’aime", l’écrivain Philippe Claudel s’est lancé dans un pari risqué : évoquer le deuil tout en exploitant les ressources jubilatoires de la comédie italienne. Une réussite où vous vous surprendrez à rire, pleurer à chaudes larmes et danser la tarentelle (Dany Habran dans le Journal des Grignoux)

Alessandro est un professeur italien de musique baroque qui vit à Strasbourg avec Irina, sa fille de 15 ans, en pleine crise, et son frère Crampone, un gentil fou anarchiste qui ne cesse de demander le statut de réfugié politique depuis que Berlusconi est au pouvoir. Parfois, Alessandro a l'impression d'avoir deux adolescents à élever, alors qu'il ne se rend même pas compte qu'il est lui-même démuni face à l’existence. Voulant être un père modèle, il en a oublié de reconstruire sa vie amoureuse, d'autant plus qu'il est entouré d'une bande de copains dont la fantaisie burlesque l'empêche de se sentir seul.Mais au moment où sa fille découvre les premiers émois de l’amour, sans qu’il s’y attende, tout va basculer pour Alessandro ...

C'est en découvrant une musique traditionnelle italienne, la Tarantelle, que Philippe Claudel a reçu l'inspiration du personnage principal. Selon la tradition, cette musique était d'ailleurs censée guérir les gens qui s'étaient fait piquer par une tarentule, et remettre un peu de vie à l'intérieur des cœurs abattus.
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Philippe Claudel sur Tout le Cine
Philippe Claudel né le 2 février 1962 à Dombasle-sur-Meurthe (France).

Réalisateur, Scénariste, Scénariste (Dialogues), Scénariste (Adaptation).

Philippe Claudel est issu d'un milieu ouvrier. Après avoir obtenu l'agrégation de Lettres modernes, Philippe devient maître de conférences à l'université de Nancy mais donne également des cours dans des centres carcéraux ou des établissements pour jeunes handicapés, puis publie en 1999 son premier roman, Meuse l'oubli, pour lequel il reçoit le prix France Télévisions pour J'abandonne. L'auteur fait une première incursion au cinéma en 2002, en coécrivant avec Yves Angelo Sur le bout des doigts.

L'année suivante, Philippe CLaudel publie Les Ames grises. Le roman, unanimement salué par la critique, obtient le prix Renaudot et fait l'objet d'une adaptation cinématographique homonyme. Pour l'occasion, l'auteur participe à l'adaptation. Yves Angelo est aux manettes, Jacques Villeret et Jean-Pierre Marielle au casting, pour cette histoire d'infanticide sur fond de Première Guerre mondiale.

Parallèlement à sa carrière active de romancier (Le Retour de Brodeck, 2007), Claudel prolonge son expérience cinématographique avec Il y a longtemps que je t'aime comme scénariste mais également - et c'est une première - comme réalisateur. L'occasion de diriger Kristin Scott Thomas et Elsa Zylberstein.

Fort du succès de son premier long métrage, Philippe Claudel tourne son second film en 2011 en dirigeant cette fois-ci Stefano Accorsi, Anouk Aimée et Clotilde Courau dans une comédie dramatique, Tous les soleils, dans laquelle le jeune acteur italien tient le rôle d'un père ayant perdu sa femme et élevant seul sa fille adolescente.

Source : Toutlecine

Toute la filmographie de Philippe Claudel en tant que :
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tout le cine
 

Et de deux

Fort du succès rencontré lors de son premier long métrage Il y a longtemps que je t'aime, Philippe Claudel tourne son second, Tous les Soleils dont il signe le scénario à nouveau.

Collaborations

Dans l'équipe du film, on retrouve le producteur Yves Marmion et la chef monteuse Virginie Bruant qui ont tout deux collaboré sur le film précédent.

Acteur étranger

Après avoir dirigé l'actrice anglaise, Kristin Scott Thomas dans Il y a longtemps que je t'aime, c'est au tour d'un acteur italien, Stefano Accorsi de tenir le rôle principal dans Tous les soleils.

  Source : Toutlecine
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  • On ne devrait pas dire "gardien de prison" : les prisons ne sont pas à garder, ce ne sont pas elles que l'on garde. On devrait plutôt dire "gardien d'hommes", ce qui serait plus proche de la réalité. Gardien d'hommes, un drôle de métier. (Philippe Claudel)
  • La guerre, c'est quelque chose qui marque. Un écrivain ne fait que métaphoriser le monde, c'est une problématique qui me hante. L'écrivain est un veilleur. (Philippe Claudel)
  • Les salauds, les saints, j’en ai jamais vu. Rien n’est ni tout noir, ni tout blanc, c’est le gris qui gagne. Les hommes et leurs âmes, c’est pareil ... (Philippe Claudel)
  • Il faut se méfier des réponses, elles ne sont jamais ce qu’on veut qu’elles soient, ne croyez-vous pas ? (Philippe Claudel)
  • J'écris pour ceux qui ne peuvent plus parler, les morts, les jeunes dormeuses des siècles couchés. (Philippe Claudel)
  • L’écrivain est un veilleur qui ne fait que métaphoriser le monde. (Philippe Claudel)
  • Je me souviens d'avoir pensé que les yeux n'ont pas d'âge, et que l'on meurt avec ses yeux d'enfant, toujours, ses yeux qui un jour se sont ouverts sur le monde et ne l'ont plus lâché. (Le Rapport de Brodeck)
  • L'homme est un animal qui toujours recommence. (Le Rapport de Brodeck)
  • Les bonnes gens partent vite. Tout le monde les aime bien, la mort aussi. Seuls les salauds ont la peau dure. Ceux-là crèvent vieux en général, et parfois même dans leur lit. (Les Ames grises)
  • N'oublie pas que c'est l'ignorance qui triomphe toujours, Brodeck, pas le savoir. (Le Rapport de Brodeck)
  • Qu'est-ce donc la vie humaine sinon un collier de blessures que l'on passe autour du cou ? (La Petite fille de Monsieur Linh)
  • L’écriture est à la fois une façon d’être dans l’humanité et au plus près de l’humain. (Extrait d'une interview sur Evene - Mars 2006)
  • Il faut toujours supposer le lecteur intelligent, ne pas tout lui mâcher. (Extrait d'une interview sur Evene - Mars 2006)
  • L'écriture, c'est à la fois une respiration, une nécessité, un vrai bonheur. (Extrait d'une interview sur Evene - Mars 2006)
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evene
 

Primé

Philippe Claudel remporte en 2007 le prix Goncourt des lycéens avec Le Rapport de Brodeck.

Autre talent

Philippe Claudel a coécrit "Sur le bout des doigts" d'Yves Angelo.

Choix

Généreux, Philippe Claudel a choisi d'enseigner un temps dans un lycée pour handicapés moteurs dans la maison d'arrêt de Nancy.

  Source : Evene
   
 culture alsace
 

Casting

Pour une vraie langue qui chante, Philippe Claudel voulait que son personnage principal soit un italien parlant français. C’est chose faite avec Stefano Accorsi qui endosse le rôle d’Alessandro après, entre autres, Romanzo Criminale en 2005 et La jeune fille et les loups en 2007. Il en va de même pour Néri Marcore, connu en Italie comme acteur, imitateur, présentateur de télévision et chanteur. La toute jeune Lisa Cipriani, découverte en 2007 dans Demandez la permission aux enfants, est Irina, une adolescente en crise qui refuse d’être couvée comme une enfant. Elle va tout faire pour que son père tisse des liens avec Clothilde Coureau, alias Florence. C’est durant l’enterrement de sa mère Agathe, jouée par Anouk Aimée, que Florence va rencontrer Alessandro et avancer vers la lumière.

Dans les coulisses ...

L’idée du film est née tandis que Philippe Claudel écoutait des tarentelles, musiques populaires et sans âge du sud de L’Italie auxquelles on attribuait des pouvoirs magiques. Il a voulu travailler ensuite sur d’autres "musiques", celles des accents. Le scénario est ainsi rempli de personnages et petits rôles étrangers qui enrichissent la partition du film de leur mélodie particulière. Une manière de réfléchir sur "qui nous sommes et pourquoi nous choisissons de vivre dans tel ou tel endroit". Vivant et enseignant à Nancy, Philippe Claudel y a tourné son précédent film, Il y a longtemps que je t’aime. Cette fois, le choix de placer l’histoire à Strasbourg a été dicté par l’aspect très cosmopolite et européen de sa population. Une ville de province où l’auteur cherche à explorer aves humour des relations humaines qu’il conçoit très différentes de celles à l’œuvre dans une mégapole.

Lieux de tournage

Le personnage d’Alessandro étant professeur de musicologie, de nombreuses scènes ont été tournées à l’Université de Strasbourg. Un appartement de particuliers, rue de l’Epine, plusieurs restaurants et cafés dont "Le Roi et son fou", le lycée Fustel de Coulanges sont autant d’autres lieux de la ville figurant sur la pellicule. Pour situer la maison campagnarde des parents d’Alessandro, une ferme viticole de Dambach-la-Ville a fourni le décor idéal, de même que les vignes sur les hauteurs de Dieffenthal. Enfin, une winstub d’Epfig a prêté ses murs au tournage d’une séquence.

  Source : http://www.culture-alsace.org/tous-les-soleils.html
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comme au cinema
 

Votre premier film, Il Y A Longtemps Que Je T’aime, a rencontré un très beau succès. Dans quel état d’esprit avez-vous abordé le tournage de ce deuxième long-métrage ?

C’était incroyable d’avoir eu autant de spectateurs pour ce genre de film, très ancré en province, dans une intimité et des émotions particulières. Il a reçu un accueil favorable en France, et, plus surprenant encore, à l’étranger dans des pays aussi différents que le Japon ou l’Amérique du Sud. Au début d’une aventure cinématographique, un succès comme celui-là vous offre l’opportunité de tourner le deuxième dans de bonnes conditions. Après Il Y A Longtemps Que Je T’aime, j’avais plusieurs sujets en tête, mais le besoin de changer et l’envie d’opter pour une comédie se sont imposés assez rapidement. Même si certaines thématiques restent proches du premier, elles sont, cette fois, traitées de façon plus légère, avec un rythme plus enlevé, une mise en scène différente. Et, puis, pour être un peu schématique, je suis passé d’un film de femmes à un film d’hommes.

Les premières images évoquent Journal Intime de Nanni Moretti. Alessandro n’est pas en Vespa, mais en Solex dans les rues de Strasbourg. Un clin d’œil au cinéma italien qui semble vous avoir grandement inspiré ?

Oui et non, en fait. C’est un film où il y a pas mal d’hommages, conscients ou inconscients. Les verra qui voudra. Il n’était pas question d’alourdir le propos avec un jeu de ce type. Pour les premières scènes, mon idée était avant tout de présenter Alessandro de façon un peu ridicule, mais très attachante. Je voulais qu’il soit plutôt en Solex qu’en Vespa, qu’il porte un casque un peu vieillot, qu’il ait une bonne tête qui le rende immédiatement sympathique. Il roule dans les rues de Strasbourg avec cette musique extrêmement présente dès les premières images : la Tarentelle.

La musique est l’un des personnages du film. Que pouvez-vous nous dire de la Tarentelle que l’on connaît finalement assez peu en France ?

C’est une musique traditionnelle du sud de l’Italie, censée guérir la piqûre de la tarentule, qui redonne de l’énergie à ceux que le venin a affaiblis, qui tente d’extirper la mélancolie des âmes chagrines, qui essaye de calmer les fiévreux, les possédés. Le sujet du film est né du cadeau que m’ont fait, il y a quelques années, des amis en m’offrant le disque de l’Arpeggiata. Il y a une telle magie dans cette musique, un côté tellement charnel, sensible et humain. Les Tarentelles recouvrent toutes les émotions : la joie, la tristesse, la sérénité, l’allégresse… Cette musique m’a inspiré assez vite un personnage de professeur de musique baroque qui vit à Strasbourg.

Pourquoi avoir choisi Strasbourg ?

C’est une ville dont j’aime l’esthétique, ses ambiances différentes selon les quartiers. J’aime aussi son expression sonore. On y entend toutes les langues de l’Europe. Dans les rues, on y parle Espagnol, Allemand, Portugais, Italien, comme Alessandro qui ne se rend pas vraiment compte que la musique qu’il enseigne fait écho à une sorte de deuil qui se prolonge depuis la mort brutale de sa femme. Le temps a passé, son deuil n’est plus douloureux, il s’est même crée l’illusion d’un bonheur, mais il lui manque cette chose essentielle qu’est le sentiment amoureux.

Qu’est-ce qui a empêché Alessandro de s’engager à nouveau sentimentalement ? Est-il possible que ce soit l’homme d’une seule femme ?

Nous en avons beaucoup parlé avec Stefano. Peut-être s’est-il effectivement persuadé qu’il n’était pas vraiment capable d’aimer une autre femme. Il faut reconnaître que s’investir dans une nouvelle relation peut faire peur. Le temps passe et on se dit que l’on ne saura plus trouver les gestes, les mots. Ce n’est pas simple de s’ouvrir à l’amour. La scène où Alessandro laisse un message sur la pluie et le beau temps à Florence, la fille d’Agathe, montre assez bien son appréhension. La scène est comique mais elle témoigne surtout de la difficulté à exprimer simplement ce que l’on ressent. Il n’est pas le seul dans le film à avoir du mal à rencontrer quelqu’un : son frère, Crampone, vit finalement une relation par procuration, la directrice du département universitaire est branchée sur Internet. Rencontrer l’autre, ça n’a rien d’évident, ni pour ceux qui cherchent, ni pour ceux qui voudraient jouer les marieuses comme Irina, sa fille.

Alessandro est-il une victime consentante du temps qui passe, du confort qu’installe un quotidien bien huilé ?

La vie passe tellement vite pour chacun d’entre nous. Pour Alessandro, ce passage ultra-rapide du temps est accentué par le fait qu’il s’est donné de lourdes responsabilités notamment vis-à vis de sa fille. "Elle n’a pas eu de mère, je veux au moins qu’elle ait un père " dit-il. Son comportement correspond à une réalité assez fréquente. J’ai vu souvent autour de moi des gens qui, dans le cas d’un décès ou d’un divorce, se culpabilisaient et mettaient un peu de côté la reconstruction de leur vie amoureuse au bénéfice de l’éducation des enfants. Chez Alessandro, il y a non seulement une polarisation sur sa fille, qui est aussi d’une certaine façon l’incarnation et la prolongation de la femme aimée disparue, et il y a également, ce qui est plutôt cocasse, le " paternage " de son frère, Crampone, cet anarchiste immature. Entre une gamine devenue a dolescente et un adulte qui n’a jamais grandi, il a finalement trouvé un équilibre. Leur famille fonctionne comme un vrai ménage plutôt harmonieux d’ailleurs.

Cette configuration atypique aurait pu perturber Irina

Je tenais absolument à ce qu’Irina soit épanouie. La petite aurait pu effectivement être durablement perturbée par la mort de sa mère, par la présence de cet oncle complètement cinglé. Certaines de ses amies d’ailleurs se demandent en plus si les deux frères ne sont pas plutôt deux homosexuels… Mais, pour elle, tout va bien. L’amour est là. Comme dans Il Y A Longtemps Que Je T’aime, ce film dit l’importance des autres. Les personnages arrivent à accéder à un certain bonheur parce que les autres les y aident. Ils les confortent, leur esquissent des perspectives. De même que Juliette (interprétée par Kristin Scott Thomas) était ramenée vers la vie par sa sœur Léa, Alessandro est réveillé par sa fille, par Agathe, par son frère, par les copains ...

Pour votre deuxième film, vous restez très attaché à la province, à des personnages assez proches de vous. Est-ce par facilité que vous avez fait d’Alessandro un professeur, comme vous ?

Dans mes romans, mon imagination me guide davantage vers des mondes qui ne sont pas les miens, parfois même futuristes. Au cinéma, je préfère m’attacher, pour le moment en tout cas, à des univers provinciaux que je connais et que l’on voit finalement peu au cinéma, si ce n’est de façon assez caustique comme chez Claude Chabrol. Pour dire la vérité, je ne me vois pas tourner à Paris. Les gens y évoluent différemment qu’en province, le rapport au temps et aux autres n’est pas tout à fait le même. Idem pour les professeurs : ce n’est pas une obsession, mais il y a chez Alessandro une profonde générosité qui est inhérente à son métier. Il faut avoir envie de donner, de prendre du plaisir à transmettre. La scène où il monte sur son bureau pour danser en est un exemple ; celle où il se fait avoir par une étudiante un peu roublarde est inspirée d’un souvenir personnel. Il suffisait qu’une fille pleure en face de moi pour que j’augmente sa moyenne. Alessandro est un type bienveillant qui, pour de bonnes ou de mauvaises raisons, a besoin de s’investir auprès des autres. Ce n’est pas un hasard s’il est également impliqué dans une association de lecture qui intervient en milieu hospitalier.

Etre un homme généreux, attentif n’a pas empêché le père de ne pas voir grandir sa fille. Comment expliquez-vous ce manque de lucidité ?

Ma fille va avoir 13 ans, en mars, et, comme Alessandro, je ne la vois pas changer. La scène chez le psy évoque ce décalage entre la perception du père et la réalité. Comment faire ? C’est encore mon petit bébé et ce n’est plus mon petit bébé… le comble dans le film, c’est qu’Irina s’avère être la plus mature du trio. C’est elle qui, en découvrant les premiers émois de l’amour, va servir d’électrochoc à son père en lui faisant prendre conscience qu’il passe à côté de sa vie.

Vous n’avez pas cédé à la tentation de "stariser" votre casting. Pourquoi ?

C’est un peu égoïste, mais mon plaisir au cinéma est aussi de découvrir des visages que je ne connais pas. Si j’avais pris un casting d’acteurs très connus, le film n’aurait pas du tout donné le même résultat. Ce qui ne m’empêche pas d’avoir très envie de travailler avec certains comédiens comme Daniel Auteuil, dont le talent me fascine, ou Gérard Depardieu pour lequel je rêve d’imaginer un rôle susceptible de lui plaire et dans lequel il s’investirait complètement.

Après la " franglaise " Kristin Scott Thomas, vous offrez à l’italo-français Stefano Accorsi un premier grand rôle en France. Etait-ce un choix évident ?

Ce n’était pas évident parce qu’à l’écriture, j’étais parti sur un personnage d’environ 55 ans. Puis, à la réflexion, je me suis dit que l’écart avec une fillette de 15 ans serait moins intéressant pour mon histoire. J’ai alors baissé l’âge du père, mais Stefano dont je connaissais le talent, restait toujours trop jeune. Nous nous sommes rencontrés, je lui ai alors demandé de se laisser pousser la barbe, d’essayer différentes paires de lunettes et, un mois plus tard, nous avons fait des essais. C’était formidable ! J’aime travailler avec des acteurs étrangers, mêler les origines. C’était enrichissant de faire cohabiter à Strasbourg, sur fond de Tarentelles, deux comédiens italiens, Stefano et Neri, une actrice qui est l’emblème du mariage historique entre cinéma français et cinéma italien, Anouk Aimée, et Clotilde Courau dont on connaît les liens avec l’Italie… Sans oublier tous les comédiens strasbourgeois extrêmement talentueux.

On découvre pour la première fois en France Neri Marcorè dans un rôle burlesque particulièrement réussi. Une révélation !

Célèbre en Italie, Neri joue au cinéma, avec Pupi Avati notamment, à la télévision… C’est un artiste complet : il chante, il anime une émission littéraire… Comme imitateur, il fait des pastiches d’hommes politiques sur la Rai 3. Là encore, les premiers essais, qui ont tout de suite été très convaincants, montraient son formidable potentiel comique et son évidente tendresse. J’ai écrit son personnage en songeant à l’esprit des Vitelloni de Fellini.

Dans quelle mesure, les comédies italiennes vous ont-elles inspiré ?

De la fin des années 50 au milieu des années 70, il y a eu une période magique pour la comédie italienne avec des histoires qui parlaient des gens, mais aussi des rapports sociaux avec souvent une analyse assez caustique de la société. Ce n’était pas seulement de la drôlerie pour de la drôlerie. Les réalisateurs arrivaient parfaitement à mêler le burlesque délirant, la légèreté, l’émotion et le tragique le plus noir. Je pourrais évidemment vous parler du Pigeon, du Fanfaron, de Signone & Signori, de Divorce A L’italienne… Mais, tous ces chefs-d’œuvre que j’ai vus dans mon adolescence sont des références un peu écrasantes. Je ne cherche évidemment pas à arriver à la cheville de Dino Risi, de Mario Monicelli ou de Pietro Germi. Juste à tenter, d’essayer d’être dans cette veine-là en passant du rire à l’émotion, en tentant parfois des grands écarts qui sont moins fréquents dans notre cinéma national.

Comme dans les comédies italiennes, on retrouve de nombreux dialogues, enlevés, très écrits. Vous y avez attaché une importance particulière à l’écriture ?

Mon premier film était plutôt sur le silence. Celui-là, je le revendique comme un film bavard. Il n’y a quasiment pas de scène où ça ne parle pas. J’ai pris un plaisir fou à travailler sur cette sorte d’extériorisation par la parole. Il fallait trouver le tempo, le mot juste. Perfectionner les choses avec les acteurs à la lecture, pendant le tournage, les affiner même encore au montage. C’est un long-métrage que j’ai énormément découpé pour trouver le bon rythme, notamment.

Avoir préservé l’usage des deux langues, français et italien, était un choix logique ?

Oui, voire même un peu militant. Pour un film sur les voix, sur les langues comme Tous les soleils, il m’a semblé évident de devoir garder le Français et l’Italien. Si les gens, qui ne vont jamais voir des films en VO, prennent du plaisir à entendre d’autres sonorités, d’autres rythmes… Je serai content. Idem pour la musique baroque qui est peu connue. Si en entendre leur donne envie d’aller acheter un disque de Tarentelles en sortant, tant mieux.

Crampone est anti-Berlusconien acharné qui demande à la France l’asile politique. Le burlesque du personnage cache-t-il un message plus sérieux ?

C’est un révolutionnaire en chambre, un militant inopérant, plutôt assez pervers d’ailleurs, parce que ce sont surtout les autres qu’il fait passer à l’action : la petite en l’envoyant manifester pour le Tibet, la postière en la poussant à enrayer le système… Les habituelles manifs ou grèves ne servent plus à rien. Il faut trouver d’autres moyens pour saboter le système et permettre à ceux qui n’existent pas d’exister. Sans tomber dans la leçon politique un peu lourde, je tenais à ce qu’il y ait dans le film de petites piques caustiques et des messages simples mais qui pourraient être assez efficaces si on les écoute.

Comment avez-vous trouvé la jeune Lisa Cipriani qui incarne la fille d’Alessandro ?

Son rôle était essentiel. J’ai lancé un casting à la fois sur Paris et Strasbourg avec l’espoir de trouver celle qu’il me fallait plutôt en province. A Paris, il y avait des jeunes filles avec un potentiel, mais elles étaient toutes un peu sur le même moule que forment parfois les cours de théâtre. Par ailleurs, je les trouvais toutes physiquement assez semblables… Puis, est arrivée Lisa. Il y a avait chez cette jeune fille qui habite une petite ville située entre Lyon et Grenoble plus d’innocence assumée, plus de naturel que chez d’autres. C’est vraiment quelqu’un d’épatant, qui comprend tout très vite, qui est très à l’aise avec tout le monde. Sa montée en puissance au fur à mesure de la préparation et du tournage a été spectaculaire. Au-delà du fait qu’elle est très jolie, très photogénique, elle a un vrai talent de jeu, une vraie présence. Ce n’est que son deuxième film, mais elle devrait pouvoir continuer dans ce métier. Il faut simplement qu’elle apprenne à choisir ses rôles et à ne pas faire n’importe quoi sous prétexte d’avoir envie de faire du cinéma.

Des acteurs aux décors, votre cinéma reste animé par une exigence de vérité et de réalisme. Vous vous méfiez des artifices ?

C’est toujours un paradoxe de faire du cinéma et d’avoir pour ambition de montrer la vraie vie. Evoquer l’adolescence d’Irina ne répond en réalité qu’aux codes de représentation que je me fais de l’adolescence. Elle n’est ni plus réelle dans mon film que dans LOL ou dans certains films de Gus Van Sant par exemple. En être conscient ne m’empêche pas de chercher à rester au plus près des gens, de tenter de les saisir dans leur profondeur, leur humanité, sans vernis. Le cinéma englobe tous les autres arts : l’écriture, la photographie, le son, la comédie, l’architecture… On peut se servir de tout pour exprimer quelque chose. Reprendre une bonne partie de l’équipe de mon premier film m’a permis d’effectuer un travail de préparation assez rapide. Avec le décorateur, Samuel Deshors, on s’est plu à composer des ambiances, des lieux, des atmosphères… C’est comme s’il avait été dans mon cerveau : l’appartement ressemble parfaitement à ce que j’avais imaginé. Le travail de décoration sur un film contemporain est souvent plus difficile que de mettre en place un pittoresque sur un film historique. Composer, par exemple, la chambre d’Irina n’avait rien d’évident. Elle devait traduire une période de transition entre l’enfance et l’adolescence disons rebelle… D’où la cohabitation entre des posters de Tian’anmen et de grosses peluches roses. La photographie de Denis Lenoir, avec lequel j’ai eu une vraie et immédiate complicité a renforcé sur toute la durée du film cette touche que je voulais chaleureuse et humaine, sans être excessive.

Vous avez apporté un même soin auxvêtements des acteurs

Les costumes réclament la même subtilité : Martine Rapin que j’avais rencontrée sur la pièce "Le Paquet", que nous avons montée avec Gérard Jugnot, a parfaitement compris ce que je voulais. Stefano, qui est un homme très élégant dans la vie, a été habillé en H&M du début à la fin, ce qui correspondait parfaitement au personnage d’Alessandro qui se fiche complètement de son allure vestimentaire. Pareil pour son frère : le peignoir, qui est comme l’extériorisation de sa personnalité, a réclamé un vrai casting !

Les liens familiaux sont à nouveau au cœur de Tous les soleils. On n’en fait jamais le tour ?

Pour moi, les histoires de famille, les secrets, les non-dits, la difficulté à communiquer restent un sujet d’interrogation permanent. Rien n’est jamais simple. Les rapports entre les deux frères sont construits sur une dynamique de dispute, de conflit, mais dans de rares moments de pause, on se rend compte qu’ils s’adorent. La scène où Crampone découvre son frère en train de regarder les images d’une vidéo avec sa femme me touche énormément. De la même façon, sa présence à l’église est un moment d’une très grande intensité. Il y a aussi la relation mère-fille esquissée entre les personnages d’Anouk Aimée et de Clotilde Courau. Pourquoi ne se parlentelles plus ? On découvre deux femmes intelligentes, sensées et sensibles, et qui, pourtant, n’arrivent plus à communiquer.

Comment avez-vous convaincu Anouk Aimée de tourner pour vous ?

Elle a dit oui tout de suite. Anouk est tellement belle. A l’écran comme dans la vie, c’est une femme d’une grande élégance, naturellement racée, humainement précieuse. Je tiens à le dire, parce que je trouve ça exemplaire, Anouk a un visage naturel… Et ça change tout. J’ai aimé la filmer, la mettre en valeur. Et quel talent ! Son personnage, Agathe, va mourir, mais je ne voulais pas que ce soit morbide. On est dans un service de soins palliatifs, mais c’est, pour elle, la préparation d’un départ en voyage et pour Alessandro, sans doute, un lieu d’expiation… Que cherche-t-il à y effacer ? On ne le sait pas vraiment. Son beau-père lui fait plus ou moins la tête. Peut-être lui en veut-il ? Est-il le responsable de l’accident de voiture qui a tué sa jeune épouse ? J’aime que des questions restent en suspens dans les œuvres, que des pistes soient seulement esquissées. Aux spectateurs de les prolonger s’ils en ressentent le besoin.

Connaissant votre goût pour la littérature étrangère, on se dit que les livres lus par Alessandro n’ont pas été choisis par hasard. Pourquoi Ismail Kadaré, par exemple ?

Kadaré a écrit des livres qui ont beaucoup compté pour moi, notamment "Qui a ramené Doruntine ?". C’est une légende albanaise où une jeune femme qui a été mariée au loin revient une nuit avec un cavalier. Tous deux sont recouverts de boue. Ils sont morts. Ce sont des fantômes. Car Tous les soleils est un film de fantômes, habité par des présences, d’où la scène au cinéma lorsque Irina va voir un film que j’adore de Henry Hattaway, Peter Bbetson, avec Gary Cooper, d’après le beau roman de Georges du Maurier, qu’ont tant aimé les Surréalistes. D’où la référence à la légende d’Orphée et Eurydice quand Alessandro fait la lecture à une petite fille à l’hôpital. D’où évidemment la scène finale à l’église, entourée du petit cimetière, avec l’apparition d’Anouk et de la jeune épouse morte.

Comment avez-vous bâti le personnage de Clotilde Courau qui arrive dans le dernier tiers du film ?

Clotilde a un rôle important sur le plan dramatique. Son personnage incarne ce que sa mère Agathe a cherché à transmettre à Alessandro : elle l’a préparé à la rencontre. Celle qui ouvre sur un amour possible. Je ne voulais pas que ce soit un coup de foudre. On ne sait pas si ce qui va se passer entre eux sera une grande histoire d’amour, ou pas du tout, mais tout est en place. La dernière scène a été composée comme une scène mentale, comme la matérialisation du cerveau d’Alessandro. Sont présents tous les êtres qui ont compté dans sa vie, tous ceux qui comptent, et celles et ceux qui compteront peut-être. A ce titre, les paroles de la chanson " Silenzio d’amore ", réenregistrée avec Stefano lui-même, font parfaitement écho à ce que le personnage ressent. Quand il chante " comme le monde entier est contenu dans la campagne, tu seras reine et je serai le roi d’Espagne " il regarde Clotilde. C’est une promesse. Sera-t-elle tenue, c’est une autre histoire !

Les morts ne sont pas exclus. Pourquoi avoir matérialisé leur présence dans l’église ?

C’est une sorte d’acmé émotionnel, un état des lieux qui pose pour chacun de nous la question suivante : qui nous fait ? De qui sommes-nous réellement le résultat ? Les morts comptent eux aussi. Sans être mystique, je crois beaucoup à la présence des disparus, je les sens, je les interroge, ils m’aident dans ma vie.

Cette dernière scène très émouvante clôt un vrai film de comédie. Vous êtes vous beaucoup amusé à le tourner ?

De l’avis de tout le monde, techniciens, comédiens… Ce tournage a été un vrai bonheur. Il y avait une excellente ambiance de travail, généreuse, très professionnelle, efficace. J’allais le matin sur le tournage, heureux comme un enfant, sans stress. Chacun s’impliquait avec passion. Qu’est-ce-que l’on a pu rire par exemple en tournant le feuilleton que regarde Crampone, "Amours cliniques", dont j’ai même composé la chanson du générique qui s’appelle Love in hospital. Nous avons tourné quatre scènes hilarantes qui seront dans les bonus du DVD. Toutes celles et ceux qui ont travaillé sur ce film étaient animés par un grand désir : c’est le plus beau cadeau qu’ils pouvaient me faire, et il fallait que je m’en montre digne.

Comment aimeriez-vous que les gens ressortent après avoir vu ce film ?

Je ne suis pas un génie et ce film ne révolutionne pas la comédie. J’aimerais seulement que les gens soient heureux en le voyant et qu’ils ressortent en ayant le sourire après avoir fréquenté des hommes, des femmes, qui par certains aspects ressemblent à ce qu’ils vivent, à ce qu’ils mènent et leur ont fait du bien de façon un peu intelligente, sensible et divertissante. Je n’ai pas d’autre ambition que de proposer une palette d’émotions humaines et différents niveaux de lecture qui peuvent convenir à nombre d’entre nous.

  Source : Comme au cinema
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(...) Dès les premières minutes du film nous voilà embarqué sur un solex à explorer un Strasbourg ensoleillé, au rythme de Pizzica Salentina, morceau de tarentelle qui donne tout de suite le ton de ce film. (...)

(...) Du début à la fin du film on rit des situations, des dialogues, pour passer ensuite à des séquences d’émotions, comme sait si bien les raconter Philippe Claudel. Et au moment où ça pourrait verser dans le larmoyant une séquence loufoque vient bousculer tout ça pour nous faire à nouveau éclater de rire.

(...) Ce film est drôle, attachant, le personnage de Crampone est exceptionnel dans son peignoir, à pousser les autres à la révolution qu’il ne fera pas, on ressort de là avec le sourire, avec aussi un petit serrement à la gorge, et l’envie d’aller à la re-découverte de Strasbourg, avec ce morceau de tarentelle pour rythmer la visite.

  Source : http://www.tulisquoi.net/tous-les-soleils-philippe-claudel
   
grignoux - Dany Habran
  Depuis le succès de son premier film "Il y a longtemps que je t’aime", l’écrivain Philippe Claudel s’est lancé dans un pari risqué : évoquer le deuil tout en exploitant les ressources jubilatoires de la comédie italienne. Une réussite où vous vous surprendrez à rire, pleurer à chaudes larmes et danser la tarentelle.
  Source : Grignoux
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