Ciné-club éducatif & culturel de Mons (CCEC)
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Winter's Bone réalisé par Debra Granik
    
Titre original Winter's Bone
Réalisation Debra Granik
Scénario Debra Granik & Anne Rosellini
 Adaptation Adapté du roman éponyme Un hiver de glace (1986) de Daniel Woodrell
Interprétation Dale Dickey (Merab), Garret Dillahunt (Sheriff Baskin), Jennifer Lawrence (Ree Dolly), John Hawkes (Teardrop), Kevin Breznahan (Arthur), Sheryl Lee (April), Tate Taylor (Satterfield), Isaiah Stone (Sonny), Ashlee Thompson (Ashlee), Valerie Richards (Connie), Shelley Waggener (Sonya), Garret Dillahunt (Sheriff Baskin), William White (Blond Milton), ...
Musique Dickon Hinchliffe
Photographie Michael McDonough
Pays USA
Année 2010
Durée 1h 40'
Genre Drame, Mystère, Thriller
 Distributeur Paradisio Films
 Cote
     3,7 (25.880 votes)
Site officiel  
Bande annonce  
Affiche 01 / 02
 Dossier de presse
 Feuillet du film distribué aux séances
Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité de certains spectateurs !!!
 
 
 
 La projection aura lieu à IMAGIX - Mons - Plan d'accès
Le jeudi 12 mai 2011
Le film est projeté en version originale anglaise sous-titrée en français
Le film est projeté sans entracte ni publicité
Les séances :
 
  • 17h00 et 20h00 avec présentation et feuillet sur les films à chaque séance
  • 14h30 et 22h30 sans présentation et feuillet sur les films à chaque séance
 
 

Adapté du roman éponyme de Daniel Woodrell (1986), ce film est une étude de caractères, âpre et profonde qui, au-delà de sa dimension sociale (la précarité des conditions de vie dans les Monts Ozark), invite à se méfier de ce que les zones d'ombre cachent, à comprendre au-delà des mots et à lire à travers les lignes. Brillant ! (Romain Le Vern dans Excessif.com)

Ree Dolly a 17 ans. Elle vit seule dans la forêt des Ozarks avec son frère et sa soeur dont elle s'occupe. Quand son père sort de prison et disparaît sans laisser de traces, elle n'a pas d'autre choix que de se lancer à sa recherche sous peine de perdre la maison familiale, utilisée comme caution. Ree va alors se heurter au silence de ceux qui peuplent ces forêts du Missouri. Mais elle n'a qu'une idée en tête : sauver sa famille. A tout prix ...

Afin de respecter le livre original et son auteur, le tournage a eu lieu dans le Missouri, l'État dans lequel se déroule l'aventure de Ree dans le roman.

 
 
 Berlin International Film Festival 2010
 
 Boston Independent Film Festival 2010
 
 Chicago Film Critics Association Awards 2010
 
 Dallas-Fort Worth Film Critics Association Awards 2010
 
  • Russell Smith Award décerné à Debra Granik
 Florida Film Critics Circle Awards 2011
 
 Gotham Awards 2010
 
  • Meilleur casting d'ensemble (Best Ensemble Cast) décerné à Kevin Breznahan, Tate Taylor, Garret Dillahunt, Sheryl Lee, Jennifer Lawrence, John Hawkes, Shelley Waggener, Dale Dickey & Casey MacLaren
  • Meilleur film décerné à Debra Granik (réalisatrice), Anne Rosellini (productrice) & Alix Madigan (producteur)
 National Board of Review 2010
 
 Phoenix Film Critics Society Awards 2010
 
 San Diego Film Critics Society Awards 2010
 
 San Francisco Film Critics Circle 2010
 
  • SFFCC Award pour le meilleur acteur de soutien décerné à John Hawkes
 San Francisco Film Critics Circle 2010
 
 Seattle International Film Festival 2010
 
 Southeastern Film Critics Association Awards 2010
 
 Stockholm Film Festival 2010
 
 Sundance Film Festival 2011
 
 Toronto Film Critics Association Awards 2010
 
 Vancouver Film Critics Circle 2011
 
 Washington DC Area Film Critics Association Awards 2010
 
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Debra Granik
Debra Granik née le 2 février 1963 à Cambridge, Massachusetts (Etats-Unis). Réalisatrice, Productrice, Scénariste.

Debra Granik étudie au Massachusetts College of Art et aux Universités de Brandeis et Edinburgh avant de s’inscrire au cours de cinéma de la Tisch School of the Arts de l’Université de New York.

C'est là que son court-métrage Snake Feed (1997) a été récompensé.

Elle a participé aux ateliers d'écriture et de réalisation à l'institut de Sundance où elle a adapté Snake Feed en scénario de long-métrage.

Son premier film, Down To The Bone, a été projeté pour la première fois au Festival de Sundance en 2004 et lui a valu le Prix de la Meilleure Réalisation.

En 2010, elle achève son deuxième film, Winter'S Bone, qui remporte le Grand Prix du Jury et le Prix Waldo Salt du Scénario au Festival de Sundance et est nommé lors de la 83ème Cérémonie Des Oscars 2011.

Toute la filmographie de Debra Granik sur IMDB en tant que :
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la libre - Fernand Denis
 
Debra Granik“Ce qui m’intéresse, ce sont les histoires extraordinaires qui se détachent des vies très ordinaires.”

En septembre, Debra Granik, jeune réalisatrice américaine, avait ouvert la compétition à Deauville en plaçant la barre très haut. "Winter’s Bone" fait partie de ces films qui frappent les esprits. D’ailleurs, le jury ne l’avait pas oublié 15 longs métrages plus tard en lui attribuant l’un de ses deux prix.Si le film impressionne, c’est pour le rapport âpre, rugueux, du personnage central avec son environnement : les paysages sauvages et les habitants rudes des Ozarks. C’est, en effet, dans le Missouri que se déroule le roman de Daniel Woodrell, adapté par la cinéaste. "Le scénario est très proche du livre. Il était comme la carte géographique de la région. Le Missouri est un élément essentiel, c’est nulle part ailleurs. C’est une question de paysages, de vocabulaire, de gens. On a d’ailleurs engagé beaucoup de locaux."

Quant au personnage central, Ree, il est incarné avec une détermination digne de Rosetta par la jeune Jennifer Lawrence qui mériterait une nomination aux Oscars tant elle est minérale de dureté et de résistance. Toutefois, la comédienne n’a rien d’une Emilie Dequenne, d’une débutante repérée dans un casting; c’est une professionnelle installée à Hollywood. On l’a vue, notamment dans le premier film de Guillermo Arriaga "Loin de la terre brûlée", et elle sera bientôt entre Jodie Foster et Mel Gibson dans "The Beaver". "Elle travaille à Los Angeles, mais elle vient du Kentucky qui n’est pas sans rappeler le Missouri, explique Debra Granik. Je lui ai demandé de se débarrasser de L.A. pour se replonger dans le Kentucky. Elle est retournée vivre dans sa famille à la campagne. Elle s’est préparée physiquement en vivant proche des animaux, en retournant à la chasse".

"Winter’s bone" est le deuxième film de Debra Granik, pur produit des ateliers d’écriture et de réalisation de Sundance. Ses courts métrages, mais aussi son premier long métrage "Down to the bone", y furent projetés en 2004 et récompensés du Prix de la Meilleure Réalisation. Faut-il voir une forme de superstition dans la présence de "Bone" dans le titre de son deuxième film ? "Il y a, de fait, une sorte de superstition dans le métier à propos des titres, mais elle vous invite plutôt à ne pas utiliser deux fois de suite le même mot. Toutefois, c’était le titre du livre. Il colle parfaitement, alors je n’ai pas respecté la règle. Ce doit être un mot qui m’attire. Mais ce qui m’attirait surtout, c’était le thème de la famille et des survivants. Comment ne pas être fasciné par cette jeune fille si aimante et si dure à la fois. Elle ne peut compter que sur elle. Elle n’a pas d’aide. C’est un personnage extraordinaire. Comment vivent ces gens soumis à de pareilles conditions ? J’ai toujours été attirée par le néoréalisme et sa façon de capter le monde, de le raconter. Ce qui m’intéresse, ce sont les histoires extraordinaires qui se détachent de vies très ordinaires, comme dans les films d’Abbas Kiarostami. C’est aussi de découvrir la vie dans des endroits que je ne connais pas, d’être plongée dans une banlieue postindustrielle grâce aux frères Dardenne. J’admire leur style tant ils parviennent à insuffler de la vie grâce à leur travail sur la caméra."

Dans le film de Debra Granik, c’est plutôt le silence qui frappe. "Lorsque les acteurs sont bons, un regard suffit parfois, et on peut éliminer des dialogues. Le monteur m’a aussi aidé à apprécier le silence en salle de montage. Mais cette impression de silence vient également du Missouri. Le patois local est très synthétique, concis. C’est un langage de western. Les cow-boys parlent peu. Ils ne s’expliquent pas et gardent une part de mystère. Ce silence, ce non-dit, installe une distance intéressante."
  Source : La libre
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Les extraits
 

Daniel WoodrellLa première phrase

Debout au point du jour sur les marches froides de son perron de devant, Ree Dolly sentit venir des rafales et vit la viande.

La phrase à retenir

Un véritable pique-nique de mots, à ramasser et à déguster plus tard, tombait de la bouche de Gail.

Morceau choisi

Pauvre tache ? Hummm. Bon,j'aime bien les filles qui me traitent de tous les noms,j'les aime même beaucoup, de vrais petits trésors, jusqu'au jour où je les blaire plus du tout. Et quand ça arrive, ça fait très, très mal. Petit Arthur était un petit bonhomme, mélange de fanfaron et de fort en gueule, avec un certain nombre de casseroles au cul qui expliquaient son attitude. La tignasse noire broussailleuse, des yeux noirs au regard dur, des favoris clairsemés et frisés et de mauvaises dents, il semblait toujours à cran, prêt à jaillir en un éclair de son trou, même quand la coke ne circulait pas dans son organisme. Il portait deux chemises à carreaux l'une sur l'autre, la première boutonnée et la seconde ouverte, et la poignée noire d'un pistolet saillait au-dessus de sa boucle de ceinturon. (page : 56 - éditeur : Rivages - date d'édition : 2007)

Morceau choisi

Deux sortes de pilule et une après-midi, une soirée puis une nuit de grabat. Le ciel était noir et le vent sifflait, secouant les carreaux et l'horizon au-delà, mais Ree était insensible au temps qu'il faisait. Les garçons étaient rentrés de bonne heure. 'Va encore neiger pendant des jours !' avaient-ils dit, mais Ree s'était contentée de grogner. Les pilules jaunes avaient fait preuve de mérites tout à fait appréciables. Elles chassaient très efficacement la douleur, mais vous laissaient les idées claires et l'esprit actif, tandis que les bleues vous plongeaient dans un noir total et sans heurts, où le temps s'effilochait, se découpait en tranches qu'on n'avait nullement besoin de vivre. On a parfois besoin de garder l'esprit éveillé. (page : 154 - éditeur : Rivages - date d'édition : 2007)

  Source : http://www.evene
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tout le cine
 

Une actrice au top

Jennifer Lawrence commence à faire parler d'elle. Après de sulfureuses photos dans le nouveau numéro du magazine Esquire, elle serait pressentie pour les Oscars, grâce à sa performance dans Winter's Bone. Lawrence a failli ne pas décrocher ce rôle, car la réalisatrice, Debra Granik, craignait que sa beauté ne corresponde pas au personnage. Lawrence ne s'est pas découragée et s'est envolée aux aurores pour passer, à New York, une seconde audition. L'actrice originaire du Kentucky raconte : «Je crois que je ne me suis pas lavée, j'avais sûrement mauvaise haleine et j'avais probablement de la neige dans les cheveux, car c'était en plein hiver à Manhattan».

Plus vrai que nature !

Lawrence a réellement écorché un écureuil dans une scène où son personnage, Ree, montre à son cadet comment dépecer un animal. Elle a répété l'acte d'un des amis de son frère, quelques années auparavant. «Il l'a ouvert, et alors je suis partie en courant en le laissant terminer tout seul».

Lieux de tournage

La cinéaste a choisi de tourner dans les propriétés des riverains du Missouri, aux Etats-Unis. Pour s'assurer de ne pas les prendre au dépourvu durant le tournage, elle leur a proposé de lire le livre dont le film est adapté avant d'accepter de prendre part au projet.

Festivals et récompenses

Le film a été présenté en compétition au Festival du Film de Sundance en 2010, où il a remporté le Grand Prix du Jury ainsi que le Prix du Meilleur Scénario. Winter's Bone a également reçu deux prix au Festival de Berlin la même année, et s'apprête à être projeté au Festival du Film Américain de Deauville.

  Source : Toutlecine
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allocine
 
  Source : Allocine
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evene - Etienne Sorin
 

On croyait le cinéma indépendant américain mort et enterré. Force est de constater que le cadavre bouge encore. Le "Little Miss Sunshine" de l’année est "Winter’s Bone", le contraire d’un feel good movie mais pas moins primé au Festival de Sundance 2010 (meilleur film, meilleur scénario) et à Deauville (Prix du Jury). Sans compter les quatre nominations aux Oscars.

"Winter’s bone" a tout pour plaire. Un script qui sent le vécu, adapté d’un roman de Daniel Woodrell, autochtone des monts Ozarks, région reculée et hostile au cœur du Missouri où personne de sensé ne songerait à passer ses vacances. Une héroïne attachante : Ree, 17 ans, une mère malade, un frère et une sœur à élever, et un père évanoui dans la nature à sa sortie de prison qui n’a rien trouvé de mieux que d’hypothéquer la maison pour payer sa caution.

Ree, superbement interprétée par Jennifer Lawrence, a quelque chose de Mattie Ross, la gamine de "True grit". Même air buté, même obstination. Sa quête - non pas pour venger le père mais le retrouver, mort ou vif, et l’amener au tribunal pour lever l’hypothèque - lui fait croiser une galerie de personnages qui s’apparente à un trombinoscope de dégénérés. Si la communauté est assez gratinée, mélange sympathique de rednecks et white trashs, la réalisatrice Debra Granik prend soin de ne pas charger la barque.

Entre loi du silence et abrutissement général - la "meth", drogue synthétique, anesthésie les langues et les esprits - l’angoisse, le désespoir suintent de partout. Mais restent tapies dans l’ombre jusqu’à un dénouement brutal et sauvage.

Seul adulte à sauver du naufrage, Teardrop, l’oncle de Ree, interprété par le magnifique John Hawkes, enfin dans un vrai rôle au cinéma depuis "Me, You and Every one We Know" de Miranda July.

Le film s’achève sur lui et quelques notes de banjo, clin d’œil au terrifiant "Delivrance" de John Boorman. Signe que la musique adoucit parfois les mœurs.

  Source : Evene
 
le vif focus - Jean-François Pluijgers
 

Winter's Bone, l'autre Amérique de Debra Granik

Pour "Winter's Bone", la cinéaste Debra Granik a planté sa caméra dans les monts Ozark (Missouri), qui offrent leur cadre sauvage à un drame tendu qui n'est pas sans rappeler "Rosetta".

(...) Il y a de la Rosetta chez cette jeune fille dont rien ne semble pouvoir entamer la détermination farouche; filiation d'ailleurs assumée par Debra Granik, qui signe un film tendu, et rendu d'autant plus oppressant qu'inscrit dans une contrée dont l'âpreté est restituée avec un souci constant de vérité. Ce réalisme, couplé à l'extraordinaire présence de Jennifer Lawrence, font de Winter's Bone une expérience assurément peu banale.

Suffocant, le thriller naturaliste s'y double d'un voyage humain intense, non sans que la caméra se fonde dans un environnement guère familier, un arrière-pays américain dont elle réussit à capter quelque chose de l'âme, résolument à l'abri des stéréotypes. Soit une authentique réussite, et un film à l'écho persistant.

  Source : Leviffocus
   
 le soir - DIDIER STIERS
 

Dans les Ozark Mountains, Debra Granik a filmé, à rebours du rêve américain, "Winter'sbone", son deuxième long métrage.

Adapté d'un roman de Daniel Woodrell, ce sombre scénario nous embarque dans le Missouri, au cœur des communautés reculées, pauvres pour la plupart. Chez ceux qu'on appelle communément les "hillbillies". Fabricant et trafiquant de "crystal meth", le père de Ree (Jennifer Lawrence) a disparu, laissant une dette qui, à défaut d'être apurée, vaudra à la jeune fille de 17 ans, son frère, sa sœur et sa mère malade d'être expulsés de leur maison. Ree part à sa recherche, affrontant le silence et l'hostilité des clans locaux. Peu importent les menaces ou les coups, elle veut savoir. Prouver son éventuel décès. Et sauver les siens.

Ne passez pas à côté de ce film

Primé à de multiples reprises (Deauville, Sundance…) et petite production indépendante ne bénéficiant donc pas de la grosse machine publicitaire qui ferait courir les foules. Rencontrée à Berlin l'an dernier, Debra Granik nous expliquait l'intérêt qu'elle porte aux frères Dardenne ; et il y a du Rosetta chez Ree, de même qu'un peu de leur réalisme social dans la lutte qu'elle mène. Winter's bone documente aussi d'une certaine manière la culture "hillbilly" et est magnifiquement porté par une Jennifer Lawrence qu'on retrouvera bientôt dans tout autre chose, le X-Men : first class de Matthew Vaughn.

  Source : Le soir
   
 la libre - Fernand Denis
 

A 17 ans, dans le Missouri. Au croisement de “Délivrance” et des Dardenne, Debra Granik impressionne

L’Amérique profonde. L’Amérique des caravanes, des cabanes, de nulle part dans le Missouri. Deux enfants se réveillent dans un fauteuil. La grande sœur ouvre le frigo, soulève un couvercle de Tupperware et refile la boîte à la petite en lui disant : c’est mieux que rien. La mère, complètement à la masse, est atone, hagarde, shootée aux médocs. Quant au père, le shérif - qui vient de sonner à la porte - voudrait justement avoir de ses nouvelles. Il a été libéré sous caution. Mais la caution, c’est la maison. S’il ne se présente pas au tribunal, elle sera saisie.

Ree a une semaine pour retrouver son père. Ree, c’est une Rosetta du Missouri. Une gamine de 17 ans, chargée de tout le poids d’une famille. Elle est sans ressources avec deux petits à élever, à nourrir, et une mère à soigner. Et comme si tout ce poids sur les épaules ne suffisait pas, elle a une épée de Damoclès sur la tête : l’expropriation. Elle n’a d’autre choix que d’aller de l’avant, tête baissée, dans le monde trouble de son père condamné à dix ans de prison. Elle n’y est pas la bienvenue. Ni son très jeune âge ni sa situation précaire ne suscitent la moindre compassion. Bien au contraire.

A la manière des Dardenne, mais dans un décor radicalement différent, Debra Granik plonge le spectateur parmi les barakis du Missouri, au cœur d’une nature aussi belle qu’hostile, brutale et sauvage. Une nature qui semble façonner les hommes qui y vivent à la dure, pas des minois de héros de cinéma, mais des gueules qui font peur. Celle-ci est palpable tout au long de ce "Winter’s Bone" qui démarre comme une chronique sociale qui se mue en thriller pour flirter avec le film d’horreur. Et tout au bout du voyage, d’une tension qui monte d’un cran à chaque bobine, il y a non pas un coup de théâtre, mais un coup de projecteur. Tout s’éclaire, y compris le père, d’une tout autre lumière appelant à reconsidérer les événements qu’on vient de voir.

Debra Granik fait, en tout cas, forte impression. La simple présence d’un banjo, sa direction d’acteurs, sa façon de capter le réel sont autant d’éléments qui situent son film de façon précise sur la carte du cinéma. Au carrefour de "Délivrance" et des frères Dardenne. Jennifer Lawrence incarne Ree avec une détermination butée, une vérité viscérale, un regard d’acier qui devraient stupéfier plus d’un réalisateur. Et d’un spectateur aussi, encouragé par le jury du dernier Festival de Deauville à découvrir ce "Winter's Bone".

  Source : La libre
   
 cafe geo - Bertrand Pleven
 

Etats-Unis : Shrinking country

Dans l’ombre portée par les métropoles hypervisibles, le deuxième film de Debra Granik explore la misère quotidienne white trash dans l’austérité des monts d’Ozark dans le sud du Missouri.

Voyage au bout de la nuit en Missouri

Le drapeau américain pend sur la bicoque en bois de Ree Dolly. Sa mère est folle, son père vient de sortir de prison sous caution mais n’est toujours pas réapparu, elle a à sa charge son frère et sa sœur et parvient difficilement à leur assurer le minimum vital. Cette maison dont le jardin boueux encombré de jouets au plastique brulé par le temps, signe ténu d’une prospérité passée ou illusoire, est le véritable enjeu du film. Le père l’a utilisée comme gage pour sortir de prison mais ne se présentera pas au tribunal et la maison risque d’être perdue. Elle est donc le dernier abri en sursis, l’interface dramatique entre la nature sauvage et la dure loi des hommes, hors de toute régulation étatique installant ainsi très nettement le film dans la grammaire symbolique du western. Pour Ree, il faut sauver le foyer des Dolly et c’est sur cette tension que repose l’intrigue de ce remake postmoderne de la petite maison dans la prairie.

Le film dans sa première partie donne à voir, sur un mode proche du documentaire, l’état des lieux. Ree marche à travers un paysage désolé fait de baraques abandonnées, d’autres qui cachent des ateliers de confection de méthadone, les épaves de voitures échouées dans des champs aux accents de friches. Dans un espace fait de chemins tortueux, elle est à la recherche de l’introuvable voiture que lui permettra de trouver la route, celle de l’espoir de retrouver son père. Le film dresse parallèlement un paysage humain plombé fait d’interconnaissances, de secrets, de solidarités claniques ou encore de rares coups de mains. Car ce n’est pas sur l’asphalte que Ree va affronter les obstacles et reconnaître la vérité qui vont la changer mais bien là et ici entre garage à tracteurs désaffectés et marché à bestiaux. L’histoire s’enfonce alors dans la nuit, et topographiquement dans les bas fonds, ceux des vallées et des sports bars. La réalisatrice réussit (...) à faire de cette campagne un univers profondément inquiétant. Elle brouille les pistes et le spectateur attend et se demande de quel buisson va émarger l’horreur. C’est au bout de la nuit et des chemins, animés de l’amour qu’elle porte à sa fratrie qu’elle trouvera son père, ses racines, pour un suggestif passage de témoin.

Authenticité manipulatoire ?

Il y a une dimension épique indéniable dans Winter’s bone. Une portée réaliste au souffle emprunté aux photographies de Dorothea Lange qui traduit une volonté de rendre compte de la pauvreté édifiante, que la société américaine est capable de produire. Le tout repose sur un mode de production qui se présente comme authentique, des lieux de tournages à l’implication de "locaux" tant dans le casting que dans la bande son country. Et si Debra Granik est une urbaine qui a grandi dans la banlieue de Washington et qui a vécu entre Boston et New York, elle a cherché à coller de près au roman éponyme de Daniel Woodrell qu’elle adapte ici et a effectué un long repérage dans les campagnes aux alentours de Springfield.

Pourtant Winter’s bone participe peut-être d’un mouvement plus large. Il s’inscrit dans un intéressant glissement géographique du cinéma estampillé indépendant devenu un vrai produit marketing outre-Atlantique. Après avoir investi la suburb, ce dernier, dans la lignée de films comme Frozen River (Courtney Hunt, 2008) semble faire de l’intérieur rural une nouvelle frontière, un espace sur lequel se projette de très contemporaines angoisses (le crime, la drogue, l’absence de filet social, la crise immobilière) traitées à travers des espaces mythifiés notamment par l’imaginaire du western. Ce glissement tendrait à déplacer les questions sociales et politiques dans un ailleurs plus ou moins lointain.

Autrement dit, l’esthétique de Winter’s bone pourrait ainsi refléter les paysages du péricentre de Detroit et agir comme métonymie des stigmates socio-spatiaux d’un territoire états-unien qui par endroits "rétrécit". Le film permettrait alors une mise à distance dans un ailleurs à la fois réel et mythique, borné dans une altérité rurale qui reste froide, austère et spécifique par son enclavement. Ce dispositif narratif, qui se concentre plus sur les effets de la pauvreté que sur ses causes -c’est la faute du père qui menace le foyer domestique et non la crise des subprimes- réduit évidemment la portée critique du propos. Et ce d’autant plus que dans l’envers du rêve américain de Winter’s bone, les fondations du foyer tiennent finalement la tempête, l’armée chuchote de bons conseils et l’argent tombe du ciel comme ultime récompense. Mais pour paraphraser la réplique célèbre de l’Homme qui tua Liberty Valance : on est dans le Middle-west et "ici, quand la légende dépasse la vérité, on publie la légende".

  Source : Cafe Geo
   
 cecile-desbrun.over-blog - Cécile Desbrun
 

Missouri, mon amour ?

Outsider des Oscars où il été nominé pour quatre prix, Winter's Bone est un film indépendant aussi prenant que désespérément sombre.

Ree (Jennifer Lawrence), dix-sept ans, vit dans les montagnes reculées d'Ozark, au Missouri avec sa mère et ses petits frères et soeurs Sonny et Ashlee. Leur père, Jessup, dealer de meth, est resté en prison un bout de temps, et Ree a dû prendre en charge Sonny, Ashlee ainsi que leur mère, devenue mutique. Libéré sous conditionnelle quelques semaines plus tôt, Jessup a disparu dans la nature et est sommé de se rendre au tribunal, sans quoi leur maison sera saisie. L'adolescente décide alors de partir à la recherche de son père.

Avec ses personnages sombres et violents, l'extrême pauvreté qu'il décrit et ce cadre de l'Amérique profonde, Winter's Bone frappe fort dès le départ et nous plonge dans un environnement hostile qui deviendra de plus en plus étouffant. De prime abord, malgré la justesse des acteurs et la sensibilité de la réalisation, on craint un peu de voir un pastiche de film indé made in U.S. qui en rajouterait toujours plus dans la misère et la succession d'événements tragiques, quitte à tomber dans le pathos, la condescendance vis-à-vis du sujet ou la caricature.

Une galerie humaine d'une vérité terrifiante

Or, plus le film avance, plus nous abandonnons ces préjugés pour nous laisser porter par l'histoire. Malgré le côté haut en couleurs de l'immense galerie de personnages secondaires, leur déchéance et leur cruauté qui pourrait laisser penser que le Missouri est un hôpital psychiatrique géant, ceux-ci ne sont pas faits d'une pièce et se révèlent complexes, humains, attachants de manière parfois inattendue. A commencer par l'oncle de Ree,Teardrop, campé par un John Hawkes impressionnant. Oscillant entre une attitude de junkie macho et violent et un attachement sincère à sa nièce, dernier lien familial qui lui reste, ce personnage secondaire rejoint celle-ci dans un face à face d'une intensité douloureuse.

Debra Granik a le don de nous faire haïr la majeure partie des personnages qui entourent l'héroïne au travers de scènes choc avant de les racheter en partie (mais en partie seulement), en nous montrant la compassion ou la tendresse dont ils peuvent faire preuve, même de manière décalée. Plutôt que de faire de Ree un innocent petit chaperon rouge au milieu de monstres sanguinaires, la réalisatrice dresse le portrait singulier d'une jeune fille déterminée, qui ne faiblit jamais, même face aux menaces, pour survivre coûte que coûte au milieu d'individus certes dégénérés mais d'une humanité criante de vérité, dérangeante. Tous les voisins ou presque fabriquent et vendent de la meth, ils sont tous liés par des liens du sang plus ou moins étroits et respectent à l'extrême la loi du silence. Les recherches de Ree les gêne, bien que son problème soit d'ordre vital. Ils refuseront donc de lui venir en aide, n'hésiteront pas à la menacer ou la tabasser si elle ne se résigne pas.

Nature : lumière et ténèbres

La nature, de tous les plans, donne une identité visuelle très forte au film, l'enveloppe dans une épaisse atmopshère de mystère. L'image est souvent belle, toujours glaçante. Debra Granik prend le temps de laisser vivre ses personnages, offrant régulièrement aux spectateurs des scènes leur permettant de retrouver leur souffle au milieu de cette nature aussi belle que sauvage. Dans cette région où la seule activité semble être la vente de bois, on cultive ses terres, on s'enfonce dans la forêt et on chasse les écureuils au fusil pour les cuisiner, ce qui donne lieu à des scènes cruelles et poétiques à la fois. Dans sa dernière partie, Winter's Bone nous plonge dans une atmosphère nocturne, l'image se fait plus sombre tandis que, à bord d'une barque, l'héroïne sera confrontée à la cruauté abyssale de la nature et de l'humanité dans une scène à glacer le sang, qui oriente le long-métrage vers le film de genre par son imagerie.

Évitant habilement tout misérabilisme sans pour autant faire de concessions, le film de Debra Granik est certes souvent très glauque, oppressant mais n'oublie pas pour autant les moments de respiration du quotidien, où la vie reprend ses droits, les petits bonheurs partagés, si futiles soient-ils. Une fête d'anniversaire où les invités jouent et chantent de la country et du blues, une ballade entre frères et soeurs ... Winter's Bone possède quelques zones lumineuses auxquelles la réalisatrice confère la fulgurance d'éclaircies par temps d'orage. Ces scènes, si elles ne nous font jamais oublier le combat de Ree, participent à la beauté et à l'attachement qu'on ressent pour le film et sont présentes dès la très belle séquence d'ouverture.

Jennifer Lawrence : singulière héroïne

Le casting, constitué majoritairement d'acteurs non professionnels originaires de cette région du Missouri, est impeccable, on ne sent jamais la performance d'acteurs malgré l'intensité des situations. Dans le rôle de Ree, Jennifer Lawrence (qui n'est pas une débutante malgré son jeune âge) impressionne fortement. Elle rend plus que justice au tempérament si singulier de son personnage, qui n'est jamais montré comme une victime, même lorsqu'elle est menacée, battue. Mère poule pour son petit frère et sa petite soeur, déterminée, elle ne baisse jamais les yeux, ne prend pas le temps de s'apitoyer sur son sort.

Hormis le tout aussi impressionnant John Hawkes, les rôles féminins sont tous forts et bien campés. Au milieu de ces femmes souvent aigres et violentes, aux ordres de leurs frères et maris dont elles ne cherchent pas à contester l'autorité, on a la surprise de retrouver au détour d'une scène Sheryl Lee, la Laura Palmer de David Lynch, vieillie et les yeux cernés, échappée de la petite ville forestière de Twin Peaks pour une autre commune de ploucs tirant sa "prospérité" du bois.

Sorti discrètement en ce début mars au milieu de films de plus grande envergure mais suivi d'une critique élogieuse qui lui permettra, on l'espère, de rester un certain temps sur les écrans, Winter's Bone est un petit bijou à ne pas manquer. Un diamant très noir, étouffant, dont on ne ressort pas indemne, qui interpelle par sa singularité et le traitement subtil de ses personnages, tous criants de vérité. Sans être tout à fait un chef-d'oeuvre, il s'agit donc d'une oeuvre des plus marquantes qui, l'air de rien, rejoint Black Swan, True Grit ou Never Let Me Go au rang des meilleurs crus de ce premier trimestre 2011.

  Source : Cecile Desbrun
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