Ciné-club éducatif & culturel de Mons (CCEC)
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Melancholia réalisé par Lars von Trier
    
Titre original Melancholia
Réalisation Lars von Trier
Scénario Lars von Trier
Interprétation Charlotte Gainsbourg (Claire), Charlotte Rampling (Gaby), John Hurt (Dexter), Kiefer Sutherland (John), Kirsten Dunst (Justine), Alexander Skarsgard (Michael), Brady Corbet (Tim), Cameron Spurr (Léo), Deborah Fronko (La Mère De Micheal), Jesper Christensen (Acteur), Stellan Skarsgard (Jack), Udo Kier (Organisateur Du Mariage), ...
Musique Richard Wagner
Photographie Manuel Alberto Claro
Pays Danemark, Suède, France, Allemagne
Année 2011
Durée 2h16’
Genre Drame, Science-Fiction
 Distributeur Imagine
 Cote
     3,7 (34.921 votes)
Site officiel  
Bande annonce  
Affiche  
Photos  
 Dossier de presse
 Feuillet du film distribué aux séances
 
 
 
 La projection aura lieu à IMAGIX - Mons - Plan d'accès
Le Jeudi 26 Janvier 2012
Le film est projeté en version originale anglaise sous-titrée en français
Le film est projeté sans entracte ni publicité
Les séances :
 
  • 17h00 et 20h00 avec présentation et feuillet sur les films à chaque séance
  • 14h30 et 22h30 sans présentation et feuillet sur les films à chaque séance
 
 
Ouvert sur un prologue d'une beauté sans égale, que Lars von Trier peint comme des tableaux puissants sur fond de Wagner, "Melancholia" est un envoûtement des sens où le réalisateur capture la lumière surgie des ténèbres ... (Studio Ciné Live). Un film angoissé et serein, sombre et lumineux. Un authentique chef-d’œuvre ... (Le Vif)

À l'occasion de leur mariage, Justine et Michael donnent une somptueuse réception dans la maison de la soeur de Justine et de son beau-frère. Pendant ce temps, la planète Melancholia se dirige vers la Terre. La fin du monde semble imminente et va tout remettre en question ...

(…) Melancholia constitue désormais la deuxième partie d'un diptyque, dont le premier volet était Antichrist. Dans les deux cas, Lars von Trier s'attaque en effet à des états limites de la féminité qui opposent, à tout discours rationnel (la psychologie traditionnelle, la psychanalyse, la sociologie), leur singularité radicale et insécable. C'est d'ailleurs le sens de cet usage, dans Melancholia, du romantisme (Wagner) et des motifs du symbolisme pictural, comme un rappel de la persistance de l'irrationnel. Les femmes, chez Lars von Trier, sont des sorcières ... (Le Monde)
 
 
 Cannes Film Festival 2011
 
 European Film Awards 2011
 
  • Récompense de la meilleure photographie décernée à Manuel Alberto Claro
  • Récompense du meilleur film décernée à Lars von Trier (Scénariste/Réalisateur), Meta Louise Foldager (Productrice), Louise Vesth (Productrice)
  • Récompense des meilleurs décors décernée à Jette Lehmann
 Hamptons International Film Festival 2012
 
 Online Film Critics Society Awards 2012
 
 London Critics Circle Film Awards 2012
 
 Independent Spirit Awards 2012
 
 Gaudí Awards 2012
 
 Central Ohio Film Critics Association 2012
 
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Lars von Trier. Né le 30 avril 1956 à Copenhague (Danemark). Scénariste, Réalisateur, Producteur exécutif, Créateur, Acteur, Producteur, Producteur associé, Coproducteur, Chef monteur, Auteur, Chef opérateur, Acteur, Acteur voix.

Lars von Trier est diplômé de l'école nationale danoise de cinéma en 1983. En 1991, il fonde Zentropa Entertainments avec Peter Aalbæk Jensen, devenue depuis l'une des principales sociétés de production scandinaves.

De l'avant-gardisme à la ré interprétation de classiques, l'œuvre cinématographique de Lars von Trier englobe une grande variété de genres. Ses premiers films sont des explorations stylistiques de thèmes et de symboles qui jouent un rôle essentiel dans ses films suivants. Von Trier est à l'origine du succès de l'industrie du cinéma danoise, et a influencé toute une nouvelle génération de réalisateurs au Danemark et dans le monde, particulièrement à travers son rôle clé dans le Dogme 95.

Lars von Trier commence par se forger une solide réputation au Danemark comme à l'étranger avec la "trilogie en E". The Element of Crime en 1984, puis Epidemic en 1988 et Europa en 1991 sont marqués par un style cinématographique aussi personnel qu'expérimental.
Lars von Trier sur Tout Le Cine
Après cette première trilogie, Lars von Trier réalise deux productions pour la télévision, Medea en 1988 et la série L'hôpital et ses fantômes, en 1994 et 1997, cette dernière en collaboration avec Morten Arnfred. Pour cette série, Lars von Trier crée un style technique qui permet de se concentrer plus facilement sur l'histoire et les acteurs. Cette expérience mènera au concept Dogme 95 – caméra à l'épaule, prise de son direct, éclairage naturel et aucun effet spécial, mis au point avec Thomas Vinterberg, Jean-Marc Barr et Søren Kragh-Jacobsen. L'hôpital et ses fantômes est principalement tournée en caméra à l'épaule, et Von Trier s'affranchit délibérément des règles habituelles d'utilisation de la lumière, de la continuité et du montage, avec pour résultat des couleurs mouvantes et des images à grain très marqué.

La série est le premier succès populaire majeur du réalisateur. L'intérêt massif qu'elle suscite au Danemark et à l'étranger permet à Von Trier et ses producteurs, Peter Aalbæk Jensen et Vibeke Windeløv, de financer son grand projet suivant, Breaking the Waves, premier film de la "trilogie Coeur d'or". Cette seconde trilogie s'inspire d'un conte lu par Von Trier lorsqu'il était enfant, dont l'héroïne est une petite fille toujours prête à se sacrifier pour aider les autres. La "trilogie Coeur d'or" rassemble également, Les Idiots et Dancer in the Dark. Les Idiots illustre pour la première fois la réalisation épurée et plus réaliste du Dogme.

Les films de Lars von Trier ont été officiellement sélectionnés pour les différentes éditions du Festival de Cannes et ont reçu diverses récompenses. En 2005, il écrit et réalise Manderlay, avec Bryce Dallas Howard. Il réalise en 2007 un court métrage pour le film collectif Chacun son cinéma. Le cinéaste danois revient en 2009 avec Antichrist, film d'épouvante à connotation religieuse où un couple interprété par Willem Dafoe et Charlotte Gainsbourg se retrouve confronté à d'étranges évènements après la mort de son enfant.

Dans le film suivant de von Trier, la terre est menacée d'être dévorée par la planète Melancholia. Le réalisateur retrouve Charlotte Gainsbourg pour un des rôles principaux. Elle incarne la soeur de la mélancolique Justine, Kirsten Dunst.

Source : Tout Le Cine

Toute la filmographie de Lars von Trier sur IMDB en tant que :

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tout le cine
 

Une ouverture wagnérienne

Interrogé sur les intentions de son film, Lars von Trier répond : " J’avais un état d’âme comme point de départ, mon désir de plonger la tête la première dans l’abîme du romantisme allemand. Du Wagner par tonnes." C'est ainsi que Melancholia débute par une succession de photos sur la musique de l'ouverture de Tristan et Iseult de Richard Wagner. Cette séquence permet de découvrir les visions de Justine sur la fin du monde, ainsi que les images dramatiques de la collision cosmique ...

" Trop agréable" ?

L'auto-critique de Lars von Trier par rapport à Melancholia est très sévère. Le réalisateur a peur d'être tombé dans le piège de faire un film trop plaisant, surtout en comparaison avec son film précédent Antichrist : " J’aime le côté romantique. Le pathos. Mais c’est affreusement proche de ‘agréable’. […] J’avais une merveilleuse sensation de rugosité avec Antichrist. Je ne l’ai pas avec Melancholia. Je voulais que ce soit parfait en quelque sorte. J’espère que les gens trouveront quelque chose derrière le vernis, en cherchant bien. Mais ce sera plus difficile à déceler qu’avec Antichrist, parce que la surface est tellement polie." Von Trier rajoute : " Charlotte Gainsbourg m’a dit une chose qui m’a fait très plaisir : 'C’est un film bizarre.' C’était adorable, parce que j’avais peur que le ‘bizarre’ fasse un peu défaut."

Penélope Cruz

Von Trier a développé l'idée pour le film en partie après une conversation et un échange de lettres avec Penélope Cruz qui voulait faire un film avec lui. Fascinée par la pièce de théâtre Les Bonnes de Jean Genet sur deux bonnes qui tuent leur patronne, elle aurait aimé jouer dans une adaptation. Puisque von Trier ne tourne pas de films qu'il n'a pas écrits lui-même, il s'est mis à écrire un scénario pour Cruz. Dans son texte, il a transformé les deux bonnes en sœurs. Cependant, avant le début du tournage, Penélope Cruz s’est désistée, notamment à cause de son engagement sur les Pirates des Caraïbes, et Kirsten Dunst a eu le rôle principal à sa place.

" Une agréable surprise"

Kirsten Dunst n'était que le deuxième choix de Lars von Trier pour le rôle de la mélancolique Justine. Pourtant, il se dit surpris par sont talent : " Je trouve que c’est une sacrée actrice. Elle est beaucoup plus nuancée que je ne le pensais et elle a l’avantage d’avoir eu une dépression. Tous les gens sensés en ont eu une." Ce qu'il apprécie avant tout avec elle, c'est sa capacité d'être présente et souriante, mais avec un regard totalement absent.

Point de départ

Dans Melancholia, Lars von Trier se confronte à la mélancolie et à sa propre dépression. Grâce à un documentaire, il a découvert que Saturne est la planète qu'on associe à la mélancolie. Il s'est ensuite documenté sur les collisions cosmiques, un sujet qui a inspiré l'intrigue du film.

La fin du monde (des films)

En sortant de la projection de Melancholia, le réalisateur danois et ami de von Trier Thomas Vinterberg aurait dit, raconte von Trier : "Comment faire un film après ça ?"

Cannes

Melancholia a été présenté en compétition officielle au Festival de Cannes 2011, où Kirsten Dunst a reçu le Prix de la meilleure interprétation féminine.

Persona non grata

Lors de la conférence de presse de Melancholia au Festival de Cannes, Lars von Trier a tenu des propos douteux sur Hitler, les Juifs et ses propres origines allemandes. Bien qu'il ait présenté ses excuses après, il a été déclaré " persona non grata" et prié de quitter le Festival. Son film Melancholia est tout de même resté en compétition officielle.

  Source : Tout Le Cine
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Evene
 

Etrange série

A l 'instar de David Lynch, sa notoriété lui permet de réaliser une série télévisée très originale : 'Kingdom'.

Sa maison le suit

Il déteste les hôtels et l'avion et se rend au Festival de Cannes, à chaque fois qu'il y présente un film, en camping-car.

Long terme

Depuis 1991, Lars von Trier réalise chaque année trois minutes de 'Dimension', un film qui suit les mêmes personnes sur plusieurs années mais qui ne sortira qu'en 2024.

  Source : Evene
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Fondamentalement, j’ai peur de tout dans la vie, sauf de faire des films (Lars von Trier)
Un film doit être comme un caillou dans une chaussure (Lars von Trier)
Prendre en compte le hasard, et intégrer l'imprévu (Lars von Trier)
Ce qui est bien avec les films, c'est que c'est toujours plus vaste que les mots (Lars von Trier)
Le désaccord entre deux personnes qui veulent aller au bout de ce qu'elles croient être juste est forcément terrible (Lars von Trier)
Vous devez faire un film que vous voulez voir, pas celui que vous croyez que le public veut voir (Lars von Trier)

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Une Semaine Un Chapitre
 

Attention, si vous n'avez pas vu Melancholia, et que vous voulez le voir sans idées préconçues et sans spoilers, ce billet n'est pas pour vous puisque j'y donne mon interprétation du film (subjective bien sûr, et qui n'est que l'une des nombreuses interprétations qu'il est possible de donner à ce film).

Melancholia est un film en trois parties. Trois parties féminines.

Il y a d'abord la scène d'ouverture qui présente la fin du monde, une fin du monde fantasmée, par Justine : elle y figure en robe de mariée, son cheval Abraham finit lui aussi par abdiquer en s'effondrant au ralenti.

La première partie raconte l'histoire de Justine : sa cérémonie de mariage à laquelle elle n'arrive pas à être heureuse et sa langueur, son indifférence - sa mélancolie.

La seconde tourne autour du personnage de Claire, la soeur de Justine, mariée et mère d'un enfant, qui est effrayée à l'idée du passage de la planète Melancholia si près de la terre. Et en effet, Melancholia passe si près que la terre explose.

Lars Von Trier structure donc son film de manière circulaire, comme la terre et Melancholia : il commence par la fin du monde et termine par la fin du monde sur la même musique.

Intéressons-nous maintenant au nom donné à la planète (et au film) : Melancholia. C'est un nom qui n'est pas donné au hasard car Justine souffre de mélancolie.

Son étymologie est la bile noire. La mélancolie est un état dépressif, mais aussi un état qui rapproche l'homme du génie.

Lars Von Trier construit le personnage de Justine en tenant compte de ces deux caractéristiques. En effet, Justine est arrivée à un dégoût de la vie : les plats qu'elle adorait ont maintenant un goût de cendre, elle n'a parfois plus la force de marcher et passe son temps à dormir. Et en même temps, Justine fait preuve d'un étrange don : elle sait les choses. Elle sait quel est le numéro gagnant du jeu concours de son mariage, elle sait aussi que Melancholia va heurter la terre.

Justine est la figure humaine de la planète Melancholia sur terre, une incarnation de la planète sur terre. Et Lars Von Trier symbolise son mal sous la forme d'une planète : imposante, immense, il semble que Justine ne puisse s'en extirper et que la collision soit inévitable.

Melancholia permet d'aller assez loin dans la science fiction mis à part la thématique de fin du monde. Après tout, pourquoi Justine ne serait pas possédée par la planète Melancholia ? Son rayonnement lui fait du bien puisque Claire la retrouve nue, en pleine nuit, dans le jardin, sous les rayons de l'étrange planète.

A cet instant, Claire est terrestre, en plein contraste avec sa soeur. Comme les chevaux de l'écurie, elle a peur.

Mais ce qui est plus intéressant encore, c'est que Lars Von Trier construit les rapports d'autres personnages en opposition, et en métaphore avec la rencontre entre Melancholia et la terre, qui sera dévastatrice. La partie consacrée au mariage est comme la métaphore de l'impossible entente entre la terre et Melancholia : Mickael, qui a acheté un terrain avec des pommiers et rêve d'une balançoire pour ses futurs enfants est voué à voir son mariage exploser car Justine, sous l'emprise de la mélancolie est devenue indifférente à tout. Elle flotte, elle est ailleurs.

Melancholia, est un film sur l'apocalypse, au sens propre et au figuré puisqu'il raconte la fin de la terre mais aussi l'apocalypse d'un mariage qui est un échec et l'apocalypse que peut créer intérieurement la mélancolie, jusqu'à la mort.

L'explication de Melancholia est sans doute là : film sur différents apocalypses, qui traite de l'intimité plutôt que d'une fin de monde qui multiplierait les personnages et les tentatives pour survivre.

Après une première partie qui a exploré la relation homme/femme avec Michael/Justine, Lars Von Trier analyse plus précisément la relation entre les deux soeurs, et plus particulièrement le renversement qui s'opère : petit à petit, Justine, qui n'a pas peur de mourir, fait face devant l'apocalypse tandis que Claire cède à la panique. Au final, est-ce vraiment la fin du monde ou est-ce seulement la mort de sa soeur que Claire vit comme une fin du monde ? On peut se poser la question.

Ode à la fin du monde, Melancholia est aussi une ode à l'art, comme une compilation du cinéma qu'il est possible de faire, avant que la mélancolie ne triomphe complètement avec un écran noir. Melancholia rappelle Tarkovski, Resnais, mais s'intéresse aussi à la peinture avec les nombreux tableaux de la demeure, et les tableaux vivants crées par Lars Von Trier, particulièrement dans la scène d'ouverture. La musique n'est pas en reste avec des morceaux de Tristan et Isolde de Richard Wagner.

  Source : Une Semaine Un Chapitre
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Interview de Lars Von Trier
 

Désir de la fin de tout

Le journaliste Nils Thorsen, auteur de Le Génie – vie, films et phobies de Lars Von Trier, s’est entretenu au mois de mars avec Lars Von Trier, alors que celui-ci mettait la dernière touche à Melancholia.

Autant le dire tout de suite : à la fin du film de Lars Von Trier, Melancholia, tout le monde meurt. Non seulement les invités du grand mariage qui a lieu en première partie du film, mais aussi la vie sur Terre. Dans le monde qu’évoque le réalisateur danois, nous sommes absolument seuls dans l’univers, et ce qui s’achève lors de la collision de notre planète avec Melancholia, c’est la vie en tant que telle.

Comme le fait remarquer Lars Von Trier avec son humour noir typique : "D’une certaine façon, le film a une fin heureuse."

Le germe de Melancholia

Nous suivons deux sœurs jusqu’à la dernière extrémité. Justine la mélancolique, interprétée par Kirsten Dunst, qui a du mal à trouver sa place dans le monde et ne se sent à l’aise que lorsque celui-ci approche de la fin, alors que sa grande sœur, Claire, interprétée par Charlotte Gainsbourg, se trouve très bien sur la Terre et a du mal à lui dire adieu.

"Justine est très proche de moi, de mes expériences avec les prophéties de fin du monde et la dépression, alors que Claire est censée être une personne... normale", dit Lars Von Trier dans un éclat de rire.

"Mon analyste m’a dit que dans les situations catastrophiques, les mélancoliques gardaient plus la tête sur les épaules que les gens ordinaires, en partie parce qu’ils peuvent dire : 'Qu’est-ce que je t’avais dit ?' Mais aussi parce qu’ils n’ont rien à perdre."

C’est ça le germe de Melancholia. À partir de là, les choses se sont accélérées. Moins d’un an après, le script était écrit, les acteurs choisis, et l’équipe en tournage.

A la limite de la plastique

"Je suis passé par un sale moment pendant Antichrist" dit-il. "Je me suis bien plus amusé à faire ce film, j’étais beaucoup plus présent."

Dans Melancholia, il se confronte à la mélancolie, plus qu’aux cataclysmes. Bien que l’impulsion vienne de sa dépression, l’idée a pris corps au cours d’une conversation et d’un échange de lettres avec l’actrice Penelope Cruz, qui voulait faire un film avec lui. Elle lui a parlé de sa fascination pour la pièce du dramaturge français Jean Genet, Les Bonnes, dans laquelle deux bonnes tuent leur patronne.

" 'Je ne fais jamais rien qui ne soit élaboré par moi', lui ai-je dit. J’ai donc tenté d’écrire quelque chose pour elle. En fait, le film s’inspire des deux bonnes, que j’ai transformées en sœurs. Penelope sait monter à cheval, j’ai utilisé ça aussi."

Le titre a un rapport direct avec sa dépression. Mais c’est grâce à un documentaire qu’il a découvert que la planète de la mélancolie était Saturne, puis il est tombé sur une page web qui parlait des collisions cosmiques.

Melancholia débute comme Antichrist par une ouverture. Dans une succession de séquences et de photos sur une musique de Wagner (l’ouverture de Tristan et Iseult), nous découvrons les visions merveilleuses de Justine sur la fin du monde, ainsi que les images dramatiques de la collision cosmique.

"J’ai toujours aimé l’idée de l’ouverture, le fait de commencer par quelques thèmes. J’ai imaginé à partir d’effets spéciaux ce qui se produirait lors d’une telle collision, alors que l’intrigue se borne à ébaucher le désastre en gros plans. J’ai trouvé amusant de sortir les images du contexte et de commencer par elles. Ça nous débarrasse d’un seul coup de l’aspect esthétique", ajoute- t-il dans un sourire.

Quel genre d’esthétique vouliez-vous pour ce film ?

"J’aime le choc entre ce qui est romantique, grandiose, stylisé, et une certaine forme de réalité. La majeure partie du film a été réalisée caméra à l’épaule. Mais le problème, c’est que nous avons tourné dans un magnifique château en Suède. Si vous ajoutez à ça le mariage avec les invités en tenue de soirée, ça peut difficilement ne pas devenir... beau", sourit-il.

Et ce n’était pas votre intention ?

"C’est dur d’introduire un peu de laideur. Je pense que le film est à la limite de la plastique."

Les rituels vides de la réalité

Après le ballet initial de la fin du monde, le film se divise en deux parties. La première s’intitule Justine et traite de la sœur mélancolique et de son mariage. L’autre s’intitule Claire et couvre le compte à rebours jusqu’à la fin.

Comme dit le réalisateur : "Si tout doit partir en fumée, il faut que ça démarre bien."

Justine la mélancolique est résolue à devenir normale, explique-t-il. Elle veut donc se marier. "Elle veut en finir avec l’absurdité, l’angoisse, le doute. Voilà pourquoi elle veut un vrai mariage. Tout va bien jusqu’au moment où elle n’arrive plus à se confronter à ses propres exigences."

"Il y a une réplique récurrente, 'Tu es heureuse ?' Elle se doit de l’être. Sinon, le mariage n’a aucun sens. Tu dois être heureuse immédiatement ! Tout le monde essaie de la faire redescendre sur terre, mais elle n’a pas vraiment envie de participer."

Dans le film, elle semble incapable de s’impliquer. Est-ce qu’elle prend la situation au sérieux ?

"Elle ne prend pas le mariage au sérieux. Au début, elle joue avec ça, et comme elle a l’impression de maîtriser les choses, elle peut s’en amuser. Mais la mélancolie ressurgit. Et quand la nuit de noces arrive, elle ne peut tout simplement pas y faire face."

Elle semble ailleurs – où est-elle, mentalement ?

"D’après moi, elle rêve de naufrages et de mort soudaine, comme l’a écrit Tom Kristensen [poète danois]. Et elle va les avoir. D’une certaine façon, elle réussit à tirer cette planète de derrière le soleil et à s’abandonner à elle."

Quand on rêve de naufrages et de mort soudaine, c’est sûrement parce que ça semble plus réel que notre drôle de monde ?

"Je crois que c’est juste. En réalité, elle est en proie au doute, et lorsqu’elle assiste au mariage qu’elle s’est imposé à elle-même, elle est saisie par ce doute."

Doute à propos de quoi ?

"Est-ce que ça en vaut la peine ? Un mariage est un rituel. Mais y a-t-il quelque chose au-delà du rituel ? Non. Pas pour elle."

"Nous, les mélancoliques, n’apprécions pas les rituels, et c’est bien dommage. Moi-même, j’ai du mal dans les soirées. Peut-être les mélancoliques mettent-ils la barre plus haut que quelques bières, un peu de musique et pire encore, des guirlandes multicolores. Tout ça sonne tellement faux ! Si les rituels sonnent faux, et s’ils ne valent rien, alors cela peut s’appliquer à tout le reste."

Je suppose que c’est la façon de voir du mélancolique – tout est creux ?

"S’il y a une valeur derrière le rituel, tout va bien. C’est comme un film. Il faut qu’il y ait quelque chose dans un film. L’intrigue est le rituel qui nous mène au contenu. S’il y a quelque chose à l’intérieur du film, je peux être touché. Mais si le rituel est vide, si je n’ai plus de plaisir à recevoir des cadeaux de Noël ou à voir la joie des enfants, tout le rituel consistant à traîner un arbre dans le salon devient vide."

Donc, d’une certaine façon, c’est l’éternelle question du mélancolique : est-ce que tout est creux ?

"C’est ce que Justine ressent à chaque fois qu’elle observe ce foutu mariage. Elle s’est soumise à un rituel sans signification."

Et les autres ne ressentent pas la même chose ?

"Les autres, ça ne les dérange pas. Ils se bornent à aller et venir, ils trouvent le rituel agréable."

Le désir de réalité

Justine n’est pas simplement nostalgique. Elle a un désir de pathos et de drame, explique Lars Von Trier.

"Elle aspire à quelque chose qui ait une vraie valeur. Et les vraies valeurs impliquent de la souffrance. Au bout du compte, nous avons tendance à voir la mélancolie comme plus vraie. Nous préférons la musique et l’art qui contiennent une pointe de mélancolie. La mélancolie en elle-même est une valeur. Un amour malheureux et non partagé semble plus romantique qu’un amour heureux."

Mais pourquoi le mélancolique rêve-t-il de naufrages et de mort soudaine ?

"Parce que c’est vrai. Le désir est vrai. Il se peut qu’il n’y ait aucune vérité à désirer, mais le désir lui-même est vrai. Tout comme la douleur. Nous la ressentons à l’intérieur de nous. Elle est réelle."

Que ressentez-vous personnellement à l’idée que le monde pourrait avoir une fin ?

"Si ça pouvait arriver en un instant, l’idée me plaît. Comme dit Justine : la vie est mauvaise, non ? La vie est une idée pernicieuse. La création a peut-être amusé Dieu, mais il n’a pas vraiment réfléchi aux choses", dit en riant le réalisateur.

"Donc si le monde s’arrêtait et que toute souffrance et tout désir disparaissaient en un clin d’œil, je serais prêt à appuyer moi- même sur le bouton. A condition que personne ne souffre."

Y a-t-il plus de souffrance ou plus de joie dans la vie ?

"Plus de souffrance, bien sûr ! évidemment, on peut répliquer : l’orgasme. Oui, c’est pas mal. Mais je crois qu’il y a beaucoup plus de souffrance et de douleur, que de plaisir."

Le mariage est la dernière tentative de Justine pour revenir dans la vie, au lieu de s’en extraire par le désir.

"Elle se dit : maintenant je vais me forcer à accomplir les rituels, peut-être qu’il en sortira une certaine vérité. Quand vous avez surmonté une dépression, vous êtes forcé d’établir des rituels. Faire une promenade de cinq minutes, par exemple. En accomplissant les mouvements mécaniquement, les rituels finissent par acquérir une certaine signification."

Conformément à la devise : fais semblant, le reste suivra ?

"C’est ce qu’elle essaye de faire. Mais ses aspirations sont trop grandes et son désir de vérité trop colossal. Je crois que c’est valable pour les mélancoliques en général. Nous avons une grande exigence de vérité."

Le désir est-il l’aspect le plus important de Melancholia ?

"Je trouve que les mots vont bien ensemble. Une aspiration mélancolique doit être aussi émotive que possible. Cela évoque l’image des loups hurlant à la lune."

Les loups hurlent quoi ? "Viens me prendre" ?

"Oui, parce que j’ai une place quelque part", rit-il. "C’est pour ça que Justine hurle à cette planète : 'Viens me prendre'. Et elle se fait dévorer. Ce qui est poignant, ce n’est pas seulement la collision entre deux planètes, mais le fait que Melancholia dévore la Terre."

Est-ce cela son désir : être dévorée ?

"Oui", rit-il. "C’est donc une fin heureuse, après tout."

Seuls dans l’univers

"Dans le film, les sœurs évoquent le fait qu’on est seuls dans l’univers. Pour moi, ça fait une grande différence. Que la vie disparaisse de la Terre est une chose, mais s’il y a des cellules ailleurs, on a quelque chose sur quoi rebâtir. Alors que si nous sommes seuls, c’est la fin de tout."

Donc ce ne serait pas un vrai naufrage ni une vraie mort soudaine si tout ne disparaissait pas ?

"Non. Et c’est une pensée effrayante. Glaçante. Quand vous regardez des images de l’espace, vous avez des frissons. Vous sentez bien que nous sommes affreusement seuls et vous avez du mal à imaginer qu’il n’y ait pas de vie ailleurs. Mais Justine en est convaincue."

Dans la deuxième partie du film, alors que la planète approche de la Terre, c’est soudain la grande sœur, Claire, qui s’effondre. Alors que Justine devient de plus en plus calme. Le mari de Claire, interprété par Kiefer Sutherland, est un personnage récurrent de Lars Von Trier : l’homme rationnel qui étudie les choses et croit pouvoir tout expliquer, en l’occurrence pourquoi Melancholia n’entrera pas en collision avec la Terre.

"Il rassure sa femme tout au long du film, puis soudainement, il s’arrête. Et là, elle est... seule", sourit-il.

"Finalement, les sœurs ne sont pas si différentes que ça. Elles partagent la même mère cinglée qui a renoncé à tout ce merdier, ce qui l’a rendue amère. Elle n’aspire plus à rien. Si bien que Claire a toujours dû être une mère pour sa petite sœur, et quand vous prenez soin des autres, vous devez être fort."

Pourquoi Claire s’effondre-t-elle lorsque la planète approche ?

"Elle a quelque chose à perdre. Entre autres, un enfant. Elle ne désire rien et elle apprécie ce qu’elle vit. Alors que Justine n’a rien à perdre. C’est une mélancolique. Nous, les mélancoliques, désirons sans cesse, et quand vous désirez, vous n’avez rien à perdre, puisque vous n’avez rien."

Donc si vous appréciez ce que vous avez, vous êtes exposé ?

"Oui. Les mélancoliques passent avec légèreté sur tout. Peut-être est-ce un moyen de survivre. Nous n’avons pas à faire le deuil des choses que nous perdons", dit-il en ajoutant avec un petit rire : "Mais globalement, elles sont très désagréables l’une avec l’autre. Mes personnages le sont, en général. Ils se déçoivent mutuellement."

Je perçois la relation entre les deux sœurs comme très tendre.

"Oui, à la fin. Je pense que là, elles se retrouvent. C’est aussi ce qui évoque une fin heureuse. Le fait que les contraires fusionnent. Elles ont des façons de réagir différentes, bien sûr. Mais elles étaient deux et ne font plus qu’un."

Le dernier film du monde

Avant le début du tournage, Penelope Cruz s’est désistée à cause d’autres engagements et Kirsten Dunst a eu le rôle principal à sa place. "Notre collaboration a été une agréable surprise" dit Lars Von Trier.

"Je trouve que c’est une sacrée actrice. Elle est beaucoup plus nuancée que je ne le pensais et elle a l’avantage d’avoir eu une dépression. Tous les gens sensés en ont eu une."

"Elle m’a beaucoup aidé. Elle avait pris des photos d’elle-même dans cette situation, et j’ai donc pu voir à quoi elle ressemblait. À quel point elle était présente et souriante, mais avec un regard totalement absent. Elle fait ça très bien."

Si vous demandez à Lars Von Trier ce qu’il pense de son film, il est plus difficile d’obtenir une réponse.

"Quand je le vois, je suis content. Mais je l’ai vu tellement de fois que je n’arrive plus vraiment à le voir."

"Charlotte Gainsbourg m’a dit une chose qui m’a fait très plaisir : 'C’est un film bizarre.' " Il rit. "C’était adorable, parce que j’avais peur que le 'bizarre' fasse un peu défaut."

Quelle est votre inquiétude à ce sujet ?

"Eh bien, j’ai peur qu’il ne soit devenu trop 'agréable'. J’aime le côté romantique. Le pathos. Mais c’est affreusement proche de 'agréable'. Exactement comme lorsque vous vous complaisez dans le romantisme avec Wagner. Quand est-ce que ça devient tout simplement... trivial ?"

Il n’est pas interdit que ce soit indécemment agréable, je suppose ?

"Non, à condition qu’il y ait une idée. J’avais une merveilleuse sensation de rugosité avec Antichrist. Je ne l’ai pas avec Melancholia. Je voulais que ce soit parfait en quelque sorte. J’espère que les gens trouveront quelque chose derrière le vernis, en cherchant bien. Mais ce sera plus difficile à déceler qu’avec Antichrist, parce que la surface est tellement polie."

Avec Antichrist on ne pouvait pas faire autrement que de s’engouffrer dans les brèches ?

"C’est ce que je veux dire. Dans ce film, vous pouvez patiner sur la surface polie. Le style est poli, mais sous la surface lisse, il y a du contenu. Pour y arriver, il faut voir au-delà du vernis."

"La pire chose serait de dire comme Nordisk Film [société de production et de distribution, qui a investi dans ce film] : Il y a de belles images. Ça m’a détruit. Parce que si je fais un film que Nordisk Film aime, j’arrête demain !"

Est-ce que ça n’aide pas de détruire le monde ?

"Je l’espère. Au moins, la planète qui approche fournit un suspense fondamental. Le suspense peut difficilement être plus fort lorsqu’on sait qu’une planète dix fois plus grande que la nôtre approche et qu’elle va entrer en collision avec nous. Je suppose que ça empêche le public de sortir à la moitié du film."

"En sortant de la projection, Thomas Vinterberg a dit une chose très sensée" et il poursuit dans un éclat de rire : "Comment faire un film après ça ?"

  Source : Comme Au Cinema
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Note d'intention du réalisateur
 

C’était comme si je me réveillais après un rêve : ma productrice me montrait une proposition d’affiche. "C’est quoi, ça ?" ai-je demandé. "C’est un film que tu as fait !" a-t-elle répondu. "J’espère que non," ai-je bafouillé. On m’a montré des films-annonce... des photos... ça a l’air merdique. Je suis secoué.

Ne vous méprenez pas... j’ai travaillé sur ce film pendant deux ans. Avec grand plaisir. Mais je me suis peut-être fait des illusions. Je me suis laissé tenter. Ce n’est pas que quelqu’un ait commis une erreur... au contraire, tout le monde a travaillé loyalement et avec talent pour atteindre le but que moi seul avais défini. Mais quand ma productrice m’a présenté froidement les faits, un frisson a parcouru mon épine dorsale.

C’est la crème de la crème. Un film de femme ! Je me sens prêt à rejeter ce film comme un organe transplanté par erreur.

Mais je voulais quoi au juste ? J’avais un état d’âme comme point de départ, mon désir de plonger la tête la première dans l’abîme du romantisme allemand. Du Wagner par tonnes. Je sais au moins ça. Mais n’est-ce pas juste un moyen d’exprimer sa défaite ? La défaite face au plus petit dénominateur commun cinématographique ? La romance est malmenée de mille façons atrocement ennuyeuses dans les produits populaires.

Et puis je dois admettre que j’ai eu une relation amoureuse heureuse avec le cinéma romantique... pour citer l’évidence : Visconti ! Le romantisme allemand qui vous laisse pantelant. Mais chez Visconti, il y a toujours quelque chose pour élever le sujet au-dessus du trivial... l’élever au niveau du chef-d’œuvre !

Je suis troublé maintenant, je me sens coupable. Qu’ai-je fait ? Est-ce, "exit Trier" ? Je me cramponne à l’espoir qu’il y aurait peut-être dans toute cette crème un éclat d’os susceptible de casser une dent fragile... je ferme les yeux et j’espère !

Lars Von Trier, Copenhague, 13 avril 2011.

  Source : Comme Au Cinema
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Comme Au Cinema
 

La liberté virtuose d’une mise en scène au service de l’analyse des comportements et des caractères produit naturellement le spectacle de ce qui apparaît comme la fin d’un monde (…) (Le Nouvel Observateur - Pascal Mérigeau)

Qui touche à la mélancolie, la vraie, prend le risque de tomber dans une eau lourde et d'y perdre tous ses repères. En ce sens Melancholia prend place au rayon de grandes oeuvres sur le sujet, quelque part entre le Problème XXX d'Aristote et la fameuse gravure de Durer. (Cahiers du cinéma - Stéphane Delorme)

La fin du monde sublimée par Lars Von Trier dans un film subjuguant de beauté." (Studio CinéLive - C.C.)

Si Lars Von Trier voulait renvoyer les films d'action à leur impuissance, son but est atteint : cette exquise pavane pour notre planète défunte est tout simplement son plus beau film. (Le Point - Florence Colombani)

Pas de plan gratuit, la narration d’une logique implacable, est chargée de sens et de suspense. Chef-d’œuvre. (Journal du Dimanche - S. B.)

L'Apocalypse selon Lars Von Trier ressemble à un drame intime qui se joue en famille. (...) Melancholia est une œuvre crépusculaire et onirique sur la fin du monde. (Figaroscope - Emmanuèle Frois)

Melancholia distille une vision du monde désenchantée, observation de notre réalité quotidienne par un dépressif nihiliste. (TéléCinéObs - J.-P. G)

A travers des visions d'apocalypse riches en émotions, Lars Von Trier tend ses images somptueuses à une perfection formelle. Chef-d'oeuvre. (Journal du Dimanche - S.B.)

  Source : Comme Au Cinema
 
 tout le cine - Laetitia Santos
 

Après les tsunamis meurtriers et autres tremblements de terre qui ont secoué notre planète ces dernières années, pas étonnant que le cinéma ait des envies de fin du monde. Lars von Trier s'y est collé avec brio et nous livre un dytique sublime porté tour à tour par une Kirsten Dunst névrosée mais résignée et une Charlotte Gainsbourg aussi maternelle qu'angoissée.

Melancholia de Lars von Trier : (E)toile de maître

L'ouverture de Melancholia, successions de tableaux période romantisme allemand, s'étire sur de longues minutes, chaque scène se déployant au ralenti sur du Wagner que l'on nous resservira par tonnes pour accompagner la disparition de l'humanité. L'esthétisme pictural est superbe mais on se voit déjà pris au piège devant un second Tree of Life, comprenez une pellicule léchée à souhait mais vidée de toute profondeur. Il nous faudra attendre la fin du film pour que cette exposition prenne enfin tout son sens et vienne se rappeler à notre (très) bon souvenir avec un intérêt sur lequel on n'aurait pas misé deux heures plus tôt. Les préliminaires engagés, on passe immédiatement à la noce.

(E)toile filante

La première scène de Melancholia est délicieuse de burlesque et de tensions à la fois : alors qu'ils sont attendus à leur propre mariage, Justine (Kirsten Dunst) et Michael ( Alexander Skarsgård) se retrouvent coincés eux et leur limo dans les lacets trop étroits du chemin de campagne qui doit les mener au manoir qu'ils ont choisi pour les festivités. Si les sourires sont pourtant encore de mise même avec deux heures de retard, le masque d'une Kirsten rongée par la mélancolie va vite tomber et briser ce mariage somptueux jusqu'à la dernière miette. Lars alterne habilement les faux semblants de Justine – qui, très en beauté, salue ses invités, ouvre le bal, coupe le gâteau – avec des plans d'angoisse intense qui s'insuffle en elle sans prévenir – elle tente de se détendre dans un bain chaud alors que la fête bat son plein, ne parvient pas à se réveiller d'un léger assoupissement, confie sa terreur à une mère difficile et cassante ( Charlotte Rampling)… La nuit passe et tout se fendille inexorablement jusqu'à la rupture totale avec une partie de la famille, son boss puis finalement avec cet époux qui la chérit tant. En dépressive tentant de faire bonne figure, Kirsten Dunst est d'une justesse désarmante.

Un premier volet se clôt, quelques mois passent et vient la partie consacrée à Claire (Charlotte Gainsbourg), l'appliquée qui tente d'empêcher la famille de perdre la face et va prendre grand soin de sa sœur venue s'installer chez elle après son drame sentimental. Dans la superbe propriété qu'elle partage avec John ( Kiefer Sutherland), Claire a créé un univers de beauté qu'elle soigne jusque dans le moindre détail. Mais lorsqu'une planète s'approche un peu trop de la Terre et menace d'entrer en collision, elle s'affole et perd tout contrôle d'elle-même et des choses. Son impuissance met brillamment en regard la lucidité de Justine, qui semble soulagée et soudain plus légère à l'idée que l'humanité puisse s'éteindre enfin. La blonde, de qui on voulait garder nos distances de peur que son mal-être ne nous contamine, devient l'être censé et apaisé tandis que la brune, qui semblait être le pilier familial, part en déconfiture jusqu'à prêcher l'absurde aux portes de la mort.

(E)toile noire

Le sentiment de malaise et de tension constant instauré par le compte à rebours ne s'envole qu'avec le heurt des deux planètes et l'extinction de toute forme de vie, sans espoir aucun. La mort comme délivrance, voilà le seul soulagement que nous accorde le réalisateur danois. L'ouverture alors, nous revient à l'esprit, romantique, grandiose, stylisée, et les visions merveilleuses de Justine, entre fin du monde, images dramatiques et collision cosmique, donnent à cette œuvre un merveilleux goût de génie.

Si Lars von Trier ne s'était pas lâché indécemment sur le nazisme en conférence de presse à Cannes, sabotant lui-même un travail plastique époustouflant apposé à une palette d'émotions ardentes, on aurait bien parié sur Melancholia comme palmé cette année.

  Source : Tout Le Cine
 
Focus Le Vif - J.F. PL.
 

Avec Melancholia, la fin du monde inspire à Lars von Trier un film angoissé et serein, sombre et lumineux. Un authentique chef-d’œuvre.

Chaos Reigns nous signifiait le renard de Antichrist. Et c’est précisément sur l’omniprésence du chaos que s’ouvre Melancholia, le nouveau film de Lars von Trier, dont le prologue nous donne à assister à la fin du monde, en une vision magistrale que la musique du Tristan et Iseult de Wagner, achève de porter vers des sommets. Ces 8 minutes de monumentale beauté et de non moins absolue tristesse passées, l’œuvre s’articule en 2 chapitres. On découvre d’abord le mariage, très fin de siècle, de la mélancolique Justine (Kirsten Dunst, époustouflante), réception dont le faste ne peut masquer le fiasco annoncé, comme si le Festen de Thomas Vinterberg s’invitait chez Visconti. Après quoi, s’abimant dans la dépression, Justine vient s’installer chez sa sœur Claire (Charlotte Gainsbourg), son beau-frère et leur petit garçon, tous rivés à l’imminence de la collision de la Terre avec Melancholia, astre engagé dans une curieuse danse de la mort ...

Oscillant à front d’une mélancolie qu’il trempe dans un pessimisme viscéral tempéré d’humour noir, le film de von Trier présente des contours paradoxaux. Si l’on peut voir dans Melancholia une œuvre apaisée, la vision du réalisateur danois n’en reste pas moins éminemment singulière et jusqu’au-boutiste, faisant de l’anéantissement la perspective de cet étrange et fascinant ballet cosmique. Lui subsiste pourtant le sentiment d’une souveraine douceur, et plus encore celui d’une stupéfiante beauté, qui achève de faire de ce film virtuose, angoissé et serein à la fois, une expérience rare. Un authentique chef-d’œuvre.

  Source : Focus Le Vif
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